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Vers une ère de « post-réalité », instrumentalisée par des médias de « réinformation » (1/3)

Nés sous X

Vers une ère de « post-réalité », instrumentalisée par des médias de « réinformation » (1/3)

Illustration : Flock

La délégation à la prospective du Sénat consacre une étude au « futur de notre rapport à l’autorité et à la vérité à l’horizon 2050 ». Elle anticipe une ère de « post-réalité », fictionnalisée et instrumentalisée par les « médias d’opinion » et de « réinformation » promouvant des « faits alternatifs », aux dépens du « vivre ensemble » reposant sur le principe de « réalité partagée » incarné par le journalisme.

« Les journalistes sont parmi les humains les plus malhonnêtes au monde », déclarait en janvier 2017 Donald Trump, au lendemain de sa première cérémonie d’investiture : « j’allume la télé et je tombe sur une chaîne qui montre une esplanade vide. Ils ont dit qu’il y avait 250.000 personnes (…) C’est un mensonge », déplorait le nouveau président, qui revendiquait de son côté 1,5 million de supporters environ, et pas seulement : « C’était le plus grand public jamais vu à une inauguration, à la fois en personne et dans le monde ».

Des propos réitérés par le porte-parole de Donald Trump, Sean Spicer, lors de son premier point presse, et défendus par Kellyanne Conway, conseillère du président américain Donald Trump, qui avait alors rétorqué qu’il s’agissait de « faits alternatifs ». Quatre ans plus tard, la cellule de fact-checking du journal Washington Post estimait que Donald Trump aurait menti 30 573 fois pendant son premier mandat, soit plus de 20 mensonges par jour.

Ce qui aurait pu rester anecdotique est depuis devenu programmatique, et pas qu’aux États-Unis, constate la délégation à la prospective du Sénat.

Dans le cadre de son thème de travail 2025 - 2026 « Quelles valeurs en 2050 ? » elle a en effet mené une réflexion selon quatre axes : l’évolution des valeurs dans le champ économique, sociales, l’avenir du modèle démocratique et le futur du rapport à l’autorité et à la vérité :

« Comment pourrait évoluer le rapport à l’autorité, au respect, à la vérité ? Quel impact dans le domaine de l’éducation ? Comment seront perçues la justice, l’information scientifique, la parole des médias ? Comment recréer de la confiance dans les institutions, lutter contre la désinformation ? »

Dans un rapport de 98 pages, elle envisage quatre scénarios d’évolution : un « ministère de la post-vérité » avec une autorité suprême détenue par un « homme fort », un « sursaut démocratique » garant de la libre recherche de la vérité et de l’information, un « empire technologique » mondial dominé par les Big Tech et « destructeur de toutes les formes d’autorité », et des « communautés de résistance pour faire vivre l’idéal de la Vérité ».

Une « hausse alarmante de la crédulité, surtout chez les plus jeunes »

La délégation à la prospective rappelle, de façon liminaire, que dans nos démocraties occidentales, les responsables politiques ont vocation à « garantir le respect de l’autorité des institutions, la libre détermination de la vérité judiciaire par les juges, la recherche scientifique sans entrave, le libre établissement de l’information par les journalistes et la liberté d’enseignement des professeurs ».

Elle n’en constate pas moins que cet idéal est aujourd’hui souvent remis en cause, en particulier dans les démocraties illibérales, et que les figures de l’autorité, individuelles ou collectives, sont toutes questionnées, parfois violemment, « tandis que nous sommes peut-être entrés dans l’ère
de la post-vérité
».

Les 65 premières pages du rapport posent les termes du débat, tout comme les 60 pages de ses 16 annexes. Il y est notamment question de défiance croissante à l’égard des élus nationaux et de la justice, de « hausse alarmante de la crédulité, surtout chez les plus jeunes », de méfiance grandissante envers les scientifiques, d’agressions d’enseignants et de « confiance dans le journalisme en berne ».

« Ce qui compte, c’est de présenter une fiction séduisante »

Le rapport rappelle que le concept de « post-vérité », apparu en 2004 mais présenté comme mot de l’année de 2016, est défini dans l’Oxford English Dictionary comme ce qui « concerne ou dénote des circonstances dans lesquelles les faits objectifs sont moins influents pour former l’opinion publique que l’appel aux émotions et aux convictions personnelles ». Une tendance « alimentée par la montée en puissance des réseaux sociaux » et par la « méfiance croissante » à l’égard des médias traditionnels.

La post-vérité se caractérise en outre, d’une part par une « indifférence à la vérité », d’autre part par un « effacement du partage entre le vrai et le faux » et donc un « brouillage des frontières entre la vérité et le mensonge, la sincérité et la tromperie » :

« Ce qui compte, c’est de présenter une fiction séduisante, qui présente le monde non pas tel qu’il est, mais tel qu’il devrait être, en créant si besoin des faits factices ou en accordant une place excessive à des faits mineurs. »

La délégation à la prospective estime que les progrès technologiques pourraient nous conduire vers ce qu’elle qualifie de « post-réalité », alors même que le fait de « fonder notre vie ensemble » repose sur le principe de « réalité partagée » :

« Or, ce « principe de réalité partagée » est remis en cause par les « bulles de filtres » créées par les moteurs de recherche comme Google, l’effet d’enfermement des algorithmes sur les réseaux sociaux, l’explosion des deep fake, l’essor des robots conversationnels et les projets de développement des métavers. »

Une rupture sociologique, voire anthropologique, dans l’accès à l’information

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Commentaires (6)

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Et pendant ce temps là on continue d'arroser nos champs de légumes avec de l'eau 🙄
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Ne t’inquiète pas cela avance bien, nous avons déjà le président américain.
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« hausse alarmante de la crédulité, surtout chez les plus jeunes » bah oui... dans une "société de consommation", le plan c'est effectivement d'abaisser le "sens critique" pour créer des "consommateurs" qui obéiront sans réfléchir aux injonctions "publicitaires" et dépenser de manières compulsive/impulsive en pensant que c'est ça la Liberté...

et au passage cela profite aussi aux politiques/élus qui du coup arrivent à se faire (ré)élire avec des campagne à la con sur Tik-Tok...

Et maintenant, ces mêmes politiques se lamentent (hypocritement ?) des clivages insensés qui ont émergé et fracturent notre 'société'...

A moins de mesures drastiques qui pourraient passer pour des atteintes à la liberté d'expression et donc de mentir, iI pourrait falloir 1 ou 2 générations pour réparer ces dégâts en commençant évidemment dès l'école...

Bref...
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Il faut surtout commencer par éduquer nos politiques (ce qui peut passer par des mesures qui pourraient être légèrement attentatoire à leur liberté d’expression, oui…). D’ailleurs, les chiffres sont éloquents (et donnés dans l’article) : en France, où les politiques sont extrêmement critiques de la justice, la confiance dans la justice est extrêmement basse, et baisse de plus en plus…

Ne jamais oublier que le fact checking est né pour vérifier les dires des politiques, pas ceux des réseaux sociaux…
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Entre ceux qui fuient l'information parce qu'elle est "trop nocive" pour leur santé mentale et ceux qui tournent à la dopamine, on file droit sur la bordure de la Terre plate.
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Entre le pouvoir politique et la manipulation manifeste et mise au grand jour d’une bonne part de médias, c’est pas ultra surprenant que les gens se tournent vers de l’alternatif qui leur ressemble…