Après la censure, le gouvernement affine l’interdiction des réseaux sociaux aux - 15 ans
Une loi digne d'une télénovela
Illustration : Flock
Le 15 septembre à 08h03
Le gouvernement n’a pas traîné à revoir sa copie. Après la censure du Conseil constitutionnel de la disposition interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, l’exécutif a planché sur de nouveaux aménagements notifiés à la Commission européenne.
Après la censure, le gouvernement affine l’interdiction des réseaux sociaux aux - 15 ans
Une loi digne d'une télénovela
Illustration : Flock
Le gouvernement n’a pas traîné à revoir sa copie. Après la censure du Conseil constitutionnel de la disposition interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, l’exécutif a planché sur de nouveaux aménagements notifiés à la Commission européenne.
Droit
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4 min
Stupeur et tremblements le 14 août dernier, lorsque le Conseil constitutionnel rend sa décision sur la loi instituant l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Les sages concluent à une « non conformité partielle » du texte, entériné le 21 juillet. Le tout au nom du principe de la liberté d’expression qui s’applique aussi aux mineurs.
Qu’à cela ne tienne, Emmanuel Macron tient absolument à sa loi et a chargé le gouvernement de revoir sa copie. Ce lundi 14 septembre, le président de la République a indiqué sur les réseaux sociaux qu’une « voie de passage » a été trouvée, conforme aux observations du Conseil constitutionnel et au droit européen – Bruxelles avait rejeté début juillet la proposition française qui marche sur les plate-bandes du DSA, le règlement sur les services numériques.
Après « un travail technique rigoureux », de nouvelles écritures modifiant le texte ont été notifiées à la Commission européenne. C’est ce qui nous permet de jeter un œil aux changements apportés par le gouvernement (PDF).
Le diable se cache dans les détails
Le texte définit plus précisément les fonctionnalités susceptibles de nuire à l’épanouissement physique, mental ou moral des utilisateurs de moins de 15 ans, et qui justifient donc leur interdiction au nom de la protection des mineurs. Cette lacune faisait partie des reproches formulés par le Conseil constitutionnel.
La proposition révisée précise donc que les réseaux sociaux présentant un risque pour la sécurité des mineurs sont ceux qui proposent « au moins » une des fonctions ou pratiques commerciales qui suivent :
- lecture automatique des vidéos ;
- scrolling infini ;
- diffusion de flux vidéo en direct ;
- interaction avec des comptes qui n’ont pas été acceptés au préalable par le mineur ;
- recommandation d’autres comptes non suivis ;
- géolocalisation ;
- notifications pour regagner l’attention des utilisateurs ou celles suscitant un sentiment de rareté et/ou d’urgence ;
- récompenses virtuelles pour l’accomplissement d’actions ;
- filtres de modification de l’apparence physique « susceptibles d’être associés à des effets négatifs sur l’image du corps, l’estime de soi et la santé mentale » ;
- monnaies virtuelles pouvant être échangées avec de l’argent réel.
Cette liste pourra être complétée par décret. Elle n’inclut pas les encyclopédies en ligne, les répertoires éducatifs ou scientifiques, les plateformes de développement et de partage de logiciels libres ou de projets numériques à vocation éducative en source ouverte, les services de partage de contenus de loisir, d’information d’entraide et aux réseaux sociaux créés exclusivement en lien avec des activités éducatives.
Les nouvelles écritures ajoutent également quelques précisions sur l’accès dérogatoire sous réserve de l’accord parental, un autre point soulevé par le Conseil constitutionnel ainsi que par la Commission. « Dans le respect du droit de l’Union », un mineur de moins de quinze ans ayant treize ans révolus peut accéder aux réseaux sociaux interdits s’il justifie d’une autorisation de ses représentants légaux ou de titulaires de l’autorité parentale. Une dérogation révocable à tout moment.
Les modalités d’application de ce dispositif « et en particulier celles selon lesquelles doit s’établir la qualité des personnes accordant cette dérogation » seront précisées par un décret en Conseil d’État.
Vers une expansion européenne
Pour Emmanuel Macron, la « protection » apportée aux mineurs français doit s’appliquer à tous les enfants européens. Et il veut harmoniser l’interdiction au niveau de l’UE, « c’est pourquoi j’ai partagé avec la Présidente de la Commission européenne ma détermination à ce que l’Europe avance de façon rapide et exigeante ».
Un travail de lobbying qui porte manifestement ses fruits. De nouvelles règles européennes regroupées sous la bannière du KIDS Act vont être présentées ce jeudi. D’après les documents consultés par Politico, la proposition de la Commission visera à créer un système d’accès gradué aux réseaux sociaux sous supervision parentale avant l’âge de 15 ans. Ursula Von der Leyen, la présidente de la Commission, avait établi sa feuille de route mi-juillet.
Commentaires (25)
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Abonnez-vousLe 15 septembre à 08h16
Mon petit doigt me dit que ce n'est pas pour leur déplaire.
Le 15 septembre à 13h44
Le 15 septembre à 08h22
Modifié le 15 septembre à 10h19
« En outre, les députés requérants relèvent qu’une telle interdiction impliquerait, par elle-même, la mise en place de procédés techniques destinés à vérifier l’identité des utilisateurs des réseaux sociaux afin de s’assurer de leur âge. Ils critiquent l’absence de toute disposition législative encadrant le traitement de ces données sensibles et précisant les personnes responsables ainsi que les modalités techniques de cette vérification. Ce faisant, le législateur aurait méconnu l’étendue de sa compétence et prive de garanties légales le droit au respect de la vie privée ainsi que la liberté d’expression et de communication. »
« Par ailleurs, la liberté proclamée par l'article 2 de la Déclaration de 1789 implique le droit au respect de la vie privée. »
Le gouvernement ou les parlementaires ont-ils prévu cela ? J’ai l’impression qu’ils mettent volontairement sous silence les problématiques de vie privée : ça ne donne pas envie de leur faire confiance.
En réalité, s’ils s’inquiétaient vraiment de la vie privée, ils abandonneraient totalement l’idée de vérifier l’âge en ligne, car il est techniquement impossible de vérifier l’âge de manière fiable tout en garantissant que la procédure reste anonyme. En effet, il faut nécessairement une source de vérité qui contienne des informations personnelles.
Le 15 septembre à 11h05
Remarque : plutôt que citer la reformulation de la demande des députés par le CC, autant citer sa décision. Je cite l'article précédent de next.ink :
> « Or, faute de déterminer les conditions et les limites dans lesquelles il devra ainsi en être justifié, le législateur n’a pas prévu les garanties légales de nature à assurer le respect de ces exigences constitutionnelles. »
Alors, le nouveau texte aborde un peu le sujet mais à mon avis pas de façon assez précise pour satisfaire le CC :
Il cite à la fois le DSA et le RGPD comme devant être respectés.
Ce qui est amusant, c'est que l'article 28 du DSA cité n'impose pas La Commission peut publier des lignes directrices pour aider à appliquer ce paragraphe et le texte du gouvernement le rappelle.
Ce qui fait que l'on peut s'appuyer sur des estimations d'âge en fonction du comportement de l'utilisateur et sans demande de pièce d'identité ou de selfie.
Modifié le 15 septembre à 12h25
En revanche, tu cites Next qui cites le communiqué de presse du Conseil. Là effectivement ils ont parlé des garanties de vie privée.
Bon, ça change pas grand chose mais c'est plus précis.
Le 15 septembre à 13h34
Par contre, effectivement, Next citait le communiqué de presse et pas la décision directement.
Le 15 septembre à 12h28
Le 15 septembre à 13h36
Le 15 septembre à 16h28
Le 15 septembre à 18h35
Et de toute façon, on parle de droit, donc ce n'est pas le sujet. Même si avec le RGPD, ils n'ont pas le droit de connaître ton identité réelle sans ton consentement.
Le 15 septembre à 22h11
Linkedin m'a d'ailleurs servi pour lever l'anonymat de quelques comptes ici à une époque. C'est LE réseau où les gens ne cachent pas leur identité -> c'est LE piège.
Le 15 septembre à 12h34
Rien que cela, ca va encore probablement poser pb... Pourtant, l'incompétence de la macronie s'est très récemment heurtée à ce problème en voulant restreindre les puissances accessibles pendant la période probatoire du permis B (s'inspirant sans doute du A limité à 47cv depuis qq années) et en renvoyant la fixation de la limite de cette puissance à un décret ultérieur!
Résultat: Mouchés par le CC...
J'ajouterais qu'on attends toujours le retex de la mesure pour le A (avec limite fixée dans la loi): Comme on n'hésite jamais à se vanter de ce qui a un effet dans ce gvt digne d'une boite de pubeux, probable que ce soit zéro. Et pour cause, les assureurs se chargeaient déjà de limiter les modèles accessibles! Cad qu'on a fait une mesure qui ne pouvait toucher que ceux ne la jouant pas légale (conduisant sans assurance voir permis), qui ne seront fatalement pas à un article de loi violé en plus!
Surtout que 47cv (+contrainte poids mini afin de rester dans un rapport poids/puissance contraint) a obligé a faire des modèles bridés car avant tout ce qui ne dépassait pas ~60cv était assurable en jeune permis moto, tout en restant plus propice au duo. Après 2 ans sans aucun sinistre, on pouvait espérer assurer... une moto alors limitée à 100cv.
La limite à 100cv étant finie depuis une dizaine d'années, cad qu'on peut désormais passer de 47cv à 200cv, cad un bon x4 en puissance quand auparavant c'était x1.4! Cette contrainte crée donc un fossé immense qui n'existait pas avant.
Le 15 septembre à 13h41
Une disposition législative dont une liste peut être complétée par décret, c'est un problème constitutionnel. Soit, on est dans le domaine législatif et c'est aux parlementaires de se prononcer, soit, on est dans le domaine réglementaire et c'est au gouvernement de décider ; séparation des pouvoir oblige.
Le 15 septembre à 13h51
Le 15 septembre à 13h51
En fait, ça aurait été plus rapide et simple de dire on interdit l'accès à internet et à tous services ou applicatifs qui nécessitent une connexion à internet à tout les mineurs de moins de 15 ans. Parce que leur liste ça va être un enfer de procédure entre les sites qui tomberont soudainement sous le coup de la loi sans se sentir concerné.
Le 15 septembre à 14h53
Modifié le 15 septembre à 14h00
- "Signez, je remplirais les blancs ensuite"
- "Je fait voter une loi, qui me permet de ne plus avoir à faire voter des lois"
- "Vous avez 1 vœux dit le génie : je fais le vœux de faire autant de vœux que je veux"
A partir de là, je sais pas trop si ça vaut le coup de rentrer dans les détails du texte, si de toute façon, tout peut être "cancel" par décret, sans vote donc.
Le 15 septembre à 14h56
Pourquoi vouloir se substituer à l'autorité des parents ?
Si tu t'intéresses à ton enfant, tu mets un contrôle parental sur son tel, tu limites/bloques à l'accès à toutes ces app et c'est finito pipo.
Le 15 septembre à 18h28
Pour la plupart ils savent tout juste cliquer sur «oui» ou «non» sans comprendre sur les popups qui apparaissent sur leur mobile.
Le 16 septembre à 07h22
Le 15 septembre à 22h14
Le 16 septembre à 16h06
Le 16 septembre à 16h21
Déjà à la grande époque des forums et blogs il y a eu des abus et situations dangereuses de harcèlement.
Mais pas avec en plus un algo qui enferme les gens dans un schéma de pensées.
Le 16 septembre à 18h18
Je suis bien conscient que la solution européenne est présentée comme respectueuse de la vie privée : l'objectif est justement de pouvoir prouver qu'on a dépassé un certain âge sans transmettre son identité au service concerné. Mais cela ne répond pas complètement à ma préoccupation. La technologie est conçue pour pouvoir être étendue à d'autres seuils d'âge et à d'autres usages, et elle doit s'inscrire progressivement dans l'écosystème de l'identité numérique européenne. La question qui m'intéresse donc est aussi celle de la gouvernance et des limites à long terme de cette infrastructure.
Ce qui me fait peur, c'est moins « le gouvernement actuel va nous surveiller » que la possibilité de créer aujourd'hui une infrastructure dont les pouvoirs futurs pourraient modifier progressivement les usages. Prenons un scénario volontairement pessimiste : un gouvernement futur devient beaucoup plus autoritaire ou hostile à certaines catégories de la population, par exemple aux personnes LGBT ou à certains mouvements politiques. Quelles garanties institutionnelles et techniques empêcheraient concrètement qu'une infrastructure initialement prévue pour protéger les mineurs soit étendue ou détournée à d'autres fins ?
C'est cette question que je trouve insuffisamment présente dans le débat. On parle beaucoup de l'efficacité de la vérification d'âge et de la protection des mineurs, mais beaucoup moins, à mes yeux, des garanties destinées aux adultes : droit à l'anonymat, liberté d'expression, gouvernance, contrôle démocratique, possibilité de contester une décision, limites d'utilisation et protections contre un changement futur de majorité politique.
Je suis d'accord avec toi sur le fait que les réseaux sociaux posent de vrais problèmes, notamment le harcèlement et les mécanismes de recommandation qui peuvent enfermer les utilisateurs dans certaines dynamiques. Mais je ne pense pas que l'existence de ces problèmes suffise à justifier n'importe quel moyen pour les résoudre. Pour moi, une mesure de protection doit aussi être évaluée en fonction de ses effets secondaires et de sa robustesse dans le pire scénario politique imaginable.
C'est notamment pour cela que le précédent hongrois m'interpelle : je ne dis pas que la France deviendrait nécessairement la Hongrie, mais qu'une démocratie doit concevoir ses infrastructures numériques en tenant compte du fait que les gouvernements changent. Une garantie qui paraît suffisante avec un gouvernement respectueux des libertés doit aussi rester solide avec un gouvernement qui le serait beaucoup moins.
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