Connexion Premium

Le magazine Time sert aux chatbots IA des pages spécifiques avec de la pub

La bataille de l'enshittification

Le magazine Time sert aux chatbots IA des pages spécifiques avec de la pub

Illustration : Flock

Le magazine états-unien a commencé à mettre en place des versions différentes des pages de son site, selon qu’il soit consulté par un navigateur ou par un chatbot IA. L’éditeur peut ainsi optimiser ses articles pour qu’ils soient repris par Claude ou ChatGPT en y insérant de la publicité spécifiquement conçue pour être recrachée par les chatbots.

Si les chatbots IA viennent chercher leurs réponses sur les sites des médias, pourquoi ceux-ci n’en profiteraient pas ? C’est ce que s’est dit le magazine américain Time en mettant en place un système servant des pages différentes selon que son site web est consulté par un navigateur habituel ou par un crawler d’un chatbot IA.

L’éditeur a converti toutes les pages de son site web en Markdown, format qui est plus facilement analysable par les agents IA, expliquait Digiday début juillet. De fait, le langage de balisage léger inventé par John Gruber avec l’aide d’Aaron Swartz est idéal pour ces outils : il est explicite et minimise le nombre de tokens utilisés pour analyser le contenu. Si on veut que son contenu soit repris par ChatGPT et Claude, il est donc plutôt malin de le leur servir en Markdown.

La pratique de la redirection sélective pour des buts problématiques n’est pas nouvelle. Par exemple, nous avions déjà montré qu’elle était utilisée pour cacher de la désinformation ou pour adapter des liens sponsorisés en fonction d’attentes parfois nauséabondes d’internautes.

Insérer de la pub spécifiquement rédigée pour les chatbots IA

Ici, l’éditeur a vite compris qu’il pouvait proposer aux marques d’autres services en s’appuyant sur cette technique : le magazine a commencé à glisser des publicités dans certains des fichiers Markdown. Cela permet de faire passer discrètement des messages dans ChatGPT et Claude sans qu’ils n’apparaissent dans les pages proposées aux lecteurs de Time. L’ingénieur allemand Vincent Schmalbach a remarqué le tour de passe-passe et l’a décrit sur son blog.

Ainsi, un article comme celui-ci est proposé en HTML pour tous les navigateurs, mais si on l’ouvre avec le user-agent ClaudeBot, on obtient un texte du genre :

Ici, pas de publicité intégrée. Mais lorsqu’on fait la même opération sur une page listant les « meilleures inventions de 2025 », on se retrouve, contrairement à un lecteur lambda qui l’ouvrirait avec un navigateur, avec un texte promouvant la banque en ligne Ally Bank avant les inventions :

Le texte sur Ally est idéalement écrit pour être cité par un chatbot IA à qui l’utilisateur demanderait « Qui est Ally Bank ? ». Remarquons qu’il est surmonté d’une remarque affirmant : « Contenu sponsorisé. Réalisé en partenariat avec Ally. Ally est le sponsor et la source de ce contenu ».

On obtient le même texte, sous une présentation qui diffère un peu si on utilise les user-agent d’OpenAI GPTBot ou OAI-SearchBot. Remarquons que ce n’est pas le cas si on utilise les crawlers de Google Googlebot, Google-Extended ou GoogleOther mais que le Markdown s’affiche pour le quatrième crawler de Google utilisé par Gemini Google-CloudVertexBot.

Une pratique qui risque de se généraliser

Comme le fait remarquer Vincent Schmalbach, on retrouve dans le fichier Markdown servi à ClaudeBot les traces de l’agence de publicité en ligne Mobian, spécialisée dans la pub pour les agents IA. La page d’accueil de son site reprend spécifiquement l’exemple du Time :

Si nous n’avons pas encore d’exemple d’autres éditeurs de sites très visités qui auraient déjà mis en place ce système, il y a de fortes chances que Time soit rapidement suivi par d’autres. Reste à savoir comment vont réagir les entreprises d’IA générative qui vont devoir faire attention à ce que leurs outils ingèrent.

Va-t-on assister à une nouvelle partie du jeu du chat et de la souris pour bloquer publicités et autres contenus différents de ce qui est affiché dans les pages communément lues par les humains ?

Commentaires (14)

votre avatar
Va-t-on assister à une nouvelle partie du jeu du chat et de la souris pour bloquer publicités et autres contenus différents de ce qui est affiché dans les pages communément lues par les humains ?
Ou alors les chatbot IA va simplement recracher la pub... et pourrir un peu plus les résultats & la confiance.

Toujours impressionnant de voir l'humanité déployer des trésors d'imagination, de travail, et de méthode pour pourrir la vie des autres pour un profit minimal & éphémère...
votre avatar
Excuse moi mais c'est loin de demander des trésors d'imagination, de travail et de méthodes pour en venir à cette solution. Je pense que personne n'est surpris.
votre avatar
Presque, on y presque ! Encore quelques sites à faire de même et les contenus recrachés seront tellement inintéressant qu'on abandonnera cette techno :D
votre avatar
En espérant que ça arrive vite, entre le pourriture du web à cause de l'IA et les prix fous sur les composants, il est plus que tant que la bulle explose...
votre avatar
votre avatar
Avec les trouze mille templates de workflow pour générer des posts tiktok et j'en passe pour faire du viral, j'ai du doutes que la qualité soit un critère pour l'audience du Web.
votre avatar
Niveau technique changement par l'agent IA/AI du user-agent et/ou l'IP permet de contourner le système... Il est donc possible que cela tourne en rond... A voir la suite !
votre avatar
Bof, j'en doute qu'ils s'amusent à faire ça. S'ils ont fait l'effort d'utiliser jusque-là des UserAgent spécifiques, je ne pense pas qu'ils changent d'avis pour une conséquence aussi prévisible.

De plus, les acteurs de l'IA étant peu nombreux et bien connus, ça ne serait pas discret que l'un d'entre eux cesse d'utiliser son UserAgent spécifique. Cependant, ce serait possible de faire le boulot 2 fois, une fois avec un UserAgent spécifique sans utiliser les résultats, et une deuxième avec UserAgent de navigateur en utilisant les résultats. Mais ce serait quand-même tordu et risqué.
votre avatar
Peut-être faire cela afin de ne pas "perdre" les clients... Simple ? Non ?
Car Qui, Qui ici aimerait avoir de la "merde" avec en plus PUB etc. dans le contenu envoyé par IA/AI ? 😅
votre avatar
Si un robot veut contourner, il a le choix entre un prétraitement qui expurge la publicité (tiens, un ublock pour bot :D) ou blacklist de la source (il lui suffit de faire une double requête sur 1% des articles pour détecter la supercherie)

Ce sont des rapports de force qui se mettent en place. AI Overview est l'un de ces rapports (pas de scrawl ia = pas de trafic organique de Google) ; d'un autre côté, des médias réfléchissent à se retirer de Google https://www.abondance.com/20260724-2653607-google-colere-grands-medias-plusieurs-editeurs-menace-blocage.html
Je vais prendre une recharge de popcorn...
votre avatar
Tournée de popcorn ? 😁
votre avatar
Qu’est-ce qui empêche les agents IA de changer simplement le User Agent et se retrouver ainsi avec la version « humaine » de la page ?
votre avatar
Le fait que celui qui le fera sera vite repéré par son absence. Il n'y a pas beaucoup d'acteurs majeurs de l'IA.
votre avatar
Les agents IA regardent très souvent chaque pages des sites (plusieurs centaines de fois), difficile de penser que c'est un être humain, au mieux juste un outil d'indexation.