« Un robot conçu comme poupée sexuelle n’a rien à faire dans nos salles de classe »
MER IL ET FOU !
Realbotix
Le 07 août à 15h58
Un robot humanoïde pour enseigner dans une salle de classe, ce n’est pas banal. Mais quand ce robot est issu d’une entreprise de poupées sexuelles rachetée par un ancien banquier d’affaires spécialisé dans le minage de bitcoins et le métavers, qui pensait pouvoir s’en servir pour faire entrer l’intelligence artificielle à l’école… on pouvait craindre que ça pourrait mal tourner. Et ça a mal tourné.
« Un robot conçu comme poupée sexuelle n’a rien à faire dans nos salles de classe »
MER IL ET FOU !
Realbotix
Un robot humanoïde pour enseigner dans une salle de classe, ce n’est pas banal. Mais quand ce robot est issu d’une entreprise de poupées sexuelles rachetée par un ancien banquier d’affaires spécialisé dans le minage de bitcoins et le métavers, qui pensait pouvoir s’en servir pour faire entrer l’intelligence artificielle à l’école… on pouvait craindre que ça pourrait mal tourner. Et ça a mal tourné.
Société numérique
Société
23 min
« Un robot conçu par une entreprise spécialisée dans les poupées sexuelles n’a rien à faire dans nos salles de classe », tempêtait fin juillet Melinda Person, présidente du New York State United Teachers (NYSUT), syndicat fédérant plus de 700 000 enseignants (en poste ou retraités) de l’État de New-York, dans une lettre ouverte précisant qu’elle n’aurait «jamais pensé devoir formuler » un tel « constat ».
Aussi improbable que cela puisse paraître, une entreprise spécialisée dans les cryptoactifs (qui s’était fait connaître pour avoir acheté pour 2,4M$ de « terrains numériques » dans le métavers en NFT) a cru pouvoir pivoter son « business model » en vendant au district scolaire d’une bourgade rurale new-yorkaise (dont la devise est « Home of the Warriors », en hommage à la tribu d’Iroquois dont sa réserve indienne est issue) un robot humanoide initialement conçu et vendu comme poupée sexuelle hyperréaliste afin de servir d’assistante IA d’éducation basée sur un programme de soutien scolaire créé par Steve Wozniak, pionnier de la micro-informatique et concepteur des premiers ordinateurs Apple afin d’aider les jeunes à s’initier aux métiers de la tech’. Ouf ! L’auteur de ces lignes n’aurait, lui non plus, jamais imaginé pouvoir enfiler autant de perles de buzzwords d’affilée.
Une « nouvelle ère » et un « tournant historique pour l’IA et la robotique »
Fin juin, Realbotix, une entreprise qui se présente comme «l’un des principaux développeurs américains de robots humanoïdes et de systèmes d’IA avancés », annonçait en effet par communiqué de presse « déployer son premier robot humanoïde et son assistant pédagogique basé sur l’IA dans un district scolaire américain ».
Le district scolaire en question est celui de Salamanca, une bourgade rurale de 6 000 habitants (dont 20 % d’Amérindiens) située à l’ouest de l’État de New York, dans le comté de Cattaraugus. C’est l’une des deux réserves indiennes sénécas (ou Tsonnontouans, « les gens de la grande montagne » en VF, un peuple autochtone iroquois). On est loin de la Silicon Valley.
Le projet pilote repose sur Optio, un assistant pédagogique qui intègre une IA dans les cours de sciences, technologie, ingénierie et mathématiques (STEM) « grâce à des avatars personnalisés et des robots humanoïdes qui assistent les enseignants et motivent les élèves ».
En l’espèce, il s’agit d’un robot humanoïde féminin hyperréaliste, doté d’une peau en silicone et de cheveux longs. Il est censé « créer des expériences d’apprentissage captivantes et pratiques », encourager la participation des élèves et leur permettre de se familiariser dès leur plus jeune âge avec les technologies émergentes.
Andrew Kiguel, un ancien banquier d’affaires reconverti dans le minage de bitcoins, les infrastructures blockchain, les tokens et le métavers, est devenu CEO de Realbotix. Il qualifie le projet de « nouvelle ère » et de « tournant historique tant pour l’IA que pour la robotique humanoïde » :
« Nous dépassons le stade des démonstrations en laboratoire et des projets pilotes pour intégrer directement dans les salles de classe une IA concrète et incarnée — afin de soutenir les enseignants, de susciter l’intérêt des élèves et de prouver que la robotique de pointe peut s’épanouir dans des environnements éducatifs réels. »
Un programme pour lycéens illustré par une photo d’enfants, générée par IA
Le communiqué soulignait que le déploiement initial d’Optio accompagnera les lycéens (« high school students ») dans le cadre de cours consacrés à l’IA et à la robotique, et qu’il était prévu de l’étendre à environ 500 lycéens au cours du semestre d’automne, en fonction des retours d’expérience des enseignants et élèves.

Étrangement, la photographie (générée par IA) confiée par Realbotix à la presse ne montrait pas une classe de lycéens, mais d’élèves de primaire, avec des enfants d’environ 5/6 ans. Une illustration d’autant plus étonnante que, sur LinkedIn et X.com, Realbotix précise qu’il n’a vocation à interagir qu’avec des lycéens seulement (« only high school seniors »).
« Le plus important, c’est peut-être de dire ce que ce projet pilote n’est pas »
Le district scolaire de Salamanca souligne pour sa part dans sa présentation du projet pilote, sur Instagram et X.com, que le robot éducatif et avatar numérique Realbotix « a été alimenté exclusivement par le programme scolaire approuvé par l’académie, des stratégies pédagogiques et des informations historiques sur Salamanca » :
« Contrairement à de nombreux outils d’intelligence artificielle qui se contentent de fournir des réponses, le robot et l’avatar numérique Realbotix sont conçus pour encourager la réflexion critique et favoriser l’apprentissage. Lorsque les élèves posent des questions, le robot les guide tout au long du processus d’apprentissage plutôt que de faire le travail à leur place. »


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Commentaires (27)
Le 7 août à 16h14
Le 7 août à 17h38
Le 11 août à 14h02
Le 7 août à 18h29
Il se trouve que dans les 700 000, il y a les retraités. 😉
Ça me semblait ÉNORME pour un état de 20 millions d'habitants, alors qu'en France on en a autant en exercice dans le public en 2025.
Le 7 août à 18h51
Le 7 août à 20h08
Le 8 août à 10h00
Le 8 août à 10h41
Cela dit je profite de cet article pour soulever un point un peu HS (par rapport au sujet): est-ce que Next a déjà réfléchi à la problématique des médias d’illustration externes à l’article ?
Je m’explique : vous hébergez les images de vos articles et c’est super, comme ça j’ai l’espoir de pouvoir les revoir dans 20 ans quand je relirai cet article pour faire une rétrospective de comment on en est arrivés là.
Mais de plus en plus, les médias (Next y compris) se contentent d’illustrer leurs propos en faisant des liens vers X, ou YouTube ou … Problème : la vidéo sur X j’ai eu beaucoup de mal à la lire (pas de compte) et je suis quasi sûr que dans 10 ou 20 ans elle sera inaccessible. Sans compter qu’il s’agit d’un sujet d’actualité et donc qu’elle peut être supprimée par son auteur ou modérée ou …
Je sais que c’est pas la même limonade d’héberger et pire d’archiver des vidéos vs des images mais je me demandais si c’était une réflexion que vous aviez. Le web change vite et les liens morts deviennent rapidement la norme, et c’est à ce moment là que les illustrations hébergées sont utiles.
Désolé du HS
Et article super intéressant (et flippant).
Modifié le 8 août à 12h33
Le 8 août à 14h26
Le 8 août à 20h13
Je sauvegarde aussi (en local, via yt-dlp) certaines des vidéos qui pourraient servir de "preuve" judiciaire, mais comme indiqué par SebGF, il peut s'avérer délicat de les republier sur nos serveurs.
Le service de fact-checking AFP Factuel (notamment) utilise de son côté perma.cc pour archiver les liens qu'ils mentionnent, mais c'est un service payant que notre (petite) rédaction ne peut pas se payer...
PS : de mon côté, aucun problème pour lire la vidéo sur X sans être connecté, depuis une fenêtre de navigation privée... reste que je n'ai pas non plus retrouvé la "source" de cette vidéo, mais serais preneur !
Modifié le 8 août à 16h48
Le 8 août à 19h56
Le 8 août à 20h32
Le 8 août à 22h14
Le 10 août à 12h58
Le 8 août à 22h08
Mais pour reprendre ce qui nous concerne ici (un "prof" robot humanoïde), il dit qu'une machine (quelle qu'elle soit) n'a absolument aucun besoin de ressembler à un humain pour être efficace, bien au contraire. Par exemple, les robots qui assemblent les pièces de voitures sur les chaînes de production ne ressemblent pas à des humains, ça serait contre-productif.
Il nous explique que cette idée nous vient à la base des auteurs de SF, et que nos chers technophiles un brin demeurés trouvent ça génial, parce qu'ils ont lu ces livres et/ou vu ces films, et que ça correspond à leur imaginaire convenu et monolithique du futur et du progrès.
Et dans un autre registre, que ça représente aussi une vision moderne de l'esclavage et de la domination absolue, le fantasme d'avoir des simili-humains (à défaut de vrais humains) qui exécutent tes ordres sans broncher et se plient à tes volontés. Si ils ressemblent à des boîtes de conserves sur des chenilles, le fantasme doit moins bien marcher ...
Le 9 août à 11h18
Le 9 août à 13h20
Le 10 août à 13h07
Le 10 août à 11h48
Et j'avoue ne pas aimer le résultat.
Modifié le 10 août à 17h00
Don't Look Up et Idiocracy sont des satires grand public qui ne dérangent pas le commerce.
Le 11 août à 14h17
En fait; autant les films que tu cites que ceux que tu sembles ne pas apprécier font la même chose. Les choix dans l'écriture (ou de focaliser sur un évènement : falling down) sont une chose. Ce sont aussi des choix en fonction des budgets. Sans compter tout ce qui se passe en arrière plan qu'on ne voit pas de suite dans tous ces films.
On peut en dire autant des films de Stone, Verhoven, etc.
Modifié le 9 août à 15h57
Modifié le 10 août à 09h55
Cela a-t-il véritablement été présenté comme cela ou s'agit-il d'une interprétation a posteriori, le(s) établissement(s) n'étant alors pas au courant de la réelle nature de la poupée ?
Le 10 août à 11h52
Modifié le 11 août à 10h34
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