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Face aux moqueries, McDonald’s retire sa pub de Noël générée par IA

Santa Slop

Face aux moqueries, McDonald’s retire sa pub de Noël générée par IA

McDonald's Pays-Bas a récemment diffusé une publicité de Noël aux séquences générées par IA. La vidéo a rapidement suscité des sarcasmes sur les réseaux sociaux, conduisant à son retrait. Les justifications de l'agence en charge de la création n'ont pas arrangé la situation, illustrant les tensions que l'IA générative pourrait faire peser un jour sur l'industrie de la publicité.

Le 10 décembre 2025 à 15h58

Baptisée It's the Most Terrible Time of The Year, la vidéo de Noël de McDonald's Pays-Bas, se voulait l'incarnation du nouveau champ des possibles ouverts par l'IA. Produite par l'agence hollandaise TBWA/Neboko, la mise en ligne de cette campagne s'est en effet accompagnée d'une communication visant à souligner le caractère novateur de cette création publicitaire, fruit d'une collaboration « avec un réseau international de partenaires spécialisés en IA ».

De l'IA assumée, mais un peu trop visible

Le concept ? Une référence inversée à la célèbre chanson d'Andy Williams, pour souligner la façon dont les festivités de fin d'année peuvent se changer en autant de déconvenues, entre chutes sur un trottoir verglacé, cookies brûlés, guirlandes aux courts-circuits explosifs et paquets-cadeaux renversés... alors qu'il suffit bien sûr de passer les portes d'un restaurant McDonald's pour être touché par la douce féérie de Noël.

Si votre jambe présente un tel angle, oubliez le réveillon de Noël, vous avez des soucis plus urgents - capture d'écran

Bref, le message est relativement classique, et la pub en question aurait sans doute fait l'objet d'une diffusion sans histoire si quelques détails n'étaient pas venus souligner de façon un peu trop flagrante le recours à des modèles d'IA générative, entre visages dignes de mannequins de cire, bras qui semble se désintégrer, ou chat qui saute selon une drôle de ligne droite avant de percuter puis de faire s'effondrer un sapin...

Le rythme haché, avec des scènes qui ne durent pas plus de trois ou quatre secondes, constituait si nécessaire un indice supplémentaire : les modèles spécialisés dans la vidéo peinent en effet à maintenir plus longtemps la cohérence visuelle sans artefacts visibles. Ici, il n'y avait cependant pas vraiment besoin de jouer les Sherlock, puisque le recours à l'IA a été publiquement assumé par l'agence en charge de la création.

De l'IA, oui, mais beaucoup de travail

L'annonce de la vidéo, puis son relais par des comptes spécialisés dans le suivi des campagnes de création publicitaire, a rapidement suscité quelques critiques sur les réseaux sociaux, avec des messages s'étonnant par exemple de la « créativité » revendiquée par l'agence. La vidéo initialement publiée sur YouTube a quant à elle reçu un ratio J'aime / Je n'aime pas très largement défavorable, ainsi que des commentaires peu amènes établissant des parallèles entre cette pub et les qualités gustatives des sandwichs de l'enseigne. Résultat des courses, la vidéo en question a été rapidement dépubliée, même s'il en subsiste de nombreux miroirs.

L'affaire aurait sans doute pu en rester là si les prestataires en charge de la réalisation n'avaient pas vigoureusement défendu leur travail. Le studio The Sweetshop, responsable de la production via sa branche spécialisée dans l'IA, The Gardening.club, s'est d'abord exprimé dans un message, supprimé depuis, dont la teneur véhémente, reproduite par d'autres médias spécialisés, a certainement contribué à la formation d'un effet Streisand.

« Pendant sept semaines, nous n'avons quasiment pas dormi, avec jusqu'à dix de nos spécialistes internes en IA et post-production chez The Gardening Club travaillant en étroite collaboration avec les réalisateurs », défend le studio, avant de décrire un long processus de production, puis de post-production, avec des « retouches à l'échelle du pixel », des « milliers d'itérations », la correction d'effets physiques, la suppression d'artefacts, etc. Et de conclure, avec un joli sens de la formule :

« Je ne vois pas ce spot comme une simple curiosité ou une expérience saisonnière amusante. Pour moi, c'est la preuve de quelque chose de bien plus important : lorsque le savoir-faire et la technologie se conjuguent à une intention précise, ils peuvent créer une œuvre d'une véritable dimension cinématographique. Alors non, ce n'est pas l'IA qui a fait ce film. C'est nous. »

« L'avenir est là, et il ne s'annonce pas bien », réagit de façon ironique un utilisateur d'Instagram. Quoi que l'on pense de ce spot aux couleurs de McDonald's, la position du studio souligne en effet un état de fait : l'IA générative s'est officiellement frayé un chemin dans le processus de production des agences de publicité, qui revendiquent d'ailleurs des moyens humains significatifs.

De l'IA et beaucoup de travail, mais des coûts en baisse

Ainsi, Coca-Cola aurait, via agences, fait plancher 100 personnes autour de l'assemblage de 70 000 segments vidéo pour parvenir à la réalisation de son propre spot de Noël « full IA », vilipendé par la presse comme par les internautes. « La publicité la plus fructueuse de l'histoire de Pepsi », ironise l'un d'entre eux sur YouTube, liké plus de 20 000 fois.

Interrogé début novembre, lors de la publication de cette vidéo, Coca-Cola a refusé de révéler quel budget avait été consacré à la production de cette campagne, dont la diffusion était prévue dans 140 pays. Son directeur marketing a cependant admis que la production avait été à la fois plus rapide et plus économique que si le spot avait été réalisé sans recours à l'IA.

Quels seront les effets sur les métiers de la création publicitaire ? « Il est raisonnable de conclure que la créativité IA est désormais la norme et non plus l'exception, laissait déjà entendre cet été le cabinet d'analyse Forrester. « Une agence a accéléré sa mise sur le marché de 80 % ou plus par rapport à ses projets sans IA. D'autres agences ont réduit leurs coûts de production de 40 à 50 %. Et les marques internationales qui intègrent l'IA à l'ensemble de leur stratégie marketing ont vu leurs performances publicitaires augmenter jusqu'à 70 % ».

En attendant de voir si les publicitaires des Pays-Bas ont toujours les moyens de venir manger chez McDo, l'enseigne pourra régler avec son agence un autre litige potentiel. Sur LinkedIn, où la boîte de production a reproduit son message de défense dans une version édulcorée, un directeur artistique français souligne, lien à l'appui, que le concept même de la publicité est une reprise éhontée d'un spot de Noël élaboré en 2018 par Publicis pour Orange.

Commentaires (29)

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Je prends du pop corn en attendant de voir comment Burger King va sauter sur cette occasion pour tacler son concurrent ^^
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"Chez nous, seule la bouffe est artificielle. Hmm... Burger King."
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chez nous, certains résistent :)
https://www.youtube.com/watch?v=Na9VmMNJvsA
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Tu m'as devancé, j'allais la mettre.
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très chouette !
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Et ça n'a pas du prendre 7 semaines à produire
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Le patron d'Intermarché était sur France Info ce matin et a dit que ça a pris un an et fait travailler 70 personnes.
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Sans compter qu'ils ont dû dormir correctement durant toute la production.
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Et à coté de ça, la masterclass intermarché...
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J’avoue, c’est avec plaisir que j’ai profité de leur publicité.
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--- a supprimer
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Le lien est dans le commentaire de 16h38. :)

Et en plus d'avoir fait une super pub, Intermarché profite d'un relai gratuit supplémentaire grâce au bad buzz McDo car tout le monde fait le parallèle : les actus, les commentaires...

Bon sinon, moi j'avais compris dès la première "Affaire Coca-Cola" que s'il y a bien un moment de l'année où faut éviter l'IA, c'est Noël. Mais en plus prétendre que ça a coûté le même prix voire plus cher, c'est assez ridicule.

Hey les annonceurs, tentez plutôt votre chance au superbowl ou pour la Coupe du monde hein.
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Yep, la pub intermarché a même un bon nombres de vues depuis l'étranger à cause de ce bad buzz.
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Vraiment mignonne, et très jolie
A savoir s'il elle détrône le pub "l'amour" avec la caissière. En tout cas, dans les deux il faut manger des légumes apparemment
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Et dire que si ca avait été fait sans IA, ca aurait été produit plus vite, sans nécessiter des "retouches de l'ordre du pixel" et avec moins de monde :keskidit:
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C'est pas ce qui est dit dans la news... En tous cas, concernant Coca-Cola (et il n'y a pas de raison que ça soit différent pour Mac Do).
Son directeur marketing a cependant admis que la production avait été à la fois plus rapide et plus économique que si le spot avait été réalisé sans recours à l'IA.
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Je trouve ça fou de dire "Oui c'est moche mais ça nous a couté moins cher !" ouais bah super mais j'ai pas envie d'acheter ton truc du coup.
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Oui j'ai bien lu ca aussi mais ce que je veux dire (en m'exprimant mieux), c'est que le ratio "économie faite / qualité produite" n'est pas bon. L'atteinte d'un "bon" niveau de qualité aurait couté surement plus cher et aurait été plus long à réaliser avec de l'IA.
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Ah, ça, c'est une autre histoire ! ^^
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Ha oui, j'avais pas fait le lien avec cette pub Orange, qui était plutôt pas mal et a dû coûter son petit billet à l'époque !

Pas sûr que le plagiat s'applique vraiment en revanche, car il y a une forme d'ironie dans la pub Orange qui n'est pas du tout présente dans la pub McDo, très premier degré et explicite avec la chanson qui dit clairement "It's the most terrible time of the year".

C'est à dire que même produite "à l'ancienne", elle aurait probablement été moins bien quand même.
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Les bras m'en tombe. Une industrie litéralement faite pour produire de la m à te fourrer dans le crane, est la première à utiliser un outils fait pour produire de la m en grand quantité.
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« l'IA générative s'est officiellement frayé un chemin dans le processus de production des agences de publicité, qui revendiquent d'ailleurs des moyens humains significatifs ».
Officiellement je ne sais pas mais ça fait déjà quelques années que des visuels IA servent en publicité en 4:3 dans le métro : Weroad, Mauboussin me viennent par exemple à l’esprit. Ça se voit à 10 miles mais ça continue tranquillement.
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Pourtant ils le savent : le recours à l'IA est actuellement épidermique auprès du grand public, tant pour le résultat final, que pour l'absence supposée d'humains dans le processus, que la méfiance que ça suscite. Autant quand ça fait baisser les coûts (supposément ou réellement) et qu'on peut cacher les problèmes sous les tapis, ça semble logique, d'un point de vue capitaliste, de l'utiliser à droite à gauche, mais pour de la publicité, WTF ?! Ils savent très bien que ça va pas plaire, et qu'ils vont se prendre un retour de flamme.
Du coup je pense que l'intérêt est à chercher du coté des agences de comm', qui vont se servir de la hype et de la réduction (supposées) des coûts de ce spot pour se faire mousser auprès de leurs clients, et espérer dénicher d'autres marchés. Ça serait d'ailleurs assez raccord avec le fait que ça soit l'agence de pub qui vienne faire du damage control, plutôt que la marque concernée.
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Je ne suis pas certain qu'il y ai tant de défiance vis-à-vis de l'IA dans le grand public : tu as un lien vers une étude qui indique que c'est si "épidermique" que ça ?
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Du tout, c'est un ressenti personnel.
Je vois beaucoup de commentaires négatifs sous beaucoup de posts et vidéos qui dénoncent l'utilisation de l'IA, même quand c'est un tout petit peu. Et à l'inverse je vois des vidéastes qui indiquent à chaque vidéo qu'elles ne contiennent pas de visuels générés par IA, et je vois les gens les remercier pour ça (et même si je ne le formule pas, j'en fais partie).
Et ça colle avec le ressenti de mes proches / amis / collègues : ceux qui connaissent un peu savent à peu près à quoi s'en tenir, les autres rejettent ça comme la peste, parfois pour des raisons loufoques voire limite complotistes ...
Et quand je vois l'ampleur que prend cette opposition Fait par des humains vs Fait par l'IA au travers des pubs d'Intermarché vs celles de McDo et Coca, ça me renforce pas mal dans cette impression.

J''ai pas pris le temps de chercher des études fiables sur le sujet, mais si quelqu'un (la rédac' ? 😉) trouve ça quelque part, partagez-donc : ça m'intéresse, et visiblement je suis pas le seul.
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C'est juste une application stricte de l'adage des Publicitaires : youtube.com YouTube
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Pour le coup, je ne vois rien de choquant... y a plein de pubs / films d'animation fait en image de synthese. Image de synthese ou IA... meme resultat.
ce qui est beaucoup plus choquant, c'est les photos et videos generees par IA qui essayent de nous faire croire que c'est reel....
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Sauf que l'IA est encore dans la vallée de l'étrange et que donc ça dégoute de voir ce genre de vidéos…
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Alors d'une, non, pas même résultat, et de deux, c'est pas DU TOUT le même processus créatif.
Les images de synthèse nous ont quand même donné de sacrés bonnes productions (beaucoup de Pixar, la pub d'Intermarché 2025 - catégorie pub -, Zootopie, Shrek, ...).

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