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L’IA de Doctrine.fr a « halluciné » une décision de la CEDH qui disait tout le contraire

Dur(AI)ex, sed lex

L’IA de Doctrine.fr a « halluciné » une décision de la CEDH qui disait tout le contraire

Mes yeux dans le temps de l’apparition d’August Natterer (source : Wikipedia, domaine public)

Une contributrice de Wikipédia a découvert que l’IA de Doctrine.fr avait « halluciné » que la Cour européenne des droits de l’homme avait « rejeté » la requête d’un plaidant. Or, la CEDH l’avait non seulement acceptée, mais la France avait en outre été condamnée à lui verser des indemnités. Doctrine.fr, qui vient d’entrer en négociations pour un rachat par le géant britannique RELX, nous répond que « d’après nos benchmarks, les hallucinations sont résiduelles ».

Sur son site, Doctrine.fr se présente comme « La 1re plateforme d’IA juridique », qui « soulage les avocats et juristes des tâches répétitives et chronophages d’analyse du dossier, recherche juridique et rédaction pour qu’ils sécurisent leur positions juridiques et gagnent en productivité » :

« Notre IA a été spécialement entraînée sur de l’information juridique à reproduire le raisonnement d’un juriste. Nos chatbots citent systématiquement leurs sources, des références juridiques à forte valeur ajoutée. Nos outils de productivité ont été pensés pour coller au plus près des besoins des professionnels. Nous ne laissons rien au hasard. »

En mars 2025, Doctrine rajoutait une « synthèse claire et visuelle », générée par IA, sur des millions de pages de décisions, résumant les arguments invoqués par les parties, s’ils avaient été acceptés ou rejetés, et pour quels motifs. Ces synthèses précisent que « Le contenu a été généré à l’aide de l’intelligence artificielle. Pensez à vérifier son exactitude. », tout en proposant un lien pour « Signaler une erreur dans le résumé ».

Capture d’écran des synthèses de décisions générées par IA sur Doctrine.fr

La semaine passée, Pa2chant.bis, une contributrice de Wikipédia, s’étonnait, sur le Bistro de l’encyclopédie, de découvrir que la « synthèse claire et visuelle » d’une décision de la CEDH sur Doctrine.fr indiquait que le recours d’un plaignant avait été « rejeté » au motif que « le requérant avait eu l’opportunité de se défendre sur les faits qui lui étaient reprochés ».

« Soit exactement le contraire » de ce qu’indiquait l’article Wikipédia consacré au plaignant, l’homme d’affaires franco-suisse Alain Duménil, qui mentionnait pourtant précisément Doctrine.fr comme source, déplore Pa2chant.bis :

« Cet argument, signalé comme étant à contrôler car généré par IA, ne figure pas dans le texte d’origine. Il est juste développé dans un encart mentionnant qu’il a été « résumé par IA ». J’ai cru un instant à un détournement de sources. Or quand on va chercher la source primaire contenant ce jugement, on voit que c’est l’IA qui a inventé la conclusion, en donnant le contraire exact de la décision. »

La requête du plaignant, introduite en 2013, avait non seulement bien été communiquée à la CEDH en 2019, mais cette dernière avait également condamné la France à lui verser 15 000 € « pour frais et dépens ».

« Cela me semble d’autant plus rédhibitoire pour un site juridique qu’il faut un temps fou pour retrouver, ailleurs, la décision, le site doctrine promettant un accès au pdf d’origine en échange d’un abonnement gratuit mais demandant finalement en plus la communication de son numéro de téléphone », déplore Pa2chant.bis : « Bref, je pense qu’on devrait dorénavant se passer des services de ce site. Qu’en pensez-vous ? ».

« L’IA sert à gagner du temps, pas à remplacer la réflexion humaine »

« Aucune intelligence, humaine ou artificielle, n’est infaillible, ce pourquoi nous précisons clairement sur chaque contenu généré par IA que cela a été le cas, et que nous invitons les utilisateurs à en vérifier l’exactitude », lui a répondu Hugo Ruggieri, qui précise sur son profil Wikipédia qu’il est directeur juridique et affaires publiques de Doctrine :

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Commentaires (15)

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Bref, ça peut être bidon mais c'est normal parce qu'il y a un disclaimer. La nouvelle norme.
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Et surtout, à quel moment on s'est dit que ça pouvait être acceptable ?
Si sur un document juridique complexe, il faut vérifier la véracité de chaque ligne, où est l'intérêt du service ?
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C'est tout le paradoxe de ces synthèses IA (et ce qui explique pourquoi on trouve important de raconter cette histoire particulière, même si elle ne préjuge en rien de la qualité générale des sorties IA des services de Doctrine)
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C’est vraiment bien de l’avoir fait.
Et je pense que même si les sorties IA sont globalement bonnes, votre example n’est pas une simple erreur.
Ce n’est pas une omission, c’est une création de l’inverse de la décision.
Je pense qu’un humain qui fait cela a affaire à la justice pour malversation.
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C'est pour vous faire gagner du temps qu'on vous dit, comme ça vous pourrez le passer à tout vérifier manuellement :troll:
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Deux documents (original et synthèse) à lire au lieu d'un, le pied…
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Je suis perplexe. Combien de journalistes ont déjà fait des articles où des erreurs se sont glissées ? On a pas crié très fort sur la communauté. Qu'une IA se trompe, je peux très bien le concevoir et tout un chacun comme le dit l'article devrait en être conscient. Le disclamer est obligatoire. Est-ce suffisant ? Peut être pas mais c'est la base quand on bosse avec des IA.
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J'ai du mal à comparer le travail (artisanal, et validé par au moins un pair) d'un journaliste aux tâches (automatisées, et non vérifiées) d'une IA...

Le taux d'erreur des IA greffées aux articles de la BBC était par ailleurs entre 20 & 50 %...
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La comparaison avec le journalisme est quelque peu cavalière à mon sens...

Un problème juridique a un peu plus de conséquences, en cas d'erreur, qu'un article de presse erroné (sans méchanceté aucune vis à vis des journalistes).

L'article, tu peux le rectifier, le cas échéant. Faire n'importe quoi juridiquement, tu ne peux pas toujours le rattraper le coup.

Le problème, ici, c'est qu'on parle d'un outil professionnel, censé remplacer les avocats, mais ils te disent, sur la partie la plus basique de l'outil, un résumé, que : « Le contenu a été généré à l’aide de l’intelligence artificielle. Pensez à vérifier son exactitude. ».

On paie pour de l'a peu près du coup ? Ça sert à quoi ? Non content de privatiser un fonds de décisions de justice, ils en font n'imp', parce que la mode de l'IA.

Et si tu ne peux pas avoir confiance en ton outil, c'est qu'il n'est pas bon.

Alors certes, au final, c'est au professionnel de vérifier ce qu'il raconte, mais quand même.

A titre personnel, j'utilise des outils, sans IA, qui sont peut-être moins rapides et moins clinquants, mais tellement plus fiables... Et de mon point de vue, c'est ce qui compte avant tout.
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Alors non, l'outil ne prétend pas remplacer les avocats, à la limite les juristes qui font les recherches documentaires mais les avocats vont toujours et encore plaider auprès des juges pour des générations.

Ma question, qui a été un peu répondue par Alexandre (raison pour laquelle je n'ai pas répondu à Jean marc), était plutôt de quoi se plaint on exactement ?
L'IA fait des hallucinations on le sait depuis longtemps et c'est pas près de changer à priori.
Des entreprises (journalistiques ou autre) utilisent d'une mauvaise manière un outil qu'elles ne comprennent pas - ce n'est pas nouveau en soi.
Doctrine offre un service qui est balisé et qui met suffisamment l'emphase sur ce qu'elle vend (à mon avis) et la qualité de ce qu'elle produit.
Est-ce que c'est concrètement l'usage de l'IA qui est dénoncé ici ? Est-ce des clients qui ne savent pas relire un document ? C'est ce que je trouve un peu flou dans l'article.
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doctrine.fr est un site sensé apporter des précisions. C'est ballot qu'au milieu des précisions, il y ait des erreurs.

L'IA est un outil, les journalistes sont responsables devant la loi et le public. L'IA n'est responsable de rien, contrairement à ses concepteurs(trices) et au directeur de la publication du site web.
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Doctrine.fr était considéré comme une "source fiable" par les contributeurs de Wikipedia, mais ne le serait donc plus du fait du recours à ces synthèses par IA introduisant des (risques d')erreurs/hallucinations qui n'existaient pas jusque-là : c'est moins "flou" résumé comme cela ?
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Combien de journalistes ont déjà fait des articles où des erreurs se sont glissées ?
D'une part, comme le dit JMM, il y a le taux d'erreur, et d'autre part, c'est quand même assez rare qu'un journaliste (qui respecte la déontologie de son métier) fasse une erreur qui consiste à dire exactement l'inverse de l'événement qu'il rapporte. Là, on est sur l'équivalent journalistique de qqn qui aurait écrit le 24 février 2022 que l'Ukraine venait d'envahir la Russie.

À ce niveau stratosphérique d'erreur, l'outil a quel intérêt ? (cf. la réponse de Mihashi sur le double boulot que ça engendre)
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Effectuer une erreur de raisonnement et relire une copie contenant peut-être un mensonge n'a rien à voir.
Aucun artisan, aucune personne disposant de connaissances et/ou capacités, n'a d'intérêt à se farcir une production dans laquelle les mensonges peuvent être planqués ci ou là.

Une "intelligence artificielle" générative ne se "trompe" pas car elle ne réfléchit pas.
Par le truchement de probabilités, elle finit par affirmer de manière péremptoire quelque chose de faux, ce que l'on appelle communément raconter des salades, voire si on y rajoute l'intention par sa présence systématique connue, mentir.
Par euphémisme, histoire de minimiser le problème, leurs promoteurs appellent cela "hallucination", pour que cela passe mieux : et ça fonctionne ! Tout le monde reprend le vocabulaire sans l'avoir questionné.

On ne "bosse" pas avec des IA : on fait mumuse, et quand on remplace un réel travail par du machin généré, c'est alors que les conséquences deviennent néfastes.
C'est au final la seule finalité de ce machin enfoncé dans le gosier : forcer l'existence d'un "oracle" qui n'aurait plus besoin de salaires, mais uniquement une licence qui coûterait globalement moins cher.

Ceux qui savent faire préfère faire directement.
Le machin auto-générant sert juste d'"oracle" pour les incultes et/ou les incompétents du domaine cible.
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Le droit cela demande de l’exactitude pas de la peu près statistique. Une IA qui hallucine même à la marge c’est inutilisable
Oui les humains font des erreurs mais sauf malversation n’inventent pas de faux résumés.
La force de l’humain c’est qu’il peut dire qu’il doute ou qu’il ne sait pas, ne connaît pas.
Une IA générative trouve toujours une réponse et donc mitonne par principe et comme elles toujours vendues, pub oblige, comme geniallissime, c’est de la merde.
Et en droit, on touche aux libertés individuelles donc vu l’enjeu c’est poubelle directe.