Le verrou des jeux Denuvo craque de plus en plus vite
© Capcom
Le 13 avril à 18h02
Denuvo, l’arme anti-piratage utilisée par de nombreux éditeurs de jeux, a du plomb dans l’aile. Attaqué sur plusieurs fronts, le DRM ne suffit plus à protéger les titres, parfois déplombés quelques heures après leur sortie. La menace est existentielle.
Le verrou des jeux Denuvo craque de plus en plus vite
© Capcom
Denuvo, l’arme anti-piratage utilisée par de nombreux éditeurs de jeux, a du plomb dans l’aile. Attaqué sur plusieurs fronts, le DRM ne suffit plus à protéger les titres, parfois déplombés quelques heures après leur sortie. La menace est existentielle.
Logiciel
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5 min
Grosse angoisse dans le petit monde des DRM pour les jeux vidéo. Les éditeurs protègent leurs blockbusters en les truffant de logiciels anti-piratage, dont le plus connu est probablement Denuvo. La technologie développée par Irdeto ajoute une couche de protection en chiffrant et en fragmentant le code du jeu ; elle vérifie aussi en continu l’intégrité du code pour empêcher toute modification (ou copie) non autorisée.
Denuvo en pleine panade
Le revers de la médaille, c’est que ce mécanisme de protection qui tourne en permanence aurait un impact sur les performances en jeu. En sollicitant le processeur pour des opérations qui n’ont rien à voir avec le jeu lui même, Denuvo pourrait entraîner une baisse du nombre d’images par seconde, des temps de chargement un peu plus longs, voire des saccades dans certaines situations.
Voilà un défi pour les as du contournement de ces protections ! Et ils sont manifestement en passe de réussir leur coup. Le pirate (ou le groupe de pirates) voices38 a posté en fin de semaine dernière un crack complet de Resident Evil: Requiem, le nouvel opus de la saga de Capcom sorti le 27 février. Le DRM Denuvo est totalement désactivé, rapporte Tom’s Hardware.
Mieux encore : les performances du jeu grimpent en flèche par rapport à une version craquée avec l’autre méthode de contournement basée sur l’hyperviseur (HV). Le youtubeur ChillyWillMD a réalisé une comparaison du jeu avec les deux méthodes.
Résultat : avec le crack de voices38, Requiem affiche environ 5 % d’images par seconde en plus, tout en réduisant sensiblement sa consommation de ressources : jusqu’à 2 Go de mémoire vidéo et près de 1 Go de RAM en moins. Un gain significatif, en particulier sur les petites configurations. Ce n’est qu’un test unitaire, il est donc difficile de tirer des conclusions générales, mais il confirme les critiques sur l’impact de Denuvo.
Ce crack pour le jeu de Capcom n’est pas de bon augure ni pour Irdeto, ni pour les éditeurs. Car au-delà de Requiem, tout laisse à penser que cette nouvelle méthode va rapidement gagner en popularité et permettre de craquer de nombreux autres titres.
L’autre manière de déplomber le DRM est de passer par un hyperviseur. Ce même volet de Resident Evil était ainsi disponible en version craquée quelques heures seulement après son lancement (et ça a été le cas d’autres jeux très en vue, comme Crimson Desert ou Life is Strange: Reunion). Auparavant, contourner Denuvo ou un autre verrou nécessitait un travail long et fastidieux d’ingénierie inverse qui pouvait durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Les « hacks HV » (pour hyperviseur) sont infiniment plus rapides.
Les hacks utilisant l’hyperviseur passent « sous » Windows, à un niveau très bas (Ring-1) : ils interceptent les instructions envoyées au processeur, trompent Denuvo en lui envoyant de fausses informations, sans toucher aux fichiers du jeu. Le hic avec cette méthode, c’est que pour installer cet hyperviseur, il faut désactiver des dispositifs de sécurité bas niveau de Windows comme le VBS (Virtualization‑Based Security) et le HVCI (Hypervisor‑Enforced Code Integrity).
De quoi ouvrir la porte de son PC à des failles potentiellement critiques : des malwares difficiles à détecter peuvent de la sorte obtenir un accès complet à l’ordinateur. Autre écueil, le code de Denuvo est toujours présent, donc il ne faut pas espérer de gain de performances.
Qui l’emportera du chat ou de la souris ?
C’est un jeu du chat et de la souris : lorsque les pirates améliorent leurs méthodes de déplombage, Irdeto planche sur des contre-mesures. « Nous travaillons déjà sur des versions de sécurité mises à jour pour les jeux affectés par les contournements par hyperviseur », explique l’éditeur à TorrentFreak. « Pour les joueurs, les performances ne seront pas affectées par ces mesures de sécurité renforcées », affirme encore l’entreprise.
Le créateur de Denuvo n’entre pas dans les détails, en revanche il précise qu’il ne sera pas nécessaire que le verrou « descende en Ring-1 ni à un niveau plus profond du noyau […] ce n’est pas la direction que nous envisageons ». Irdeto n’est pas au bout de ses peines : le contournement HV devrait bientôt être plug’n play, c’est à dire qu’il ne sera plus nécessaire de bidouiller dans les entrailles de son PC… Pour les amateurs sans trop de connaissance technique, ça serait la solution la plus simple.
Denuvo fait donc face à deux fronts : le nouveau crack et la méthode HV. Deux approches complémentaires, l’une qui fait complètement sauter la protection, l’autre capable de fonctionner dès la sortie des jeux, et qui imposent donc une réponse rapide, puisque c’est sur leur période de lancement que les gros titres rapportent le plus. Reste à voir si et comment Denuvo saura combler les manques.
Commentaires (38)
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Abonnez-vousLe 13 avril à 18h35
Fondamentalement, je vois mal comment ne pas ralentir le jeu en rajoutant du code à exécuter pour autre chose que le jeu lui même...
Hors cette considération, les DRM sont une plaie. Quand on peut, il vaut infiniment mieux attendre et prendre les jeux sur GOG: moins cher, jeux débuggés (parfois avec DLC) et pas de DRM.
Le 13 avril à 22h26
Le 14 avril à 08h32
Une telle approche n'a pas d'impact sur le gameplay (mais est assez facilement contournable).
C'est l'approche de Denovo qui est une plaie, car elle s'insinue dans le coeur même du jeu. Quand on en est à chiffrer le code ou les assets... forcément, il faut les déchiffrer durant le jeu.
Le 14 avril à 10h27
Le 14 avril à 10h38
Le plus drôle, c'est quand après tu as des personnes qui viennent se plaindre sur les forums. On reconnait très vite les personnes ayant une version piratée ^^
Le 14 avril à 11h10
Le 15 avril à 10h13
Je trouve cette idée de modifier un petit détail du jeu intéressante, beaucoup plus qu'un système de cryptographie avancée qui tourne en tâche de fond !
Le 15 avril à 10h22
Mais maintant le coup de la fiche dans la boîte est plus difficile à faire vu que tous les jeux sont aussi dispos (voire uniquement dispos) en démat
Modifié le 15 avril à 11h57
Je crois que le magazine en question date de 91.
Le 15 avril à 19h35
Modifié le 13 avril à 18h49
À la place, je remercie les éditeurs qui n'intègrent pas ce genre de DRM, ou, uniquement une fois qu'il a été supprimé. FFXV est probablement la seule exception de mon catalogue, parce que j'ignorais qu'il tournait avec Denuvo à ce moment là, et j'ai toujours un exe leaké (debug) qui avait été mis en ligne par erreur par Square Enix, qui traîne dans mes fichiers, pour dégager cette saleté si besoin.
Et je les remercie de ne pas avoir succombé à la tentation pour le remake/reboot de Final Fantasy VII, lesdits jeux ont été payés et font partie de mon catalogue, alors que je n'aurais rien payé s'ils avaient remis ce DRM..
Les retours sont sans équivoque, les éditeurs et Denuvo essaient de noyer le poisson, mais il y TOUJOURS des pertes de performances et du gaspillage énergétique pour rien. Les systèmes anti-piratage ne lèsent que les clients légitimes.
Le 13 avril à 20h03
Le 13 avril à 19h08
Modifié le 13 avril à 21h38
Voilà une intervention qui ne me rajeunit pas
Le 13 avril à 22h10
Le 14 avril à 14h53
Après je ne suis pas non plus naïf, les protections qui durent font rentrer plus de sous.
Il y aura toujours des exceptions avec des éditeurs qui ne se foutent pas de la figure des clients. On a toujours des exemples à opposer avec des jeux sans protections contraignantes voir sans rien et qui se sont super bien vendues...
Le 15 avril à 12h37
Quand on est jeune on a pas de sous, donc on tipiak pour jouer quand même (en apprenant la bidouille au passage)
Quand on est vieux, on as des sous parce qu'on bosse , mais on a plus de temps parce qu'on bosse.... (*)
=> Encore une preuve selon moi que Adam Smith avait tord...
(*) Mon compte steam est plein de jeu jamais lancé, parfois même jamais installé, obtenu exclusivement en pré-vente ou en promo à quelques euros...
Le 14 avril à 10h30
Le 14 avril à 17h54
Modifié le 13 avril à 21h29
En fait ne plus réussir à faire marcher un kernel-level rootkit est une bénédiction pour la sécurité informatique dans son ensemble et celle des gamer.euses en particulier. Un net positif.
Cette échec n'est finalement une menace existentielle que pour les éditeurs de saletés comme ça. Que ces boites là crêvent et que leurs dirigeant.es et salarié.es aillent faire des choses utiles de leurs vies.
Le 14 avril à 09h42
Valorant par exemple, dans leur volonté d'imposer leur anti-triche, est résolument anti-linux (ils l'ont publiquement annoncé) et contribue à faire persister Microsoft sur les pc gamers.
C'est à mon avis un des meilleurs argument en faveur de Valve.
Le 14 avril à 01h25
Et même la mesure de RAM est probablement globale, et non pas celle du processus du jeu, donc elle peut être influencée par beaucoup de choses.
Modifié le 14 avril à 07h53
Le 14 avril à 09h20
Mais en VRAM je ne vois pas comment.
Le 14 avril à 14h57
Le 14 avril à 09h39
Car sur mon PC perso je laisse l'UAC et j'ai un compte admin local qui n'est pas mon compte quotidien. Et si un jeu me demande l'élévation de privilège pour le lancer (hors installation/patch), c'est non absolu !
Le 14 avril à 09h41
Le 14 avril à 09h50
Autant je ne comprends pas les DRM (depuis le temps, on sait qu'il se font tous péter) - autant les anti-cheat, ça fait partie du maintien à flot du JV dans sa version compétitive (ancien joueur occasionnel de HL2 DM et TF2, je dois avouer que quand il n'y a plus que des cheaters et des bots, le jeu est mort).
Ah, et je suis un ancien cheater de la 1ère heure (genre générer une DLL proxy pour opengl sous Windows et modifier le PATh pour chaque jeu ... petit passe-temps de mon adolescence entre autres). Donc je comprends la frustration de jouer contre un tricheur, mais je comprends le frisson de détourner la techno soi-même.
Le 14 avril à 09h55
Ces derniers temps il commence a craqué, mais pendant quelques années il fallait (comme dis dans l'article) énormément de temps pour le faire sauter.
Et puisque tu parle de cheater, voilà mon
Le 14 avril à 10h52
Le 14 avril à 12h32
Pour moi c'est comme les machines à voter, les DRM ou la vérification d'âge: Tu peux mettre des tas d'entraves, mais la minorité de ceux qui sont déterminés à tricher y arriveront et pourriront l'expérience de la majorité des gens via les mesures prises contre cette minorité.... (comme au casino, les courses de vélo,...)
=> Est-ce qu'il ne faudrait pas des serveurs "spécial triche autorisé", et d'autres normaux ?
Le 14 avril à 17h29
Le 14 avril à 10h18
Pire encore, leur merde incite donc au piratage puisque l’offre légale est moins performante.
Le 14 avril à 10h34
Modifié le 14 avril à 10h46
Le 14 avril à 13h21
Modifié le 14 avril à 22h45
L'attaque par hyperviseur ne me semble pas adaptée à la majorité de la population.
L'attaque "propre" est prometteuse, mais, comme toujours (ce n'est pas nouveau là non plus), nécessite un lourd travail de rétro-ingénierie au cas par cas, un travail d'expertise réduit à une poignée de personne qui deviennent, comme pour les émulateurs Nintendo, faciles à cibler individuellement et à en faire des exemples afin de (tenter de) dissuader d'autres.
Qu'une surcouche de protection implique un travail supplémentaire, des ressources supplémentaires, est un secret de Polichinelle… mais se focaliser là-dessus et y voir une "critique" de ces systèmes, c'est perdre de vue leur objectif, qui n'a rien à voir avec les performances.
Les éditeurs sont ravis de payer une licence, dépenser du temps (donc de l'argent supplémentaire) à intégrer et à faire perdre aux acheteurs de la performance pour ces DRM, car c'est rentable.
Rien de bien nouveau dans cette équation DRM, qui continue à faire recette.
J'ai l'impression qu'on ne fait que dérouler une éternelle marotte sans grande nouvelle.
Les vraies question sur ces DRM sont celles jamais résolues entourant cette notion de "propriété intellectuelle", de réalité de cette chose ou non, et en découle derrière qui peut décider de l'avenir d'une œuvre, du financement des travailleurs y ayant contribué, et de la liberté à partager/faire circuler celle-ci.
Le 15 avril à 16h26
Ca va être de plus en plus difficile de motiver les joueurs à acheter des jeux 80 euros, alors que 80% des missions consiste à aller chercher du vin, du bois ou des ciseaux à défriser le persil pour tel ou tel pnj (cf crimson desert).
La question c'est que vaut le temps des joueurs et que vaut le temps de travail des développeurs. Et c'est une question de réciprocité.
Le piratage a toujours existé et existera toujours. Le principe du DRM, c'est de rendre le crack suffisament laborieux pour le réserver à une poignée, et obliger le reste des joueurs à faire confiance à des acteurs nébuleux qui ne peuvent pas directement tirer profit de leur travail. En fait, le côté dramatique de cette histoire, c'est l'amélioration des performances. Pour les joueurs, ce n'est plus un crack, c'est un patch. Et c'est pour cela qu'elle constitue une menace existentielle pour Denuvo. Et franchement, c'est bien mérité.
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