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Xbox ressort la hache et s’ampute de cinq studios

Le nouveau season pass de Microsoft a mauvais goût

Xbox ressort la hache et s’ampute de cinq studios

Illustration : Flock

Microsoft a annoncé ce lundi 6 juillet une nouvelle charrette de licenciements. Le groupe va supprimer près de 5 000 postes. La division Xbox paie le plus lourd tribut et se sépare de 5 studios – dont un basé en France, avec un avenir loin d’être garanti.

Pour son nouvel exercice fiscal, Microsoft s’offre une nouvelle cuillerée de potion amère : 4 800 postes rayés d’un trait de plume, environ 2,1 % des effectifs actuels. L’annonce est réalisée un an quasiment jour pour jour après une coupe claire de 9 100 emplois. Xbox règle le gros de la facture avec 3 200 postes, soit 20 % des équipes. Autrement dit, une réorganisation massive du vilain petit canard du groupe.

Le chemin perdu de Xbox

« Je sais que c’est douloureux. Ces changements toucheront directement des personnes qui ont mis toute leur créativité au service de Xbox », explique Asha Sharma dans un mémo partagé sur les réseaux sociaux. La CEO de Xbox, en place depuis février, a pour mission de relancer la machine et de faire en sorte de trouver un chemin vers la rentabilité.

Pas top cet anniversaire des 25 ans de Xbox.

Ça n’est pas le cas aujourd’hui : « Notre activité n’est pas saine aujourd’hui. Nous fonctionnons avec des marges 3 à 10 fois inférieures à celles d’entreprises comparables ». À force de multiplier les acquisitions dans tous les sens pour nourrir le catalogue du Game Pass, Xbox aurait-elle perdu la tête ? Sa frénésie d’acquisition de studios se traduit par un retour sur investissement négatif, indique la CEO : « lors d’une année type, nous avons perdu 64 cents pour chaque dollar investi ».

« Pour croître, nous avons misé sur le Game Pass, le multiplateforme et un portefeuille de contenus plus large. Si ces activités ont créé une valeur réelle, elles n’ont pas progressé au rythme que nous espérions. Dans le même temps, notre cœur d’activité s’est affaibli, et nous avons ajouté des équipes, des investissements et du temps, dans l’espoir d’un meilleur résultat. L’industrie traverse désormais la crise matérielle la plus grave de son histoire. Nous devons remettre Xbox à plat. »

Par conséquent, Xbox va se séparer de quatre studios. Compulsion Games, créateur montréalais de South of Midnight, et le californien Double Fine (Psychonauts, Kiln) retrouvent leur indépendance avec leurs licences et catalogues, « et les moyens nécessaires pour leurs prochains jeux », s’engage Asha Sharma. Ninja Theory, basé à Cambridge en Angleterre, va être revendu sans plus de précision sur l’acheteur. Tout comme Undead Labs, installé à Seattle.

Le cas de ces deux studios est singulier : tous deux avaient présenté leurs futurs jeux durant la dernière conférence Xbox, qui remonte au mois dernier. Le nouveau propriétaire et Microsoft se sont mis d’accord sur « un financement destiné à terminer et développer Senua [Ninja Theory] et State of Decay 3 [Undead Labs] », les deux jeux en question.

Le cas Arkane en suspens

Reste le cas épineux d’Arkane Lyon. Le studio français, créateur de la franchise Dishonored ou encore Deathloop et Prey, avait annoncé fin 2023 le développement d’un jeu Marvel basé sur le héros Blade. « En France, la direction d’Arkane entame la consultation obligatoire avec son CSE afin d’examiner d’éventuelles options stratégiques », indique la CEO de Xbox. Aucun des projets de jeux « first party » (développés par un studio Xbox) annoncés publiquement ne seront annulés.

Au moins, Microsoft ne ferme pas tous ces studios et mieux encore, l’entreprise semble vouloir leur donner les moyens de leur subsistance pendant un moment. Néanmoins, l’état actuel de l’industrie n’incite pas à l’optimisme : les investissements dans de nouveaux jeux se tarissent, à moins qu’il s’agisse de grosses licences. Par conséquent, des restructurations au sein des studios « libérés » sont à craindre.

Sur un plan plus stratégique, Mojang (Minecraft) et King (Candy Crush) relèveront désormais directement de la responsabilité d’Asha Sharma, sans passer par des niveaux intermédiaires de management. Ces deux jeux sont parmi les plus rentables (et populaires) de la division, et ils sont rudement concurrencés par Roblox et Monopoly Go.

Les licenciements toucheront l’ensemble de la filiale, avec une ampleur qui variera « selon Activision, Bethesda/ZeniMax, Blizzard, King, Mojang et Xbox Game Studios ». Asha Sharma veut réduire les couches de management : « dans certaines parties de l’entreprise, le travail passe par jusqu’à 14 niveaux de management ». Elle veut les ramener à « 5 au maximum, et quand ce sera possible, à 3 ». Un chantier manifestement très compliqué : cela avait en effet été l’argument entendu lors de la précédente charrette chez Microsoft.

« Cette année, nous investirons autant dans Xbox que nous ne l’avons jamais fait, mais nous investirons avec davantage de concentration, de discipline et de clarté, au service d’un objectif : faire de Xbox l’endroit où le monde joue et crée », affirme la patronne. Elle veut mettre l’accent sur les franchises connues, comme Fallout, Elder Scrolls ou encore Halo.

Asha Sharma a beaucoup d’ambition. « Je veux que Xbox soit l’une des rares entreprises à divertir plus d’un milliard de personnes chaque jour », affirme-t-elle. Encore plus ambitieux : « nous renouerons avec la croissance en 2027 ». Bon courage…

« Personne ne peut accuser Microsoft de ne pas avoir investi [dans Xbox] ces 25 dernières années », avait expliqué Satya Nadella mi-juin, dans un podcast du New York Times. Le CEO de Microsoft ajoute que le groupe a « subventionné ce divertissement […] les jeux Xbox sont davantage monétisés sur YouTube que chez Microsoft », déplore-t-il.

Il veut maintenant « transformer tout cela en une activité pérenne, capable de proposer ce qui reste fondamentalement l’une des meilleures sources de divertissement. » Et il faudra le faire « d’une manière économiquement viable ». Nadella télégraphiait ici les licenciements à venir chez Xbox.

Quant à l’avenir du matériel, il est a priori assuré. Une source de Windows Central affirme en effet que les équipes chargés du développement des consoles seront les moins touchées par la restructuration. Le projet Helix de future Xbox ne serait pas menacé.

Au-delà du cas Xbox, des licenciements ont lieu ailleurs chez Microsoft, en particulier au sein des équipes commerciales. Amy Coleman, vice-présidente du groupe et directrice des ressources humaines, attribue ces suppressions de postes à l’évolution du secteur et à la « nécessité d’adapter les ressources et les fonctions » pour répondre à l’impact de l’IA.

« Je veux également être claire : les postes supprimés aujourd’hui ne sont pas remplacés par l’IA », affirme la dirigeante dans son mémo partagé par The Verge. « Mais il est tout aussi vrai que l’IA transforme la manière dont le travail est effectué. »

Commentaires (10)

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Pas Arkaaaaaane :stress:
C'est triste pour les autres aussi... Rien n'est joué mais ça va probablement pas faciliter leur survie. Bonne chance à eux.
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Ça doit être marrant de mettre 14 managers dans une boucle de mail ou en réunion :fou:
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Visiblement, c’est le nombre de strates hiérarchiques, donc il n’y en a qu’un seul à chaque fois, mais ça multiplie les chances que l’info ne circule pas ou de façon très déformée et longtemps après… il n’y a donc pas qu’en France où on fait de la hiérarchie usine à gaz.
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Un chantier manifestement très compliqué : cela avait en effet été l’argument entendu lors de la précédente charrette chez Microsoft.
Quand un même argument est utilisé pour plusieurs vagues de licenciements distinctes, il est permis voire conseillé de douter de sa véracité.
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Et pendant ce temps là, Valve se porte bien, et continue de faire progresser le jeu sur Linux qui en vient à dépasser Windows en FPS sur certains jeux phares maintenant !

Les "gamers" étaient pourtant un clientèle phare aussi bien de l'O.S. que de la console. Bah... la roue tourne !
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Le CEO de Microsoft ajoute que le groupe a « subventionné ce divertissement […] les jeux Xbox sont davantage monétisés sur YouTube que chez Microsoft », déplore-t-il.
Il veut maintenant « transformer tout cela en une activité pérenne
il faudra le faire « d’une manière économiquement viable »
J'ai comme l'impression qu'ils savaient très bien ce qu'ils faisaient.
Il y a eu une grande concentration au niveau des studios sur la dernière décennie, avec des rachats à tout va. Il était évident que ce ne serait pas rentable en l'état. Surtout que je n'ai pas l'impression qu'ils aient profité des synergies possibles.

Mais maintenant que la concentration est là, que la concurrence est réduite, on peut agir librement. Licencier, "libérer" les studios en sachant pertinemment que la plupart ne survivront pas, conserver les poules aux oeufs d'or... et in fine augmenter les prix ?
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Ils ont quand même fait de grosses erreurs au passage. Actibli acheté à 70 milliards, c'était un peu trop cher...
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C'est précisément ce rachat qui me fait dire qu'ils n'ont pas du tout profité des synergies possibles. Débourser de telles sommes pour... ça...
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Le rachat d'Activision-Blizzard pour 70 Mds à probablement été la pire décision jamais prise par Xbox. C'est ce qui oblige à des objectifs de rentabilité inatteignables, et ce qui a fait passer l'activité jeux vidéos sous la supervision directe du siège, pour qui seules les chiffres comptent.
C'est assez incompréhensible, d'autant que la franchise principale, Call of Duty, n'est plus franchement dans la dynamique de ses débuts, et il semble qu'il n'y ait pas de vision claire pour son développement.

Microsoft/Xbox ne semble rien apprendre de leurs erreurs passées. Se concentrer uniquement sur de grosses licences américaines (Halo, Gears of War, jeux EA Sports), est en grande partie ce qui les a fait décrocher par rapport à Sony qui a su conserver une approche plus diversifiée.

Le manque de vision de Microsoft sur le secteur grand public est tragique, tant pour les développeurs que pour les utilisateurs.
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J'ai souvent dit que Microsoft, c'était en matière de rachats des alchimistes à l'envers: A chaque fois ils transforment l'or en plomb... La matière des boulets!