Connexion Premium

Ubisoft se scinde en cinq « maisons », annule six jeux, et annonce de nouveaux licenciements

Sacrée journée !

Ubisoft se scinde en cinq « maisons », annule six jeux, et annonce de nouveaux licenciements

Ubisoft a dévoilé les grandes lignes de son plan de restructuration, basé sur l’articulation du groupe autour de cinq « maisons créatives » autonomes sur le plan stratégique. L’éditeur français annonce dans le même temps l’annulation de six jeux et la fermeture de deux studios dans le cadre d’un nouveau programme de réduction de coûts fixé à 200 millions d’euros sur deux ans. Un syndicat d’employés a immédiatement appelé à un débrayage pour contester ces mesures.

L’année à venir s’annonce mouvementée chez Ubisoft. L’éditeur français a en effet précisé (PDF), mercredi 21 janvier au soir, les contours du grand plan de restructuration qui fait suite à son accord stratégique avec Tencent, et doit lui permettre de renouer avec la croissance (et la rentabilité). Le chantier s’annonce dantesque : il suppose en effet la réorganisation totale du groupe, la révision de la feuille de route à trois ans, et un effort renforcé en matière de réduction des coûts.

D’un groupe unifié à cinq « maisons créatives »

L’annonce la plus structurante concerne la mise en place d’un nouveau modèle opérationnel, dans lequel le groupe Ubisoft s’efface au profit de cinq Creative Houses, présentées comme des « unités d’affaires intégrées regroupant désormais production et distribution ». Ces cinq maisons, qui se partagent le catalogue de licences d’Ubisoft, ont donc vocation à développer et commercialiser leurs propres projets, chacune disposant de ses propres équipes et de son propre compte de résultats.

La première de ces maisons avait été annoncée fin novembre. Baptisée Vantage Studios, elle compte le chinois Tencent comme actionnaire minoritaire, et prend en charge trois des licences les plus puissantes du groupe : Assassin’s Creed, Far Cry, et Tom Clancy’s Rainbow Six.

Cinq grandes maisons se partagent le trésor d’Ubisoft, ses licences

Les quatre autres maisons (ou filiales) se répartissent les autres univers d’Ubisoft, sur la base d’une approche thématique : les jeux de tir à dimension compétitive, les jeux « d’expériences Live ciblées et à forte identité » dont For Honor ou The Crew, les jeux à dimension narrative et immersive (une drôle de catégorie qui réunit aussi bien la stratégie d’un Anno que Rayman ou Beyond Good & Evil) et l’inévitable branche dédiée aux jeux dits casual. Ubisoft indique travailler actuellement au développement de quatre nouvelles marques, mais ne précise pas leur rattachement.

Dans ce nouveau modèle, la direction du groupe, récemment passée de Montreuil à Saint-Mandé (Val-de-Marne), reste en charge de la stratégie globale et de l’allocation du capital, tandis que différents services et fonctions support horizontaux sont censés sous-tendre le fonctionnement des cinq entités de création de jeux. « Cette nouvelle organisation entrera en fonctionnement début avril », affirme Ubisoft.

Une direction et cinq « maisons » soutenues par un réseau de studios, ainsi que des fonctions de production et de support – crédit Ubisoft

Une feuille de route à trois ans recentrée

Insuffler de tels changements, à plus forte raison dans un contexte de réduction des coûts, ne peut se faire sans impact sur la bonne marche des activités. Ubisoft indique donc avoir procédé, entre décembre et janvier, à la revue stratégique de ses projets.

En pratique, le groupe a taillé à la hache : il annonce ainsi l’annulation de six jeux, dont le remake de Prince of Persia The Sands of Time, et quatre jeux encore non annoncés, dont trois nouvelles licences et un jeu mobile.

Il repousse dans le même temps la sortie de sept autres titres.

Studios fermés, réduction de coûts et cinq jours de présence par semaine

Ubisoft dessine enfin les contours d’un nouveau tour de vis budgétaire avec l’annonce d’une troisième phase pour son plan de restructuration, qui vise à limiter les coûts de fonctionnement à hauteur de 200 millions d’euros sur deux ans (soit 100 millions d’euros par an, iso avec l’objectif déjà fixé pour la deuxième phase, qui sera « entièrement atteint » d’ici mars 2026).

« Ce nouvel objectif devrait ramener les coûts fixes totaux à environ 1,25 milliard d’euros sur une base annualisée d’ici mars 2028, contre 1,75 milliard d’euros en FY2022-23 », calcule l’éditeur, qui confirme la fermeture des studios de Stockholm et d’Halifax, et annonce des restructurations à Abu Dhabi, RedLynx et Massive.

Ubisoft ne chiffre pas l’impact de ces efforts sur sa masse salariale, mais il douche en revanche les espoirs des salariés adeptes du travail à distance, avec l’annonce d’un retour au présentiel cinq jours par semaine, complété tout de même « par un quota annuel de jours de télétravail ».

« Cette évolution vise à renforcer la collaboration, incluant un partage constant des connaissances, et la dynamique collective au sein des équipes. Dans un marché AAA durablement plus sélectif, la collaboration en présentiel constitue un levier clé d’efficacité, de créativité et de réussite collective », justifie Ubisoft, qui espère peut-être aussi favoriser des départs volontaires. Rappelons que le sujet avait déjà déclenché des tensions sociales fin 2024.

Perspectives financières : le retournement sera long

Réduction du pipeline de projets, licenciements, fermetures de studio… la restructuration aura logiquement un impact sur l’activité du groupe à l’échelle de l’exercice en cours. Ubisoft annonce à ce niveau une anticipation de net bookings (l’indicateur qui tient lieu de chiffre d’affaires hors éléments différés dans l’industrie du jeu vidéo) de 1,5 milliard d’euros pour l’exercice en cours, et une révision de 330 millions d’euros de ses perspectives de marge brute.

« Le recentrage du portefeuille aura un impact significatif sur la trajectoire financière à court terme du Groupe, notamment sur les exercices 2026 et 2027, mais cette refonte renforcera Ubisoft et lui permettra de renouer avec une croissance durable et une génération de trésorerie robuste. Ubisoft entre dans une nouvelle phase, conçue pour reconquérir son leadership créatif et créer de la valeur durable pour les joueurs et les parties prenantes », résume l’éditeur.

Grève en vue chez les salariés

En attendant de connaître l’impact précis de ces mesures, la section Ubisoft Paris de Solidaires Informatique a immédiatement appelé les salariés du groupe à un débrayage jeudi matin, dénonçant des annonces « catastrophiques ».

Elle revendique l’arrêt du plan de restructuration, l’extension des conditions de télétravail et des augmentations « décentes » pour l’année en cours. « Ceci est une première réponse à l’absurdité des décisions managériale. D’autres mouvements de grève sont actuellement discutés. Il est hors de question de laisser un patron en roue libre démolir nos conditions de travail. Peut être faut il lui rappeler que ce sont ses salarié-es qui font les jeux ».

Tract de Solidaires Informatiques diffusé mercredi 21 janvier au soir sur Blueksy

Commentaires (17)

votre avatar
Diviser pour mieux régner, pas mal.

Et puis, toutes les affaires de harcèlement, sexisme, racisme et autre seront du fait du dirigeant de la filiale ! Belle trouvaille pour les cadres historiques !
votre avatar
Fermer une boite c'est plus facile que de restructurer en interne. Quand ça coupe en morceaux c'est éventuellement qu'il y a une recherche de biquette qui pourrait être galeuse.

Maintenant avec ce genre d'annonce on est certain qu'il n'y aura pas de créativité plus que cela. Ça va vers une logique de rentier ou bailleur.

Ça va être plus encore le 'mange ta merde' que lancent les gamers à propos d'UBISoft.
votre avatar
Si il y a des pb de communication intra/inter équipe, c'est pas les modifications sur le télétravail (dans un sens où dans l'autre) qui vont résoudre les problèmes.
L'ajout d'un babyfoot en salle de pause n'a jamais rien changé lors d'un management toxique.
votre avatar
Surtout que les entreprises où il y a un babyfoot c'est interdit de s'en servir pendant les heures de travail donc c'est très peu utilisé.
votre avatar
-32,80% en bourse au moment de ce commentaire, c'est un carnage pour les petits porteurs qui croyaient à Ubi
votre avatar
C'est l'jeu ma pov Lucette :D

Peut-être une occasion d'en acheter quelques unes en solde et espérer que ça remonte.
votre avatar
perso je ne m'y risquerais pas, en vertu de l'adage qui dit "on ne ramasse pas un couteau qui tombe", mais peut-être oui, je laisse le soin aux boursicoteurs de se faire un avis !
votre avatar
Content de voir que Beyond Good & Evil ne fait pas partie des jeux annulés... même si en pratique, ça ne change pas grand chose. Ils arriveront à sortir ce jeu un jour ?
votre avatar
Heu il est pas annulé depuis longtemps celui-là ?

EDIT : Ah non effectivement j'en été persuadé
votre avatar
De toute façon ça sera toujours des jeux à microtransactions premium plus... youtube.com YouTube
votre avatar
Donc on fabrique une (voire 2) filiales à gros succès qui vont engranger des milliards, et puis les 3 autres, on les fermera dans 2 ans en disant : "vous voyez, ça marche pas, ça ne fait que perdre de l'argent, ouin-ouin".
Le coup classique.
votre avatar
Sauf qu'Ubisoft n'a plus de gros succès qui engrangent des milliards... C'est plutôt un enchaînement d'échecs en ce moment.
votre avatar
La longue descente aux enfers... On sauve les bonnes licences, on met les moins rentables dans le reste.

Qu'ils crèvent. Je regretterai les Anno, mais de toute façon j'ai arrêté depuis que je me suis fait traiter de voleur avec la variante 2070.
votre avatar
"largest [...] franchises to turn them into annual biollionaire brands"

Essorer la vache à lait et la poule aux oeufs d'or jusq'à la moelle !

Rien sur la qualité et l'innovation des futurs développements.

EA et Ubisoft, toujours number one sur la rente.
votre avatar
Quand il ne reste plus que "on va stopper le télétravail tout va rentrer dans l'ordre !" comme argument pour sauver une boite c'est que c'est vraiment mal barré. Force aux employés de cette société jadis si belle mais qui a été totalement pourrie par le marketing et un management toxique à tous les niveaux.
votre avatar
Le retour au bureau imposé, c'est pratique, parce que les gens quittent la boîte, sans qu'on ait besoin de les virer.
:cap:
votre avatar
j'allais répondre mais NiDé a été plus rapide. C'est clairement pour faire dégager les gens "les moins intégrés à la culture d'entreprise" (comprendre les moins dociles)