Le gouvernement indien impose la préinstallation d’une application sur les smartphones
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Le gouvernement Modi veut que les fabricants de smartphones préinstallent son app Sanchar Saathi, présentée comme une app de cybersécurité, notamment contre les fraudes. Le tollé politique pourrait faire reculer l'interdiction initiale de la désinstaller. Quoiqu'il en soit, Apple ne devrait pas se plier à cette demande, que l'entreprise estime créer des problèmes de confidentialité et de sécurité.
Le 02 décembre à 16h58
4 min
Sécurité
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Le 28 novembre dernier, le ministre indien des Communications, Jyotiraditya Scindia, a ordonné aux fabricants et importateurs de smartphones destinés à l'Inde d'installer l'application ministérielle Sanchar Saathi, a révélé l'agence de presse Reuters ce 1er décembre.
Une application gouvernementale obligatoire présentée comme anti-fraude
Dans un communiqué publié le même jour, le ministère assure que cette app est pensée « pour lutter contre l'utilisation abusive des ressources de télécommunication à des fins de cyberfraude et garantir la cybersécurité des télécommunications ». L'application est disponible sur Google Play et l'Apple Store indien et se présente comme « visant à autonomiser les abonnés mobiles, à renforcer leur sécurité et à sensibiliser le public aux initiatives citoyennes ».

Cette décision fait pourtant penser à celle prise par la Russie, d'obliger les distributeurs de smartphones à préinstaller le magasin d'applications RuStore et l'application de chat Max.
D'autant que, dans son communiqué, le ministère indien explique que les fabricants et importateurs ne doivent pas seulement préinstaller Sanchar Saathi, ils doivent aussi veiller à ce qu'elle soit « facilement visible et accessible aux utilisateurs finaux lors de la première utilisation ou de la configuration de l'appareil et que ses fonctionnalités ne soient pas désactivées ou restreintes ».
Critiques et marche arrière du ministre
L'information a fait réagir dans le pays dirigé par Narendra Modi. « Ce serait comme vivre dans une dictature moderne », explique par exemple Apar Gupta, fondateur de l'ONG indienne Internet Freedom Foundation interrogé par The Wire.
Face aux critiques, le gouvernement semble faire quelques pas en arrière. Ainsi, The Wire rapporte que Jyotiraditya Scindia a assuré que « vous pouvez activer ou désactiver la surveillance des appels selon votre souhait. Si vous souhaitez la conserver dans votre téléphone, gardez-la. Si vous souhaitez la supprimer, faites-le ».
Dans une autre déclaration, le ministre affirme, toujours selon The Wire, « Si vous ne souhaitez pas utiliser Sanchar Saathi, vous pouvez le supprimer. Il s'agit d'une option facultative… Il s'agit de protéger les clients. Je tiens à dissiper tout malentendu… Il est de notre devoir de présenter cette application à tout le monde. C'est à l'utilisateur de décider s'il souhaite la conserver sur son appareil ou non… Elle peut être supprimée du téléphone portable comme n'importe quelle autre application ». Mais nos confrères indiens soulignent que ces déclarations sont en contradiction avec le communiqué de presse du ministère et avec les demandes envoyées aux fabricants.
Concernant les fabricants justement, Apple ne semble pas décidée à suivre la demande du gouvernement indien. C'est en tout cas ce que plusieurs sources internes ont assuré à Reuters. L'agence de presse explique que l'entreprise à la pomme va répondre à l'exécutif indien qu'elle ne suit nulle part dans le monde ce genre d'obligation, car cela soulève des problèmes liés à la confidentialité et à la sécurité pour iOS.
Rappelons qu'en Russie, Apple a suspendu ses ventes en 2022 suite à l'invasion de l'Ukraine et à l'embargo mis en place. Elle n'a donc pas à se conformer à la nouvelle loi obligeant la préinstallation de RuStore (Apple ne s'est néanmoins pas opposée à l'arrivée de ce magasin d'applications dans l'Apple Store local).
Le gouvernement indien impose la préinstallation d’une application sur les smartphones
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Une application gouvernementale obligatoire présentée comme anti-fraude
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Critiques et marche arrière du ministre
Commentaires (27)
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Abonnez-vousModifié le 02/12/2025 à 17h13
ChineInde !"Le 02/12/2025 à 20h14
Le 03/12/2025 à 12h31
Le téléchargement illégal n'a pas disparu, mais Kyo, si
Le 02/12/2025 à 17h46
Modifié le 03/12/2025 à 01h48
Modifié le 02/12/2025 à 18h21
On a déjà bien eu le magnifique "TousAntiCovid" pour notre sécurité car nous étions "en guerre" il paraît. Je conviens tout à fait que l'application n'était pas obligatoire, elle a toutefois été installée par un grand nombre d'utilisateurs. Pour moi, ce fait résonne avec l'actualité d'aujourd'hui et constitue un précédent.
Aujourd'hui, on dématérialise tous nos papiers sur smartphone. De là à ce que des dérives autoritaires adviennent dans un futur proche, hélas bien réel et plus du tout dystopique, il n'y a qu'un pas. Nos chères élites trouveront toujours une excuse valable pour les masses : hier le virus, aujourd'hui la fraude ou le spam, pour au final imposer à tous des solutions techniques qui s'incrustent encore un peu plus dans nos vies privées. À l'époque de la Stasi et du KGB, les gens pouvaient au moins discuter à peu près librement dans leur cuisine ; ce n'est même plus le cas aujourd'hui.
Beaucoup de gens se croient éloignés de cette réalité en France. Je rappelle que lorsque les caméras ont été généralisées aux JO de Pékin en 2008, notre intelligentsia a crié au scandale. Il a suffi d'attendre 2024 en France. Les dictatures s'invitent de manières bien plus sournoises qu'il n'y paraît, l'histoire l'a déjà bien trop souvent montré.
Tout arrive avec du décalage, mais arrive quand même, et de manière tellement progressive que la masse ne réagit pas et perd sa liberté au détriment d'un sentiment de sécurité. J'insiste bien sur le mot "sentiment", qui est à distinguer de la sécurité réelle.
Le 02/12/2025 à 19h44
Modifié le 02/12/2025 à 22h01
Le "choix" devient une obligation quand l'administration, "pour ton bien", te pousse à dématérialiser. Essaye de renouveler ta carte grise ou de prendre RDV en préfecture sans passer par le numérique : c'est devenu un parcours du combattant. Le consentement sous contrainte, ça reste de la contrainte.
Et quand tout est sur ton smartphone, une seule faille suffit pour compromettre ton identité, ta santé, tes finances. C'est une chaîne sans fin. J'ajouterais que tout cela accentue une fracture numérique massive et pas seulement chez les plus âgés. Avoir un smartphone dans la main et comprendre les enjeux de sécurité sont deux choses très différentes. La situation actuelle ne fait que renforcer des inégalités déjà criantes.
Le 03/12/2025 à 08h15
Modifié le 03/12/2025 à 10h45
https://www.journaldunet.com/cybersecurite/1536717-securite-mobile-zimperium-prevoit-en-2025-un-renforcement-de-la-confidentialite-des-donnees-des-attaques-de-phishing-plus-furtives-et-une-montee-en-puissance-du-sideloading/
Ainsi que le rapport de l'ANSSI ci dessous:
https://www.cert.ssi.gouv.fr/uploads/CERTFR-2025-CTI-012.pdf
Bonne lecture :)
Modifié le 03/12/2025 à 12h43
Cependant il faut arrêter de présenter les smartphones modernes comme des « passoires ». En 2025, ce n’est tout simplement plus vrai. Le rapport de l’ANSSI lui même est très clair : les attaques sérieuses sur mobile sont extrêmement sophistiquées, coûteuses, et visent surtout des profils sensibles (élus, diplomates, dirigeants stratégiques, militants). Pas l’usager qui veut juste renouveler sa carte grise.
Les menaces réelles décrites dans le rapport sont bien indiqués :
• chaînes zéro-clic type Pegasus / Predator ;
• hameçonnage ciblé ;
• exploitation via opérateur télécom ;
• malwares de surveillance haut de gamme.
Ce ne sont pas des attaques de masse. Ce n’est pas le fait « d’avoir tout sur son smartphone » qui vous expose soudain à un risque total.
C'est sur ce point là que je suis en désaccord complet avec vous finalement.
Le 03/12/2025 à 15h01
Dans la vraie vie, la "passoire", c'est souvent la configuration de l'utilisateur lui-même. La majorité des gens laissent les réglages par défaut, accordent toutes les permissions sans lire ("Suivant, Suivant, Accepter"), et gardent des dizaines d'applications zombies jamais mises à jour.
C'est ce terreau-là qui laisse un boulevard aux attaques opportunistes de masse (vols de données, arnaques bancaires), bien loin du niveau de sophistication d'un Pegasus. Quand l'administration nous force à tout mettre sur ce terminal-là, elle ignore cette réalité d'usage désastreuse.
Le plus important en sécurité informatique, c'est ce qui se trouve entre la chaise et le clavier. Et c'est souvent là aussi que se situe la véritable passoire ;)
Le 06/12/2025 à 10h28
Et c’est là donc où je ne vous rejoins pas : notre expérience personnelle (ou nos impressions), ne constituent pas une statistique (et il est très difficile de se défaire de ce biais). Elles ne suffisent pas à décrire la réalité du terrain au sens large, seulement celle d’un environnement précis. Dans nos métiers (car j’imagine que vous êtes dans l’informatique), on est surtout exposés aux utilisateurs problématiques — mécaniquement, ce sont eux qu’on voit le plus. Ceux qui ne posent pas de problème bah on ne les voit pas en fait.
Et au final, en raisonnant ainsi, on décrit surtout sa propre réalité, pas la réalité globale. Ce que vous dites repose donc avant tout sur des impressions d’usage, pas sur des données. Les organismes sérieux qui étudient ces sujets (CERT, ANSSI, etc.) montrent que les compromissions massives ne viennent pas majoritairement des “gens incapables”, mais de campagnes organisées, d’hameçonnage industriel, de failles logicielles et de services compromis, même si, parfois, il suffit d’un seul maillon pour flancher.
Et attention il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui, les mises à jour sur les smartphones sont automatiques, que ce soit pour le système comme pour les applications, et qu’il faut volontairement désactiver cette option en mode opt-out. Je me permettrais de vous dire que je trouve que votre vision personnelle est assez défaitiste, même si j’imagine qu’elle repose sur des expériences désagréables.
En fin, pour résumer, oui, l’erreur humaine existe. Mais réduire le problème à “les gens cliquent n’importe où” est, en quelque sorte, une simplification confortable qui évite aussi de regarder les responsabilités des plateformes, des éditeurs, des employeurs, voire des institutions...
Le 07/12/2025 à 11h30
Quant aux mises à jour automatiques, c'est bien joli en théorie. Dans la pratique, des millions de smartphones Android en circulation ne reçoivent plus aucun correctif constructeur passé 3 ans et beaucoup de gens peu technophiles conservent leur smartphone plus longtemps tant que tout fonctionne. L'automatisme ne sert à rien quand le robinet est coupé à la source pour les mises à jour de sécurité.
Je vous invite à voir ce que vous qualifiez chez moi de défaitisme comme étant de la lucidité : on force la population à mettre sa vie régalienne sur un support dont la sécurité dépend d'un OS souvent périmé et d'une vigilance humaine statistiquement défaillante. C'est ça, la réalité globale.
J’ai été animateur espace multimédia pendant 3 ans et je donne des cours d’informatique en associatif (notamment à des débutants) depuis plus de 17 ans. Tout en dépannant depuis plus de 20 ans. Cela me donne un aperçu sur la durée et sur un échantillon important du niveau de l’utilisateur de base à qui justement beaucoup de bases manquent.
Le 08/12/2025 à 10h48
Sur Android, oui, une partie du parc ne reçoit plus de correctifs. Mais ce n’est pas un argument contre le smartphone en général, c’est un problème structurel de l’écosystème Android, fragmenté, piloté par des constructeurs qui abandonnent le support trop tôt. Ce n’est ni universel, ni une fatalité, ni un modèle de référence en matière de sécurité à long terme.
Et non, présenter votre vision comme “la réalité globale” ne la rend pas plus vraie. Vous défendez une lecture unique d’un problème multifactoriel, alors que les compromissions à grande échelle résultent d’un empilement de défaillances techniques, organisationnelles et humaines.
Enfin, le fait d’avoir été formateur explique aussi en grande partie votre perception : quand on forme ou qu’on dépanne, on ne voit quasiment que des utilisateurs en difficulté. C’est inhérent au rôle. En faire une photographie fidèle de l’ensemble de la population est un biais classique d’observation, exactement ce que je disais plus haut.
Votre raisonnement simplifie un système complexe pour désigner un seul coupable. Ce n’est pas de la lucidité, c’est une réduction commode du problème.
Le 08/12/2025 à 16h06
Le 09/12/2025 à 00h26
Que 75 % du parc utilise Android ne transforme pas un problème industriel en problème systémique : c’est un choix de marché, pas une contrainte technique insurmontable. Si les constructeurs assuraient un support logiciel correct, la question disparaîtrait. Certains le font, d’autres pas du tout — c’est bien là le point.
Et le marché des smartphones ne se limite heureusement pas à Android. iOS bénéficie d’une maintenance nettement plus sérieuse de la part de son éditeur, ce qui montre bien que le problème n’est pas le principe du smartphone, mais la politique de mise à jour propre à certains acteurs.
Sur le reste, nous ne serons effectivement pas d’accord — et ce n’est pas grave.
Bonne journée à vous également :)
Le 03/12/2025 à 12h35
Quant au rapport de l'ANSSI qui a fait l'objet d'un article sur Next, quelle partie précise appuie vos dires ?
Le 02/12/2025 à 19h45
Le 02/12/2025 à 21h48
Le 02/12/2025 à 22h54
Le 03/12/2025 à 10h16
Modifié le 03/12/2025 à 19h22
Pas besoin de créer des concurrents, ils se sont servis, on se sert en retour!
edit: le débat complet est là :https://iai.tv/video/technology-and-freedom
Le 03/12/2025 à 09h57
Modifié le 03/12/2025 à 14h13
Et puis c'est facile d'aller chez un autre ou simplement de prendre un téléphone nu.
Le 03/12/2025 à 22h54
Le 03/12/2025 à 10h27
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