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Entraînement des IA et droit d’auteur : l’industrie culturelle veut l’adoption rapide de la loi

La facture va-t-elle arriver pour les acteurs de l'IA ?

Entraînement des IA et droit d’auteur : l’industrie culturelle veut l’adoption rapide de la loi

Illustration : Flock

Plus de 80 organisations culturelles appellent au vote rapide par l’Assemblée nationale d’une proposition de loi adoptée par le Sénat sur la présomption d’utilisation des contenus par les fournisseurs d’IA. Un texte qui donne à l’industrie culturelle un levier contre le « pillage généralisé » de leurs créations.

Le 8 avril, le Sénat adoptait la proposition de loi « relative à l’instauration d’une présomption d’exploitation des contenus culturels par les fournisseurs d’intelligence artificielle ». Voté à l’unanimité, le texte instaure donc une présomption d’exploitation d’une œuvre par un opérateur d’IA. 

La culture presse le pas

La proposition renverse la charge de la preuve, puisque c’est au fournisseur d’IA de prouver qu’il n’a pas utilisé une œuvre. « Ce ne sera plus au créateur de prouver le moissonnage de son œuvre », décryptait l’auteure de la proposition de loi, la sénatrice Agnès Evren (LR). Les entreprises de l’IA font régulièrement l’objet de plaintes pour avoir pioché sans ménagement ni autorisation dans des ouvrages ou des créations protégés par le droit d’auteur.

Le texte est désormais entre les mains de la commission des affaires culturelles et de l’éducation, en attendant son examen par les députés. Histoire d’accélérer la cadence, 81 organisations du secteur de la culture et de l’information – parmi lesquelles l’ADAMI, la SCAM, la SACEM ou le SNEP – appellent [PDF] à une inscription rapide de la proposition de loi à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale.

La présomption mise en place par le texte « rééquilibre le rapport de force entre nos secteurs culturels et les entreprises de l’IA » et « crée donc les conditions d’un dialogue pour installer une nouvelle chaîne de valeur », écrivent les signataires. Ils ajoutent ne pas pouvoir continuer à « accepter qu’un secteur économique se construise sur le pillage généralisé d’un autre secteur au mépris de l’État de droit, alors qu’il existe une alternative vertueuse au bénéfice de tous. »

Les organisations veulent la mise en place d’un « marché de licences volontaires » qui garantirait la compétitivité de la presse et des industries culturelles, ainsi que leur capacité d’investissement. Il est aussi question de la sécurité juridique comme « avantage concurrentiel » au bénéfice des modèles et d’une « IA responsable, tournée vers l’humain ». 

Présomption d’exploitation contre exception au droit d’auteur

Les secteurs de la culture et de l’information sont « prêts à s’adapter au modèle économique de leurs futurs partenaires », mais encore faut-il qu’ils viennent à la table des négociations. C’est tout le sens de la loi votée par le Sénat, mais son passage tel quel à l’Assemblée nationale n’est pas gagné.

Le gouvernement s’est en effet montré plus réservé sur le fond. « Tous les acteurs économiques qui ont développé des modèles d’IA – entreprises du CAC 40, TPE-PME, start-up – risqueraient un contentieux, ce qui serait dévastateur pour notre économie », expliquait Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l’intelligence artificielle et du numérique. « Le contentieux ne peut pas constituer notre unique horizon, car il entraîne des risques », posait prudemment Catherine Pégard, ministre de la Culture. « Mieux vaut un bon accord qu’un mauvais procès. »

Cette « présomption d’exploitation des contenus » va en tout cas à rebours de ce qui se passe ailleurs dans le monde. Au Royaume-Uni, une réforme du copyright prévoyait une exception au droit d’auteur pour permettre l’entraînement de modèles IA à des fins commerciales, sans autorisation préalable. Il revenait aux créateurs de s’opposer à l’usage de leurs œuvres. La mobilisation des artistes et de la société civile ont forcé le gouvernement à suspendre temporairement ce projet.

Au niveau de l’Union européenne, le Parlement européen a voté le 11 mars dernier les recommandations du rapport d’Alex Voss sur le droit d’auteur et l’intelligence artificielle générative. Parmi ses propositions : une « présomption réfragable » qui s’appliquerait en cas de manque de transparence sur les données d’entraînement des modèles. La proposition du Sénat vise cependant plus large, puisqu’elle facilite les recours des ayants droit.

Commentaires (7)

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Haha, on va leur faire payer la taxe sur la copie privée en proportion des RAM et SSD qu'ils utilisent ? Je sors les pop-corns ! :D
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Ah-ah mince grillé j'allais faire un troll du genre
Les boites d'IA vont argumenter qu'elles ont droit de moissonner à tout va comme elles ont payé la taxe à la copie privée
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Tuons les auteurs :D
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C'est beaucoup trop tard, c'est dès le début qu'il fallait réagir et porter ça internationalement. 🫤
Ça ne fera que tuer la compétitivité française, à ce stade, en nous assurant être bons derniers... 😁
Ou alors je me demande comment ils vont distiller de la copie privée pour les modèles US & Asiatiques.
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Si on ne fait rien au niveau européen, je suis d'accord.
Par contre, si au niveau européen on impose que toute IA qui y est déployée soit "aux normes" (sous entendu, ici, en respect du droit d'auteur pour ce qui est de l'entraînement du modèle), il y a possibilité que les modèles européens respectant ces normes gagnent en parts de marché.

Après, il est probable que ces modèles soient moins "bons" que ceux qui ne sont pas "aux normes". Et ça, c'est un problème qui ne peut se traiter qu'au niveau mondial (donc impossible à régler dans le monde actuel).

Maintenant, c'est une question politique et éthique, pas juste économique ou technique : est-ce qu'on accepte que des "malandrins" gagnent ? Si oui, quel message est envoyé à la population ? Quels risques pour la société de voir "valorisée" la violation manifeste du droit ? Est-ce qu'on ne risque pas de se retrouver avec une explosion d'actions industrielles hors-la-loi pour "gagner en compétitivité" en pariant sur le fait qu'on ne se fera pas prendre ou taper sur les doigts trop fort ? Imaginez les ravages possibles dans l'agro-alimentaire. Dans le lait infantile... Oh... Wait...
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On est d'accord, mais c'est déjà trop tard. Sinon il faut avoir le cran, et rendre illégal les modèles extra-européens, open-source ou non.
Et aussi, toute forme de mondialisation pour éviter toute concurrence déloyale due aux IA illégales en UE mais utilisées à l'étranger.
Compliqué hein ?
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Ce n'est pas Kramer contre Kramer mais Lobies contre Lobies.