Connexion Premium

Palantir attaque le média Republik qui a dévoilé un rapport de l’armée suisse sur elle

« Complotisme à la limite du tolérable »

Palantir attaque le média Republik qui a dévoilé un rapport de l’armée suisse sur elle

AI City / Emily Rand & LOTI / Better Images of AI / CC-BY 4.0

Objet d’une enquête du média suisse Republik, Palantir attaque ce site en justice pour obtenir un droit de réponse.

Le 16 février à 17h34

Alors que la DGSI renouvelait encore, en fin d’année dernière, son contrat avec Palantir, l’entreprise fondée par Peter Thiel était l’objet d’une enquête du magazine suisse Republik et du collectif d’investigation WAV. L’entreprise attaque maintenant nos confrères suisses, réclamant un droit de réponse, explique Republik. La cour du canton de Zurich a confirmé avoir reçu une demande de droit de réponse à ce sujet auprès de nos confrères de Heise.

L’entreprise a des bureaux dans le pays, à Zurich, qu’elle utilise notamment pour ses relations commerciales, comme l’explique le média Swiss Info. Republik et WAV ont donc enquêté sur d’éventuels liens entre les autorités suisses et Palantir, notamment en déposant 59 demandes d’accès à des documents des autorités fédérales suisses.

Un rapport qui s’inquiétait du potentiel transfert de données au gouvernement américain

Et ils ont découvert que, malgré 7 ans passés à essayer de convaincre les autorités suisses, Palantir n’y était pas arrivé (9 refus immédiats et un refus après évaluation par Armasuisse, l’Office fédéral de l’armement). Cette enquête révélait aussi un rapport interne à l’armée suisse de 2024 [PDF] qui fermait de nouveau la porte à Palantir.

La qualité des produits de l’entreprise n’était pas en jeu, comme le relevait le Temps qui a relayé l’enquête, puisque le rapport qualifiait ses performances d’« impressionnantes ». Mais le risque de transfert de données au gouvernement américain était trop élevé, selon les auteurs du rapport qui soulignaient aussi les potentielles conséquences négatives dues à la réputation de l’entreprise.

Republik explique dans son article de lundi que l’entreprise lui a adressé des demandes de rectification entre Noël et le Nouvel An, mais le média suisse les « a jugées infondées » et n’y « a donc pas pu donner suite ». Le média explique, pour son enquête, s’être basé sur l’analyse des documents mais aussi avoir discuté avec différentes sources et des cadres de Palantir au siège de Zurich (dont les citations ont été relues et approuvées).

Sur LinkedIn, la journaliste Marguerite Meyer, coautrice de l’enquête, explique que son équipe a rejeté la demande de modifications de Palantir « sur la base d’un travail minutieux ». « Cette demande a été suivie d’une deuxième demande, que nous avons également rejetée », ajoute-t-elle.

Un droit de réponse pour donner une version des faits

De son côté, Palantir a pu librement critiquer l’enquête. Dès le 12 décembre, le responsable « Confidentialité et libertés civiles » de Palantir, Courtney Bowman, affirmait sur LinkedIn que les articles de Republik étaient « empreints de distorsion, d’insinuations et de complotisme à la limite du tolérable » sans pour autant étayer ses accusations. Concernant le rapport de l’état-major suisse, il affirme qu’il « soulève des questions légitimes, mais malheureusement, ses auteurs semblent s’appuyer exclusivement sur un ensemble limité de sources issues de moteurs de recherche ».

« Palantir respecte pleinement la liberté de la presse et le rôle essentiel des médias indépendants dans le débat public », affirme de son côté l’entreprise à Heise. Le droit de réponse est un « instrument de correction destiné à fournir au public des informations équilibrées », selon elle.

En Suisse, « le droit de réponse ne porte pas sur la véracité ou la fausseté d’une information », explique le corédacteur en chef de Republik, Daniel Binswanger, à Heise. « Il s’agit de savoir si une autre version des faits pourrait également être possible ».

Selon Republik, le jugement du tribunal de commerce de Zurich doit être rendu dans quelques semaines.

Commentaires (21)

votre avatar
Cette plainte contre un média devrait permettre d'entretenir la « réputation de l'entreprise » et les conséquences négatives qui y sont associées
votre avatar
En Suisse, « le droit de réponse ne porte pas sur la véracité ou la fausseté d'une information », explique le corédacteur en chef de Republik, Daniel Binswanger, à Heise. « Il s'agit de savoir si une autre version des faits pourrait également être possible ».
Quelqu'un comprend cette remarque 🤔 ?
votre avatar
Comme je le comprend : le droit de réponse ne signifie pas que la version qui sera formulée correspondra à la vérité des faits mais pourra correspondre à la vérité que veut faire accepter l'entreprise.

En simplifié : si dans les faits, 2+2=4, le droit de réponse n'impose pas à l'entreprise de dire la vérité, et ainsi qu'elle peut affirmer que 2+2=56,2
votre avatar
bah, comme en France, non?
votre avatar
D'un autre côté, ça s'appelle "droit de réponse" et non "droit de correction".
Et exiger des preuves pour répondre, ça prendre le risque de faire inverser la charge de la preuve (je parle en général et non seulement de ce cas particulier).

Par contre, ici, j'ai du mal à comprendre.
L'article Next parle un coup d'un "droit de rectification", suivi d'une "demande de modification" et plus loin d'un "droit de réponse".

Qu'est-ce qui a été fait par Palantir ?
Je peux comprendre facilement que la journaliste de Republik refuse un "droit de rectification" ou une "demande de modification" car ça revient à lui faire modifier ses propos d'origine.
Mais refuser un droit de réponse c'est plus gênant, démocratiquement.
votre avatar
D'après la source, c'est une « gegendarstellung / counterstatement » qui peut se traduire littéralement par contre-déclaration. Donc, je pense que ça correspond au droit de réponse français.
Pas toujours facile de traduire des termes juridiques…
votre avatar
Je pense que l’entité qui demande le droit de réponse ne doit pas simplement dire que le contenu est faux car XXX.
Elle doit expliquer que les faits avancé par l'article ont été mal compris car y a XXXX.

Donc ne pas juste démentir, mais argumenter.
votre avatar
Est-ce que le fait de commenter cette actualité ajoute une ligne de log à notre fiche chez eux ?
votre avatar
Oui, mais commenter les autres actualités fait la même chose. :D

Ils ont dû racheter des disques à cause de moi. :fumer:
votre avatar
Ils ont dû racheter des disques à cause de moi.
Tout s'explique !
votre avatar
Déjà ils ont réussi à vendre les F35 avec une grosse promo; On ne peut pas toujours gagner.
votre avatar
La Suisse a eu un gros rabais mais c'est tout sauf un cadeau ; l'entretien est tellement cher et conditionné au bon vouloir des USA, ils ont surtout acheté un fil à la patte ^^
votre avatar
C'était une blague !
votre avatar
ils n'ont pas eu un gros rabais. Ils ont acheté à un prix fixe mais ils ne le calculaient pas comme les US. Toujours bien écrire et lire les petites lignes.
votre avatar
C'était une blague ! 2
votre avatar
Palantir ne serait-elle pas en train d'alimenter un effet Streisand ? 🤔
votre avatar
Vu qu'ils vendent un certains type de services aux Etats (et ptre à des entreprises), je crois qu'ils s'en foutent. Et encore plus cynique "bad publicity is publicity".
votre avatar
Mais pourquoi faut-il arriver à menacer un média pour obtenir un DROIT de réponse ? Alors j'aime pas Palantir comme vous mais j'aime encore moins les médias qui veulent être à charge et maîtres du récit sans laisser les mis en accusation répondre, c'est un fléau.
votre avatar
Il ne s'agit pas de menace mais d'un dépôt de plainte faute d'avoir obtenu le droit de réponse demandé. Rien de plus normal que de demander à la justice de trancher quand deux parties ne s'ont pas d'accord sur un point de droit.
Comme je ne connais pas les détails du droit suisse sur le sujet, je me garderai de dire qui peut avoir raison.
votre avatar
J'ai trouvé ça sur la procédure de droit de réponse en suisse :
le journal doit donner un avis favorable ou non à la publication dans les 24h après que la demande lui ait été soumise. Le demandeur peut saisir plusieurs niveaux de justice et monter jusqu’au tribunal fédéral.
votre avatar
Mais ça coûte de faire ça, la presse se plaint de procédures-baillons mais sont les premiers à baillonner les autres. J'imagine que la plainte peut être retirée donc en ce sens, c'est une menace, ça contribue à un CQFD cédéméchan en plus. Ça coûte quoi de publier un droit de réponse ?!

Palantir attaque le média Republik qui a dévoilé un rapport de l’armée suisse sur elle

  • Un rapport qui s'inquiétait du potentiel transfert de données au gouvernement américain

  • Un droit de réponse pour donner une version des faits