Connexion Premium

Formule 1, MotoGP : Canal+ fait feu de tout bois pour faire bloquer le streaming pirate

Lâche ce rocher, Sisyphe

Formule 1, MotoGP : Canal+ fait feu de tout bois pour faire bloquer le streaming pirate

Illustration : Flock

Canal+ vient d’obtenir du tribunal judiciaire de Paris une salve de décisions ordonnant la mise en œuvre de mesures de blocage portant sur une vingtaine de sites de streaming donnant accès aux retransmissions de la saison en cours de Formule 1 et de MotoGP. Comme dans le foot, Canal+ ratisse large pour défendre ses droits, avec des procédures qui visent opérateurs, moteurs de recherche, fournisseurs de DNS alternatifs et VPN.

Cette nouvelle salve de décisions n’endiguera pas définitivement le phénomène, mais elle devrait conforter Canal+ dans sa volonté de porter le fer aussi souvent que possible pour faire valoir ses droits. Le groupe audiovisuel a en effet obtenu le 17 avril dernier une salve de décisions de justice ordonnant le blocage d’une vingtaine de sites et miroirs de sites diffusant, en streaming (direct ou différé), des compétitions dont il a acquis les droits.

Deux procédures parallèles visaient à défendre la retransmission de la saison 2026 de Formule 1 (du 6 mars au 6 décembre 2026) et son équivalent dans le monde de la moto, le MotoGP, organisé entre le 27 février et le 22 novembre 2026.

Concernant la Formule 1, le tribunal judiciaire de Paris prononce ainsi le blocage sous trois jours des sites suivants :

  1. antenawest.store
  2. antenapluto.store
  3. antenasouth.store
  4. huhu.to
  5. daddylive3.com
  6. rereyano.ru
  7. telestream.mom
  8. kondoplay.cfd
  9. epicplayplay.cfd
  10. lefttoplay.xyz
  11. hoca6.com
  12. rightflourish.net
  13. iptvs.pw
  14. outfitreferee.net
  15. iptvsupra.com
  16. d4ktv.info
  17. king365tv.me
  18. top1iptv.my
  19. smartbox-tv.com
  20. marcobox.in

Un processus désormais bien rodé

Historiquement très impliqué dans la lutte contre le piratage, Canal+ entreprend depuis plusieurs années d’endiguer, à défaut de pouvoir l’interrompre, le streaming illégal. Pour ce faire, le groupe a procédé par étape, en superposant des demandes de blocage visant à prévenir, l’une après l’autre, les mesures de contournement technique.

Soutenu par la loi Arcom d’octobre 2021 puis par l’article L333-10 du Code du Sport, le groupe a d’abord sonné la charge à partir de 2022 en saisissant la justice pour obtenir le blocage de sites pirates par les fournisseurs d’accès à Internet, puis le déréférencement par les moteurs de recherche l’année suivante. Il a ensuite progressivement étendu la portée de ses demandes aux fournisseurs de DNS alternatifs (Google, Cloudflare, etc.) en 2024, puis aux solutions de type VPN ou proxy en 2025, en vertu du DSA.

Rappelons que depuis 2022, ce blocage est fait sous forme d’injonctions « dynamiques » : le juge délivre d’abord une ordonnance enjoignant le blocage d’une liste de sites donnée, pour la durée de la compétition sportive concernée. Le titulaire de droits peut ensuite demander à l’Arcom d’actualiser ou d’étendre cette liste pour prendre en compte les miroirs ou nouveaux sites qu’il aurait découverts, sans qu’il soit nécessaire de retourner devant la justice.

Rappel du principe de l’injonction dynamique selon l’Arcom

C’est le caractère dynamique de ce dispositif qui explique l’explosion du nombre de noms de domaine bloqués par l’Arcom : l’Autorité issue du rapprochement entre le CSA et la Hadopi en référençait ainsi plus de 15 000 depuis 2022 dans son bilan de sa lutte contre le piratage des contenus culturels et sportifs publié fin mars.

Canal+ empile les demandes

Du côté de Canal+, représenté par ici par deux de ses entités, la méthode est désormais largement rodée, comme en témoigne l’une des 18 décisions datées du 17 avril qui incarnent cette double offensive centrée sur la F1 et le MotoGP (voir un exemple). Toutes suivent le même déroulé.

Entre octobre et novembre, Canal+ fait réaliser via l’Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (ALPA) des procès verbaux constatant que les sites litigieux diffusent un flux identique à celui des chaînes du groupe au moment des compétitions concernées. Sur la base de ces PV, Canal+ obtient en décembre 2025 l’autorisation d’assigner l’ensemble des prestataires concernés par l’éventail de ses demandes de blocage (opérateurs et FAI, moteurs de recherche, VPN et assimilés) selon une procédure accélérée au fond. L’audience et les décisions s’enchaînent dans un délai d’environ quatre mois.

À quelques menus détails près, la teneur des échanges et de la décision finale reprennent ce que l’on a pu lire dans les textes liés au précédent épisode déclenché par Canal+, lié cette fois à la Ligue des champions 2025/2026, et jugé le 19 décembre dernier.

Pour la F1 comme pour le MotoGP, le tribunal reconnait que Canal+ a bien qualité à agir, et ordonne aux intermédiaire concernés la mise en place, sous trois jours, de toutes mesures de blocage ou de déréférencement propres à empêcher « l’accès aux sites et services IPTV identifiés ci-dessus ainsi qu’aux sites et services IPTV non encore identifiés à la date de la présente décision », et ce « jusqu’à la date de la dernière course de la compétition ».

Au gré des saisons sportives, le nombre d’ordonnances et de décisions augmente, à mesure que Canal+ essaie de combler les trous dans la raquette technique du blocage. Sur cette dernière salve, le groupe audiovisuel obtient des mesures de blocage de la part des principaux opérateurs (en métropole comme dans les DROM-COM) et de Google et Microsoft pour la recherche. Il fait également mouche côté VPN avec un trio de décisions adressées à Proton, NordVPN, Surfshark, Cyberghost et ExpressVPN.

Enfin, Canal+ remet le couvert côté résolveurs DNS alternatifs en visant notamment Cloudflare et Quad9. Le groupe se félicitait d’ailleurs fin mars que les décisions de première instance déjà obtenues à ce niveau aient été confirmées par la cour d’appel de Paris le 27 mars dernier.

Toujours en attente du blocage par adresse IP

Du point de vue des ayant-droits, la prochaine étape majeure est désormais dans les mains du gouvernement. La proposition de loi « relative à l’organisation, à la gestion et au financement du sport professionnel » adoptée par le Sénat en juin 2025 et transmise à l’Assemblée nationale comporte en effet un chapitre spécifiquement consacré au renforcement de la lutte contre le piratage des contenus sportifs.

Dans sa version actuelle, le texte prévoit notamment que les titulaires de droit puissent communiquer à l’Arcom, selon des modalités définies par cette dernière, « les données d’identification permettant d’assurer la mise en œuvre sans délai » de mesures de blocage. Dit autrement, un groupe comme Canal+ pourrait relever en direct l’adresse IP des sites qui diffusent les compétitions dont il a acheté les droits, et obtenir un blocage immédiat de la part des intermédiaires techniques concernés.

« La reprise de l’examen parlementaire de ces dispositions, à l’Assemblée nationale, pourrait également être l’occasion de compléter le texte pour doter l’Arcom d’un pouvoir coercitif de sanction (et pas seulement d’injonction) pour faire appliquer les demandes de blocages DNS que nous notifions, compte tenu des difficultés d’exécution que nous rencontrons avec certains VPN et certains DNS alternatifs », déclarait à ce sujet Martin Ajdari, président de l’Arcom, le 23 mars dernier, en conclusion du forum de l’Association pour la protection des programmes sportifs (APPS).

L’examen à l’Assemblée nationale devrait, sauf bouleversement du calendrier, débuter le 18 mai prochain, a affirmé mi-avril la ministre des Sports Marina Ferrari. À temps, peut-être, pour la saison 2026 - 2027.

Commentaires (19)

votre avatar
Chouette, plus qu'a faire bloquer toutes les plages IPv4 des hébergeurs du monde pour éradiquer ce vieux protocole. :incline: :yes::yes::yes:
votre avatar
Il fait également mouche côté VPN avec un trio de décisions adressées à Proton, NordVPN, Surfshark, Cyberghost et ExpressVPN.
connecte mon VPN depuis la Suisse, au lieu de la France

Ah ben ça marche :santa_flock:
votre avatar
Pour le motogp ils peuvent toujours essayer puisqu'en belgique la diffusion est gratuite, il suffit d'avoir une ip belge avec n'importe quel fournisseur de vpn
votre avatar
Avec F1TV, j'avais les essais + qualifs + courses de F1, F2, F3, F1Academy et Porsche Supercup, en direct et replay, pour 65€/an.

Puis Canal+ a logiquement porté plainte, puisqu'il payait cher pour être le diffuseur unique de la F1 dans l'hexagone.

Donc adieu mon abonnement F1TV.

Côté Canal+, c'était 240€/an pour juste les courses F1 en direct (4x le prix pour 10x moins de contenu).

Pour avoir les replays, il fallait monter à 360€/an.

Désolé les gars, vous êtes bien trop chers...
votre avatar
Même chose.
Apres c'est la premiere fois depuis je sais pas combien d'année que je regarde pas en directe ou en replay trois grand prix de suite.
votre avatar
Oui c’est vrai qu’un abonnement par sport serait intéressant. On n’a pas forcément besoin de la panoplie de chaînes qui vient avec.
votre avatar
VPN, Belgique, RTBF, Formule 1 gratuite.

Tu comptes faire quoi Canal+? Faire fermer la RTBF?
votre avatar
Ça va tipik n'est pas référencé.

Team Vigneron le meilleur
votre avatar
Soupir.... J'habite a l'étranger. Mon père chez qui j'ai ma résidence en France est abonné à canal sat et canal plus depuis plus de 20 ans, presque 100 balles par mois... Il y a une option pour regarder la plupart des chaînes sur internet. À l'étranger, ça ne fonctionne pas pour des problèmes de droits, ce que je trouve complètement archaïque.... Soit, j'ai un abonnement à proton vpn. Mais le débit est bridé, la qualité va de correct moyen à pourrie.... Et ils parlent de bloquer proton vpn c'est ça ????
C'est pas grave.... J'ai découvert par la force des choses l iptv il y a 3 ou 4 ans. J'ai toutes les chaînes. Et pour 0 euro parce que j'ai une application du store Windows qui a un drôle de bug : à chaque redémarrage du pc et de l'application, j'ai de nouvelles listes iptv, comme par magie. Des listes normalement payantes. Donc j'ai tout, et en meilleure qualité que sur le site canal.
Voilà à quoi même ces blocages à la con.

Et si on parle formule 1, j'ai vu des listes iptv avec une chaîne par caméra embarquée. Une par pilote donc !
votre avatar
ben alors les sponsos nordvpn ça va être compliqué ? ^^
votre avatar
Le fond du problème c'est qu'un milliardaire d'extrême droite en pleine croisade idéologique ait pu obtenir des contrats d'exclu sur la diffusion de tous les sports les plus populaires.
De là, demander à l'ARCOM de dézinguer tout ce qui pourrait nuire à ses profits, c'est la cerise sur le gâteau.
L'institution ne pouvant sortir qu'affaiblie ou dévoyée de sa mission de la séquence -qui, heureux hasard du calendrier- coincide avec la publication du "rapport" Alloncle.
votre avatar
Est-ce que Tor pourrait en subir les conséquences ?
votre avatar
Clairement pas.
Tor pour le streaming ça reste un peu compliqué.
votre avatar
Ben s'ils s'attaquent à tous les VPN, ils risquent de s'attaquer à Tor à un moment donné...
votre avatar
Un VPN ya une entité commerciale, une infra de VPS / serveurs dans des datacenters, ...
donc une entité juridique.

TOR il y a quelques entités , tel que https://nos-oignons.net/ qui ne sont pas du tout requis pour le fonctionnement global , et ensuite des utilisateurs qui se servent du client à l'instant T.

C'est un peu comme si tu me disais que ils risquent de s'attaquer à "bittorrent"... OK, tu peux attaquer les trackers mais pas le fondement du protocole en lui-même.

La seule solution serait de s'attaquer au protocole lui-même , en analysant niveau réseau le trafic & bloquant les "flux suspects". En coeur de réseau j'ai du mal à le concevoir, en périphérie (sur les box des opérateurs, donc)... ce serait envisageable.
C'est une des raisons pour lesquelles à mon avis l’initiative https://fsfe.org/activities/routers/routers.fr.html est importante.
(Sans se leurrer pour autant : A partir du moment où du trafic passe par un opérateur ce dernier peux l'espionner, légalement ou pas. C'est juste une question de moyens technique & financier).
votre avatar
On dit merci qui ? Merci J&M Canal+ pour les liens !
(Même si j'irais jamais car le sport m'intéresse pas et j'aime pas regarder en streaming, je préfère le bon vieux download).
En tous cas un vpn voire un simple proxy dans un autre pays permet d'utiliser ces liens. Et un abo à un VPS sur lequel un wireguard est installé se partage entre copains... (il y a eu un tuto très bien sur ça sur un site très bien :santa_flock: )
votre avatar
N'oublie pas d'installer aussi un DNS sur ton VPS. Ca règle définitivement la question plutôt que de courir régulièrement après un DNS alternatif dont on ne sait jamais ce qu'ils font derrière.

Et si du blocage par IP commence à se faire y aura plus d'autre choix que d'utiliser le VPN en permanence. Super pour l'efficacité du réseau. Tout ça pour une efficacité encore moindre du blocage car c'est facile de faire tourner les IPs derrière un unique nom de domaine, surtout en IPv6.

Les FAI vont pas commencer à râler un peu de devoir pourrir leurs tables de routage et leurs performances avec des quantités incontrôlables de règles qui s'appliquent à chaque paquet transmis ?
votre avatar
100% sur la même ligne que toi.
Ca serait pas la 1ère fois que l'état imposerais une inefficacité structurelle...

Ceci dit à mon avis aujourd’hui le trafic est déjà nettement moins distribué qu'avant: tant que tu as une route optimisée vers Google (youtube) et netflix , tu écoules déjà le gros des paquets. Le reste , en volumétrie, c'est faible à coté.
Par contre effectivement le choix du FAI et de sa structure de réseau vs le VPN choisi pourrait devenir plus structurant qu'actuellement.
votre avatar
blocage par adresse IPblocage par adresse IP
Et qui s'appelerio I'IPV6, bonne chance :mdr2: