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« Un robot conçu comme poupée sexuelle n’a rien à faire dans nos salles de classe »

MER IL ET FOU !

« Un robot conçu comme poupée sexuelle n’a rien à faire dans nos salles de classe »

Realbotix

Un robot humanoïde pour enseigner dans une salle de classe, ce n’est pas banal. Mais quand ce robot est issu d’une entreprise de poupées sexuelles rachetée par un ancien banquier d’affaires spécialisé dans le minage de bitcoins et le métavers, qui pensait pouvoir s’en servir pour faire entrer l’intelligence artificielle à l’école… on pouvait craindre que ça pourrait mal tourner. Et ça a mal tourné.

« Un robot conçu par une entreprise spécialisée dans les poupées sexuelles n’a rien à faire dans nos salles de classe », tempêtait fin juillet Melinda Person, présidente du New York State United Teachers (NYSUT), syndicat fédérant plus de 700 000 enseignants (en poste ou retraités) de l’État de New-York, dans une lettre ouverte précisant qu’elle n’aurait «jamais pensé devoir formuler » un tel « constat ».

Aussi improbable que cela puisse paraître, une entreprise spécialisée dans les cryptoactifs (qui s’était fait connaître pour avoir acheté pour 2,4M$ de « terrains numériques » dans le métavers en NFT) a cru pouvoir pivoter son « business model » en vendant au district scolaire d’une bourgade rurale new-yorkaise (dont la devise est « Home of the Warriors », en hommage à la tribu d’Iroquois dont sa réserve indienne est issue) un robot humanoide initialement conçu et vendu comme poupée sexuelle hyperréaliste afin de servir d’assistante IA d’éducation basée sur un programme de soutien scolaire créé par Steve Wozniak, pionnier de la micro-informatique et concepteur des premiers ordinateurs Apple afin d’aider les jeunes à s’initier aux métiers de la tech’. Ouf ! L’auteur de ces lignes n’aurait, lui non plus, jamais imaginé pouvoir enfiler autant de perles de buzzwords d’affilée.

Une « nouvelle ère » et un « tournant historique pour l’IA et la robotique »

Fin juin, Realbotix, une entreprise qui se présente comme «l’un des principaux développeurs américains de robots humanoïdes et de systèmes d’IA avancés », annonçait en effet par communiqué de presse « déployer son premier robot humanoïde et son assistant pédagogique basé sur l’IA dans un district scolaire américain ».

Le district scolaire en question est celui de Salamanca, une bourgade rurale de 6 000 habitants (dont 20 % d’Amérindiens) située à l’ouest de l’État de New York, dans le comté de Cattaraugus. C’est l’une des deux réserves indiennes sénécas (ou Tsonnontouans, « les gens de la grande montagne » en VF, un peuple autochtone iroquois). On est loin de la Silicon Valley.

Le projet pilote repose sur Optio, un assistant pédagogique qui intègre une IA dans les cours de sciences, technologie, ingénierie et mathématiques (STEM) « grâce à des avatars personnalisés et des robots humanoïdes qui assistent les enseignants et motivent les élèves ».

En l’espèce, il s’agit d’un robot humanoïde féminin hyperréaliste, doté d’une peau en silicone et de cheveux longs. Il est censé « créer des expériences d’apprentissage captivantes et pratiques », encourager la participation des élèves et leur permettre de se familiariser dès leur plus jeune âge avec les technologies émergentes.

Andrew Kiguel, un ancien banquier d’affaires reconverti dans le minage de bitcoins, les infrastructures blockchain, les tokens et le métavers, est devenu CEO de Realbotix. Il qualifie le projet de « nouvelle ère » et de « tournant historique tant pour l’IA que pour la robotique humanoïde » :

« Nous dépassons le stade des démonstrations en laboratoire et des projets pilotes pour intégrer directement dans les salles de classe une IA concrète et incarnée — afin de soutenir les enseignants, de susciter l’intérêt des élèves et de prouver que la robotique de pointe peut s’épanouir dans des environnements éducatifs réels. »

Un programme pour lycéens illustré par une photo d’enfants, générée par IA

Le communiqué soulignait que le déploiement initial d’Optio accompagnera les lycéens (« high school students ») dans le cadre de cours consacrés à l’IA et à la robotique, et qu’il était prévu de l’étendre à environ 500 lycéens au cours du semestre d’automne, en fonction des retours d’expérience des enseignants et élèves.

Une photo générée par IA du robot d’assistance pédagogique de Realbotix

Étrangement, la photographie (générée par IA) confiée par Realbotix à la presse ne montrait pas une classe de lycéens, mais d’élèves de primaire, avec des enfants d’environ 5/6 ans. Une illustration d’autant plus étonnante que, sur LinkedIn et X.com, Realbotix précise qu’il n’a vocation à interagir qu’avec des lycéens seulement (« only high school seniors »).

« Le plus important, c’est peut-être de dire ce que ce projet pilote n’est pas »

Le district scolaire de Salamanca souligne pour sa part dans sa présentation du projet pilote, sur Instagram et X.com, que le robot éducatif et avatar numérique Realbotix « a été alimenté exclusivement par le programme scolaire approuvé par l’académie, des stratégies pédagogiques et des informations historiques sur Salamanca » :

« Contrairement à de nombreux outils d’intelligence artificielle qui se contentent de fournir des réponses, le robot et l’avatar numérique Realbotix sont conçus pour encourager la réflexion critique et favoriser l’apprentissage. Lorsque les élèves posent des questions, le robot les guide tout au long du processus d’apprentissage plutôt que de faire le travail à leur place. »

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Commentaires (27)

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On n'est plus dans l'origine du monde, mais dans l'avenir du monde ?
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Je crois qu'il n'y a pas des masses de commentaires tellement cela laisse tout le monde entre Facepalm, envie de faire une grosse blague, perte d'espoir en l'humanité.
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Ou tous en train de chercher des lunettes pour demain.🤣
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J'ai pas encore lu l'article, mais ceci m'a choqué dans le début de l'article :
New York State United Teachers (NYSUT), syndicat fédérant plus de 700 000 enseignants de l’État de New-York
Il se trouve que dans les 700 000, il y a les retraités. 😉
NYSUT is nearly 700,000 people who work in, or are retired from, New York's schools, colleges, and healthcare facilities.
Ça me semblait ÉNORME pour un état de 20 millions d'habitants, alors qu'en France on en a autant en exercice dans le public en 2025.
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Merci, ça m'avait échappé, j'ai corrigé (et rajouté le lien vers la page About du syndicat)
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La photo sur le Twit, on dirait que la robot implore que la tue.
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En lisant le chapô, j'étais persuadé que ça avait mal tourné car les lycéens avaient voulu satisfaire leur curiosité du corps féminin avec le robot.
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Flippant.

Cela dit je profite de cet article pour soulever un point un peu HS (par rapport au sujet): est-ce que Next a déjà réfléchi à la problématique des médias d’illustration externes à l’article ?

Je m’explique : vous hébergez les images de vos articles et c’est super, comme ça j’ai l’espoir de pouvoir les revoir dans 20 ans quand je relirai cet article pour faire une rétrospective de comment on en est arrivés là.

Mais de plus en plus, les médias (Next y compris) se contentent d’illustrer leurs propos en faisant des liens vers X, ou YouTube ou … Problème : la vidéo sur X j’ai eu beaucoup de mal à la lire (pas de compte) et je suis quasi sûr que dans 10 ou 20 ans elle sera inaccessible. Sans compter qu’il s’agit d’un sujet d’actualité et donc qu’elle peut être supprimée par son auteur ou modérée ou …

Je sais que c’est pas la même limonade d’héberger et pire d’archiver des vidéos vs des images mais je me demandais si c’était une réflexion que vous aviez. Le web change vite et les liens morts deviennent rapidement la norme, et c’est à ce moment là que les illustrations hébergées sont utiles.

Désolé du HS

Et article super intéressant (et flippant).
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Le souci des médias hébergés est qu'il peut engendrer des problèmes de licence de réutilisation. Mais c'est une excellente réflexion, sans oublier l'aspect risqué pour la vie privée de mettre des liens directs d'affichage des médias sociaux.
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Perso, j'utilise des navigateurs web qui bloquent les éléments externes, comme le fait naturellement Duckduckgo. Je ne m'épuise pas à regarder ce qu'il y a sur X ou Tiktok ou Instagram et ça fait longtemps que je déteste les éléments que Facebook et Google intègrent dans l'immensité du web.
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C'est compliqué... et limite insoluble. Journaliste en mode "envoyé spécial sur Internet" depuis 25 ans, je ne compte plus les articles dont les sources & liens mentionnés dans mes articles ont disparu (cf l'article lien mort/link rot sur Wikipédia), ce pourquoi je tente dans la mesure du possible d'archiver les plus importantes sur archive.org (son extension permet en effet de savoir combien de fois, et depuis quand, la page que je consulte y a été archivée), et je ne compte plus les milliers de pages que j'y ai archivées (voire sur archive.is quand archive.org ne répond pas, ou refuse d'archiver la page), mais archive.org n'archive pas les vidéos :-(

Je sauvegarde aussi (en local, via yt-dlp) certaines des vidéos qui pourraient servir de "preuve" judiciaire, mais comme indiqué par SebGF, il peut s'avérer délicat de les republier sur nos serveurs.

Le service de fact-checking AFP Factuel (notamment) utilise de son côté perma.cc pour archiver les liens qu'ils mentionnent, mais c'est un service payant que notre (petite) rédaction ne peut pas se payer...

PS : de mon côté, aucun problème pour lire la vidéo sur X sans être connecté, depuis une fenêtre de navigation privée... reste que je n'ai pas non plus retrouvé la "source" de cette vidéo, mais serais preneur !
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Encore une occasion de vous recommander cette vidéo de Bolchegeek : 🤖 Pourquoi les ROBOTS HUMANOÏDES sont une IDÉE DE M####
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Et si on n'a pas 1h20 à y consacrer, on peut avoir un résumé en quelques lignes ?
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J'ai succombé, et j'ai utilisé une IA résumeur de vidéo qui ne demande pas de connexion Google ou autre : https://decopy.ai/fr/video-summarizer/, sans garantie !
Cette vidéo déconstruit habilement le mythe des robots humanoïdes comme futur incontournable et radieux. Plutôt que d’être une révolution imminente, ces machines incarnent souvent une « dystopie discount » : une promesse de progrès sans substance technique ou sociale réelle, teintée de spectacle marketing et d’illusions pop culturelles. Un véritable progrès humain ne réside pas dans la simple imitatation technologique de l’humain, mais dans des choix collectifs portés vers l’émancipation, la redistribution des richesses, et la création de valeurs sociétales durables. Il est urgent de dépasser les premiers degrés de lecture de la science-fiction et du marketing pour inventer d’autres imaginaires et d’autres futurs, qui ne soient pas seulement la répétition d’anciennes illusions opportunistes. L’action suggérée est donc de cultiver une pensée critique sur les technologies annoncées, de soutenir une innovation centrée sur les besoins humains réels, et de renouer avec des imaginaires porteurs d’espoir et de justice sociale.
(Les caractères gras sont d'origine)
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@serpolet : c'est un peu ça, mais ce résumé rend ça assez guindé et creux. Pour moi tout l'intérêt de la vidéo, ce sont les exemples, les arguments, la structure globale, et le rythme pas chiant (justement) qui vont appuyer ces propos.
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Mon cerveau est fort. Il a lu le résumé avec la voix et l’intonation de Benjamin Patinaud (alias Bolchegeek).
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Difficile de résumer un argumentaire de 1h20 en quelques lignes justement.

Mais pour reprendre ce qui nous concerne ici (un "prof" robot humanoïde), il dit qu'une machine (quelle qu'elle soit) n'a absolument aucun besoin de ressembler à un humain pour être efficace, bien au contraire. Par exemple, les robots qui assemblent les pièces de voitures sur les chaînes de production ne ressemblent pas à des humains, ça serait contre-productif.
Il nous explique que cette idée nous vient à la base des auteurs de SF, et que nos chers technophiles un brin demeurés trouvent ça génial, parce qu'ils ont lu ces livres et/ou vu ces films, et que ça correspond à leur imaginaire convenu et monolithique du futur et du progrès.
Et dans un autre registre, que ça représente aussi une vision moderne de l'esclavage et de la domination absolue, le fantasme d'avoir des simili-humains (à défaut de vrais humains) qui exécutent tes ordres sans broncher et se plient à tes volontés. Si ils ressemblent à des boîtes de conserves sur des chenilles, le fantasme doit moins bien marcher ...
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Chaque jour qui passe nous rapproche du monde d'idiocracy.
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Perso j'ai l'impression d'y vivre depuis une paire d'années :D
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Hélas pour moi c'était avant. C'est comme une phrase qu'on a sur le bout de la langue mais qui ne vient pas. Et puis l'an de grâce 2006 nous a envoyé ce film (documentaire ?). Enfin... on était plus seul à la penser.
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Perso un mix entre Idiocracy et Don't Look Up.
Et j'avoue ne pas aimer le résultat.
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Pardon mais à choisir, je préfère les films d'Oliver Stone (Wall Street par ex.), de Paul Verhoeven (en particulier Robocop) ou des films comme Demolition Man, Falling Down (Chute Libre), Disclosure (Harcèlement) - Michael Douglas est très présent dans ma sélection.

Don't Look Up et Idiocracy sont des satires grand public qui ne dérangent pas le commerce.
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Les gouts et les couleurs...

En fait; autant les films que tu cites que ceux que tu sembles ne pas apprécier font la même chose. Les choix dans l'écriture (ou de focaliser sur un évènement : falling down) sont une chose. Ce sont aussi des choix en fonction des budgets. Sans compter tout ce qui se passe en arrière plan qu'on ne voit pas de suite dans tous ces films.
qui ne dérangent pas le commerce
On peut en dire autant des films de Stone, Verhoven, etc.
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On en revient au technosolutionnisme et à l'anthropomorphisme technologique (parler d'intelligence artificielle par exemple) qu'on teste sur des populations jugées inférieures (suprémacisme blanc, pauvrophobie,...).

next.ink Next next.ink Next
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une entreprise spécialisée dans les cryptoactifs […] a cru pouvoir [vendre] au district scolaire d’une bourgade rurale new-yorkaise […] un robot humanoïde initialement conçu et vendu comme poupée sexuelle hyperréaliste afin de servir d’assistante IA d’éducation […] afin d’aider les jeunes à s’initier aux métiers de la tech’.
(les emphases sont les miennes)

Cela a-t-il véritablement été présenté comme cela ou s'agit-il d'une interprétation a posteriori, le(s) établissement(s) n'étant alors pas au courant de la réelle nature de la poupée ?
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Le lien entre le robot humanoïde d'assistance IA et la poupée sexuelle n'a pas été explicité lors de sa présentation au conseil d'administration du district scolaire, comme indiqué dans l'article, mais révélé par la suite dans l'article de New York Focus.
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Merci Jean-Marc ! J'avais raté cette précision.