La drôle de déclaration d’amour de Microsoft à l’Europe
Quand on aime on ne compte pas
En pleine tempête commerciale entre l'Europe et les États-Unis, Microsoft assure le Vieux continent de son soutien plein et entier. L'éditeur s'engage à muscler ses investissements et à renforcer la confidentialité des données européennes en se prémunissant des lois extraterritoriales, mais aussi à soutenir la compétitivité des acteurs locaux notamment dans le domaine de l'open source.
Le 06 mai 2025 à 16h29
6 min
Économie
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Si les services numériques échappent encore à la guerre des droits de douane engagée par Donald Trump avec le reste du monde, impossible de ne pas interroger les « nouveaux engagements numériques pour l'Europe » de Microsoft au regard de la situation internationale.
« Notre soutien à l’Europe a toujours été – et demeurera – inébranlable », écrit ainsi Brad Smith, président de Microsoft, dans une longue tribune publiée le 30 avril dernier. Le numéro un mondial du logiciel y liste cinq engagements par lesquels il entend matérialiser et renforcer « l'interdépendance économique » qui, selon ses propres termes, le lie au Vieux continent.
200 datacenters à horizon 2027
« Aujourd’hui, nous annonçons notre intention d’augmenter la capacité de nos centres de données en Europe de 40 % au cours des deux prochaines années », attaque Microsoft. L'éditeur affirme que cet effort l'amènera à opérer, à horizon 2027, plus de 200 centres de données dans 16 pays européens. Il ne précise pas la nature de ces infrastructures (datacenters en propre ou espaces chez des opérateurs tiers), mais évoque des investissements se comptant en « dizaines de milliards de dollars par an dans l’expansion de ses centres de données à travers l’Europe ».
Cette capacité d'investissement, supérieure à celle de bon nombre d’États membres, pourrait être perçue comme prédatrice. Microsoft prend bien soin de préciser qu'il n'avance pas seul sur le terrain des infrastructures, affirmant prôner, au contraire, une logique de collaboration avec les acteurs locaux, publics comme privés.
« En France, Microsoft s’est associé à Capgemini et Orange, tous deux actionnaires de l’entreprise Bleu. Conçue comme une plateforme de cloud de confiance, Bleu propose une large gamme de services cloud Microsoft Azure et d’outils de productivité Microsoft 365 opérés sous contrôle français », écrit par exemple l'entreprise, qui promet par ailleurs « des conditions avantageuses pour l’exécution des applications Microsoft » aux fournisseurs européens de cloud.
Une gouvernance qui se rapproche de l'Europe
« Ces centres de données ne sont pas montés sur roulettes. Il s’agit de structures permanentes soumises aux lois, réglementations et gouvernements locaux », souligne l'éditeur, dont les activités européennes sont filialisées, sous la houlette d'une représentation basée en Irlande. Pour donner des garanties supplémentaires quant à l'écoute des points de vue locaux, Microsoft annonce la création d'un « conseil d’administration européen composé exclusivement de ressortissants européens et fonctionnant selon le droit européen » pour superviser ses infrastructures.
L'éditeur s'engage par ailleurs à contester, « y compris en intentant une action en justice devant les tribunaux », toute consigne gouvernementale qui viserait à lui faire suspendre ou cesser ses activités cloud en Europe.
Une confidentialité renforcée... dans la limite du droit
Une promesse identique d'action en justice est formulée quant aux demandes gouvernementales qui porteraient sur l'accès à des données européennes. « Entre autres, nous avons engagé quatre actions en justice contre le pouvoir exécutif américain pendant le mandat du président Obama, notamment pour défendre la confidentialité des données de nos clients aux États-Unis et en Europe », affirme par exemple Brad Smith.
Face aux craintes que font planer les lois extraterritoriales états-uniennes telles que le Cloud Act ou le FISA, Microsoft promet l'extension prochaine de son programme EU Data Boundary, qui vise à garantir aux clients européens la possibilité de stocker et traiter localement leurs données et identifiants personnels. L'éditeur rappelle également l'existence, dans son portefeuille, de solutions dédiées au chiffrement des données, avec contrôle par le client des clés associées.
Un RSSI adjoint pour l'Europe
Microsoft s'engage également à renforcer sa collaboration avec l'Europe, ses institutions et ses agences, en matière de cybersécurité, de l'Ukraine à l'OTAN. L'éditeur nomme en chef de file un RSSI adjoint pour l’Europe au sein du Conseil de gouvernance de la cybersécurité de Microsoft. Ce dernier aura notamment vocation à assurer l'interface entre Microsoft et la Commission européenne sur le règlement sur la résilience opérationnelle numérique du secteur financier (DORA), la directive NIS 2 et le Cyber-Resilience Act (CRA).
Microsoft souligne enfin son approche horizontale des services liés au cloud et à l'IA, avec « un accès ouvert à notre plateforme et à notre infrastructure d’IA et de cloud dans toute l’Europe, y compris pour le développement des technologies open source ». L'éditeur se présente comme agnostique technologiquement, et souligne qu'il a supprimé les frais de transfert de données qui s'appliquaient lorsqu'un client choisissait de migrer vers un autre fournisseur de cloud.
S'agit-il de vœux pieux, de promesses de gascon, ou tout simplement de bonnes intentions pas tout à fait désintéressées ? « Alors que Microsoft célébrait ses 50 ans plus tôt ce mois-ci, notre présence de longue date en Europe a toujours été un des piliers de notre succès », admet Brad Smith en conclusion de sa lettre.
Une communication qui tombe à pic
Sa prise de parole intervient alors que la question de la souveraineté ne cesse de s'inviter dans le débat français. L'indépendance stratégique sur les infrastructures figurait par exemple au premier plan de l'intervention, lundi 5 mai, du président de la République sur l'attractivité de la France et de l'Europe en matière de recherche. Elle mobilise également les éditeurs français du secteur, qui ont récemment commandité une étude évaluant à plusieurs centaines de milliards d'euros par an le manque à gagner que représentait le retard européen en matière de cloud par rapport aux géants américains.
La drôle de déclaration d’amour de Microsoft à l’Europe
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200 datacenters à horizon 2027
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Une gouvernance qui se rapproche de l'Europe
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Une confidentialité renforcée... dans la limite du droit
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Un RSSI adjoint pour l'Europe
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Une communication qui tombe à pic
Commentaires (15)
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Abonnez-vousLe 06/05/2025 à 16h44
Sinon ça me fait penser au compagnon toxique et violent. Vu qu'il peut pas s'empêcher de cogner/harceler, de temps en temps il fait le beau gosse, achète des fleurs, montre aux copains comment c'est un type en or, etc.. Bref il entretient sa domination.
Modifié le 06/05/2025 à 19h16
En plus je l'aurais mauvaise de donner directement de l'argent à une entreprise qui finance le développement et l'usage d'outils responsables de meurtres via des IA (entre autres, en Palestine), et qui vire les employés qui en parlent et le dénoncent.
Le 06/05/2025 à 17h22
A ma petite échelle, j'ai déjà pris ma décision et annulé mon abonnement M365 (migration vers Infomaniak en cours) et Amazon Prime (bon lui ca fait déjà bien longtemps). Reste Netflix mais compliqué avec le reste de la famille addict.
Le 06/05/2025 à 17h31
Le 06/05/2025 à 18h40
Je doute que Microsoft s'appuie sur du vent, donc il semblerait que les hautes instances de l'UE envisage réellement de réduire leur soumission à MS. Interessant.
Modifié le 06/05/2025 à 19h18
Le 06/05/2025 à 22h29
En réalité ça me dérange pas, si et seulement si les échecs seront lourdement sanctionnés. Si c'est pour donner de l'argent publique et faire un Louvois (ou équivalent) mais encaisser le butin alors autant garder MS. Entre la peste et le choléra, avec le dernier on est sur de mourir dans ses excréments.
Le 07/05/2025 à 09h40
Mais je pense qu'il y a un autre problème, et ça me coûte de le dire car c'est pas vraiment aligné avec mes valeurs.
Je le vois bien dans la boite où je bosse depuis quelques années. Mais des projets de plusieurs dizaine de personne ne tiennent qu'au savoir et à la vision d'une seule. Et cette seule personne peut avoir gagné du crédit sur un projet et être mauvais sur un second.
La méthode américaine du "t'es le meilleur ou je te remplaces" permet d'avoir, in fine, des gens techniques très bons très souvent. Là où ici (je reste vague, car ce n'est pas forcément franco-français), on va plutôt être sur le principe de Peter (seuil d'incompétence).
Pour moi, il faut savoir récompenser grassement la réussite d'un projet complexe afin de pousser à la créativité.
Elon Musk est un bon exemple. Il est extrêmement compétent techniquement par rapport à ses "fonctions" chez Tesla (PDG) et SpaceX (proprio), et on voit comment ça avance sur le plan technique. Il est capable de trancher sur des décisions de façon rapide et pertinente, car il est garant du budget ET de la réussi du projet.
Même au niveau politique, Trump lui a demandé de faire de la merde, on ne peut pas lui retirer qu'il a fait de la merde avec efficacité.
Dans le reste du monde, les dirigeants des grosses boites sont avant tout des politiciens qui ne comprennent rien à ce que leur boite fabrique et vend, et n'ont pas de vision réellement long terme.
Le 07/05/2025 à 09h51
Au US, la prise de risque est normal et culturellement assumé. ça fait parti de "leur ADN" en quelque sorte. En outre, au US ils savent qu'ils ont besoin de gens compétents pour faire tourner leur système. Le système du "t'est le meilleur ou tu meurs" s'inscrit aussi dans la logique US basé sur la loi du plus fort (physiquement, militairement, économiquement...).
En France, la prise de risque n'est pas valorisé et on est plus "prudent" que les US. L'autre différence majeure est qu'au US tu peux évoluer dans ta carrière en restant un tech. En France, tu ne peux finir que manager.
Pour la direction des grosses boîtes (comme celle du CAC40), oui c'est plus des politiciens mais ils évoluent dans un environnement ou ne pas avoir ces compétences est létal. Néanmoins, ces PDG semblent mieux gérer leur boîte que Macron ne gère le budget de la France et de son image.
Le 06/05/2025 à 19h55
Le 07/05/2025 à 08h59
Le 07/05/2025 à 10h39
S'ils étaient vraiment pour le rapprochement en Europe, ils auraient au moins parlé d'investissements en milliards d'euro.
Modifié le 08/05/2025 à 10h19
Le 09/05/2025 à 04h23
Le 09/05/2025 à 06h24
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