Capgemini participe à traquer les migrants pour l’ICE, des millions de dollars à la clé
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Capgemini Government Solutions, filiale américaine de l'entreprise française, a signé plusieurs contrats avec l'ICE, l'agence américaine de l'immigration transformée par Trump en milice. Dans le dernier, il s'agit d'identifier et localiser des étrangers pour l'ICE, avec plusieurs millions de dollars à la clé.
Le 27 janvier à 15h25
6 min
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Capgemini Government Solutions, une filiale américaine de l'entreprise française, a répondu et obtenu l'appel d'offre que le service de l’immigration et des douanes des États-Unis a passé pour lui permettre d'identifier et de localiser des étrangers. Le contrat prévoit une enveloppe maximum de 365,8 millions de dollars jusqu'à fin 2027, comme le révélait The Intercept fin décembre.
Les agents de l'ICE sont nombreux dans les rues des villes américaines pour traquer toute personne qu'ils considèrent comme étrangère et en situation irrégulière. Leurs opérations ont mené à la mort de 32 personnes en détention, selon le Guardian, et 11 sont mortes par balles sous le deuxième mandat de Donald Trump selon un décompte fait sur Wikipédia.
À la recherche de toutes les traces des étrangers
Le média « Observatoire des multinationales » a retrouvé des documents en source publique montrant, « sans ambiguïté » comme le juge le média, que le contrat « fournit à ICE des services de skip tracing au niveau national ». Thomson Reuters détaille que le « skip tracing » est un « processus qui consiste à localiser une personne à des fins diverses ». Pour cela, l'entreprise qui le met en place va d'abord chercher à recueillir des informations officielles comme les noms, prénoms, la dernière adresse, les informations sur son véhicule, mais aussi plonger dans ses réseaux sociaux, dans les documents légaux, les photos publiées en ligne, etc.
Comme l'indique l'Observatoire des multinationales, la somme initiale du contrat est de 4,8 millions de dollars. Mais en cherchant dans d'autres sources telles que le site Higher Gov, comme l'a fait l'émission L’œil du 20 h diffusée ce lundi soir, on peut voir que le marché dispose d'une option permettant d'envisager une « valeur plafond » de 365,8 millions de dollars à la fin des deux ans de contrat.
Dans l'appel d'offre lancé fin octobre 2025 par le Département de la Sécurité intérieure des États-Unis, affirme que l'ICE a « un besoin immédiat » de ce genre de service « afin de vérifier les informations relatives à l'adresse des étrangers, d'enquêter sur d'autres informations relatives à l'adresse des étrangers, de confirmer le nouvel emplacement des étrangers » et de leur remettre des documents.
L'administration états-unienne y prévoit aussi des « bonus financiers ou ajustements tarifaires basés sur le taux de réussite du fournisseur dans la vérification des adresses des étrangers et la livraison des documents » :

« Trahison des valeurs affichées »
La CGT du groupe coté au CAC 40 a publié ce lundi 26 janvier un communiqué de presse dans lequel elle dénonce « une trahison des valeurs affichées » par l'entreprise. « Get The future You Want, c’est le slogan de Capgemini depuis 2020. Aiman Ezzat, notre PDG, déclarait d’ailleurs en 2023 à propos de la politique d’inclusion du groupe : "La reconnaissance de la liberté de chaque individu et la confiance dans les autres qu’elle implique sont fondamentales pour le respect de la dignité humaine. La liberté et la confiance sont à la base de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et constituent deux des sept valeurs fondamentales de Capgemini" », met en contraste le syndicat.
Le syndicat pointe que « chaque contrat [passé entre Capgemini et l'ICE] représente des millions de dollars. On parle de plusieurs centaines de millions de dollars depuis 2007 ». Car, en effet, la filiale américaine du groupe a passé d'autres contrats avec l'agence. Par exemple, c'est encore Capgemini Government Solutions qui s'est occupé du site de la hotline de l'ICE pour la dénonciation de faits « liés à l'immigration » lancée pendant le premier mandat de Donald Trump.
Lundi, le jour même de la diffusion de l'Œil du 20 h, le directeur général de Capgemini, Aiman Ezzat, a réagi sur LinkedIn : « Nous avons récemment été informés, par des sources publiques, de la nature d'un contrat attribué à CGS par le service de l'immigration et des douanes du département américain de la sécurité intérieure (DHS) en décembre 2025. [...] le conseil d'administration indépendant a déjà entamé le processus d'examen du contenu et de la portée de ce contrat ainsi que des procédures contractuelles de CGS ».
La CFDT de Capgemini explique, elle, avoir « sollicité la direction du groupe pour qu’elle apporte au plus vite des éclaircissements sur la nature du contrat révélé par les médias ». Pour le syndicat, ce post d'Aiman Ezzat « expose le cadre du contrat incriminé sans, hélas, mettre en lumière le respect des valeurs éthiques prônées par le groupe ». Et le syndicat pose la question : « Pourquoi imposer des formations sur l’éthique à l’ensemble des salariés, et parfois même les licencier pour ne pas les avoir suivies, alors que le groupe lui-même ne respecte pas cette valeur ? » Et le syndicat de revendiquer « officiellement que soit retirée sans délai des formations imposées aux salariés celle consacrée aux règles de l’éthique ».
La CFTC, quant à elle, se demande « comment les héritiers de Serge Kampf peuvent-ils cautionner un tel contrat et comment Capgemini peut-il encore se prévaloir de sa devise : « Libérer les énergies nouvelles par la technologie pour un avenir inclusif et durable. » ? Elle appelle « à un retour à la cohérence entre discours et réalité, et continuera à défendre une éthique qui ne s’accommode ni du silence ni des compromis ».
« Des entreprises françaises privées collaborent avec l'ICE. Nous ne l’acceptons pas », a réagi le député (LFI) Hadrien Clouet lors d'un point presse ce mardi.
« Les contrats des groupes français méritent toute vigilance. C’est facile de faire un commentaire un matin sur une radio quand on n’a pas le détail du contrat, mais le respect des droits de l’homme est un sujet », a botté en touche ce mardi matin sur RTL la ministre des Armées, Catherine Vautrin, interrogée sur le sujet.
Capgemini participe à traquer les migrants pour l’ICE, des millions de dollars à la clé
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« Trahison des valeurs affichées »
Commentaires (27)
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Abonnez-vousModifié le 27/01/2026 à 23h31
Le 27/01/2026 à 15h41
Modifié le 27/01/2026 à 16h47
Le 27/01/2026 à 16h53
Modifié le 27/01/2026 à 21h35
edit: si j'avais scrollé, j'aurai vu que d'autres en parlait...
Le 27/01/2026 à 16h20
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Le 27/01/2026 à 17h01
Le 27/01/2026 à 18h21
C'est clairement dit que comme la direction se contrefous de l'éthique qu'elle impose pourtant à ses salariés lors des formations à l'éthique, qu'elle assume et les supprime directement...
Le 27/01/2026 à 19h02
Le 28/01/2026 à 00h06
Je veux dire : c'est une formation, ça "améliore" les employés dans tous les cas, et ça pourrait leur être utile autre part que chez CapGemini.
Pourquoi ne pas insister plutôt pour que les dirigeants repassent ces formations, avec même l'obligation d'avoir une certification et un limogeage en cas de sa contrevenance après coup ? Là, ça aurait du sens...
Le 28/01/2026 à 08h52
Le 28/01/2026 à 08h17
Le 29/01/2026 à 08h12
Modifié le 27/01/2026 à 22h54
Le 27/01/2026 à 16h31
Si les produits de CapG étaient vraiment utilisés, personne ne serait trouvé.
Le 27/01/2026 à 17h16
Perso j'ai réussi à m'en barrer y a même pas 6 mois. Entre ça et le plan de départ, je m'estime chanceux.
SInon, pour les valeurs de la boite, non, travailler avec ICE est un parfait reflet des valeurs de Capgemini. Thunes, thunes, thunes.
Le 27/01/2026 à 17h17
Le 27/01/2026 à 17h55
L'algo en question a été fait par Google au début du projet avant d’être repris en interne. Ce projet tourne toujours à ce jour et a plus que remboursé le coût du projet.
Le 27/01/2026 à 18h07
Peut-être celui-là. (que j'ai eu assez de mal à retrouver, bizarrement)
Le 27/01/2026 à 18h31
Le 27/01/2026 à 18h04
Le 27/01/2026 à 21h39
Modifié le 28/01/2026 à 07h35
Le 27/01/2026 à 20h27
Merci pour cette article attendu, qui sera duement relayé.
La réaction de la CFDT est d'un cynisme insondable.
Vu les tensions diplomatiques, j'espère que ce contrat finira torpillé ASAP.
Quand au personnel de CapGemini, j'ai qu'une chose à leur dire : Faudra bien assumer ces actes un jour ou l'autre.
Le 27/01/2026 à 22h02
C'est une filiale américaine qui souscrit des contrats aux USA, tu penses que les salariés français sont même ne serait-ce que tenu au courant des plans de la filiale française ? Alors imagine une filiale étrangère...
Le 27/01/2026 à 21h28
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