La déléguée mondiale à la Protection des Données de Palantir est aussi porte-parole du PS
AI City / Emily Rand & LOTI / Better Images of AI / CC-BY 4.0
Julie Martinez est, depuis un mois, porte-parole du Parti Socialiste. Mais elle exerce aussi les fonctions de Déléguée mondiale à la Protection des données au sein de Palantir, l'entreprise fondée notamment par Peter Thiel et Alexander Karp pour accomplir leur vision politique d'extrême droite.
Le 09 septembre 2025 à 12h29
6 min
Société numérique
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Depuis un mois, Julie Martinez est une des porte-paroles du Parti Socialiste. Mais elle est aussi déléguée mondiale à la Protection des Données pour l'entreprise Palantir, co-fondée par Peter Thiel et Alexander Karp, révélait le journal l'Humanité vendredi 5 septembre. Cette juriste est entrée au PS en 2017.
Des tribunes sur la souveraineté et le sexisme dans l'IA
Julie Martinez est aussi Directrice Générale du think tank France Positive, présidé par Jacques Attali. Avec cette casquette, elle publie notamment des tribunes sur le numérique. Par exemple, en février dernier, elle co-signait dans La Tribune, que « l'IA ne nait pas sexiste, elle le devient. Nourrie par des données du passé, elle hérite des rapports de domination trop longtemps établis. Et comme 88 % des algorithmes sont créés par des hommes, elle reproduit leurs biais, diffuse et amplifie les clichés des inégalités de genre ».
À l'occasion de la sortie de DeepSeek-R1, elle publiait dans le Monde une tribune dans laquelle elle pointait des questions de souveraineté et d’intégrité des données si le modèle de l'entreprise chinoise était utilisé dans des secteurs stratégiques et publics : « L’adoption massive de DeepSeek-R1 dans des secteurs stratégiques et publics pose des questions de souveraineté et d’intégrité des données. Si ce reproche est souvent fait à l’encontre de nombreux géants américains, les entreprises technologiques chinoises opèrent, elles, dans un cadre de gouvernance étroitement supervisé par l’État. Sous le couvert d’innovation, ces technologies pourraient s’avérer être des chevaux de Troie numériques prêts à s’immiscer dans nos activités nationales », affirmait-elle.
Depuis 2022, « legal ninja » puis DPO chez Palantir
Mais Julie Martinez a aussi rejoint Palantir en 2022. En tant qu'avocate ( « legal ninja » sur son profil Linkedin) puis en tant que déléguée mondiale à la Protection des Données. Cette entreprise n'est pas n'importe quelle startup d'analyse de données. Elle a été fondée par les libertariens Peter Thiel, Stephen Cohen, Joe Lonsdale, et Alex Karp. Ce projet a été financé notamment par David Sacks.
Dès l'origine, Palantir a été pensée comme une entreprise qui récupère le plus de données possible pour mettre en place leur projet politique, notamment en aidant les agences de renseignement à faire proliférer leurs programmes de surveillance. Alex Karp, qui en est encore le CEO, assume toujours dans une publicité affichée sur des abribus et diffusée sur X : « Nous avons créé Palantir pour assurer l'avenir de l'Amérique, pas pour bricoler à la marge. [...] Dans les usines, dans les salles d'opération, sur les champs de bataille, nous construisons pour dominer ».
Ses fondateurs ont réussi non seulement à mettre en place leurs solutions dans les administrations, mais aussi à entretenir des liens étroits avec les équipes de l'actuel président des États-Unis.
Ainsi, Peter Thiel est devenu dès le premier mandat de Donald Trump un de ses conseillers et David Sacks a été nommé « tsar » de la crypto et de l’IA à la Maison-Blanche au début de son deuxième mandat. C'est au cours d'un show co-animé par David Sacks que Donald Trump a signé ses décrets imposant son idéologie dans les modèles d’IA utilisés dans les agences étasuniennes.
Le deuxième mandat de Donald Trump marque aussi une accélération de l'utilisation des logiciels de Palantir dans les agences étasuniennes au risque d’une fusion des données, l'entreprise profitant à fond de cette élection. Elle a, par exemple, bénéficié d'un contrat de 30 millions de dollars avec le gouvernement étasunien pour mettre en place Immigration OS, un outil d'assistance à l'expulsion des étrangers du sol étasunien.
Palantir « accompagne la lutte contre les extrémismes », selon Julie Martinez
Mais pour Julie Martinez, son poste de déléguée mondiale à la Protection des Données chez Palantir n'est pas incompatible avec celui de porte-parole du PS. Interrogée par l'Humanité, elle affirme être chargée de « veiller à ce que nos valeurs européennes soient prises en compte » et avoir un poste « à impact ». Elle ajoute qu'elle est « coriace et redoutable » et qu'elle a l'impression d'être « efficace ».
À nos confrères, elle assure que travailler pour Palantir, ce n'est pas renier les « convictions de militante socialiste, antifasciste, anti-extrême droite » qui lui sont « chevillées au corps ». Ça serait même « défendre des convictions là où ça compte vraiment ». Toujours à l'Humanité, elle assure que les responsables de l'entreprise connaissent « parfaitement [ses] positions publiques ». Elle juge que Peter Thiel est « un libertarien qu'[elle] méprise », que son idéologie est « mortifère » mais qu'il n'a « plus aucun pouvoir opérationnel ».
Selon elle, toujours en réponse à l'Humanité, Palantir « accompagne la lutte contre les extrémismes », appuie les Ukrainiens et s'engage « contre le trafic de bébés » et elle balaie l'information sur le contrat Immigration OS d'un très trumpien « fake news ».
Interrogée par Next, Julie Martinez n'a pas répondu, notamment sur les prises de positions récentes de l'actuel CEO de Palantir, Alex Karp, affirmant que les entreprises d'informatique les plus importantes sont celles dont les produits « renforcent la supériorité évidente et innée de l'Occident » et « apportent violence et mort à nos ennemis ».
Le Parti socialiste ne s'en offusque pas auprès de l'Humanité. Si pour le directeur général du PS, Floran Vadillo, « travailler pour Palantir n'est pas un non-sujet », il ajoute que « les fonctions de Julie Martinez sont conformes à son engagement » et qu' « elle porte un discours de régulation ».
Erratum : Nous avons corrigé une erreur suite à la confusion avec une homonyme engagée aussi au PS dans le Tarn.
La déléguée mondiale à la Protection des Données de Palantir est aussi porte-parole du PS
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Des tribunes sur la souveraineté et le sexisme dans l'IA
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Depuis 2022, « legal ninja » puis DPO chez Palantir
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Palantir « accompagne la lutte contre les extrémismes », selon Julie Martinez
Commentaires (23)
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Abonnez-vousModifié le 09/09/2025 à 15h40
Le 09/09/2025 à 12h53
Le 09/09/2025 à 22h51
Le 09/09/2025 à 12h56
Chez nos élites le conflit d'intérêt n'est pas quelque chose de concret , on l'a vu de multiple fois déjà en politique. Le fameux "en même temps" :-)
Le 09/09/2025 à 13h42
Le 09/09/2025 à 20h00
Le 10/09/2025 à 20h41
Le 09/09/2025 à 20h03
Le 09/09/2025 à 13h01
Modifié le 09/09/2025 à 13h47
Le 09/09/2025 à 18h34
En tout cas, cette porte parole est bien choisie, vraiment! Le pire c'est encore que ce tas de c..s n'ait rien vu venir. Et dire que F-A-U-R-E (les djeuns n'auront pas la réf), le roi de la cuisine électorale succédant à Hollande, voudrait faire tourner la cuisine de Matignon avec une casserole pareille!! Le c..!!
Le 10/09/2025 à 19h58
Le 10/09/2025 à 20h23
Désolé pour le lien tiktok, mais je ne l'ai trouvé que là.
Je ne me souvenais pas que c'était Michel Leeb dans la pub !
Le 11/09/2025 à 09h17
Modifié le 09/09/2025 à 15h33
Le 09/09/2025 à 16h35
D'ailleurs ça revient à la mode, un lien tout mignon avec des moustaches.
Donc oui, bha, pfff.... quoi !
PS : Suis perdu avec le changement d'interface pour faire des liens
Le 10/09/2025 à 22h20
Les seuls socialistes au sens large qui étaient compatibles nazisme (et encore, c'était plutôt de circonstance) et antisémitisme, c'étaient les commies.
En revanche, les bourgeois, pour lesquels le fric passe avant tout, eux s'accommodaient très bien du nazisme, voire le soutenaient activement (toute ressemblance, etc. avec Bolloré ne serait purement pas fortuite).
Le 12/09/2025 à 15h38
Le 09/09/2025 à 18h53
Même s'il elle n'avait "que" travaillé pour Palantir dans le passé ça aurait été un problème insolvable, alors avoir les 2 casquettes en même temps...
Le 09/09/2025 à 19h39
Non pas que ça m'importait plus que ça, vu que j'ai pas voté pour eux, je l'ai juste noté dans ma p'tite tête avec un certain étonnement : "Tiens, un mec qui dit des choses en rapport avec ce qu'il est censé représenter, comme c'est étrange...".
Eh ben ça n'a pas tortillé deux secondes : ses prétendus "collègues" censés être dans le même parti et soutenir sa candidature donc, se sont empressés de bien le poignarder dans le dos, mais avec une force... Éjecté avec goudron et plumes, en trente secondes chrono... Pourtant élu officiellement par les militants, tamponné par la direction, etc...
Ceci dit, si c'était le seul parti ou mouvement dont j'ai entendu ce genre d'histoire... Mais malheureusement, et ce quelque soit l'endroit, l'étiquette ou la tendance, dès qu'il y a des enjeux de pouvoir, les intéressé(e)s deviennent de tels salopards...
Le 10/09/2025 à 14h58
Quand à cette dame que je ne connais pas, je comprends de l’article qu’elle a discours qui n’est pas aligné avec les positions des créateurs de Palantir ... mais dans les faits, ses actions sont cohérentes avec son discours, non. Que lui reproche-t-on alors ? Qu’elle ment ? Qu’elle est idéaliste à vouloir changer Palantir ? Qu’elle ne voit pas qu’elle sert de caution morale à Palantir ? Autre chose ?
Le 11/09/2025 à 15h15
Modifié le 13/09/2025 à 17h26
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