IA dans l’administration publique : la France lance les grandes manœuvres
Mise au pas
Illustration : Flock
Le 16 juin à 12h51
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a fait mardi matin une série d’annonces sur l’intelligence artificielle. En ligne de mire, mise à disposition dans les administrations, stratégie nationale et, bien sûr, souveraineté numérique, alimentée par des moyens supplémentaires.
IA dans l’administration publique : la France lance les grandes manœuvres
Mise au pas
Illustration : Flock
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a fait mardi matin une série d’annonces sur l’intelligence artificielle. En ligne de mire, mise à disposition dans les administrations, stratégie nationale et, bien sûr, souveraineté numérique, alimentée par des moyens supplémentaires.
IA et algorithmes
IA
9 min
Article mis à jour à 15h23 avec des précisions de Matignon et Palantir au sujet du fait que la DGSI continuera, dans un premier temps, à utiliser la solution logicielle du géant états-unien.
La France passe à l’attaque, selon Sébastien Lecornu. Le Premier ministre, dans une vidéo publiée sur X ce 16 juin à 7h40, liste une série d’actions entreprises au niveau de l’État pour généraliser l’intelligence artificielle partout où elle est décrite comme pertinente. « Car le temps des expérimentations est désormais derrière nous, le temps de la généralisation commence », assène le Premier ministre.
À la veille de l’ouverture du salon VivaTech à Paris, le gouvernement veut montrer qu’il est conscient du changement qui s’opère : « Comme l’électricité hier, comme Internet il y a 30 ans, l’intelligence artificielle va changer notre manière de produire, de soigner, d’apprendre, de nous déplacer, de nous informer, voire même peut-être de penser ». Il y a donc « responsabilité », selon Sébastien Lecornu, de faire profiter de cette révolution aux usagers, que ce soit pour protéger la souveraineté, renforcer les services publics et permettre « à la France de rester une grande nation scientifique, industrielle et technologique ».
Début de généralisation
L’allocution du Premier ministre, au-delà de faire un point rapide de la situation, contenait surtout une série six annonces pour « changer d’échelle » :
- La mise à disposition d’un « agent conversationnel souverain commun » pour l’ensemble des agents publics
- Les technologies « les plus avancées » développées par le ministère des Armées seront « progressivement ouvertes aux autres administrations », à commencer par les ministères de la Justice et de l’Intérieur, via notamment le portail GenIAI « qui a démontré son efficacité dans des environnements particulièrement exigeants » et qui sera déployé dans toutes les administrations régaliennes
- Un assistant santé publique déployé dans Ameli d’ici la fin de l’année, pour proposer de premières orientations « fiables », mieux guider les usagers et plus généralement trouver rapidement la bonne réponse
- Une démocratisation de l’accès aux données publiques, avec le lancement d’une plateforme unique dédiée à l’IA pour accéder à des informations comme les données démographiques, économiques, géographiques et administratives
- La France investira 665 millions d’euros supplémentaires au développement de l’IA dans le cadre du projet France 2030 pour « soutenir les infrastructures, les capacités de calcul, la recherche, les entreprises et les filières industrielles qui feront la puissance de demain »
- Un axe sur la souveraineté numérique, avec l’annonce de l’abandon du « géant américain » Palantir au profit de la solution française ChapsVision, « retenue aujourd’hui par la DGSI »
Le calendrier de la dernière annonce ne manquera pas d’interroger puisque le contrat liant la DGSI à Palantir avait été renouvelé en décembre 2025 pour trois ans. « Le choix de ChapsVision est le résultat d’un processus de sélection, qui n’était pas achevé en décembre dernier. Pour ne pas souffrir d’un trou capacitaire dans ce domaine sensible essentiel pour notre sécurité nationale, le contrat a été renouvelé. Cette phase permettra le temps nécessaire de former les équipes et préparer la migration vers la solution de ChapsVision », répond à ce sujet Matignon à Raphaël Grably de BFMTV.
Cherchant à déminer les accusations de « coup de com’ », Matignon précise à BFMTV que le « débranchage » de Palantir par la DGSI sera fait d’ici « 1 à 3 ans selon le moment le plus opportun », et donc potentiellement avant la fin du contrat renouvelé en décembre dernier, qui court jusqu’à fin 2028. Contacté, Palantir assure de son côté à BFMTV que « le contrat de long terme qui lie l’entreprise à la DGSI, et renouvelé fin 2025 pour plusieurs années, demeure pleinement en vigueur ».
Les ministères sont prévenus
Après ces annonces principales, le Premier ministre a ajouté une contrainte pour les ministères, pour préparer notamment le projet de finances 2027. Ainsi, chacun « devra démontrer comment il utilise l’intelligence artificielle pour simplifier les démarches, améliorer le service rendu aux Français et réduire les tâches inutiles, notamment remplies par nos propres agents, et donc faire des économies sans diminuer la qualité du service public rendu à la nation ». Les ministères sont avertis que cette « capacité à se transformer sera désormais prise en compte dans les arbitrages budgétaires », afin de « stimuler cette transformation et mobiliser davantage les ministres et les patrons des grandes entreprises ».
« L’État doit récompenser l’innovation, l’État doit encourager l’efficacité, l’État ne financera plus l’immobilisme, il doit financer désormais sa propre transformation. Car chaque heure gagnée grâce à l’intelligence artificielle est une heure rendue aux Français, chaque procédure simplifiée est une liberté retrouvée, chaque économie réalisée est une ressource supplémentaire pour nos priorités », ajoute le Premier ministre.
Des annonces à surveiller
Bien que ces annonces visent à montrer un gouvernement volontaire dans son approche et conscient des révolutions entraînées par l’intelligence artificielle, une certaine vigilance est de mise. Par exemple, on ne sait pas si les 665 millions d’euros supplémentaires alloués à France 2030 sont une nouvelle somme débloquée ou un simple redéploiement au sein de l’enveloppe générale du projet. Pas de calendrier concret non plus pour le déploiement de l’assistant conversationnel pour les agents publics, contrairement à celui pour Ameli, indiqué pour cette année, donc au cours des six prochains mois.
On ne sait rien non plus de l’entraînement et de l’inférence des modèles qui seront utilisés dans les administrations. Rien n’est dit sur la puissance de calcul et les infrastructures utilisées. Dans ce domaine, comme presque tout le monde, la France est tributaire de grandes entreprises américaines, NVIDIA en tête, même si les serveurs physiques sont en France.
La question d’un assistant performant dans Ameli est en outre intéressante. Le stockage des données de santé par le Health Data Hub chez Microsoft a provoqué bien des remous ces dernières années, avant finalement d’échoir à Scaleway en avril, comme l’a rappelé le Premier ministre. L’accès à ces données est particulièrement sensible et la portée de l’assistant n’a pas été précisée.
Cap sur la formation
On en apprend cependant un peu plus dans un document publié il y a quelques heures par le ministère de l’Économie et des Finances, notamment sur la gestation du projet L’Assistant qui doit équiper tous les agents de la fonction publique.
Le document indique par exemple qu’il a été en test ces dix derniers mois auprès de 10 000 agents provenant de six ministères (Justice, Finances, Éducation nationale, Culture, Enseignement supérieur et Recherche, Services du Premier ministre). Les fonctions abordées sont classiques : résumés, reformulations, extractions d’informations dans des rapports, traductions, et plus récemment RAG, pour créer des bases documentaires dédiées. L’évaluation a été menée par la DITP (Direction interministérielle de la transformation publique), avec la collaboration (entre autres) de chercheurs venant de LaborIA (Inria), du Laboratoire Fabrique de Pensée Critique (INSA Rennes) et du LISIS (CNRS). Selon le document, 75 % des agents auraient trouvé L’Assistant utile à leur métier.
D’autres points sont abordés, dont la formation. L’État vient ainsi de mettre à disposition un « Guide d’usage de l’IA » pour les agents publics (accès public), invités à le consulter. Il s’agit d’une première étape, le gouvernement précisant que le manque de formation est une remontée fréquente. Plus d’un tiers des agents ont ainsi déclaré n’en avoir jamais bénéficié et 31 % ne pas connaitre le cadre d’usage quand des usages existent.
Le cadre général de formation est cependant encore en construction, même si ce deuxième document promet des avancées rapides, en coopération avec les syndicats concernés. En plus d’un rassemblement de toutes les ressources liées dans un même accès, l’État réitère son ambition de former autant d’agents que possible d’ici 2027, ce qui suppose un démarrage en trombe à la rentrée. Un accent particulier sera mis sur les managers.
Sur le sujet des compétences, il est également question de généraliser l’enseignement de l’IA dans les écoles du service public, à savoir les Instituts régionaux d’administration (IRA) et les futurs Instituts du service public (ISP). En outre, le gouvernement souhaite réinternaliser autant que possible les compétences du numérique d’ici 2027. Le calcul est simple selon le document : « Chaque euro investi dans le recrutement de compétences internes permettra de supprimer durablement 1,5 euro de dépenses de prestations externes, tout en renforçant la maîtrise par l’État de ses compétences les plus critiques ».
Commentaires (10)
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Abonnez-vousModifié aujourd'hui à 13h23
Et moi qui attendait qu'enfin on commence à se poser les questions les plus importantes, notamment sur l'impact sociétal, avec l'aide de la philosophie, la sphère publique étant le seul endroit où elles pourraient être adressées et, peut-être, traitées…
La charrue semble décidément installée avant les bœufs. Notre cher Premier Ministre nous annonce donc qu'il faut qu'elle dévale la pente tout seule et que nous courions derrière.
De l'accident industriel, à économique, il semble donc qu'il faille en ajouter un sociétal. Sciemment.
Glaçant.
Modifié aujourd'hui à 13h47
Aujourd'hui à 14h25
...
J'ai utilisé l'IA pour chercher et trouver ça : https://www.senat.fr/rap/r24-895/r24-8957.html
On n'est pas loin et l'IA est toujours en train de chercher (j'ai utilisé un des modèles gratuits de DuckDuckGo)
Aujourd'hui à 14h37
Aujourd'hui à 14h44
Aujourd'hui à 14h39
Les mêmes qui se t*rchent avec les études et rapports scientifiques qui, dans la très grande majorité des cas, disent qu'ils font absolument n'importe quoi, quand ce n'est pas carrément l'inverse de ce qu'il faudrait faire (santé, pollutions, climat, sociologie, démographie, biodiversité, stock halieutiques, pesticides, cadnium...)
De vrais extrémistes qui travestissent tout et passent leur temps à nous spolier, à détruire notre environnement et notre santé et nous mentir avec pour tout résultats des morts par dizaines de milliers tous les ans...
Comment arrivent-ils encore avoir la moindre crédibilité, c'est fou, ce pays est fou !
Modifié aujourd'hui à 14h49
Tiens je vais demander à une IA...
Aujourd'hui à 14h51
Je pense qu’en 6 mois (pour la partie libérale en ville), c’est tout à fait réalisable de:
— publier un décret rendant la connexion avec le métamoteur obligatoire;
— mettre en place des API pour que chaque solution de prise de RDV puisse être sollicité par le métamoteur;
— monter l’infrastructure logicielle et matérielle pour ce métamoteur;
— ouvrir une rubrique dans la page annuaire du site web Ameli ou celle de Sante.fr (qui renseigne déjà sur les horaires d’ouverture, l’adresse, le secteur conventionnel, le numéro de téléphone, accessibilité, acceptation de la carte bancaire, etc);
— permettre au professionnel de santé de rentrer le ou les métamoteurs qu’il utilise au sein de sa page Ameli Pro
Je pense que cela ne sera pas un budget énorme et rendra beaucoup de services. Petit plus, cette normalisation des logiciels de prise de RDV pourrait favoriser la diffusion du Service d’Accès au Soin.
Petite question est-ce que ces outils IA seront considérés comme des documents administratifs et donc que leur code source/modèle d’entrainement devra être rendu public?? (Article L300-2 du Code des relations entre le public et l’administration)
Aujourd'hui à 14h52
Je parierai que ce ne serait pas pire, voir sans doute mieux, vu le niveau...
Aujourd'hui à 15h29
Pas gagné donc.
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