Les ados, cibles de choix des recruteurs djihadistes, néo-nazis et des espions russes
Stinks like teen spirit
Le 20 août 2025 à 16h05
Fin 2023, le parquet antiterroriste découvrait que plus de la moitié des personnes mises en cause dans des procédures terroristes, majoritairement djihadistes, avaient moins de 18 ans. Fin 2024, les services de renseignement anglo-saxons et Europol tiraient la sonnette d’alarme au sujet de la radicalisation extrémiste d’adolescents, majoritairement d’ultra-droite et/ou sataniste. Une enquête de Libération indique que les services de renseignement russes recourent, eux aussi, de plus en plus à des ados « jetables ».
Les ados, cibles de choix des recruteurs djihadistes, néo-nazis et des espions russes
Stinks like teen spirit
Fin 2023, le parquet antiterroriste découvrait que plus de la moitié des personnes mises en cause dans des procédures terroristes, majoritairement djihadistes, avaient moins de 18 ans. Fin 2024, les services de renseignement anglo-saxons et Europol tiraient la sonnette d’alarme au sujet de la radicalisation extrémiste d’adolescents, majoritairement d’ultra-droite et/ou sataniste. Une enquête de Libération indique que les services de renseignement russes recourent, eux aussi, de plus en plus à des ados « jetables ».
Le 20 août 2025 à 16h05
Société numérique
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12 min
« Plus de la moitié des mis en cause dans des procédures terroristes depuis janvier 2023 ont moins de 18 ans », révélait une enquête de RTL fin 2023. Dix jeunes de 14 à 18 ans avaient en effet été mis en examen pour association de malfaiteurs terroriste criminelle depuis début 2023, d’après le parquet national antiterroriste (PNAT).
« La jihadosphère connaît un dynamisme certain depuis un an et demi, notamment la jihadosphère russophone qui touche plus particulièrement les jeunes d’origine tchétchène en France », expliquait à RTL une source au sein des services de renseignement.
Une radicalisation qui serait le fait de « gamins qui se montent la tête sur Internet », expliquait Alexandra Hawryliszyn, avocate de l’un d’entre eux, qui se disait « stupéfaite » par le niveau d’embrigadement numérique de son client :
« Ce que j’ai découvert dans ce dossier, c’est qu’ils sont approchés aussi par le biais de jeux en ligne. Ils se mettent en scène comme des terroristes où ils doivent tuer le maximum de Juifs, relate l’avocate. Il n’y a rien de pire que l’ignorance [des ados] combinée à la haine, ça peut être terrible. »
Une « sonnette d’alarme au niveau mondial au sujet des risques encourus par nos enfants »
Fin 2024, trois documents, émanant des services de renseignement et des polices antiterroristes anglo-saxons, ainsi que d’Europol, tiraient, eux aussi, la sonnette d’alarme au sujet du nombre croissant de jeunes et d’adolescents (auto-)radicalisés sur Internet. Ils pointaient spécialement du doigt la « gamification » offerte par les plateformes et les « bulles de filtres » des réseaux sociaux et messageries sécurisées.
« Pour la première fois depuis sa création pendant la Seconde Guerre mondiale », soulignait son communiqué, l’alliance des « Five Eyes » (qui réunit les services de renseignement états-uniens, britanniques, canadiens, australiens et néo-zélandais) rendait public un document conjoint, qualifié de « sonnette d’alarme au niveau mondial au sujet des risques encourus par nos enfants ».
Il appelait à une « réponse de l’ensemble de la société », « à l’échelle mondiale », afin de « lutter contre la menace croissante que représente l’extrémisme en ligne pour les enfants », qui « sont de plus en plus nombreux à être entraînés dans l’extrémisme violent ».
Il constatait que les médias sociaux et les plateformes de jeux « apparemment inoffensifs, tels que Discord, Instagram, Roblox et TikTok », sont aussi devenus des lieux de « première approche des mineurs », et « offrent un accès illimité aux enfants aux délinquants sexuels, aux extrémistes et à d’autres acteurs malveillants, qui peuvent essayer de les exploiter de différentes manières ».
Sur les neuf « case studies » mentionnés, seuls deux étaient reliés à l’islamisme. Un troisième cas se borne à mentionner une « idéologie extrémiste », mais sans la qualifier. Les six autres cas, soit les deux tiers, relevaient d’idéologies suprémacistes et de l’extrême droite.
Les groupes terroristes et extrémistes « ciblent stratégiquement les jeunes »
Yvette Cooper, secrétaire d’État britannique à l’Intérieur, relevait pour sa part que 13 % de toutes les personnes faisant l’objet d’une enquête par le MI5 pour leur implication dans un projet terroriste avaient moins de 18 ans, ce qui représente une multiplication par trois au cours des trois dernières années.
En outre, les jeunes de 11 à 15 ans représentaient désormais 40 % de tous les renvois au programme Prevent de déradicalisation, et la moitié de tous les cas adoptés par Channel lorsque l’âge est connu (contre un tiers en 2017), un autre programme de déradicalisation.
En introduction de son rapport annuel sur le terrorisme, Catherine De Bolle, directrice exécutive d’Europol, soulignait quant à elle que « l’implication intentionnelle de jeunes par des groupes terroristes dans la production de propagande en ligne est de plus en plus préoccupante ». Et ce, d’autant que « les jeunes peuvent utiliser pleinement les fonctionnalités de la communication en ligne pour étendre la portée des terroristes, éviter la modération du contenu et échapper à la détection ».
Le rapport notait également que « les groupes terroristes et extrémistes violents de toutes les idéologies ciblent stratégiquement les jeunes ». D’une part, parce qu’ils sont plus sensibles à la radicalisation et plus enclins à passer à l’action, mais aussi parce qu’ils encourent des peines plus légères que les adultes.
Les ados « jetables », sous-traitants des services de renseignement russes
Une enquête de Libération indique que les services de renseignement russes sous-traitent eux aussi et de plus en plus leurs actions de sabotage et de « guerre hybride » menées sur le territoire européen à des adolescents « jetables », recrutés directement ou via des groupes criminels.
Approchés sur le web, ils leur proposent quelques centaines d’euros pour « coller des tracts anti-Otan, espionner une base militaire, saboter une infrastructure de transport, mener des actes de vandalisme sur des mosquées ou mettre le feu à un grand magasin… » :
« Les jeunes sont approchés sur des réseaux sociaux, des messageries, des plateformes de jeux ou des services de streaming. […] Ils peuvent aussi être manipulés par une propagande extrêmement ciblée, conçue dans leur langue à l’aide de l’intelligence artificielle, et penser agir pour une cause qui leur tient à cœur. En général, ils ne connaissent pas le commanditaire, et sont payés en cryptomonnaie. »
Ce recours à des non-professionnels serait dû au fait que la Russie doit mobiliser ses experts sur le théâtre ukrainien et les pays où elle peut encore opérer sous couverture, ainsi qu’aux expulsions massives par les pays européens d’agents de renseignement russes sous couverture diplomatique. D’après Libé, « depuis avril 2022, la France a refusé 1 200 visas et accréditations à des diplomates ou des visiteurs russes ».
« L’objectif final n’est pas nécessairement d’obtenir des informations secrètes ou de saboter, mais plutôt de semer la peur, l’incertitude et le doute. Cet objectif peut être atteint même si les auteurs sont arrêtés ou passent aux aveux », explique Keir Giles, analyste au think tank Chatham House.
En Ukraine, 1/4 des saboteurs et espions ont moins de 18 ans
Un rapport du gouvernement suédois estime que « 10 % des jeunes de 12 à 20 ans intéressés par les jeux vidéo ont, à un moment ou à un autre, été confrontés à des tentatives de recrutement par des mouvements antidémocratiques », souligne Libé, qui note que cette tactique cible aussi les Ukrainiens :
« Sur plus de 700 personnes arrêtées en Ukraine depuis un an et demi pour leur implication dans des activités d’espionnage, d’incendies criminels et d’attentats orchestrées à distance par Moscou, un quart avait moins de 18 ans – la plus jeune avait 11 ans. »
En mars, un adolescent de 17 ans avait ainsi été tué, et son ami de 15 ans grièvement blessé, par l’explosion des deux bombes qu’ils transportaient, avait rapporté le site lié au gouvernement ukrainien United24media.
Recrutés via Telegram en échange d’ « argent facile », ils avaient fabriqués deux engins équipés de détonateurs télécommandés et d’éléments de shrapnel supplémentaires, notamment des écrous métalliques, afin de maximiser les dégâts en suivant les instructions qui leur avaient été transmises.
Les services de renseignement russes, qui suivaient leurs mouvements à distance par GPS, auraient fait exploser les engins explosifs improvisés contenus dans leur sac. Le survivant risque la prison à vie, relevait United24media, qui soulignait que les services russes avaient aussi tenté de recruter une adolescente de 15 ans comme « kamikaze » afin de la forcer à aller déposer une bombe similaire dans un commissariat.
De « nouvelles formes » de terroristes, de plus en plus jeunes
Si la France serait jusqu’à présent épargnée, Libé note que la revue nationale stratégique 2025, publiée en juillet par le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) et que nous avions alors chroniquée, avance cela dit qu’ « une hausse des manœuvres hybrides (sabotage, guerre économique, ingérences, cyberattaques, manipulations de l’information, etc.) portant atteinte à tous les territoires de la République doit être anticipée ».
Évoquant le séparatisme et les extrémismes violents, elle relève à ce titre que « les différents conflits (Proche et Moyen-Orient, Ukraine) ont entraîné des troubles à l’ordre public qui se sont traduits par des tensions communautaires ou des agissements délictuels (actes à l’encontre de certaines communautés religieuses, forte recrudescence des actes antisémites), potentiellement orchestrés par des groupuscules ou factions cherchant à polariser les opinions et menaçant ainsi la cohésion nationale », et que « ces troubles ont eu un écho particulier auprès des jeunes publics ».
Le SGDSN mentionne également de « nouvelles formes » de menace terroriste, « caractérisées par des acteurs de plus en plus jeunes, souvent sans lien avec la mouvance traditionnelle et radicalisés très rapidement sur internet, ainsi que par des individus souffrant de troubles psychologiques ou psychiatriques dont l’évaluation ne peut être effectuée par les seuls services de renseignement ».
En 2024, 30 % de suspects de terrorisme étaient âgés de 12 à 20 ans
« L’exploitation criminelle des jeunes est une tactique de plus en plus utilisée par les réseaux criminels pour éviter d’être repérés, poursuivis et punis. Sur 452 suspects arrêtés pour des faits liés au terrorisme dans l’Union européenne en 2024, près de 30 % étaient âgés de 12 à 20 ans », alertait en juin Piergiulio Pedretti, chef de la division Internet d’Europol, auditionné par le Parlement européen :
« Ces jeunes auteurs étaient majoritairement des hommes. La plupart d’entre eux ont subi un processus d’auto-radicalisation en ligne et agissaient en dehors de toute organisation centralisée, souvent seuls ou au sein de petites cellules de pairs. Certains n’avaient que 13 ou 14 ans. Ces enfants ont été radicalisés non pas dans des mosquées, des écoles ou par leurs pairs dans leur environnement physique, mais entièrement en ligne. »
Leur recrutement commence généralement sur les plateformes grand public : Discord, Instagram, Roblox, YouTube, TikTok, précisait le représentant d’Europol, où ils découvrent des contenus extrémistes adaptés aux jeunes, « dynamiques, interactifs et émotionnellement porteurs », avant de se voir promettre « identité, appartenance et sens, souvent sous couvert d’héroïsme, de justice ou de vengeance ».
En avril 2024, le ministère de l’Intérieur britannique avait à ce titre annoncé vouloir être « le premier pays au monde » à placer la nébuleuse d’extrême droite en ligne Terrorgram sur sa liste des organisations terroristes. Elle appelle en effet à la « guerre raciale », compare les terroristes suprémacistes à des « Saints », qui auraient d’ores et déjà tué 273 personnes depuis 2007, soit 31 % des victimes d’attentats terroristes en Occident.
The Com, CVLT & 764, la nébuleuse néo-nazie et sataniste
Depuis, Europol et le Département de la Justice (DoJ) des États-Unis ont sonné l’alerte au sujet d’une autre nébuleuse accélérationniste, sataniste et néo-nazie, dont les activités relèveraient du « terrorisme intérieur » d’après le FBI.
Baptisée « The Com » (abréviation de communauté) ou CVLT, depuis renommée « 764 », elle agrège « de nombreux groupes, associations et sous-groupes en évolution [dans] une communauté virtuelle de groupes et d’individus qui mènent des activités illicites qui glorifient la violence grave, la cruauté et le sang ».
« Ces groupes en ligne sont interconnectés et forment un réseau qui recrute des délinquants et des victimes à l’échelle mondiale », animés par la diffusion de contenus à caractère violent, pouvant aller de la cruauté sur des animaux à la pédocriminalité ou au meurtre.
« Les cibles privilégiées sont les mineurs particulièrement vulnérables entre 8 et 17 ans, notamment les LGBTQ+, les minorités raciales et les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale, tels que la dépression et les idées suicidaires », prévenait Europol, et qui sont cyberharcelés pour leur faire subir une escalade de sévices, jusqu’à les torturer.
« Ces actes extrêmement violents sont souvent liés à des communautés ayant des liens idéologiques violents avec l’extrême droite. Leurs dirigeants prônent l’effondrement de la société moderne par des actes de terreur, de chaos et de violence, propageant des idéologies qui inspirent des fusillades de masse, des attentats à la bombe et d’autres actes de terrorisme », précisait l’agence. D’après le DoJ, le groupe « prône le néonazisme, le nihilisme et la pédophilie comme principes fondamentaux ».
À toutes fins utiles, et dans un autre registre, rappelons enfin que si la sextorsion (mot-valise combinant « sexe » et « extorsion ») émanait surtout de pervers ciblant majoritairement des jeunes femmes et adolescentes, des gangs de « brouteurs » africains cibleraient majoritairement les jeunes garçons, plus naïfs et prompts à s’exhiber, et que plusieurs d’entre eux se sont suicidés après avoir été rançonnés.
Les ados, cibles de choix des recruteurs djihadistes, néo-nazis et des espions russes
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Une « sonnette d'alarme au niveau mondial au sujet des risques encourus par nos enfants »
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Les groupes terroristes et extrémistes « ciblent stratégiquement les jeunes »
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Les ados « jetables », sous-traitants des services de renseignement russes
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En Ukraine, 1/4 des saboteurs et espions ont moins de 18 ans
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De « nouvelles formes » de terroristes, de plus en plus jeunes
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En 2024, 30 % de suspects de terrorisme étaient âgés de 12 à 20 ans
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The Com, CVLT & 764, la nébuleuse néo-nazie et sataniste
Commentaires (10)
Modifié le 20/08/2025 à 16h16
Facebook, Youtube, Instagram, Tiktok, c'est la fête.
Pourtant, au pif, je suis persuadé que le surpoids et les incitations à la stéatose hépatique, représentent de nos jours un danger bien plus mortel pour nos ados, que des recruteurs djihadistes, néo-nazis et des espions russes.
Modifié le 20/08/2025 à 16h51
Sans compter le "au pif" péremptoire des plus audacieux.
Ne tentez pas ça chez vous, cascade faite par un professionnel.
Modifié le 20/08/2025 à 16h57
Vous savez, ce n'est pas parce qu'on parle de la nécessité de s'occuper de quelque chose, qu'on élude forcément le sujet d'origine, les convergences et complémentarités, ça vous parle ?
Mon intervention était une invitation à l'équipe Next, à se saisir également du sujet, pas à éluder ce qu'il se passe et est présenté dans cet article.
Puis bon... Le coup de s'attaquer au messager plutôt qu'argumenter sur le fond du sujet... C'est tellement petit et faible, que je n'en parlerais même pas.
Depuis quand cette sale ambiance a commencé à s'installer ici ? C'est à kiki aura le dernier mot et la plus grosse ? Kiki sera celui qui aura raison ?
Personnellement je préférais l'époque où on avait des échanges constructifs, sur le fond, quel que soit le sujet...
Le 20/08/2025 à 17h09
Le 24/08/2025 à 22h05
Si Jon Joe n'avait pas réagi, je l'aurais probablement fait.
Il y a plusieurs comptes ici qui semblent vouloir défendre des intérêts... disons... discutables, et il est sein que des membres de la communauté de Next fassent preuve d'esprit critique. 😊
Le 20/08/2025 à 17h57
Cependant, le sujet du recrutement à des fins terroristes ainsi que l’incitation à la violence, tant envers soi‑même qu’envers autrui, me semblent encore plus problématiques pour la vie en société, surtout s’ils touchent un grand nombre de personne.
Il y a là deux enjeux distincts : d’une part, une question de santé publique, qui reste évidemment importante ; d’autre part, un problème démocratique et sociétal dont les conséquences à long terme peuvent à mon avis, être bien plus néfastes.
Il me semble d'ailleurs que c'est la portée sociétale et démocratique qui est en sous texte de nombreux articles de Next.
Le 20/08/2025 à 16h14
Pour info, la prise en main du rotten birsite par le muskrat a littéralement tué l'intiative citoyenne "La Katiba des Narvalos" qui s'était créée pour traquer et neutraliser les comptes djihadistes.
Le 20/08/2025 à 17h06
Le 20/08/2025 à 17h07
[https://fr.pinterest.com/pin/547750373433774138/]
Le 20/08/2025 à 20h13
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