#Le brief du 01 avril 2026

NIS2 : vie privée ou sécurité nationale, le « choix entre plusieurs mauvaises solutions »

Interviewé par Libé à l’occasion de l’ouverture du forum INCyber, Vincent Strubel, patron de l’ANSSI, rappelle que, en 2025, « sur les 460 vols de données présumés traités par l’agence, 58 % relevaient du bluff », ce pourquoi « il faut relativiser les éléments de langage des attaquants » lorsqu’ils annoncent de nouvelles violations de données sur les forums spécialisés type breachforums, comme il l’avait déjà expliqué lors de l’état des lieux de la cybermenace 2025.

Il ne s’agit pas de considérer les « influenceurs cyber » comme des « adversaires », tempère Vincent Strubel, qui souligne cela dit que « ces sujets réclament de la pédagogie, de la sensibilisation », plus que des cris d’orfraie :

« Mais la reprise sans distance des éléments de langage des attaquants a des effets négatifs très concrets, qu’on a pu observer tout au long de l’année dernière : enquêter dans l’urgence sur des incidents qui n’existent pas consomme du temps et des ressources, avec un vrai risque d’épuisement des équipes de cybersécurité. »

Dans un article consacré aux « excès d’alerte des influenceurs cyber sur les fuites de données », Le Monde soulignait lui aussi récemment que « leur frénésie pose problème à ces derniers », tout en faisant surtout la publicité des attaquants :

« Il y a une différence entre alerter d’une menace et donner des leçons, voire taper sur les victimes. Les pompiers, quand ils éteignent un feu, ils ne se prennent pas en selfie. »

NIS2 : le législateur devra choisir entre plusieurs mauvaises solutions

Interrogé sur le fait que le projet de loi de transposition de trois directives européennes, dont NIS 2 n’est toujours pas programmé en séance à l’Assemblée, au motif que la DGSI s’opposerait à un amendement sanctuarisant le chiffrement de bout en bout, Vincent Strubel précise à Libé que « ce n’est pas un débat dans lequel certains auraient raison et d’autres tort » :

« On est face à deux impératifs de même valeur : celui de la protection de la vie privée et de la sécurité nationale, par la protection des communications que permet le chiffrement, et celui de la capacité des services enquêteurs à faire leur travail. Il faut concilier ces deux enjeux. Or s’il y avait une solution magique qui permette de les préserver ensemble sans impact sur l’un ou sur l’autre, elle aurait déjà été trouvée… In fine, cela relèvera d’une décision politique du législateur, qui sera un choix entre plusieurs mauvaises solutions. »

Dans les faits, le programme législatif transmis par le gouvernement « prévoit désormais un examen du texte en juillet 2026, et ce sous réserve de la convocation d’une session extraordinaire. Un tel calendrier reporte de plusieurs mois encore l’adoption de ce texte, si toutefois il est examiné avant l’été 2026 », expliquait récemment la CSNP, qui râlait sur les délais à rallonge.

Les US demandent à leurs ambassades de lutter contre les ingérences, notamment via X

Les États-Unis ont demandé à toutes leurs ambassades et consulats à travers la planète de lancer une campagne coordonnée contre la propagande étrangère, déclarant la plateforme X d’outil « innovant » utile à cette mission.

Obtenu par the Guardian, le document signé par le secrétaire d’État Marco Rubio suggère par ailleurs qu’ambassades et consulats travaillent avec le département militaire des opérations psychologiques (Miso, Military Information Support Operations, autrefois connu sous le nom de Psyop) de la désinformation.

Il impose à l’administration de suivre cinq objectifs : l’opposition aux messages hostiles, l’expansion de l’accès à l’information, la sensibilisation aux comportements des adversaires, le soutien aux voix locales qui soutiennent les intérêts états-uniens et la promotion de « l’histoire états-unienne ». Ambassades et consulats sont notamment encouragés à recruter des influenceurs, des universitaires ou d’autres types de leaders d’opinion pour leur faire diffuser des messages de contre-propagande.

Illustration : Flock

Alors que le document invite à la coordination avec le Miso, The Guardian rappelle que la sous-secrétaire à la diplomatie publique Sarah B Rogers a fait de la lutte contre les discours « anti-américains » une « priorité absolue », susceptible d’être contrée avec « tous les outils disponibles dans notre appareil diplomatique ».

Les « notes de communautés » de la plateforme X, propriété d’Elon Musk, sont plus spécifiquement citées comme des outils « innovants » et « crowdsourcés » pour lutter contre les messages auxquels l’administration états-unienne veut s’opposer.

L’opération est par ailleurs initiée en pleine guerre en Iran, l’un des États aux opérations de désinformation les plus organisées, tandis que les campagnes d’origine russe ou chinoise continuent de toucher de nombreux pays d’Europe, d’Asie ou d’Amérique.

L’Europe enquête sur le financement des six nouveaux réacteurs nucléaires EPR2

Fin 2025, la France notifiait à la Commission européenne un projet de construction de six nouveaux réacteurs nucléaires, avec une paire sur les sites de Penly, Gravelines et Bugey, dans le cadre du programme EPR2. Les mises en service sont prévues entre 2038 et 2044, pour une durée de vie de 60 ans. Coûts estimés des constructions : 72,8 milliards d’euros. Les réacteurs devraient apporter 9 990 MW supplémentaires.

La Commission explique que la France prévoit trois mesures financières pour EDF : un prêt bonifié à un taux préférentiel pour 60 % des coûts estimés, un contrat sur différence bidirectionnel d’une durée de 40 ans et un mécanisme de partage des risques. Le but étant « d’offrir une protection contre les risques échappant au contrôle d’EDF, tels que les catastrophes naturelles imprévisibles et les modifications apportées au droit national ».

La Commission estime que ce projet « est nécessaire », mais considère aussi « qu’il y a lieu de vérifier si la mesure est pleinement conforme aux règles de l’UE en matière d’aides d’État ». Elle ouvre donc une enquête approfondie sur trois principaux points : « le caractère approprié et proportionné du train de mesures d’aide », « l’incidence de la mesure sur la concurrence sur le marché » et « la conformité avec d’autres dispositions du droit de l’Union ».

Pour rappel, l’EPR de Flamanville est le 57e réacteur nucléaire Français. Il a produit ses premiers électrons en décembre 2024. Le précédent démarrage d’un réacteur en France remontait à celui de Civaux 2… il y a 25 ans.

On espère que les réacteurs EPR2 ne connaitront pas les mêmes dérives que celui de Flamanville : 17 ans de travaux – dont 12 ans de retard – et une explosion de la facture : « Il a coûté 19 milliards d’euros au lieu des 3 milliards d’euros prévus à l’origine », notait la Cour des comptes.

Dans la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE-3) mise en ligne en février, le gouvernement ne cachait pas ses fortes ambitions sur le nucléaire avec « la construction de six EPR2 pour de premières mises en service dès 2038, une option pour huit EPR2 supplémentaires, la consolidation et la prolongation des 57 réacteurs existants et une optimisation du parc visant une production de 380 TWh dès 2030 ».

Quelques semaines auparavant, RTE indiquait souhaiter une accélération de l’électrification des usages afin d’assurer un meilleur équilibre entre consommation et production d’électricité. Les voitures électriques et les datacenters étaient notamment mis en avant.

L’État français finalise le rachat de Bull

Bull, marque historique du calcul informatique, a définitivement tourné la page Atos : l’État a annoncé mardi 31 mars avoir finalisé le rachat de l’ex-division supercalcul du groupe informatique, sur la base d’une valeur d’entreprise qui pourrait atteindre 404 millions d’euros, en fonction de la réalisation de certains objectifs (non communiqués).

« Cette opération constitue une étape majeure pour la souveraineté technologique française et européenne, en particulier dans les domaines du calcul haute performance, de l’intelligence artificielle et du quantique », vante Bercy.

L’État s’était positionné dès fin 2024 comme un repreneur potentiel des activités supercalcul d’Atos, alors que le groupe de services informatiques entrait dans une période de tourmente boursière et financière sur fond de tentative de rachat manquée. L’intention s’était transformée en offre ferme en juin 2025.

Logo Bull

La démarche visait selon Bercy à préserver une activité qualifiée de critique dans la mesure où Atos, via sa division supercalcul, équipait la Défense (notamment pour la simulation nucléaire) et certains grands acteurs de l’industrie française.

Fin janvier, le nouvel actionnaire avait acté sa décision de relancer la marque Bull, quasi-centenaire, pour porter ces activités qui représenteraient aujourd’hui « plus de 3 000 professionnels et experts, pour la moitié basée en France » et un chiffre d’affaires de l’ordre de 720 millions d’euros en 2025.

Bull, sous son ancienne casquette Atos Eviden, est notamment intervenue récemment dans la fabrication du supercalculateur allemand Jupiter, et participe à la création du supercalculateur Alice Recoque qui doit mobiliser à lui seul un budget de 554 millions d’euros sur cinq ans. Ce dernier doit en effet être construit sur la base de la plateforme BullSequana XH3500, puis équipé de GPU AMD Instinct MI430X, pour viser une puissance de calcul de l’ordre de l’exaflops en double précision.

« L’entrée de l’État au capital de Bull apporte à l’entreprise un actionnaire public de long terme, garant de la stabilité, de la continuité stratégique et de la préservation de compétences critiques au service d’une filière française et européenne d’excellence », affirme Bercy.