Meta tirerait 10% de ses revenus d’arnaques et de publicités frauduleuses
Cui bono
Des documents internes à Meta révèlent que le groupe de Mark Zuckerberg prévoit de générer 10 % de son chiffre d'affaires annuel, soit environ 16 milliards de dollars, à partir de publicités enfreignant ses conditions d'utilisation. Plutôt que de bannir les fraudeurs, Meta préfère leur facturer un supplément, dopant ainsi d'autant ses propres revenus.
Le 07 novembre à 14h15
5 min
Économie
Next
En 2019, le producteur et milliardaire John de Mol attaquait Facebook en justice en raison de publicités contrefaisant son image au profit d'arnaques à la crypto. Six ans plus tard, Facebook et sa maison-mère Meta feraient-ils preuve de laxisme en matière de publicité trompeuse ?
La question se pose de façon légitime. Bien que le phénomène soit dénoncé depuis des années, des internautes se plaignent encore régulièrement d'avoir été confrontés à des réclames qui usurpent l'identité d'une personnalité célèbre, ou à de soi-disant promotions qui renvoient vers des arnaques.
Si Meta laisse faire, c'est peut-être parce que le groupe y trouve un intérêt. Une longue enquête de Reuters, publiée jeudi 6 novembre, lève en effet une partie du voile sur la façon dont l'entreprise appréhende le phénomène.
À qui profite le crime ?
D'après des documents internes à Meta, consultés par l'agence de presse, l'impact de ces publicités frauduleuses serait mesuré avec précision. Fin 2024, le groupe estimait ainsi, d'après Reuters, diffuser de l'ordre de 15 milliards de publicités frauduleuses par jour. Cette portion considérée comme « à haut risque » (car présentant des signes évidents de fraude) de l'inventaire publicitaire aurait représenté un chiffre d'affaires d'environ 7 milliards de dollars sur l'année 2024.
D'autres documents internes consultés par Reuters laissent penser que Meta estimait, en interne, que les publicités frauduleuses dans leur ensemble pourraient représenter quelque 10 % de son chiffre d'affaires annuel, soit 16 milliards de dollars, puisque l'entreprise affirme avoir réalisé 164,5 milliards de dollars en 2024. Et ce alors que l'entreprise affirme lutter avec la plus grande diligence contre le scam, et se targue de protéger toujours mieux ses utilisateurs contre les arnaques en ligne.
« Une grande partie de la fraude provenait de spécialistes du marketing dont le comportement était suffisamment suspect pour être signalé par les systèmes d'alerte internes de Meta. Cependant, l'entreprise n'interdit les annonceurs que si ses systèmes automatisés prédisent avec au moins 95 % de certitude qu'ils commettent une fraude, selon les documents. Si l'entreprise est moins certaine, mais estime néanmoins que l'annonceur est un escroc potentiel, Meta lui applique des tarifs publicitaires plus élevés à titre de sanction, d'après ces mêmes documents », décrit ainsi Reuters.
À défaut de bloquer les contrevenants, Meta tenterait donc de les dissuader en augmentant ses tarifs, dopant dans le même temps ses propres revenus liés à l'activité de ces derniers.
Meta minimise le phénomène
Meta n'a pas pris la parole publiquement au sujet de cette enquête, mais l'un de ses porte-paroles, Andy Stone, a répondu à Reuters, alléguant d'une vision tronquée et erronée de la réalité. Les chiffres avancés par l'agence de presse couvriraient ainsi un inventaire incluant également des publicités légitimes, note-t-il, sans préciser la ventilation.
« Cette évaluation a été réalisée pour valider nos investissements prévus en matière d'intégrité – notamment dans la lutte contre les fraudes et les escroqueries – ce que nous avons fait, déclare le porte-parole à Reuters. Nous luttons activement contre la fraude et les escroqueries, car les utilisateurs de nos plateformes ne veulent pas de ce type de contenu, les annonceurs légitimes n'en veulent pas non plus, et nous non plus. »
L'agence de presse note de son côté que si des documents internes soulignent bien une intention de renforcer la lutte contre le scam en 2025, ils interrogent dans le même temps l'impact négatif que cette action risque d'avoir sur l'activité publicitaire du groupe.
De la même façon, d'autres documents montrent que les cadres de Meta ont tenté de soupeser le rapport bénéfice-risque vis-à-vis des possibles sanctions réglementaires. Avec une balance qui penche clairement du côté de la publicité frauduleuse.
« La Compagnie estime que le chiffre d'affaires généré par les publicités enfreignant nos conditions d'utilisation qui présentent le plus haut niveau de risque représentent à peu près 3,5 milliards de dollars (pour le S2 2024). Il s'agit probablement de l'ordre de grandeur maximal du coût de tout accord réglementaire concernant les publicités frauduleuses », remarque ainsi un rapport interne reproduit par Reuters. Une autre analyse interne, datée d'avril 2025, souligne quant à elle qu'il est « plus facile de faire de la publicité pour des arnaques sur les plateformes de Meta que sur Google ».
Cette approche cynique du phénomène aiguillonnera-t-elle les autorités compétentes sur les questions publicitaires, aux États-Unis ou en Europe ? La Commission européenne s'inquiétait fin octobre de ce que Meta ne respecte pas les obligations de transparence prévues dans le cadre du règlement sur les services numériques (DSA).
Meta tirerait 10% de ses revenus d’arnaques et de publicités frauduleuses
-
À qui profite le crime ?
-
Meta minimise le phénomène
Commentaires (24)
Abonnez-vous pour prendre part au débat
Déjà abonné ? Se connecter
Cet article est en accès libre, mais il est le fruit du travail d'une rédaction qui ne travaille que pour ses lecteurs, sur un média sans pub et sans tracker. Soutenez le journalisme tech de qualité en vous abonnant.
Accédez en illimité aux articles
Profitez d’un média expert et unique
Intégrez la communauté et prenez part aux débats
Partagez des articles premium à vos contacts
Abonnez-vousLe 07/11/2025 à 14h18
Le 08/11/2025 à 01h11
Un bon restau....
Et nos kits de connexions pouvaient continuer de tourner sur les jolis modems.
win/win....
Lorsque tu dépasses un certain seuil d'heures, soudainement tout devient possible.
Le 08/11/2025 à 19h06
Modifié le 09/11/2025 à 00h39
- Numéros surtaxés / SMS+ / Internet+ :
https://www.surmafacture.fr
Pour signaler les SMS ou appels indésirables :
Le 33700 ou https://www.33700.fr
Une insatisfaction avec un opérateur télécom, internet, postal ou de distribution de la presse :
https://jalerte.arcep.fr
Le 09/11/2025 à 15h31
Pour ça, il y a la plateforme Pharos :
Mais en effet c'est surprenant que l'on puisse encore aujourd'hui recevoir des arnaques avec des SMS soit-disant de Mondial Relay ou se faisant passer pour le service d'opposition sa propre banque (à cause des nombreuses fuites) sans que les personnes opérant derrière des numéros de tél français se sentent menacer de quoi que ce soit
Modifié le 10/11/2025 à 09h49
Perso, j'ai du mal à faire la différence entre le spam et l'escroquerie, si je peux au moins ne plus recevoir ces messages, c'est déjà ça (à charge aux opérateurs télécom de signaler les infractions, ils sont sûrement beaucoup plus avisés et habilités que moi pour savoir si l'arnaque relève d'une infraction massive et grave).
Le 10/11/2025 à 14h50
le spam, c’est avant tout une nuisance. En général, il s’agit de messages commerciaux non sollicités, envoyés par des entreprises bien réelles qui essaient simplement de refourguer leur camelote. C’est énervant, mais il suffit souvent de supprimer le message ou raccrocher sachant que des solutions techniques existent pour s'en prémunir (uBlock Origin, blocage des numéros masqués ou liés au démarchage).
En revanche, le phishing (ou hameçonnage) relève de l’arnaque pure et simple. Là, on n’a plus affaire à une société légitime, mais à des escrocs qui se font passer pour quelqu’un d’autre (banque, service public, site connu, etc.) dans le but de voler des données personnelles ou bancaires. C’est beaucoup plus difficile à repérer, surtout quand c’est bien fait.
Et le pire, c’est que les outils d’IA rendent aujourd’hui ces arnaques de plus en plus crédibles.
C'est pour ça qu'on devrait vraiment renforcer la détection et la prévention de ce type de comportements
Modifié le 10/11/2025 à 21h32
Le 13/11/2025 à 08h47
C'est la même chose avec l’isolation à 1€ ou les panneaux solaires : l'unique chose qu'on te demande ce sont tes revenus, pour voir combien de crédits d'impôts on va pouvoir te détourner. Le produit vendu est un crédit travaux adossé à un tableau de remboursement basé sur le crédit d'impôt, là aussi pour que l'arnaque marche une société bidon va venir dérouler un rouleau de laine de verre à l'arrache pour pouvoir facturer qqch: La qualité ou l'adaptation de l'isolation n'est pas pris en compte.
La raison est très simple, un bon artisan n'a pas besoin de faire de pub : il est déjà débordé de boulot, et n'accepte que les gros chantiers et en général sur cooptation...
Le 07/11/2025 à 14h18
Le 07/11/2025 à 16h06
Le 07/11/2025 à 16h45
2025 : "On peut tromper infiniment plus de fois infiniment plus de personnes (et même être payé pour ça)"
Mark 1 - Émile 0
Le 07/11/2025 à 18h19
Entrée 3€
Vous avez un caméscope ? Barrez-vous pervers !
Vous avez un smartphone et un miroir ? Du coup ça sera 5€.
Le 09/11/2025 à 15h34
Le 08/11/2025 à 08h09
Combien temps ont ils pris pour décider ?
Je ne sais pas si prendre l'unité de réponse en seconde n'est est grand...
Le 08/11/2025 à 19h05
Modifié le 09/11/2025 à 00h54
Modifié le 09/11/2025 à 21h56
OK->
Le 10/11/2025 à 09h02
Le 10/11/2025 à 08h59
Le 10/11/2025 à 09h29
Le 10/11/2025 à 09h39
Modifié le 12/11/2025 à 20h29
Le 10/11/2025 à 11h01
Signaler un commentaire
Voulez-vous vraiment signaler ce commentaire ?