Les enfants et adolescents face aux fake news
Si c’est trop beau…
Le 08 septembre 2025 à 10h58
Un enfant de 11 ans peut-il distinguer une fausse information d’une vraie ? Non, selon une étude portée par des chercheurs du CNRS. Problème, ils sont pour certains déjà abreuvés aux réseaux sociaux. Néanmoins, leur esprit critique s’affine avec l’âge. Attention néanmoins à ne pas basculer de l’esprit critique à la théorie du complot.
Les enfants et adolescents face aux fake news
Si c’est trop beau…
Un enfant de 11 ans peut-il distinguer une fausse information d’une vraie ? Non, selon une étude portée par des chercheurs du CNRS. Problème, ils sont pour certains déjà abreuvés aux réseaux sociaux. Néanmoins, leur esprit critique s’affine avec l’âge. Attention néanmoins à ne pas basculer de l’esprit critique à la théorie du complot.
Le 08 septembre 2025 à 10h58
Réseaux sociaux
Sociaux
6 min
Dans un article récent, le Journal du CNRS explique que « oui, les adolescents peuvent se défendre » face aux fake news. Entre les réseaux sociaux, des sites d’actualités générées en tout ou partie par des IA et mis en avant par Google, on se retrouve assez facilement confronté à des infox en masse.
« Ces fausses nouvelles volontairement fabriquées et diffusées pour piéger le public et influencer les opinions, constituent donc un enjeu social, mais aussi politique : manipulation d’élections, influence sur les campagnes de vaccination, etc. », rappelle le CNRS : « Or tous les individus ne sont pas armés face aux fake news, notamment les adolescents, dont le développement cérébral ne s’achève qu’entre 20 et 25 ans ».
Les collégiens face aux fake news
Une étude menée par Marine Lemaire, doctorante en psychologie au LaPsyDÉ (Laboratoire de Psychologie du Développement et de l’Éducation de l’enfant, CNRS) et publiée dans Nature s’est intéressée au sujet. Elle a proposé à 432 enfants de 11 à 14 ans 56 nouvelles (50 % de vraies, 50 % de fausses) sous la forme de « posts » sur des réseaux sociaux, avec un titre, une accroche et une image.
Premier enseignement : « plus les collégiens sont âgés, mieux ils repèrent les fausses informations parmi les 56 soumises, et ce, quel que soit leur genre (le milieu social n’a pas été exploré) ». Selon les conclusions de l’étude, « le développement de la capacité à identifier les fake news est en partie lié au développement de la capacité de raisonnement ».
Autre enseignement : « Plus on voit une information, plus on a tendance à croire qu’elle est vraie. C’est un biais très robuste, détecté dès l’âge de 5 ans », identifié en 1977 et connu sous le nom d’effet de vérité illusoire. Avec les fausses informations reprises en boucle sur les réseaux sociaux, c’est un biais important. Cette fois-ci, « ni l’âge ni la capacité de raisonnement n’influent sur l’effet de répétition » ; les adultes ne sont ainsi pas épargnés.
Encore récemment, nous avons eu le cas avec l’histoire (fausse) des 2,5 milliards de compte Gmail compromis, ou bien cette rumeur relayée par de nombreux médias sur les voitures de plus de 10 ans soumises à un contrôle technique annuel. Nous pourrions multiplier les exemples tant ils sont nombreux.
Développer son esprit critique, sans devenir complotiste
Une partie de l’étude s’est intéressé aux jeunes de 11 ans, c’est-à-dire ceux qui vont entrer au collège : « En moyenne, nous n’avons pas trouvé de différence significative du point de vue statistique », explique Marine Lemaire, au point de ne pas encore être capable de différencier une vraie nouvelle d’une infox.
La bonne nouvelle, selon Grégoire Borst, directeur du LaPsyDÉ et co-auteur de la publication, c’est qu’il est possible d’expliquer aux enfants le fonctionnement des algorithmes, mais… encore faut-il en avoir conscience soi-même, et bien le comprendre. Il milite donc pour que l’éducation aux médias et à l’information soit renforcée.
Vie Publique rappelle qu’une « circulaire du ministère de l’Éducation nationale de janvier 2022 renforce et généralise l’éducation aux médias et à l’information (EMI). Face aux nombreux flux d’informations, à la diversité des sources et à la multiplicité des supports, il apparaît nécessaire de former les élèves à s’informer ». Mais sur le terrain, il reste encore beaucoup de travail.
L’article a été mis à jour le 30 mars sur Vie Publique, mais dans la partie dédiée à la lutte contre la désinformation, les derniers articles parlent du rapport de Viginum sorti en février dernier au sujet des actions de désinformations russes en lien avec la guerre en Ukraine, et des élections européennes de 2024. Ce ne sont pourtant pas les fausses informations qui manquent…
Antonio Casilli, professeur de sociologie à Télécom Paris, rappelait en 2022 que « les algorithmes qui déterminent le fil d’information de chaque utilisateur sont optimisés pour mettre en avant des messages percutants et provoquant des réactions émotionnelles fortes. Une sorte de “prime” à l’émotion et à la controverse, laquelle incite l’utilisateur à prolonger sa connexion. C’est pourquoi les fake news les plus outrancières bénéficient d’une large diffusion ».
Mais le chercheur met aussi en garde contre un effet pervers qui peut rapidement arriver : « La vraie difficulté que nous rencontrons est de développer la pensée critique des adolescents, tout en évitant qu’ils se mettent à douter de toutes les informations. Sinon, ils risquent de se réfugier sur des sites diffusant uniquement des informations avec lesquelles ils sont déjà d’accord, voire d’adhérer à des théories complotistes ».
« Cultiver le doute raisonnable »
Rappelons que X et Meta ont fortement modifié leur politique de modération et de lutte contre la désinformation. Au début de l’année, nous expliquions que « Facebook, Instagram et Threads abandonnent leurs programmes de vérification des informations, au profit d’une modération assurée par les utilisateurs finaux, à la façon des Community Notes instaurées sur X ».
Grégoire Borst recommande donc de « cultiver le doute raisonnable » et de prendre l’habitude de vérifier une information au moindre doute, ou si elle paraît trop belle pour être vraie, trop sensationnelle, bref « trop » quelque chose.
Pour Marine Lemaire, il ne faut pas stigmatiser les adolescents, qui détectent de mieux en mieux les fake news en grandissant. Enfin, « ils ne les repartagent pas forcément – au contraire, par exemple, des personnes âgées », rappelle le Journal. Une étude avait ainsi révélé que, lors de la présidentielle de 2016 aux États-Unis, les plus de 65 ans partageaient en moyenne 7 fois plus de fake news sur Facebook que les 18 - 29 ans.
Les enfants et adolescents face aux fake news
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Les collégiens face aux fake news
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Développer son esprit critique, sans devenir complotiste
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« Cultiver le doute raisonnable »
Commentaires (15)
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Abonnez-vousLe 08/09/2025 à 14h03
L'esprit critique sur une news est remplacé par la confiance qu'on porte au média qui diffuse la news.
Le 08/09/2025 à 14h14
c'est affolant le nombre de fake news et autres conneries qu'on peut voir passer dans le fil facebook....
bcp de gens plongent.
et on en est qu'au debut.
c'est vrai qu'on ne commente plus vraiment une news, on passe son temps a se demander si elle est vraie ou pas.
putain d'epoque
Le 08/09/2025 à 14h15
Le 08/09/2025 à 15h30
Modifié le 08/09/2025 à 15h59
Ca veut dire que parfois la réalité rattrape la fiction, ou n'est pas si loin de le faire.
Il devient donc difficile de préjuger si une news est fake en se basant sur son seul bon sens.
Le 08/09/2025 à 16h45
Le 09/09/2025 à 16h45
Le 08/09/2025 à 14h43
Quand on pense tout savoir, on cesse d'apprendre.
Le 08/09/2025 à 15h04
Le 08/09/2025 à 15h51
Le 08/09/2025 à 16h30
Le 08/09/2025 à 18h22
Il faut vraiment arrêter de croire que l'on n'apprenait rien avant et qu'on est ignare sur ce qui est en ligne. Les caricatures sur les boomers, ça va bien, inutile de copier Bayrou.
Le 08/09/2025 à 20h16
Le 08/09/2025 à 20h31
Mais, j'avais un peu pensé comme toi : je me suis même demandé s'il y avait encore des 18-29 sur Facebook.
Le 09/09/2025 à 10h27
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