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Le CISPE veut faire annuler le rachat de VMWare par Broadcom et dépose plainte

Une validation politique ?

Le CISPE veut faire annuler le rachat de VMWare par Broadcom et dépose plainte

crédits : Unsplash

Le CISPE a déposé plainte devant le Tribunal de l’Union européenne pour faire annuler la validation du rachat de VMware par Broadcom. Selon l’organisation, la Commission européenne n’aurait jamais dû donner son feu vert.

Le rachat de VMware par Broadcom continue de provoquer des vagues. L’opération, bouclée pour 61 milliards de dollars, a engendré de fortes tensions sur le marché de la virtualisation et des infrastructures Iaas/PaaS, comme nous le rappelions récemment.

Le CISPE (Cloud Infrastructure Services Providers in Europe) fait partie des voix les plus entendues depuis l’approbation de la Commission européenne en juillet 2023. En mars 2024, le regroupement d’acteurs du cloud en Europe dénonçait les changements apportés par Broadcom dans les licences des produits VMware, conduisant à des suppressions pures et simples de produits et à des hausses significatives des montants sur les factures. En novembre de la même année, le CISPE lançait son Observatoire européen de la concurrence dans le cloud (ECCO), qui attribuait un statut rouge/ critique à Broadcom en février 2025. Trois mois plus tard, l’ECCO appelait à des « enquêtes officielles urgentes ».

L’organisation est donc passée à l’étape supérieure en déposant formellement un recours devant le Tribunal de l’Union européenne. Le CISPE n’attaque cependant pas Broadcom, mais la Commission européenne, pour avoir validé un rachat qui présentait des signes évidents de distorsion future de la concurrence.

Ce que reproche le CISPE

Le groupement d’entreprises n’y va pas par quatre chemins : il demande l’annulation pure et simple de la décision, afin qu’elle soit de nouveau examinée, sérieusement cette fois. Pour le CISPE, en effet, la Commission a manqué à ses devoirs en validant une opération alors que des éléments troublants étaient visibles.

Dans son communiqué, le CISPE souligne que la Commission, dans son résumé officiel de sa décision publié le 13 mai, reconnait des risques importants pour la concurrence. En dépit de ce constat, la Commission n’aurait pas jugé utile d’imposer des conditions « pour empêcher une concentration de position dominante ou pour atténuer l’abus potentiel d’une telle position ».

L’organisation « invoque des erreurs de droit et des manquements manifestes de la Commission » dans son processus d’évaluation. Des fautes suffisamment importantes pour demander l’annulation, selon le CISPE. Ce dernier indique avoir régulièrement tiré la sonnette d’alarme au cours des deux dernières années, en particulier sur « les pratiques déloyales de Broadcom en matière de licences de logiciels ».

Le CISPE fustige la Commission européenne pour n’avoir pris aucune mesure, en dépit des « nombreuses réunions et des réponses approfondies à des demandes d’informations détaillées ». Il accuse même la Commission de n’avoir eu que « refus et mépris » pour les efforts répétés de la structure et de ses membres.

« Non seulement les fournisseurs de services cloud, mais aussi les hôpitaux, les universités et les autorités municipales sont tous confrontés à des factures inabordables et à des engagements à long terme rigides qui compromettent la flexibilité et l’abordabilité de leur infrastructure cloud. La Commission a été prévenue que cela se produirait, mais elle est restée passive. Il doit maintenant reconsidérer sa décision », peste Francisco Mingorance, secrétaire général du CISPE.

Quelle chance pour cette procédure ?

Le CISPE peut-il contraindre la Commission européenne à revenir sur sa validation et à relancer tout le processus ? Si l’on en croit l’avocat Alexandre Diehl, rien n’est moins sûr.

S’il se dit d’accord sur le plan juridique avec la plainte de l’organisation, il souligne que « le droit de la concurrence est très politisé ». En pleine journée d’annonce des nouveaux droits de douane négociés avec les États-Unis, il indiquait ainsi que « le côté pro-Américain de la Commission n’est plus à démontrer ». Dans ce contexte, l’acceptation du rapprochement entre Broadcom et VMware était « un acte politique avant d’être un acte juridique ».

Il pointe plusieurs éléments posant selon lui problème. Par exemple, le « trustee » nommé par la Commission pour surveiller les engagements de Broadcom est un cabinet d’avocats anglais, plutôt qu’un organe de l’Union européenne ou appartenant à un pays membre. Il relève également l’opacité des conseillers nommés pour épauler la Commission et les choix sur certains chiffres.

« De nombreux acteurs prétendaient que VMWare avait quelque 80 % du marché de la virtualisation… MAIS, sur la base de 4 études Gartner de 2022, la Commission et le comité ont pris comme marché pertinent non pas la virtualisation, mais un ensemble plus vaste de services […] où, finalement, les deux entités n’ont plus « que » 20 %… Une bataille devra donc se livrer sur la définition du marché pertinent », indique Alexandre Diehl.

De fait, si la procédure est présentée comme « logique et même impérative pour les acteurs européens », l’avocat l’estime « vouée à l’échec ».

La Commission européenne et Broadcom prêtes à se défendre

La Commission européenne s’est dit prête à défendre ses décisions devant les tribunaux, rapporte Reuters. À nos confrères, Broadcom a déclaré être « en profond désaccord avec ces allégations ». Pour l’entreprise, l’accord a été approuvé après un « processus d’examen approfondi ». « Nous respecterons les engagements pris envers la Commission à ce moment-là », a ajouté le porte-parole de l’entreprise.

Pourtant, comme on a pu le voir à de multiples reprises déjà, le rachat de VMware a provoqué bien des protestations. Au cœur de ces dernières, les choix radicaux de l’entreprise sur les licences. La plupart des produits ont été regroupés en formules d’abonnements comprenant nombre de logiciels, forçant les entreprises qui n’en voulaient qu’un ou quelques-uns à sélectionner un pack. Les licences perpétuelles ont pratiquement toutes été supprimées et des contrats de maintenance ont été arrêtés brutalement.

Il est arrivé depuis que Broadcom fasse quelques petits gestes, comme les licences gratuites pour les clients de virtualisation Workstation et Fusion, ou encore de lâcher un peu de lest pour les partenaires, mais la situation reste complexe. Plusieurs plaintes de clients importants ont d’ailleurs fusé. En septembre 2024, AT&T, Orange et Thalès ont ainsi assigné Broadcom en justice. Quelques semaines auparavant, AT&T avait expliqué en détail ses griefs.

Commentaires (20)

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Très bon article résumant la situation.
même en étant éloigné de ce type de sujet. J'ai tout compris. ( enfin, de ce que je peux quand même).
:inpactitude:

Hors sujet : Très belle image choisi pour l'illustration.
Je n'arrive pas à savoir *: photo, peinture, et ou IA ?
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Dans l'ancienne version du site, les photos étaient systématiquement créditées. D'ailleurs, il me semblais que c'était une obligation légale.
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Le crédit a changé de forme dirait-on. Il est bien là, en bas à droite de l'image, mais à la verticale. Faut tourner la tête !
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Il doit y avoir un bug dans certains cas (IOS dans le mien) car quelques soit le sens il n’y a pas de crédit chez moi non plus.
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Effectivement, je viens de tester sur mobile, et pas de crédit.

Depuis un ordinateur de bureau, ils sont visibles : crédits : Unsplash

edit : ticket ouvert sur le github de Next.
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Ah oui depuis un mobile Android pareil rien 🫥
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Il y a le crédit debut le début, mais cela ne ma pas aider. :-)
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Pour baigner pas mal dedans, c’est en effet exactement ce qu il se passe. Mairies, com-coms, pme, et même entreprises pouvant potentiellement payer cherchent à partir.
La confiance n’est plus là, quoi que ce recours donne.

C’est bête, mais Broadcom refait de vsphere un genre de monolithe à la taille et au coût du mainframe. Étonnant de modernité et de vision :D
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Mais les changements de licence et d'offres commerciales ne peuvent-ils pas être attaqués comme des pratiques commerciales déloyales ?
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Je n'y connais pas grand chose en droit international / du commerce / autre, mais en quoi une autorité non américaine à son mot à dire dans une fusion de deux entités américaines ? C'est comme si trump s'opposait à la fusion de Marie Blachère et des boulangeries Ange (dans l'hypothèse où elles seraient actives aux US, pour mon exemple)
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À la différence que ça ne remet pas question une situation de monopole sur un marché.
VMware, c’était quand même plutôt 80% du marché que 20, comme l’ explique Vincent. À partir de là, recentrer encore un peu plus le marché, c’était sujet à observation.
Mais bon, là, le marché éclate plutôt :-D
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L'autorité "non américaine" a autorité sur son propre marché, ici, l'UE. C'est pour protéger son marché qu'elle peut s'y opposer.
Et c'est aussi vrai dans le sens inverse : les USA peuvent s'opposer à un rachat ou une fusion entre sociétés de l'UE si elle juge que cela peut nuire à la concurrence sur le marché US.
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Donc si la fusion est annulée, ça veut dire qu'ils vont devoir réouvrir / restaffer VMWare pour le marché européen, mais j'imagine sans obligations pour le marché US ? Ça me semble être un sacré chantier.
Merci pour les infos en tout cas.
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L'annulation de la décision de la Commission Européenne est peu probable d'après l'article.
Elle entraînerait cependant l'annulation de la fusion au niveau mondial : avoir une société séparée uniquement pour l'UE n'a pas de sens puisque le produit VMWare est conçu une seule fois pour tous les marchés ou bien il se pourrait qu'il y ait des mesures pour que la situation de domination du marché ne permette pas d'appliquer les tarifs exorbitants actuels.
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Pas si vrai, VMware Chine existe toujours et est indépendant il me semble
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Un lien au lieu d'un "il me semble" aurait été apprécié.
Là, je doute que si cela est vrai, cela soit lié à la décision de l'autorité chinoise de la concurrence qui a accepté la fusion.
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C’était une grosse éventualité évoquée par VMware France en en discutant avec eux, à l’époque.
On a suffisamment eu à faire depuis pour que je vérifie ce qu’il en était advenu…
En effet, de grosses conditions (pas trop claires) mais pas de réel carve-out
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Etape 1: Utilisateurs crétins participent à l'hégémonie d'un seul acteur
Etape 2: Utilisateurs crétins chouinent parcequ'ils sont pieds et poings liés obligés de nourrir le monstre qu'ils on eux-même créé...

Etape 3: Profit (mais pas pour les utilisateurs crétins)
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Reprocherais-tu aux humain de penser court-terme?
N'est ce pas une caractéristique fondamentale de l'humanité, qui permet le modèle bien connu :

  • casse le marché avec une offre pertinente vendue à perte

  • élimine tout les concurrents et met en place un monopole

  • augmente tes prix de façon exagérée

  • fait une montagne de pognon


avec la suite logique mais pas systématique :

  • revend la boite une fois que les clients ont fini par faire l'effort d'aller voir ailleurs



Adobe, Amazon, Temu, Shein, Unity, etc.
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Les humains, je ne sais pas, mais les directeurs IT, je commence à avoir une idée claire du problème après plus d'un quart de siècle dans les métiers de l'infrastructure.