Connexion Premium

Les industriels s’opposent à fournir les plans 3D de pièces détachées indisponibles

Touchez pas au Grisbi !

Les industriels s’opposent à fournir les plans 3D de pièces détachées indisponibles

Ave Calvar pour Unsplash +

Dans un projet de décret, le gouvernement français prévoit, sous certaines conditions, que le fabricant ou l’importateur devra fournir les plans 3D des pièces détachées indispensables à l’utilisation des produits qui sont indisponibles à la vente. Les industriels du numérique comme ceux de l’électroménager critiquent vivement le texte.

En juin dernier, le gouvernement français a notifié la Commission européenne de sa volonté de prendre un décret facilitant l’impression 3D de pièces détachées pour permettre la réparation des machines dont les pièces ne sont plus disponibles. De fait, il encadre l’application d’une partie d’un article (Article L111-4) du Code de la consommation modifié en février 2020 par la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire et en vigueur normalement depuis le 1er janvier 2022. Si ce texte, soumis à critiques des différents acteurs concernés, est finalement publié au Journal officiel, il s’appliquera à partir du 1er janvier 2027.

Une liste importante de produits

Le texte est disponible pour consultation et avis des parties concernées sur le site de la Commission européenne. Selon l’explication de texte donnée à Bruxelles, il « vise à faciliter la réparation des produits et leur durabilité dans un objectif d’économie circulaire ».

Le texte de la loi impose au fabricant ou à l’importateur, « lorsqu’une pièce détachée indispensable à l’utilisation d’un bien disponible sur le marché peut être fabriquée par un moyen d’impression en trois dimensions et qu’elle n’est plus disponible sur le marché », l’obligation de fournir le plan de fabrication 3D de la pièce détachée « ou, à défaut, les informations techniques utiles à [son] élaboration ».

Il prévoit que la demande puisse être faite par des vendeurs professionnels, des reconditionneurs ou des « réparateurs, agréés ou non ». Une importante réserve est ajoutée puisque le texte de loi prévoit que cela doit être fait dans le cadre « du respect des droits de propriété intellectuelle et en particulier sous réserve du consentement du détenteur de la propriété intellectuelle ».

Mais le texte voté laissait au décret le soin de préciser quels appareils sont concernés. Dans le projet notifié à la Commission européenne, le gouvernement y liste les appareils électroménagers mais aussi des produits numériques comme les consoles de jeux vidéo, les équipements d’imagerie et d’impression, les serveurs et produits de stockage de données, les smartphones, les ordinateurs portables et tablettes ou encore les dispositifs d’affichage électroniques. D’autres produits non spécifiquement numériques sont aussi listés, comme les articles de sport, de bricolage et même les voitures particulières, les camionnettes et les véhicules de catégorie L.

Pour toutes ces gammes de produits, le projet de décret prévoit que cette partie de l’article L111-4 sur la disponibilité des plans 3D des pièces détachées s’applique. S’il dispose du plan 3D, le fabricant ou l’importateur devra le fournir dans les 15 jours ouvrables, sinon, il doit donner les spécifications techniques nécessaires à l’élaboration de ce plan dans les 20 jours ouvrables. « L’obligation ne s’applique pas lorsqu’une pièce détachée imprimée en trois dimensions ne peut pas être utilisée dans le respect de la sécurité des produits », ajoute le texte.

Casus belli pour les industriels

Comme l’a repéré L’Informé, pour les industriels du numérique représentés par l’AFNUM (Alliance Française des Industries du Numérique, dans laquelle on retrouve beaucoup de multinationales comme Apple, Microsoft, Google, Xiaomi, Panasonic, GP ou encore Nikon), c’est un casus belli.

Dans une contribution [PDF], ce lobby industriel affirme que, « pour les produits à haute teneur technologique, comme les équipements numériques, aucun acteur du marché de la réparation par impression 3D ne dispose aujourd’hui des capacités techniques et des certifications nécessaires pour réaliser une réparation sûre des pièces concernées ». Il ajoute que certains produits numériques de la liste destinés aux professionnels sont « déployés, entretenus, réparés et remplacés par un personnel spécifique, ce qui limite structurellement l’intérêt pratique de la mise à disposition de plans d’impression 3D ». L’AFNUM argumente aussi contre le texte en raison d’incompatibilités avec des règlements européens qui « poursuivent explicitement un objectif d’harmonisation ».

Pour l’autre lobby qui s’est exprimé, l’APPLiA (qui rassemble Miele, Dyson, Philips et autres fabricants d’électroménagers comme Vestet),  « le projet de décret impose des obligations susceptibles de créer des exigences perturbatrices au sein du marché unique et n’apporte aucune valeur ajoutée concrète aux consommateurs ni à l’environnement ». Un des arguments qui peuvent porter repose sur le contact avec des aliments : « Étant donné que les données CAO 3D ne permettent pas de contrôler la composition des matériaux d’une pièce de rechange provenant d’un tiers, nous anticipons des problèmes de conformité des matériaux destinés à entrer en contact avec les denrées alimentaires ». Le lobby pointe aussi la « charge administrative significative » que pourra représenter la justification d’un refus pour des raisons de sécurité que prévoit le texte.

Commentaires (22)

votre avatar
"certains produits numériques de la liste destinés aux professionnels sont « déployés, entretenus, réparés et remplacés par un personnel spécifique, ce qui limite structurellement l’intérêt" pécunier de la réparation
votre avatar
nous anticipons des problèmes de conformité des matériaux destinés à entrer en contact avec les denrées alimentaires
C'est rigolo d'entendre ça alors qu'ils ont SEB (donc tefal) dans leurs membres. PFAS etc :roll:
votre avatar
Seb qui ne serait pas concerné par un tel règlement puisqu’ils font déjà le nécessaire d’eux-même. Du coup je suppose que ce sont les autres membres qui comptent plus ici…

Je serais curieux de participer aux réunions de cet organisme, tiens.
votre avatar
Et puis si vraiment ça les gêne ils n'ont qu'à fournir les pré-requis des matériaux dans les plans.

Et les réparateurs ou les particulier se debrouilleront et prendront les responsabilité.

Si vraiment on se rend compte que ça pose un problème de santé publique on pourra toujours changer. Mais les problèmes de santé publique liés aux pratiques nocives cachées des industrielles (PFAS) et aux limites planétaires semblent quand même bien plus importants.
votre avatar
Lorsqu’une pièce détachée indispensable à l’utilisation d’un bien disponible sur le marché peut être fabriquée par un moyen d’impression en trois dimensions et qu’elle n’est plus disponible sur le marché.
Le groupe Seb (Moulinex, Rowenta, Tefal, Calor…) a trouvé la parade : si la pièce détachée peut être fabriquée par un moyen d’impression en trois dimensions, alors elle est disponible sur le marché. Si on fourni la pièce, plus besoin de fournir les plans.

Puisqu’ils l’impriment eux-même dans ce cas, ce qui permet de garantir la qualité de l’impression au passage.
votre avatar
Écoute tant mieux, j'ai réparé plusieurs trucs (LV, aspirateur, cafetière, joint de cocotte) en pouvant simplement racheter la pièce cassée.
Ça coûte assez cher, mais c'est toujours mieux que de racheter du matos neuf, voire un modèle cassé d'occasion en espérant que la pièce sera compatible (et jeter le reste donc :-/ )
votre avatar
déployés, entretenus, réparés et remplacés par un personnel spécifique, ce qui limite structurellement l’intérêt pratique de la mise à disposition de plans d’impression 3D
Ben dans ce cas je ne vois pas le souci pour eux, si ils estiment que personne ne sait faire ils n'ont rien à perdre.

Étant donné que les données CAO 3D ne permettent pas de contrôler la composition des matériaux d’une pièce de rechange provenant d’un tiers, nous anticipons des problèmes de conformité des matériaux destinés à entrer en contact avec les denrées alimentaires
Ca tombe bien, si c'est revendu ça tombe dans le giron de la DGCCRF. Si c'est fait maison, c'est de la responsabilité de l'utilisateur.


Comme quoi ils disent que l'obsolescence programmée est un mythe mais dès que des mesures sont prises contre ils se sentent attaqués dans leurs bénéfices...
votre avatar
C'est presque la même excuse que pour StopKillingGames où comme ils ne pourront pas "assurer la sécurité des joueurs" ils refusent de fournir les binaires serveur... alors que ce ne serait pas leur problème.
votre avatar
Au-delà des possibles velléités mercantiles, je me pose quand même la question de la sécurité et de la responsabilité.

Dans le cas d'une pièce imprimée en 3D à partir d'un plan fourni par le fabricant qui casse et blesse l'utilisateur, qui est responsable ? Logiquement, l'utilisateur qui a fait sa réparation soit-même, vous me direz (comme un réparateur est, en tant que professionnel, responsable pendant une période de garantie de sa réparation).

Mais dans ce genre de cas, la logique est une denrée rare. Sinon nous n'aurions pas des messages d'avertissement disant de ne pas manger le papier d'emballage d'un produit ou de ne pas boire de la lessive.
votre avatar
Après l’article semble dire que c’est à destination des réparateurs, pas des utilisateurs.
votre avatar
J'avais manqué ce détail, ce qui répond donc à ma question : le réparateur sera donc responsable de la réparation.
votre avatar
Après, ça ne résout pas ta question qui est très intéressante : Même si le réparateur fait une impression absolument parfaite de telle sorte qu’on ne puisse pas l’accuser d’avoir fait du mauvais boulot, la pièce aura été structurellement conçue pour un certain matériau (exemple : du plastique moulé) probablement bien plus résistant que du PLA en couches.

Ça passe pour des pièces qui ne prennent pas de contraintes, mais il fait bien admettre que mécaniquement (si j’ose dire) ce ne sont pas ces pièces là qui cassent.
votre avatar
Oui, je me suis concentré sur l'aspect responsabilité, mais les points sur la qualité des pièces, du matériaux et de sa fabrication restent entier.

Bien que le PLA soit robuste, la méthode d'impression par FDM n'est clairement pas aussi résistante que de l'injection avec une densité de plastique qui va différer et tout sauf à s'assurer que les strates sont placées de manière à supporter la charge sur leur hauteur et non leur côté (et pour avoir du souvent jongler sur l'inclinaison d'un pièce pour faciliter son impression et limiter le gaspillage, autant dire que c'est chiant !). J'ose donc espérer que les plans en question indiquent les tensions maximales supportées par la pièce dans le cas où elle ferait partie du mécanisme ou de la structure.

Naturellement, pour le couvercle d'une trappe de piles à zapette ou souris, on s'en fout un peu plus.
votre avatar
Les utilisateurs font déjà des certaines réparations eux-même et en sont responsables, non?

Que ce soit de recoller des pièces de plastique cassées ou souder nouveau bouton par exemple.
votre avatar
Oui, mais ils décident de bricoler quelque chose en toute autonomie, ils dessinent la pièce ou récupère le plan d'un lambda. Ils ont pas été invités par le support technique à imprimer la pièce à partir du fichier fourni.
votre avatar
Le support va simplement dire que la pièce de rechange n'est plus disponible, il n'y'a aucune raison qu'il invite l'utilisateur à imprimer une pièce lui même...
votre avatar
Ce qui pourrait aider c'est de forcer à faire du réparable par échange de pièce détachées au moins.

Avec bien évidement

  • des pièces qui ne sont pas vendues plus chères que l'appareil lui même. Je suppose que tout le monde a déjà vu.

  • des pièces qui ne nécessitent un bac +10 en mécanique appliquée pour la changer.

  • des pièces elles aussi réparables.



Ça aidera à ne pas gaspiller mais aussi au recyclage. Quand c'est prévu pour être réparé c'est aussi plus facilement recyclable.


Haaa ! (réveil en sursaut)
Désolé j'ai fait un trip de bon sens... vraiment... désolé...
Un coup de fatigue... je sais pas.
votre avatar
ça existe déjà (pas systématiquement évidemment), exemple pour mon vieux lave-vaisselle qui a 15-20ans :
pieces-detachees.indesit.fr

Franchement y'a tout : la vue détaillée, la nomenclature et le prix des pièces me semble parfaitement raisonable. Avec la référence tu peux de toute façon chercher des alternatives un peu moins cher y'a plusieurs petites boutiques qui se tirent la bourre sur ce sujet.

Mon aspirateur (Rowenta), ma cafetière espresso (Magimix), ma chaudière (Saunier Duval), le joint de la cocotte (Seb), la clayette en verre du frigo (dont j'ai oublié la marque): j'ai pu trouvé les infos similaires (éclaté, référence des pièces) et réparer moi-même. Ça a a chaque fois été extrêmement un simple tournevis (torx ou un-gros-plat :D pour la chaudière) et un pince universelle a suffit.
votre avatar
Mon propos réside surtout dans le fait que ce n'est pas imposé par la loi.

Peux tu changer la batterie de ton téléphone mobile sans le démonter / décoller ? Des produits jetable il y en a plein (trop ?). On ne parlera pas des imprimantes tellement cela met tout le monde d'accord.

Oui dans le PEM/GEM on fait des pièces détachées. Quoique les marques ne prennent pas de gros risques non plus. C'est plus sur le GEM. Et encore ce n'est pas forcément à la porté de tous de faire l'échange de pièce. C'est pas forcément pensé pour au départ.

Il n'y a pas vraiment de dilemme pour les gens de jeter une cafetière ou un séchoir.

Il y aura toujours certaines choses plus difficile (ex : soudure raccord gaz de frigo). On n'y pourra pas grand chose.

Je parle de conception / construction modulaire qui permet à n'importe qui de faire des échanges de pièce. Pas de soudure, etc. Limite du clips.

On en est très loin.
votre avatar
J'espère vraiment que ça passera.

L'étape suivante c'est de faire la même pour les cartes électroniques et les firmware.

Je ne pense pas ce soient des secrets industriels majeurs sur de l'électronique grand public.
votre avatar
Plus de pièces détachées produites -> Plus de réparation possible -> Achat de neuf -> Marge plus grande

Si les industriels s'inquiétaient réellement de la sécurité des composants tierce-partie, ils mettraient à disposition des pièces détachées sans limite de temps, ce qu'il ne font pas pour d'autres considérations.
Deux deux choses l'une : soit ils s'inquiètent de la sécurité des composants tierce-partie car la sécurité prétextée des utilisateur prime sur leurs marges, soit les priorités sont inversées et la moindre des choses seraient qu'il ne fassent pas obstruction à la réparation entre les utilisateurs et d'autres acteurs : en cessant de produire les pièces d'une machine, ils ont acté abandonner leur valeur commerciale, ouvrant la voie au partage des plans.

Cette obstruction est un livre ouvert démontrant la naïveté de ceux qui croirait encore benoîtement que ces industriels ne protègent pas cyniquement leurs marges au détriment de l'intérêt des utilisateurs.
Refuser de fournir des pièces et des plans est une politique de la terre brûlée.
votre avatar
Ca c'est sûr qu'ils ne vont pas scier la branche sur laquelle ils sont assis. Notamment un appareil réparé = un appareil neuf en moins vendu. Sans compter que la concurrence peut proposer le même produit et directement imprimer les pièces stratégiques.

Mais il faut qu'on y vienne...