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La CNIL redit son opposition aux caméras « – de 18 ans » dans les bureaux de tabac

Souriez, vous êtes fumés

La CNIL redit son opposition aux caméras « – de 18 ans » dans les bureaux de tabac

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Testées depuis six mois sur le terrain, les caméras de vidéosurveillance chargée d’estimer automatiquement l’âge des clients dans les bureaux de tabac pour limiter la vente de cigarettes ou de jeux d’argent aux moins de 18 ans, n’apparaissent ni nécessaires, ni proportionnées aux enjeux, estiment la CNIL.

Le 11 juillet 2025 à 12h21

Si la lumière est verte, à vous les paquets de clopes et les tickets de Banco. Mais si elle s’éclaire en rouge, il vous faudra montrer patte blanche, c’est-à-dire attester que vous avez bien 18 ans, en présentant une pièce d’identité au buraliste, avant d’assouvir vos addictions.

Depuis la fin 2024, plusieurs bureaux de tabac d’Île-de-France testent en conditions réelles ce scénario à l’aide de caméras dites « augmentées », capables de mettre en œuvre un algorithme pour estimer automatiquement si la personne qui se présente au comptoir est majeure (lumière verte) ou mineure (lumière rouge).

Conforme ou pas conforme ?

Objectif avancé : faciliter le respect des obligations du buraliste en fluidifiant le processus de vérification de l’âge. Lors de l’annonce de ce projet pilote, en décembre dernier, la Fédération des Buralistes Paris-IDF revendiquait une approche conforme au RGPD. « Non connecté à Internet, l’appareil ne stocke aucune donnée personnelle, garantissant la sécurité et la confidentialité des clients », écrivait-elle dans un communiqué (PDF).

Ces garanties sont-elles suffisantes ? La CNIL a annoncé en mars dernier se saisir du sujet, estimant que le fait de filmer systématiquement les visiteurs d’un commerce, pour ensuite procéder à un traitement automatisé d’images, n’était pas anodin.

Une position qu’elle confirme et précise ce 11 juillet, dans une note d’information qui conclut que l’utilisation de ces caméras augmentées à des fins de contrôle d’âge n’est « ni nécessaire, ni proportionnée », au regard des risques qu’elle soulève en matière de respect de la vie privée.

L’autorité y souligne en premier lieu l’efficacité relative de ces caméras, et fait remarquer que ces dernières ne fournissent qu’une simple estimation, un avis en fonction duquel les buralistes sont de toute façon censés procéder à une vérification formelle :

« En conséquence, l’analyse préalable du visage des personnes par une caméra pour estimer leur âge n’apparaît pas nécessaire : elle ne ferait que s’ajouter au contrôle requis par la loi. Et, au contraire, l’utilisation de ce dispositif pourrait inciter les buralistes à s’en remettre uniquement au résultat rendu par la machine, sans plus de vérification. »

Pour la CNIL, le système automatisé pourrait donc même se révéler contre-productif, ce qui soulève un nouveau risque, pour le buraliste cette fois : la vente de tabac ou de jeux d’argent aux personnes mineures est en effet passible d’une amende pouvant aller jusqu’à 750 euros, et il incombe au commerçant de procéder aux vérifications nécessaires.

Le sujet toujours complexe des caméras augmentées

La CNIL relève par ailleurs que le fonctionnement de ces caméras « implique une activation par défaut et en continu qui apparaît disproportionnée au regard de l’objectif visé ». À la fois parce que tout le monde est filmé par défaut, et parce qu’il n’est pas possible aux clients filmés d’exercer leur droit d’opposition, prévu par le RGPD, « malgré certaines garanties comme un traitement local des données et une suppression rapide des images ».

L’autorité en conclut que le déploiement de telles caméras « contribue à un risque de banalisation et d’habituation à une forme de surveillance renforcée par la multiplication de tels outils ».

Son avis n’aura rien d’une surprise pour qui suit le sujet de ces fameuses caméras « augmentées », qui ne sont donc pas censées enregistrer ou authentifier une personne, mais simplement catégoriser des populations ou détecter un phénomène particulier.

La CNIL s’intéresse en effet formellement au phénomène depuis quatre ans, avec un premier avis rendu à l’été 2022 qui concluait déjà à des risques disproportionnés au regard des objectifs poursuivis.

À l’époque, l’autorité se positionnait en faveur d’une approche au cas par cas des différents scénarios d’usage, comme ici pour les bureaux de tabacs, ou récemment autour des caméras associées aux caisses automatiques.

Dans les deux cas, elle appelle les secteurs concernés à envisager des alternatives, et conclut que « Pour remplir leurs obligations de contrôle de l’âge, les buralistes doivent donc recourir à d’autres solutions » :

« – Certaines applications mobiles qui prouvent la majorité avec exactitude en affichant un minimum d’informations – c’est par exemple la vocation du « mini-wallet », une application de contrôle de l’âge développée par la Commission européenne et dont un prototype est attendu dès l’été 2025.  

– La vérification d’un titre d’identité ou de tout document officiel contenant la date de naissance de la personne.
 »

Commentaires (24)

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L'autorité en conclut que le déploiement de telles caméras « contribue à un risque de banalisation et d’habituation à une forme de surveillance renforcée par la multiplication de tels outils ».
Par contre l'obligation de filmer sa tronche avec un smartphone pour accéder à des sites Web se répand, avec zéro garanties derrière que ça respecte le RGPD.

Bon, tfaçon, l'avis de la CNIL on s'en fout.
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Ils feront comme tout le monde... on achète nos clopes à la sortie de la station de métro :D
(5 balles le paquet)
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J'ai vraiment rien compris à ce besoin. N'importe quel humain sait faire ça instantanément et bien mieux qu'un logiciel (et encore plus s'il y est habitué), c'est une personne à la fois à traiter donc peu d'intérêt à automatiser, et c'est toujours le buraliste qui va dire non au client, lui demander un justificatif et supporter sa réaction (la caméra ne va pas sortir ses petits bras pour le faire).

Y a-t-il une explication à laquelle je n'ai pas pensé qui justifie ça ?
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lui demander un justificatif et supporter sa réaction
Justement, ça légitime la demande de la carte d'identité : "Désolé, c'est pas ma faute, mais c'est la machine qui me demande votre carte d'identité".

Par contre, ça met encore plus en difficulté le buraliste car en cas de faux négatif (voyant vert alors que -18 ans), il a moins de légitimité à demander la carte. S'il a acheté la machine pour défausser de son autorité, il est super mal barré.
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+1 : au-delà même des considérations réglementaires, je comprends pas comment cet argument peut ne pas avoir été pris en compte par les buralistes. Si j'étais mauvais esprit, je dirais qu'ils cherchent juste leur tranquillité d'esprit, et pas particulièrement à empêcher la vente aux mineurs...
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[Semi troll]
Et pourquoi pas l'obligation de passer sa carte vital ?
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"Non connecté à Internet, l’appareil ne stocke aucune donnée personnelle, garantissant la sécurité et la confidentialité des clients". (...) La CNIL a annoncé en mars dernier se saisir du sujet, estimant que le fait de filmer systématiquement les visiteurs d'un commerce, pour ensuite procéder à un traitement automatisé d'images, n'était pas anodin.
La CNIL qui s'inquiète d'un système offline et sans stockage .

Et pendant ce temps, l'UE avance dans ses projets d'identité numérique (eID) et d'accès aux données chiffrées (ProtectEU).

Je rejoins @SebGF: l'avis de la CNIL on s'en fout.
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« - Certaines applications mobiles qui prouvent la majorité avec exactitude en affichant un minimum d’informations – c’est par exemple la vocation du "mini-wallet", une application de contrôle de l’âge développée par la Commission européenne et dont un prototype est attendu dès l’été 2025.
Ha ben c'est bien de recommander aux gens d'utiliser une solution qui n'est pas disponible.
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L'autorité en conclut que le déploiement de telles caméras « contribue à un risque de banalisation et d’habituation à une forme de surveillance renforcée par la multiplication de tels outils ».
Pourquoi "de telles caméras" ? Il faut dire "toutes les caméras" ! Être filmé partout, quoi qu'on fasse, ça ne sert pas la banalisation peut-être ? Les millenials n'ont pas connu autre chose que cette surveillance à outrance ! La CNIL ne veut pas de caméra chez quelques centaines de buralistes, par contre partout ailleurs dans l'espace public et privé, ça passe crème ?
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Les millenials n'ont pas connu autre chose que cette surveillance à outrance !
En même temps, toute leur vie est sur Facebook. Le concept même de vie privée est devenu étranger...
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Certains se renseignent et comprennent ce que c'est réellement, et n'y mettent pas les pieds. Même si tout est fait pour les attirer (coucou Whatsapp et son argumentum ad populum).
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Certains se renseignent et comprennent ce que c'est réellement, et n'y mettent pas les pieds.
Hélas, ça ne concerne qu'une frange de marginaux dans mon genre :craint:
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On peut pas mettre toutes les caméras dans le même panier.

Une sonnette Ring, la caméra de ton guichet bancaire ou celle de la rue rue n'ont pas les mêmes vocations, ni les mêmes capacités d'analyse et/ou d'enregistrement, ni les mêmes finalités, ni les mêmes personnes/outils derrière.
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Ne pas oublier les caméras dans les supermarchés, dans les bars, dans les rues, sur les parking, dans les prisons, les centre de rétention, aux frontières, dans les tabac-presse maintenant. La Chine est un super épouvantail pour ne pas voir ce qui se fait en occident depuis 20 ans, non (comme le laissait entendre l'auteur du livre techno-surveillance de la quadrature) ?
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Je parlais évidemment des caméras publiques, et privées dans des endroits accueillant du public (centres commerciaux, gares et aéroports, événements éphémères,...).
Une sonnette Ring ne fait peser sur personne le "risque de banalisation et d’habituation à une forme de surveillance" tel que décrit par la CNIL.
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Je serais curieux de savoir comment un possesseur de sonnette Ring fait l'information RGPD et gère le droit d'accès et d'opposition de ses visiteurs
:windu:
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Est-ce qu'il enregistre et traite les informations ?

Je ne connais pas les sonnettes "Ring", mais si l'interphone se contente de filmer et ne pas enregistrer (comme celui de ma résidence), il ne fait pas de traitement.

(dans le cas du mien, de toute façon, vu que la caméra équivaut à une webcam fin années 90 avec le film "diapositive grillée", c'est anonyme by design : on ne voit rien à part une ombre noire)
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On sort quand même du simple flux vidéo de l'interphone standard :
lemonde.fr Le Monde
Il y a une gestion de droits a priori conforme aux règles de l'art, mais le socle technique prévoit bien un enregistrement des images sur serveurs Amazon.
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Dans ce cas il y aurait effectivement traitement de données personnelles.
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" il incombe au commerçant de procéder aux vérifications nécessaires."

Ça lui incombe, et ça lui décombe.
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ref de boomer !

J'en suis:pleure:
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Aux US, il y a cette pratique très très courante de demander systématiquement une preuve de son âge dans les bars et autres lieux qui servent (ou vendent) des boissons alcoolisées, cad de prouver avoir 21ans+ .

Un jour une serveuse ne me demande rien, mais juste qu'à moi quand elle vient nous servir les bières à notre table. Je lui demande alors pourquoi.

Réponse :

« - si on voit bien que vous avez grosso modo + de 40 ans, alors c’est bon ».

« - Sérieusement !? »

Puta… !! je n’avais que 34 ans à ce moment-là et elle avait demandé par contre aux 2 autres (~ de mon âge) qui étaient avec moi.

Du pure contrôle au faciès avec discrimination… :eeek2: :fumer: :D
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C'est justement ce genre de réaction qui a l'air de poser problème ici. Pourquoi penser que la serveuse t'en veut ou en veut aux autres ? Au faciès forcément (comment faire autrement de visu), mais où ça une discrimination ? L'estimation d'âge c'est en partie subjectif, mais surtout tout le monde ne vieillit pas à la même vitesse. Il y a forcément une marge d'erreur (et c'est pour ça qu'ils prennent 20 ans de marge d'erreur). Et croire qu'une caméra sera plus précise c'est se bercer d'illusions.

Mais pourquoi les gens s'offusquent comme ça quand quelqu'un leur donne un âge qui n'est pas le leur ? Jusqu'à même être dérangé qu'on ne demande pas de justifier de son âge ? D'habitude les gens râlent plutôt quand on leur demande de le faire, d'ailleurs sans que ce soit plus raisonné.

La serveuse, le buraliste ou le personnel des casinos ou autres lieux 18+ ne vous en veulent pas et font juste leur boulot, vous voulez quelque chose où la loi impose un âge minimum, justifiez votre âge si on vous le demande et ne cherchez pas des raisons qui n'existent pas. C'est aussi simple que ça. Et je préfère le faire face à un humain que je vois ne rien noter que face à une machine dont je ne sais pas ce qu'elle fera des données.

Et si j'ai mal compris le ton du message et que c'était du second degré, alors OK pour toi mais ce que je dis s'applique toujours à plein d'autres.
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Ce qui aurait été bien pour toutes les situation de vérification de l'âge (clope, alcool, jeux de hasard... mais aussi porno and co) ca aurait été de penser à ça au moment de faire les nouvelles cartes d'identité : on aurait pu utiliser le recto pour une vérif d'âge avec juste photo, date de naissance et de quoi s'assurer que la carte est authentique (pitet meme l'emprunte digitale) et les verso pour les identification : photo, nom, prénom, date de naissance, id de la carte, adresse de ref, etc <-- il faudrait qu'une autorité indépendante audit le système pour s'assurer que les info du recto ne permettent pas de retrouver les info du verso (pas d'id unique sur le recto) sauf à faire de la reconnaissance faciale... mais là on aurait pas besoin d'utiliser ta carte vu qu'on a déjà ton visage sous les yeux.

Ainsi tu peu prouver ton âge sans révéler ton identité : on peut juste vérifier que c'est bien ta gueule et s'assurer de ton âge sans avoir accès à plus d'info sur toi que nécessaire.

Ça serait un changement d'orga lourd... mais ça reste moins con que de foutre des cam partout à tt bout de champ.

La CNIL redit son opposition aux caméras « – de 18 ans » dans les bureaux de tabac

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