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Intel met un coup d’arrêt soudain à la distribution Clear Linux OS

Avenir trouble pour Clear Linux

Intel met un coup d’arrêt soudain à la distribution Clear Linux OS

Engagé dans un processus drastique de réduction des coûts, Intel a annoncé vendredi l'arrêt, sans sommation, des mises à jour et de la maintenance assurées pour Clear Linux OS. Le géant des semi-conducteurs signe ainsi la mort symbolique de cette distribution axée sur les performances.

Le 21 juillet 2025 à 12h41

« Toutes les bonnes choses ont une fin : arrêt de Clear Linux OS », titre Arjan van de Ven, principal architecte et pilote du développement de cette distribution Linux historiquement portée par Intel. Dans un message qu'on imagine difficile à écrire, il indique qu'à compter de la publication de ce billet daté du 18 juillet, Intel ne fournira plus ni correctifs de sécurité, ni mises à jour pour Clear Linux OS. Son dépôt GitHub est dans le même temps passé en lecture seule.

La fin d'une distribution Linux portée par Intel

« Soyez assuré qu'Intel reste profondément investi dans l'écosystème Linux, en soutenant et en contribuant activement à divers projets open source et distributions Linux, de façon à assurer la compatibilité et optimiser les composants Intel », prend soin de préciser Arjan van de Ven, avant de remercier la communauté qui s'est impliquée dans Clear Linux OS depuis dix ans.

Ces accents corporate ne cachent pas la façon dont cet arrêt s'impose de façon très immédiate : les utilisateurs de Clear Linux OS sont en effet invités à migrer sans délai vers une autre distribution. « Sérieusement ? Pas de période de grâce, les utilisateurs sont censés migrer instantanément ? Franchement, ce n'est pas très sérieux », lâche en réponse un utilisateur dépité. « Serait-il possible d'en faire un projet communautaire ? » s'enquiert un autre.

Lancée à l'occasion de OpenStack Summit 2015, Clear Linux se voulait une distribution Linux optimisée à la fois pour les performances et pour la sécurité. Initialement pensée pour les environnements cloud, elle a évolué au fil des années pour répondre à des scénarios d'usage élargis, tout en conservant sa philosophie de mise à jour en continu (rolling release). Elle a aussi et surtout gardé sa logique d'optimisations pour les matériels x86, présentées comme adressées en priorité aux processeurs Intel mais également efficaces sur les puces concurrentes d'AMD.

Clear Linux OS prônait par ailleurs une approche stateless, selon laquelle le système d'exploitation doit pouvoir fonctionner indépendamment de tous les éléments de configuration.

Arjan van de Ven présentait les nouveautés de Clear Linux OS en 2019 (vidéo source)

Réduction des coûts tous azimuts

Combien d'ingénieurs le projet Clear Linux OS pouvait-il bien mobiliser au quotidien chez Intel ? Leur nombre était probablement marginal, surtout si l'on considère que le rythme de développement semblait avoir ralenti depuis 2021. Il est cependant probable que la distribution ait fait les frais du grand plan de restructuration engagé par Lip Bu Tan, le CEO d'Intel.

Annoncé en avril dernier, ce chantier prévoit pour mémoire de remettre à plat l'organisation interne du groupe, principalement pour en réduire les coûts de fonctionnement, et donc en améliorer théoriquement l'efficacité. Dans le cadre de ce plan, Lip Bu Tan avait également laissé entendre que le géant des semi-conducteurs tirerait un trait sur un certain nombre d'activités jugées non stratégiques.

Michelle Johnston Holthaus, CEO de la branche Intel Products, a résumé cette approche début juin lors d'une conférence organisée par Bank of America en affirmant qu'Intel n'avait pas vocation à assigner des ingénieurs à des projets non susceptibles de générer au moins 50 % de marges.

Intel, qui présentera le 24 juillet ses résultats financiers pour le deuxième trimestre 2025, prévoyait d'après Bloomberg de supprimer quelque 20 000 emplois dans le cadre de cette restructuration. Les grandes manœuvres associées semblent avoir déjà commencé : mi-juillet, Intel a par exemple rempli les déclarations préalables relatives à quelque 2 000 suppressions d'emploi sur ses sites de Folsom et Santa Clara, et d'autres vagues de licenciements sont engagées dans l'Oregon, le Texas et l'Arizona.

Plusieurs ingénieurs Linux ont quitté le navire

L'annonce de l'arrêt de Clear OS intervient quelques jours après que plusieurs ingénieurs spécialistes de GNU/Linux ont quitté la firme de Santa Clara, remarque Phoronix. C'est le cas notamment de Kirill Shutemov, contributeur historique du noyau Linux, qui a annoncé son départ sur LinkedIn.

Commentaires (24)

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Annoncer ça en plein été, c’est top, les admins sys n’ont que ça à faire à cette période…

(sarcasme, si c’était nécessaire de préciser !)
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Je doute que la communauté s'intéresse à une distrib Linux développée et gérée à 100% par Intel.
Elle préfèrera surement que Intel publie ses specs et participe au dev d'un projet réellement communautaire.
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Ouaip.

Les organisations à but lucratif forment le haut du panier des risques à moyen & long termes, car absolument tout peut être sacrifié sur l'autel de leur rentabilité.
De ce point de vue, donc, cette distribution était morte-née.

L'open architecture & l'open source sont des philosophies DIY avant tout, avec des communautés, souvent même pas d'organisation, sans but lucratif.
Car la passion, même sans le sou, est résiliente.

Profitons de ce moment pour avoir une pensée pour toutes les petites mains qui font des petits miracles, rendant possible l'existence de bien plus gros qu'eux.
Et si nous avons l'occasion, filer un coup de main dans un projet ou un autre, même ponctuellement, même si "ça n'est pas grand chose", même si on ne sait pas par où commencer, même si on souffre du syndrome de l'imposteur, peut parfois sacrément aider.
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L'open architecture & l'open source sont des philosophies DIY avant tout, avec des communautés, souvent même pas d'organisation, sans but lucratif.
Pas du tout, la majorité des dev open source sont des professionnels bossant pour des boites à but lucratif.

Voir par ex. https://lwn.net/Articles/1013892/
La majorité des dev kernel sont payés pour ça et travaillent pour de grosses boites, comme Intel justement.

L'open source s'est imposé même chez Microsoft parceque c'est beaucoup plus efficace que d'avoir à réinventer la roue à chaque fois, et donc que ça rapporte +.
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Exactement, et quand on creuse plus loin sur les financements de tout un tas de projets open source (linux, debian, suite gnome, eff, freebsd, etc.) on se rend compte que les gros partenaires sont toujours un peu les mêmes noms (google, intel, etc.) sans compter les développements sous licence libre opérés par des boites privées type RH (network-manager, ansible, libvirt, systemd etc.).

J'ai toujours été surpris de voir à quel point les libristes (nb : j'en suis un) ne réalisent pas à quel point ce monde là repose sur le privé.
Je suis très reconnaissant de tout ce qu'a fait la FSF, des contributeurs travaillant sur leur temps perso au noyau Linux etc. mais c'est loin d'être suffisant pour créer un environnement fonctionnel aux standards actuels.
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Il ne faut pas confondre FSF et projet GNU, ce sont deux choses distinctes même si fortement liées.

Dans le projet GNU, tu rencontres autant de contributeurs professionnels que dans les autres projets Open Source (et il faut souvent faire la police parceque des boîtes comme Google peuvent spammer les gestionnaires de certains modules avec des PR bourrés de régressions à la queue-leu-leu quand ils veulent un truc très très fort pour Android)
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La majorité des dev kernel sont payés pour ça et travaillent pour de grosses boites, comme Intel justement.
Avoir du temps libéré n'est pas la même chose qu'un projet piloté par l'entreprise.

Nous passons la majorité de notre temps éveillé de semaine en entreprise : il est donc logique que si du temps doit être libéré, c'est à cet endroit. Ça s'appelle "jouer le jeu".
Tu parles cependant ici d'une poignée de personnes (en regard de la population de l'open source au global) qui sont capables de contribuer à ce niveau d'exigence.

J'y vois surtout des arbres qui cachent des forêts : de manière générale, un contributeur sur un projet open source n'est pas rémunéré pour le faire, n'est pas libéré par son entreprise pour le faire, et se débrouille sur son temps personnel, des pauses aux soirées en passant par les fins de semaine.

De mon expérience, l'écrasante majorité des entreprises (et j'évoque bien de grosses) ne le jouent pas, ce jeu, et se contentent de profiter d'un travail qu'elles ne rémunèrent pas pour réutiliser des briques qui vont leur permettre de générer leur pognon, gardé ensuite jalousement car ce serait "leur travail".
L'open source s'est imposé même chez Microsoft parceque […] ça rapporte +.
Ça, on sait. Et c'est pour cela qu'il serait bon de se séparer de ce modèle, en tous cas de cet acteur.

Le partage, la contribution, et la reconnaissance du travail ne font pas partie de l'équation des entreprises capitalistes libérales : c'est fondamental.
Votre intervention à toi & Carpette montrent bien l'étendue du problème de cette méconnaissance : le mécénat dont on s’accommode tant bien que mal n'existe que par appel d'air.

Le libre se méfie du capitaliste en recherche de profit & rentabilité, dont le libéral est la pire espèce.
Le libre se méfie aussi des structures publiques, car derrière le risque d'une main-mise politique et de la récupération du financement comme justification d'un contrôle, logique fascisante, n'est jamais bien loin, surtout quand on a affaire à des personnes sans scrupules : c'est toute la complexité, par exemple, de la gouvernance et des financements des instances gérant les composants essentiels d'Internet, de l'IANA à l'ICANN, sans compter tous les RIR.

On pourrait se poser la question : eh bien quoi, alors ?
On pourrait rêver et ergoter longuement autour d'une boisson ou d'un repas sur une idée d'instances internationales indépendantes, mais par le financement on retombe toujours sur les deux catégories précédemment mentionnées.

Toute la réflexion sur la rémunération du travail sans qu'il soit nécessairement un emploi adossé à une structure privée permettrait aussi d'ouvrir une brèche dans le statu quo actuel.

On a dépassé largement le cadre de l'article, mais n'oubliez simplement pas, au motif que des arbres ont une action plus visible que les forêts, l'écrasante partie de la population de contributeurs open source bénévoles, et le massivement répandu avarice des entités à but lucratif, en premier desquelles les entreprises capitaliste libérales.

C'est cette signification qu'à l'image XKCD que j'ai partagée.
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Les dev kernel n'ont pas leur temps "libéré" par leur boîte. Ils sont en général embauchés pour ça et c'est leur métier à temps plein.

Le gros du travail pour développer les desktop GNU/Linux est financé par des boîtes comme Red Hat, directement ou à travers des sous traitants comme Collabora. Android est développé par Google. Webkit par Apple, Firefox par Mozilla (non lucratif mais grosse boîte quand même avec des dev professionnels).

C'est une illusion fréquente de croire que la plupart des dev open source sont bénévoles.

Les boîtes utilisent 1000 projet libres pour 1 sur lequel elles contribuent. C'est normal, c'est justement l'avantage du modèle, tout comme pour les particuliers qui utilisent ces logiciels. L'avantage de contribuer est que c'est ceux qui contribuent qui décident de la direction du projet. Les dev kernel d'Intel mettent en place les éléments d'architecture qui permettent de bien supporter le matériel Intel, en plus des drivers eux même évidemment. Pendant des années ça a été un vrai avantage compétitif sur NVIDIA qui n'a commencé à contribuer au kernel que plus récemment.

Les projets bénévoles et communautaires existent aussi, mais dès qu'ils deviennent gros, la question de leur financement se pose.
Voir par ex. un projet comme Home Assistant et son écosystème, ou les CHATONS, le genre de projet où il y a peut être le plus de contributeurs amateurs.
Ou même un projet comme Wine 🍷.
Avec le temps de vrais business se forment autour de ces technos et leur développement se professionnalise.
Par ex. Valve qui investi dans Wine et l'utilise aujourd'hui dans plusieurs produits à grand succès. Un écosystème de petites boîtes de domotique qui utilisent Home Assistant et vont contribuer les composants qu'ils ont du écrire pour leur clients (avec l'avantage de réduire les coûts de maintenance comparé à avoir à maintenir une branche séparée avec les changements). Etc.
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Ça a l’air pourtant pas mal utilisé :
https://hub.docker.com/_/clearlinux
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En général, une image docker n'est pas l'endroit idéal pour faire démonstration d'une expertise dans l'optimisation du noyau... :byebye:
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Soit…

Mais avec plus de 5 millions de "pull" sur dockerhub, on ne peut pas dire que la distribution n'est pas du tout utilisée.
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L'idée n'est pas de dire qu'elle n'est pas utilisée, juste de dire qu'une image docker n'est pas un usage super pertinent pour juger un OS qui vise l'optimisation du noyau... mais bon, 5 millions, c'est pas rien, ... et en même temps ce n'est vraiment pas grand-chose pour une image de base.
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Ce n'est pas une façon correcte de mettre fin à une distribution.

La communauté s'en souviendra ! (ou pas)
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La fin de la distribution elle-même est moins un problème que les départs récents de chez Intel de plusieurs développeurs clef du noyau.

Est-ce qu'Intel voit son futur comme plateforme Windows, laissant GNU/Linux, le cloud, l'I.A. et le reste à AMD?
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j'ai ajouté une petite mention à ce sujet, merci
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Je ne connaissait pas ce SBL (slim bootloader... qui risque de faire slim fast). EDKII, Coreboot oui mais pas ce projet.

Pourtant, avec des BIOS/UEFI qui prennent désormais plus de temps que le démarrage de l'OS complet derrière il y aurait en effet de la liposuccion à faire... condition sin-equa-non pour qu'Intel espère rentrer sur un marché qu'il a loupé, comme bien d'autres tentatives de diversification: L'embarqué.

Ils vont pouvoir retomber dans leur travers de toujours de servir la bonne soupe à la triade AMI/Insyde/Phoenix. De toutes manières ils bloquent comme ils veulent sur la dispo des firmwares non signés et des RC (et le blob binaire de ces RC qui va avec Coreboot n'a jamais été au niveau/tout permis, genre des trucs de base comme une mémoire flight-recorder qui survit à un reset warm).

AMD a été mal il y a une dizaine d'années aussi, mais ils avaient déjà planté les graines du renouveau qui allaient pousser. Intel, ça fait too big to fail comme on dirait chez les banquiers, mais le problème c'est qu'ils n'en sont pas!
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Ah beh s'ils visent les traitements intensifs comme fondement de leurs revenus futurs, il va falloir sacrément améliorer le ratio performance/énergie, et produire des puces qui ne sont pas des grille-pains. Bogués, qui plus est.
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Ben Intel, ça a toujours été une tradition de Hardware + Software, la partie software étant surtout l'évangélisation des développeurs et des compilateurs pour utiliser caches et pipelines au mieux... Pour le noyau Linux, Intel emploie un certain nombre de spécialistes dont le boulot est d'optimiser le noyau et les pilotes pour le matériel Intel. AMD a également cette démarche pour qu'à chaque nouvelle version du matériel ou à chaque nouvelle version du noyau, celui-ci soit le plus efficace possible dans son utilisation du matériel. Si des développeurs proéminents du noyau quittent Intel, on peut craindre que la qualité de l'intégration des prochains processeurs en pâtissent, ce qui risque d'encore noircir le bilan performance/watt des processeurs de la marque par rapport à ses concurrents.

Bien que pas fan de Gelsinger, je me disais qu'il avait encore une chance de redresser Intel, mais là Tan est occupé à tellement réduire la voilure que le crash retentissant semble inéluctable, à moins que la stratégie ne soit de rendre Intel achetable par un tiers comme NVIDIA.
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Je pense que les deux CEO que tu cites ne font que courir après le train de dépenses trop élevées par rapport aux revenus sans se poser la question de fond de cette tendance baissière.

Pour ma part, je mettrais une pièce sur la décision il y a 15 ans de sabrer dans le contrôle de qualité, qui a, par inertie, mis du temps à produire ses effets sur la production.

Un avantage d'observer Gelsinger & Tan produire les mêmes erreurs signifie que le bagage technique ou non passé importe peu à ce genre de poste : c'est surtout la clairvoyance stratégique sur la/les cause(s) réelle(s) des problèmes observés qui déterminent en partie la pertinence d'un dirigeant.
On aurait pu attendre mieux de Gelsinger, notamment vu ses discours passés. Prenons cette expérience comme une leçon la prochaine fois qu'une personne sera idéalisée, et/ou que des attentes démesurées seront formées.
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J'en avais jamais entendu parler de cette distrib.
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J'avais essayé une fois.
La distrib était taillée "performance", avec le kernel & beaucoup (tous ?) de bibliothèques & programmes compilés avec ICC , optimisation à fond pour les processeurs intel exclusivement (bien sur).

Sans doute un marché de niche, mais ça impliquait par exemple que tout programme distribué en binaire ne pouvais pas marcher (ou crashait) . le système de packaging était spécifique aussi (swupd) et j'avais trouvé pas terrible.

Bref pour moi, sur un cluster de centre de calcul pourquoi pas, mais en dehors de ça...
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Oui voilà, une distrib de niche. Un peu comme CBL Mariner (je crois renommée depuis en Azure Linux) de Microsoft qui est optimisée containerisation. Je l'avais testée à l'époque où je l'ai découverte, mais comme y'avait zéro doc je n'ai pas été très loin.
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L'optimisation marchait très bien pour les AMD aussi. https://www.phoronix.com/news/Clear-Linux-Popular-Recap
Sinon oui, c'est surtout pour les charges CPU
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Bon vent

Intel met un coup d’arrêt soudain à la distribution Clear Linux OS

  • La fin d'une distribution Linux portée par Intel

  • Réduction des coûts tous azimuts

  • Plusieurs ingénieurs Linux ont quitté le navire

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