En amont des municipales, X et TikTok présentent un biais vers l’extrême droite
Déséquilibre des forces
Illustration : Flock
Mathilde Saliou
Le 11 mars à 09h12
En amont des municipales, diverses expérimentations viennent confirmer en direct le biais qui pousse les systèmes algorithmiques de X à amplifier les contenus d’extrême droite plus fortement que ceux du reste du spectre politique. Une expérimentation de People vs Big Tech traduit un potentiel biais similaire, quoique beaucoup moins prononcé, du côté de TikTok.
En amont des municipales, X et TikTok présentent un biais vers l’extrême droite
Déséquilibre des forces
Illustration : Flock
En amont des municipales, diverses expérimentations viennent confirmer en direct le biais qui pousse les systèmes algorithmiques de X à amplifier les contenus d’extrême droite plus fortement que ceux du reste du spectre politique. Une expérimentation de People vs Big Tech traduit un potentiel biais similaire, quoique beaucoup moins prononcé, du côté de TikTok.
Le 11 mars à 09h12
Société numérique
Société
6 min
L’étude a beaucoup circulé en ligne : pendant sept semaines, une équipe de chercheurs a imposé aléatoirement à plus de 6 000 utilisateurs états-uniens de X de choisir entre le classement chronologique (Following, ou Abonnés) et le classement algorithmique (For you, ou Pour vous) des publications reçues sur le réseau social.
Publiés dans Nature mi-février, les résultats de l’étude ont permis de conclure que le classement algorithmique promouvait beaucoup plus régulièrement du contenu à la droite de la droite, entraînant derrière lui l’opinion politique des utilisateurs. L’expérience a aussi démontré une persistance de ce biais conservateur une fois la sélection algorithmique abandonnée, pour la simple raison que les utilisateurs continuent, dans cette configuration, de suivre certains comptes initialement proposés par la sélection algorithmique.
Comment cela se traduit-il dans un contexte d’élections municipales ? Plusieurs acteurs ont mené leurs expérimentations. Sur X et LinkedIn, la société Agoratlas constate qu’en lieu et place de considérations locales, le débat est largement nationalisé, et le profil de Sarah Knafo, candidate Reconquête à la mairie de Paris, écrase tous les autres en termes d’audience.
Prenant le point de vue de nouveaux utilisateurs, le mouvement People vs Big Tech a de son côté réalisé des expérimentations sur X et TikTok, et constate dans les deux cas une orientation des internautes vers les partis les plus radicaux.
Moins de visibilité pour les partis modérés
En pratique, People vs Big Tech a testé les comportements de six nouveaux comptes français sur X et six autres sur TikTok. La moitié de chacun de ces comptes ont été paramétrés pour manifester de l’intérêt pour les publications de responsables et de partis classés à gauche (de Place publique jusqu’au Parti communiste), l’autre moitié, pour des publications de responsables et partis de droite (du Mouvement démocrate jusqu’à Reconquête !).
Chaque fois, l’expérimentation a consisté à montrer un intérêt pour les publications de tout candidat aux municipales de Paris, Lyon ou Marseille. Entre le 23 et le 27 février 2026, l’association a fait défiler du contenu sur les deux plateformes observées, en passant rapidement les contenus non politiques et en s’appesantissant sur ceux de partis ou de responsables politiques, jusqu’à collecter 10 heures de contenu.
Parmi ses constats : sur TikTok comme sur X, les contenus d’extrême droite bénéficient au moins d’une relative suramplification. À droite comme à gauche, les contenus des partis d’extrême droite, et, « dans une moindre mesure, de la gauche radicale », rendent les partis modérés moins visibles (People vs. Big Tech indique classer la France Insoumise dans la gauche radicale malgré la récente classification à l’extrême gauche décidée par le ministère de l’Intérieur).
Soulignant le faible nombre de comptes sur lesquels l’expérience a été menée, TikTok rappelle par ailleurs l’existence de son espace dédié aux élections municipales, dont les équipes travaillent d’une part à tenter de minimiser la circulation de fausses informations, et au contraire à diffuser des éléments permettant de voter.
Sur X, People vs Big Tech constate que « huit des dix comptes politiques français les plus visibles » appartiennent à l’extrême droite ou à la gauche radicale indépendamment de leur communauté. Quand bien même il est le compte politique le plus suivi de France (10,3 millions d’abonnés), Emmanuel Macron se retrouve ainsi en 28e position des comptes recommandés, loin derrière Manuel Bompard, Rachida Dati, Jean-Luc Mélenchon, Charles Alloncle, Sophia Chikirou ou Marine Le Pen. Sarah Knafo est la 8e personne dont les contenus ont été le plus fréquemment recommandés lors de l’expérience de People vs Big Tech.
Sur X, la surreprésentation de Sarah Knafo
Ce dernier résultat peut paraître étonnant dans la mesure où la candidate Reconquête bénéficie depuis plusieurs semaines de larges boosts de visibilité sur X, en particulier de ses vidéos.
Les résultats collectés au fil du mois de février par la plateforme Arago, montée par l’ancien chef de projet de l’application #TousAntiCovid, poussent même cette dernière à émettre l’hypothèse d’ingérence étrangère. Pour comparaison, Sarah Knafo enregistre dix fois plus de vues que Rachida Dati, pour un nombre d’abonnés similaires, des résultats sans commune mesure avec ceux relevés, par exemple, sur TikTok.
Ce 9 mars, la société d’analyse des réseaux sociaux Agoratlas a publié sa propre cartographie de l’écosystème X français. Ses auteurs y constatent eux aussi une surexposition drastique des publications de Knafo, a priori cohérente avec la survalorisation des contenus d’extrême droite constatée de manière générale sur X.
Mais Agoratlas l’analyse comme le fruit d’une « stratégie de saturation multi-plateforme », dans laquelle Sarah Knafo utilise ses clashs télévisés et les controverses nationales (y compris celle autour du meurtre de Quentin Deranque) pour capter l’attention, puis obliger ses concurrents à signifier leur opposition ou leur ralliement à son parti. Le déséquilibre d’exposition dont elle profite sur X oblige les autres acteurs (médias, opposants, sympathisants) présents sur X à « réagir à ses contenus, multipliant ainsi les mentions directes et les citations », détaille l’entreprise.
Si la plateforme reste très plébiscitée par les représentants politiques comme de nombreux journalistes, rappelons néanmoins que le succès de X faiblit (le réseau affichait 12 millions d’utilisateurs français en octobre 2025, contre 20 millions à l’été 2024) et qu’elle n’est pas le seul espace de débats en ligne. Lors de la campagne présidentielle de 2022, le score final d’Éric Zemmour avait finalement paru très en retrait de sa surreprésentation en ligne, notamment alimentée à l’époque par des pratiques d’astroturfing.
Commentaires (45)
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Abonnez-vousLe 11 mars à 09h42
Demain, si ça vend plus, ce sera (à nouveau) au tour du biais vers l'extrême gauche.
À après demain pour vérifier si ceci constitue bien un cycle éternel.
Le 11 mars à 09h57
Les médias privés peuvent largement fonctionner à perte, financés par les autres activités de leurs patrons. Mais jamais au grand jamais un média privé appartenant à un millionnaire / milliardaire n'a promu des idées de gauche, encore moins des idées radicales qui iraient contre leurs intérêts.
Le 11 mars à 12h03
Le 11 mars à 13h34
Le 11 mars à 13h54
Tout comme le service publique...
Le service publique imite même le privé en ne promouvant qu'une partie du spectre politique.
Le 11 mars à 10h14
C'est comme si nous n'avions pas pléthore d'exemples de choses très à gauche qui se "vendaient" très bien et qui ont été détruites malgré cela, par idéologie de leurs patrons, à commencer par Twitter quand c'était encore "wokiste" d'après son nouveau propriétaire ?
Je te passe Canal+ avec les Guignols de l'info, Spécial investigation ... Les journaux et éditeurs de livres qui vendaient très bien des auteur.e.s "gauchistes" ou "wokistes" et qui ne les éditent plus depuis leur rachat par Bolloré ; Les émissions très à gauche sur France inter virés malgré les recettes publicitaires et près d'un millions d'auditeurs quotidien. France Inter a d'ailleurs depuis a baissé en nombre d'auditeurs all-inclusive...
Comme j'ai une vie, je ne te listerai pas tous les exemples que tu sembles ignorer. Mais il n'y a pas pire aveugle que celui qui ne voudrait voir (~Molière).
Le 11 mars à 11h33
Le 11 mars à 09h53
Modifié le 11 mars à 12h05
Deux extrêmes, deux fonctionnements qui finalement se retrouvent dans l'anti et le contre.
Le 11 mars à 12h56
Le 11 mars à 15h39
Modifié le 11 mars à 17h59
L'anti-fascisme n'est pas un extrême.
Le 13 mars à 09h52
Je reste humain avec aussi mes biais, mais j'ai tendance à largement préférer observer les faits, et d'éviter de trop pré-supposer.
Les faits ne penchent pas vers ton opinion.
Modifié le 13 mars à 12h26
Quant à qualifier des faits d'opinion, c'est pratique visiblement !
Modifié le 13 mars à 18h46
Mais autrement dit, tu me suggère de virer les "sélectionnés" dont tu parles pour ne garder que ceux qui iraient dans "le bien séant", et hop ça permet de se blanchir ?
Quelle idée génial ! Tous les extrêmes devraient s'en inspirer !
[...]
Ah, c'est déjà fait.
Le 14 mars à 10h11
Le 11 mars à 21h24
Le 11 mars à 10h20
Les extrêmes font cliquer, vendre, voter. Et point bonus : pas besoin de réfléchir ni de choisir, car les extrêmes désignent les ennemis et ne tolèrent pas de critique.
Le 11 mars à 10h34
Le 11 mars à 11h32
Le 11 mars à 13h58
Mais à force de ne rien faire et attendre la fin de son mandat, les électeurs risquent d'être attirés par le chant des sirènes des extrêmes (gauche ou droite peu importe) pour mettre un coup de pied dans la fourmilière et faire changer les choses.
Le 11 mars à 19h02
Le 12 mars à 21h23
Quel est le bilan des 2 quinquennats de notre président ?
Le problème de nos politiques, c'est qu'il n'y a pas de visions sur du long terme. Enormément de choses sont faites en dépit du bon sens.
Le 11 mars à 21h31
Pour rappel, au début du premier quinquennat de Macron le rythme des réformes était tellement élevé qu'il y avait des sondages sur le sujet. En septembre 2017 40% des français estimaient que le rythme était trop rapide, juste derrière les 42% qui estimaient que la cadence était bonne (source). Cinq mois plus tard, 35% des français estimaient encore que le rythme était trop élevé (source). En décembre 2018, 69% des français estimaient que le gouvernement devait « faire une pause dans les réformes annoncées » (source).
Le 12 mars à 10h02
Le 12 mars à 13h21
Même si certaines ont eut du plomb dans l'aile (comme les retraites qui était supposée être emblématique du second quinquennat), d'autres ont bien eu des effets modificateurs dans la société. En bien ou en mal est une autre histoire, mais il me paraît un peu exagéré de dire que les changements sous sa présidence n'ont pas eu d'impact sur l'avenir. Peut-être moins sur le second quinquennat vu combien il a été un foirage total.
Il ne faut pas oublier que les effets d'une réforme se voient rarement sur un mandat, mais après.
Le 12 mars à 15h28
J'avoue parler plutôt de celui ci, où il a déclaré je ne sais plus combien de grandes causes nationales sur lesquelles, soit il ne fait rien, soit il fait exactement l'inverse.
Le 12 mars à 15h46
Le bruit et le commercial, perso je m'en fous, j'ai autre chose à faire que d'écouter des agitations. C'est ce qui est inscrit dans la loi qui m'intéresse. Le reste, c'est du bruit.
Le 12 mars à 19h27
Pareil, t'as gagné un peu de temps, et ensuite ? Ça va changer la place de la France dans le monde ? Révolutionner l'organisation du pays ? Dégager une marge de manœuvre pour financer les services publics ?
Parmi les réformes qui pourraient avoir un impact perceptible, certaines concernent la mise en place de réglementations qui, s'il n'y a personne pour assurer leur application, ne servent à rien. Donc, c'est écrit, mais dans les faits, y'a rien.
Ce qui serait structurant pour le pays, ce sont des réformes importantes qui concerneraient notamment :
et qui ne sont pas que de l'affichage.
Le 12 mars à 19h40
Si pour toi il n'y a que le visible qui compte, autant dire que ça illustre la pauvreté du débat politique français et son troupeau d'abrutis gueulards qui n'apportent rien.
Le 12 mars à 20h25
C'est pas une question de visibilité, c'est une question d'avoir un pays qui peut agir intérieurement et extérieurement, plutôt que de subir. Tu ne m'as strictement rien cité qui améliore les chances de survie du pays face à des adversaires de plus en plus ouvertement hostiles, face à un réchauffement climatique totalement hors de contrôle, ni face à des problèmes sociétaux profonds comme le vieillissement de la population et la capacité à maintenir notre système social (ce qui, oui, implique aussi de pouvoir continuer à le financer). Si pour toi, ces points sont juste de l'affichage, je comprends pourquoi le monde part en vrille sous le regard bovin de la majorité de sa population.
Modifié le 12 mars à 22h33
Donc le yaka fokon, merde.
Bref, j'éviterai une énième discussion stérile les précédentes fois.
Le 13 mars à 10h37
Ça fait a minima 10 ans que les militaires et le renseignement avertissent qu'on va rentrer dans la haute intensité. Notre génial stratège a fait quoi ?
Évidemment, puisqu'il s'entête à nommer des gouvernements dont les membres sont dans des partis qui représentent 5% des électeurs (le NFP ? Il connaît pas).
Si on en est à ce point, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond, or je n'ai pas vu de vraie réforme à ce sujet (ça cause, et ça vend encore des actifs stratégiques aux USA, et ça laisse les entreprises chinoises noyauter les nôtres).
Ça, c'est complexe à gérer, mais d'un autre côté, ça ne devrait pas changer les axes stratégiques de la politique intérieure française, en particulier quand elle est décidée par quelqu'un qui n'écoute ni ne respecte personne.
Macron, c'est un petit gérant de boutique qui se prend pour un grand visionnaire.
Le 12 mars à 21h25
Le 13 mars à 10h38
Le 13 mars à 16h26
Tout comme l'annonce de l'augmentation de la prise en charge de soins par les mutuelles (moins de prise en charge par la sécu mais plus par les mutuelles) avec le gouvernement qui nous jure la main sur le cœur qu'il n'y aura pas d'augmentation de cotisation mutuelle ...
Des exemples comme ça, on peut en sortir plein.
L'argent ne tombe pas du ciel, malheureusement...
Le 11 mars à 11h01
Le 11 mars à 13h57
Modifié le 12 mars à 12h54
Mais il est vrai qu'à sa place j'aurais parlé de régime autoritaire, le fascisme en étant une variante.
Le 11 mars à 12h55
Ces réseaux sont possédés par des milliardaires d'extrême-droite (surtout le muskrat).
Le 11 mars à 13h05
Le 13 mars à 10h39
Le 13 mars à 10h47
Je corrigeais juste l'expression TikTok US.
Le 13 mars à 11h11
Le 11 mars à 20h34
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