Le contrôle massif des colis Shein est passé de 80 à 25 % de non-conformités
Selon les organisateurs vs selon la police
Alors que le gouvernement continue sa bataille contre Shein en demandant la suspension de la plateforme, des retours de l’opération coup de poing des douanes du 6 novembre contredisent des chiffres précédemment annoncés sur les non-conformités. De 80 %, on passe à 25 %. Qu’importe pour le ministère, c’est toujours beaucoup trop.
Le 31 décembre 2025 à 10h25
7 min
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Début novembre, Shein défrayait la chronique suite à la découverte de « poupées sexuelles à caractère pédopornographique » vendues sur sa marketplace. Le gouvernement engageait dans la foulée une procédure de suspension – rejetée par le Tribunal judiciaire car la demande est jugée disproportionnée, le gouvernement a fait appel dans la foulée – tandis que la boutique en ligne fermait purement et simplement sa marketplace en France.
Le gouvernement avait annoncé le 6 novembre une opération coup de poing : « cette nuit, 200 000 colis sont arrivés à Roissy-Charles-de-Gaulle : ils seront tous contrôlés. Tous ». Le 8 novembre, le gouvernement faisait un point d’étape : « Sur les 200 000 colis contrôlés, huit articles sur dix se sont révélés non conformes (cosmétiques non autorisés, jouets dangereux, appareils électroménagers défaillants…) ».
Sur plus de 300 000 colis Shein, 25 % environ de non-conformité
La direction des douanes a donné quelques informations au Parisien (confirmé ensuite à l’AFP) sur le bilan de cette vaste opération : « 320 474 colis vérifiés, contenant au total plus de 500 000 articles », expliquent nos confrères. Selon la direction des douanes, les colis des produits non textiles ont « fait apparaître un taux de non-conformité avoisinant les 25 % ». Les défauts sont variés, allant de la contrefaçon à l’absence de documentation technique en passant par une non-conformité aux normes.
La douane ne donne aucune précision sur le nombre de procès-verbaux établis suite à la détection des défauts, pas plus que sur les éventuelles actions prises par la suite. Sur les produits textiles aussi, aucune précision. La direction des douanes reconnait simplement auprès de nos confrères du Parisien qu’il y avait « peu de non-conformité »… certainement car Shein « avait fermé sa marketplace quelques jours avant l’opération douanière et ne vendait que des produits issus de sa propre marque ».
Imbroglio sur les dates de fermeture de la marketplace
Ce n’est pas quelques jours avant que la marketplace a été fermée, mais quelques heures seulement. L’annonce a en effet été faite le 5 novembre dans l’après-midi, après la demande de suspension du gouvernement… même si la plateforme affirmait que cette décision avait été prise « indépendamment de l’annonce du Premier ministre ».
Le 1ᵉʳ novembre, après le triste constat de la DGCCRF, Shein avait par contre confirmé que les poupées pédopornographiques avaient « été immédiatement retirées de la plateforme » et que son équipe Marketplace Governance enquêtait sur le sujet. Elle menait aussi « une revue complète afin d’identifier et de retirer tout produit similaire susceptible d’être mis en vente par d’autres vendeurs tiers ». Il n’était par contre pas encore question de fermer la marketplace, et la fermeture n'a eu lieu que le 5 novembre, veille de l’opération coup de poing.
La différence est grande entre les 80 % annoncés début novembre par le gouvernement, et les 25 % de fin décembre ; alors que les chiffres portent sur la même opération de vérification. Le communiqué de début décembre annonçait bien que 200 000 colis « ont été contrôlés », les opérations étaient donc normalement faites, les 80 % n’avaient pas de raison de bouger. Le communiqué de novembre non plus ne laissait pas de place au doute : « Sur les 200 000 colis contrôlés, huit articles sur dix se sont révélés non conformes ».
80 % en novembre, 25 % en décembre… que se passe-t-il ?
« Cette différence de chiffres est liée à la méthodologie des contrôles dont on parle », tente de justifier Bercy à Libération. Tout d’abord, expliquent nos confrères, les 25 % dont il est question ne portent pas sur 320 474 colis « mais seulement sur ceux commercialisés par les vendeurs tiers de la marketplace de Shein, dont la part exacte n’a pas été communiquée par les Douanes ».
Un porte-parole de Shein explique à Libération que « seulement » une centaine de colis ont « été mis de côté pour des vérifications complémentaires ». Les 25 % de non-conformité ne concerneraient en fait que cette centaine de colis. « En temps normal, la douane opère des contrôles orientés, toutes plateformes confondues, en ciblant des colis qui peuvent déjà présenter des suspicions », explique le ministère à nos confrères. C’est sur cette base que le chiffre de 80 % aurait été utilisé. Les communiqués précédents affirmaient que cela venait bien des 200 000 colis vérifiés.
À l’Assemblée nationale, Amélie de Montchalin affirmait en avril que « 94 % de ces 800 millions d’articles [venant de Chine] sont non conformes et d’abord en termes de sécurité. Nous parlons d’articles qui incendient nos maisons, de produits cosmétiques qui rendent malade, de jouets qui sont toxiques pour nos enfants ». 25 %, 80 %, 94 %… pas facile de suivre.
Le ministère avance une autre piste pour expliquer les différences. Peut-être que les contrôles massifs à l’aéroport le 6 novembre ne concernaient pas « la totalité du spectre » des non-conformités possibles. Une autre manière de le dire serait que les contrôles auraient pu être faits rapidement, sans vérifier tous les points.
Dans tous les cas, le ministère rappelle « qu’un magasin dans lequel un produit sur quatre est non conforme serait fermé administrativement dans la minute ». Bref, peu importe finalement que ce soit 25 % ou 80 % pour Bercy ; 25 % c’est déjà trop.
Amélie de Montchalin justifiait cette opération coup de poing en novembre par le besoin « d’avoir des preuves ». La ministre reconnaissait que « les douaniers en ont tous les jours », mais l’opération du 6 novembre devrait permettre de confirmer : « Aujourd'hui la plateforme ne pourra pas dire qu’on a juste ouvert les mauvais paquets ». Résultat des courses, c’est pour le moment un bazar dans les chiffres, qui fait certainement le jeu de Shein.
La boutique en ligne n’a de son côté pas communiqué sur le sujet, la plateforme expliquant à nos confrères n’avoir pas encore été formellement informée par les douanes des résultats de son enquête. Shein n’a pour l’heure toujours pas réouvert sa marketplace et n’a pas communiqué sur un éventuel retour.
Trois euros de droit de douane sur les « petits » achats
L’Europe a récemment instauré des droits de douane de trois euros par article « sur les colis issus du commerce électronique d'une valeur inférieure à 150 euros, à compter du mois de juillet 2026 ». Ce montant « s'appliquera aux colis envoyés directement aux consommateurs depuis des pays tiers ».
Il y a quelques jours à peine, Shein annonçait l’ouverture d’un « pôle logistique européen ultramoderne à Wrocław, en Pologne ». Le but de cet entrepôt est de « mieux servir les clients à travers l’Europe avec une livraison plus rapide et plus fiable », pour les revendeurs européens de sa marketplace, selon le communiqué. L’entreprise était déjà présente en Pologne depuis 2022.
Reste à voir si cet entrepôt servira aussi de base de stockage pour des revendeurs chinois qui pourraient ainsi inonder l’Europe.
Le contrôle massif des colis Shein est passé de 80 à 25 % de non-conformités
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Sur plus de 300 000 colis Shein, 25 % environ de non-conformité
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Imbroglio sur les dates de fermeture de la marketplace
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Trois euros de droit de douane sur les « petits » achats
Commentaires (17)
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Le 31/12/2025 à 11h14
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Mais ensuite le gouvernement a poussé une taxe par type d'article, qui touche donc plus les achats individuels.
Le 31/12/2025 à 13h12
Le 31/12/2025 à 11h14
Ça ressemble à : "Ne regarde pas par dessus la clôture, il y a un monstre qui va te manger !"... C'est le moment ou parce qu'ils se prennent des interdits que les citoyens sont obligés de comprendre comment fonctionne l'UE un peu plus que "pas du tout". Le réveil va être difficile.
Le 31/12/2025 à 11h28
Le 31/12/2025 à 12h37
Et ça règle toujours l’absence de frais postale pour les colis venant de Chine.
Le 31/12/2025 à 12h44
Et si c'était le cas, tous les produits de moins de 15 € seraient surtaxés par rapport à une TVA à 20 % et tous ceux à plus de 15 € seraient sous-taxés.Légende urbaine debunkée ici. On a eu des liens expliquant que ça faisait longtemps que ce n'était plus le cas.
Le 31/12/2025 à 12h51
Le 31/12/2025 à 13h04
Le 31/12/2025 à 13h46
Mais j'ai du mal à comprendre comment ça fonctionnerait. On reverse l'argent aux magasins qui subissent une baisse du CA ?
Modifié le 31/12/2025 à 19h24
Je t'invite à aller dire cela à tous les fabricants de panneaux solaire qui ont fait faillite. Avant prends ça quand même sait on jamais.
Fabricant = produit final fabriqué en France. Et non pas assemblage simple.
En l'an 2025, il reste ...(roulement de tambour)... 1 fabricant en Alsace : Voltec Solar. NB: Pour DualSun c'est de l'assemblage.
C'est leur vitrine mais l'info est sourcé dans les liens de l'article.
Désolé mais la politique des taxes aux frontières menée par l'UE à été comme d'essayer de retenir de l'eau avec le filet des buts d'un stade de football. Tellement que cela ressemble plus à de l'idéologie qu'à de la gestion appliquée.
Il y a bien entendu plein d'autres secteurs qui se sont fait atomiser par ce type de concurrence.
Question comment cela se fait ? Ne pas s'apercevoir que plusieurs secteurs sont en nette sortie de route pendant 20 ans... C'est gros quand même.
A plus forte raisons quand ces mêmes instances se permettent de taxer à +30% les voitures chinoises tellement la menace est grande.
Ça ressemble bel et bien à une girouette quand même.
Le 31/12/2025 à 12h04
Le 31/12/2025 à 12h58
Le 31/12/2025 à 12h48
Avoir si les autorités polonaises prendra l'initiative de faire des contrôles sur place des produits entreposés.
Le 31/12/2025 à 13h01
D'ici a ce que ces droits soient mis en place tout passera par des relais européens.
Mouvement déjà amorcé avec la TVA dont j'aimerais savoir combien est réellement perçu... alors que c'est bien facturé !
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