Perplexity propose 34,5 milliards de dollars pour racheter Chrome : oui, mais…
Drahi est-il le nouveau DAF de Perplexity ?
Aravind Srinivas, le CEO de Perplexity
Le 13 août 2025 à 09h21
Alors qu’une décision importante sur l’avenir de Chrome au sein de Google est attendu ce mois-ci, Perplexity propose 34,5 milliards de dollars pour racheter le navigateur… soit quasiment le double de la valorisation estimée de la startup elle-même. Autre sujet : combien vaudrait Chrome ? Pour certains, bien plus…
Perplexity propose 34,5 milliards de dollars pour racheter Chrome : oui, mais…
Drahi est-il le nouveau DAF de Perplexity ?
Aravind Srinivas, le CEO de Perplexity
Alors qu’une décision importante sur l’avenir de Chrome au sein de Google est attendu ce mois-ci, Perplexity propose 34,5 milliards de dollars pour racheter le navigateur… soit quasiment le double de la valorisation estimée de la startup elle-même. Autre sujet : combien vaudrait Chrome ? Pour certains, bien plus…
Le 13 août 2025 à 09h21
Économie
Économie
4 min
Offre non sollicitée ou candidature spontanée, cela dépend des points de vue. Toujours est-il que Perplexity, start-up spécialisée dans l’intelligence artificielle (moteur de recherche et agent conversationnel), a envoyé à Google une offre de rachat de 34,5 milliards de dollars pour son navigateur Chrome. La société a confirmé cette offre auprès de plusieurs de nos confrères américains.
Le petit Poucet veut manger l’Ogre
L’offre est quasiment le double de la dernière valorisation connue de Perplexity à 18 milliards de dollars (ses levées de fonds sont d’environ 1,5 milliard de dollars). Néanmoins, Aravind Sriniva (co-fondateur et CEO de la société) affirme au Wall Street Journal avoir le soutien d’investisseurs qui seraient prêts à financer intégralement cette opération.
Ce n’est pas la seule question autour de cette offre non sollicitée. Le rachat à 34,5 milliards de dollars pourrait être une « bonne affaire » pour Perplexity. C’est du moins ce qu’on peut en déduire en s’appuyant sur une déclaration du patron de DuckDuckGo en avril dernier. Il affirmait en effet que Google Chrome valait « plus de 50 milliards de dollars », comme l’indique Bloomberg.
Perplexity s’est aussi déjà lancé dans le petit monde des navigateurs avec Comet. Devenir propriétaire de Chrome, qui dispose de plusieurs milliards d’utilisateurs à travers le monde, changerait évidemment radicalement la donne.
Garder Chromium open source, investir 3 milliards
Perplexity affirme à plusieurs de nos confrères, TechCrunch par exemple, qu’elle s’engage à garder le moteur sous-jacent de Chrome, Chromium, open source. Elle continuera aussi d’y investir, avec une promesse de 3 milliards de dollars.
Toujours selon l’entreprise, le moteur de recherche par défaut restera Google ; elle ne chercherait pas à le remplacer « subrepticement » par son propre moteur… la question est de savoir pendant combien de temps.
Google attaquée de toutes parts
Cette offre intervient alors que Google est attaqué de toutes parts, notamment pour abus de position dominante. Une des solutions serait de démanteler en partie le géant du Net, en séparant, par exemple, Chrome d’Alphabet et donc de Google. Mais aucune décision de justice ne l’a pour le moment contraint et le navigateur n’a jamais été officiellement en vente… et si c’était le cas, nul doute que d’autres seraient intéressés. Google n’a pas répondu aux diverses sollicitations de nos confrères.
Pourquoi maintenant ? Perplexity s’assure ainsi d’occuper le terrain médiatique alors qu’une décision importante est attendue dans les deux prochaines semaines. Vraie intention de racheter Chrome à 34,5 milliards de dollars ou envie de faire parler avec une offre potentiellement sous-évaluée pour un produit qui n’est pas en vente ? La question est ouverte…
Le juge fédéral Amit Mehta doit, en effet, rendre sa décision sur les recours dans l’affaire antitrust de recherche Google. Le géant du Net a déjà laissé entendre qu’il ferait appel et irait jusqu’au bout du processus juridique si besoin. Cette affaire pourrait ainsi grimper les différentes juridictions, éventuellement jusqu’à la Cour suprême, selon Reuters, ce qui pourrait alors prendre encore des années.
« Nous pensons être les meilleurs gardiens pour Chrome »
À l’AFP, Perplexity explique que son offre de rachat est faite « pour répondre aux exigences du droit de la concurrence, dans l’intérêt du public, en confiant le navigateur à un opérateur indépendant et compétent […] Nous pensons être les meilleurs gardiens pour Chrome ».
Ce n’est pas la première fois que Perplexity se lance dans ce genre d’opération. L’entreprise américaine avait déjà proposé au début de l’année de fusionner la filiale américaine de TikTok (ByteDance) avec les siennes, sans succès.
Commentaires (31)
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Le 13/08/2025 à 12h16
Le 13/08/2025 à 09h47
Chromium doit impérativement être donné à une fondation (Apache, Linux, whatever). Sinon la vente du navigateur ne fera rien gagner du point de vue consommateur : on passera d'un connard le pourrissant avec ses saloperies à un autre connard faisant de même.
Modifié le 13/08/2025 à 10h19
Le 2e connard aura du mal à faire ça.
Le 1er est membre du W3C, le second non.
On passerait certes d'un connard à un autre, mais je me demande si cela ne serait pas une chance de rééquilibrer les forces niveau navigateurs, car le 1er a une telle force de frappe qu'il peut faire évoluer les standards du Web à lui tout seul.
Après, même si Chromium est vendu, cela reste un projet open-source et il sera forké (ou un fork existant le remplacera). Il y a trop de navigateur aujourd'hui qui en dépendent, à commencer par Edge.
Le 13/08/2025 à 10h28
Mais je te rejoins sur le fait que si Google continue ensuite de faire partie du W3C sans Chrome, son influence sera grandement réduite. Et ça éviterait de futures prises de décisions néfastes pour l'utilisateur, comme Manifest v3.
Modifié le 13/08/2025 à 10h38
Si Perplexity récupère cette PDM (et donc ce pouvoir), on y gagnera rien.
Forker Chromium est une chimère : maintenir le développement d'un tel projet coûte beaucoup trop cher en ressources. Si même un mastodonte comme Microsoft a abandonné l'idée pour prendre Chromium, c'est qu'il n'y a aucun ROI pour une entreprise commerciale. Et Mozilla ne me semble pas être un bon exemple vu les casseroles qu'ils accumulent en matière de gestion :/
Trop de navigateurs dépendent de Chromium, oui. Au final, lui aussi a une position dominante de fait en tant que technical foundation. Raison pour laquelle il doit être impérativement géré par une entité indépendante d'une entreprise commerciale.
Et n'oublions pasque Chrome s'est insinué comme un malware avec les trouze millions de partenariats qui l'ont installé et mis par défaut pour de nombreuses personnes (et le mobile). Remplacer son égémonie actuelle ne sera pas aussi "facile" que IE qui avait accumulé une telle dette technique qu'il s'est suicidé.
Le 13/08/2025 à 11h35
100% d'accord.
C'est vrai. Mais quand on voit la fronde de nombreux sites contre l'IA, perso je verrai bien un mouvement à l'encontre de ceux qui utilisent Chrome Perplexity : affichage d'un message sur le site en question "l'IA nous pourri la vie, changez de navigateur". Ou simplement un retour de "site incompatible avec votre navigateur".
La part de marché diminuerait bien vite...
Le 13/08/2025 à 12h14
Pour ce qui est d'un rachat et changement de licence ça peut aussi être ce qu'attendrait un Microsoft pour s'y remettre. Fork chromium comme WebKit en son temps par Google. Et on est reparti pour un tour
Le 13/08/2025 à 12h47
Le 13/08/2025 à 13h18
Ça ne me surprendrait même pas de telles pratiques, ces entreprises nous habituent au pire.
Le 16/08/2025 à 12h16
Modifié le 16/08/2025 à 08h51
Actuellement à part 2/3 forks de Firefox, on a que Firefox si on ne veut pas du chromium.
Le 17/08/2025 à 09h31
Chromium semble voir été pensé comme une technical foundation intégrable (avec Chrome comme fer de lance) là où Firefox est un logiciel qui lui est propre. L'un des devs de Vivaldi avait publié un article sur comment maintenir un fork de Chromium. Je me demande s'il existe l'équivalent pour Firefox pour pouvoir mesure l'effort entre les deux bases.
Le 13/08/2025 à 10h34
Donc oui, ça serait bien que ça soit transmis à une fondation, par contre, il se posera la question de la méthode de financement.
Modifié le 13/08/2025 à 10h56
En l'état, même 0.05% des bénéfices de Microsoft et Google pourraient certainement largement subvenir aux besoins.
Cela ferait aux alentours de ~44M$ pour Microsoft et ~50M$ pour Google = 95M$ sur l'année 2024 à eux deux seulement.
Le tout sans que lesdites entreprises n'aient de sièges au sein de la fondation, pour éviter toute tentative d'influence. D'où l'intérêt d'agir sur le plan législtatif plutôt qu'un accord commercial.
Par contre chaque entreprise pourrait bien sûr soumettre des améliorations, demandes, etc, que la fondation accepterait ou non.
Modifié le 13/08/2025 à 10h59
Le modèle à la taille du CA ne fonctionne pas trop dans ce genre de cas. J'ai vu le même dans les grands groupes où les BU participaient aux projets en fonction de leur CA. Résultat : ça grognait et venait en mode "c'est moi qu'ai la plus grosse" et donc imposait ses exigences aux autres.
Edit : en fait c'est plutôt le modèle façon développement du kernel Linux qui me semblerait le plus approprié dans ce cas. Les grandes entreprises y participent, mais derrière les têtes dirigeantes continuent de faire le garde fou (pas parfait non pus, mais évite l'ingérence quand on est assez forte tête comme un Linus Torvalds).
Le 13/08/2025 à 11h04
Sinon en effet la façon dont est gérée et financée le kernel Linux peut-être une source d'inspiration.
Quoi qu'il en soit : un moteur comme Chromium ne devrait pas être sous la tutelle d'une ou quelques entreprises. Ce devrait être un bien commun (tout comme le web plus largement, qui devient de plus en plus un espace numérique privatisé).
Le 13/08/2025 à 11h14
Et, accessoirement, la législation ne peut pas cibler une activité aussi précise. On reste bien dans le domaine privé avec les autorités de la concurrence qui jouent leur rôle, comme dans le cas présent.
Le 13/08/2025 à 14h30
Et que donc, dès lors que cela concerne l'intérêt commun, je ne vois pas pourquoi on s'interdirait de légiférer certains domaines/secteurs parce que c'est du privé.
Alors oui ça peut être une source de dérives comme principe. Mais face à un capitalisme prédateur par nature, il faut parfois être audacieux et oser franchir certaines lignes.
Donc je maintiens qu'avoir un encadrement législatif serait déjà un premier pas.
Ensuite, que cela ne puisse s'appliquer au niveau international, c'est encore autre chose. Mais dans le cadre de cette news on parle d'entreprises américaines. Le reste ce sont des pourparlers à avoir par la suite.
Le 13/08/2025 à 09h58
Modifié le 13/08/2025 à 10h19
Un gars dit qu'un produit coûte 50 milliards, au pifomètre et en surestimant largement le chiffre, donc l'acheter 34 milliards est une bonne affaire ? Mais dans quel monde vivent ces gens ?
Sinon, ce n'est pas évoqué dans l'actu mais pour moi, cela pourrait faire indirectement les affaires de Firefox. Les gens ont confiance en Chrome car c'est Google donc c'est forcément bien. Je doute qu'ils aient le même ressenti avec Perplexity, inconnu du grand public (et venant de l'IA, qui est est). Quand je vois qu'ils ne veulent pas de Chromium "parce que ce n'est pas Google"... Et même s'ils ne l'utilisent plus à cause de ses perfs en retrait (ou du matraquage de Google), ils connaissent Firefox, le "second choix" pourrait redevenir le premier.
Le 13/08/2025 à 10h39
Modifié le 13/08/2025 à 13h49
Le 13/08/2025 à 10h37
Le 13/08/2025 à 15h43
Le 13/08/2025 à 14h28
Vous voulez vraiment que cette boite récupère un tel logiciel ?
Modifié le 13/08/2025 à 20h29
Le 14/08/2025 à 01h29
Pour diffuser les services maisons de Perplexity et s'assurer de l’alignement et de l'intégration avec ceux-ci, il n'y a rien de mieux.
Modifié le 14/08/2025 à 08h48
D'ordre général, les gens ne retiennent pas les noms des logiciels mais plus les icônes à lancer ou le service associé. Pour aller sur Internet, c'est l'icône cercle rouge vert jaune, que ce soit sur le desktop ou le mobile. Et comme Internet c'est Google, c'est rassurant de voir la page de démarrage branded Google.
Admettons que Perplexity rachète Chrome demain. Le branding de l'icône Chrome reste très lié à celui de Google en général (thème de couleur, etc. Le logo a certes évolué il reste le même dans les grandes lignes et visuellement rattaché à Google) et donc entraînerait de la confusion, voire un problème en matière de propriété intellectuelle côté Alphabet. Ou même sans considérer cela, disons simplement que Perplexity le rebrand à sa sauce et peut-être même un peu trop vite (les entreprises de la tech ont l'endurance d'un ado devant un boulard).
L'icône et le nom changent, les utilisateurs sont perdus.
Et c'est là qu'on en a qui vont voir une occasion à saisir. Hop, remplacement de Chrome par Edge sur Windows ni vu ni connu. Remplacement de Chrome sur Android par un partenaire / maison du fabricant (Samsung a son navigateur par exemple). Mécaniquement, les PDM de Chrome vont chuter et donc sa valeur ajoutée fondre très vite si les parcs d'utilisateurs se voient basculer en catimini sur un autre Chromium-based. Et même sans le faire en sous-marin, il suffirait simplement de faire réapparaître la pop-up de sélection de navigateur en proposant un plus préféré et voilà.
Maintenant, je suis curieux de voir si ce scénario est probable.
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