L’Europe veut forcer Google à ouvrir Android tout entier aux assistants IA rivaux
Sésame ouvre toi
Illustration : Flock
Le 28 avril à 08h54
Un nouveau front réglementaire contre Google s’ouvre dans l’Union européenne. La Commission veut ouvrir Android à la concurrence IA, en vertu du règlement sur les marchés numériques (DMA). Premier visé : Gemini.
L’Europe veut forcer Google à ouvrir Android tout entier aux assistants IA rivaux
Sésame ouvre toi
Illustration : Flock
Un nouveau front réglementaire contre Google s’ouvre dans l’Union européenne. La Commission veut ouvrir Android à la concurrence IA, en vertu du règlement sur les marchés numériques (DMA). Premier visé : Gemini.
Droit
Droit
5 min
Ce n’est pas une enquête formelle pour infraction au DMA, mais cela s’en rapproche. La Commission a envoyé à Google des « conclusions préliminaires » pour préciser concrètement ce qu’un acteur dominant comme le moteur de recherche doit faire pour respecter la loi.
Le problème identifié par l’exécutif européen est simple : l’entreprise états-unienne contrôlerait de trop près certaines fonctions d’Android utilisées par les assistants IA. La Commission a également fait les mêmes genre de reproches à Meta et à son IA maison dans WhatsApp.
La porte d’Android fermée à double tour pour les IA rivales
Les capacités de ces assistants, qu’il s’agisse d’envoyer un courriel, de partager une photo ou de lancer une action dans une app restent aujourd’hui largement réservées aux services maison, autrement dit à Gemini. Bruxelles propose donc des mesures pour forcer l’ouverture de ces fonctionnalités à la concurrence.
Cela permettrait par exemple à des assistants IA rivaux (ChatGPT, Claude…) de s’intégrer tout aussi profondément dans Android que Gemini, en particulier pour pouvoir interagir avec les apps du système. Les développeurs de ces assistants pourraient aussi avoir accès au matériel afin de faire tourner leurs modèles locaux « avec des niveaux élevés de performance, de disponibilité et de réactivité », souligne la Commission. Les utilisateurs seraient aussi en mesure d’activer les services de ces assistants alternatifs via un mot-clé vocal personnalisable.
« Dans un contexte où l’intelligence artificielle évolue très rapidement, l’interopérabilité apparaît comme une condition indispensable pour en exploiter pleinement le potentiel », explique Henna Virkkunen, vice-présidente à la Souveraineté technologique. « Ces mesures ouvriront les appareils Android à un plus large éventail de services d’IA, afin que les utilisateurs puissent choisir librement ceux qui correspondent le mieux à leurs besoins et à leurs valeurs, sans renoncer aux fonctionnalités. »
Deux procédures contre Google
Cette communication auprès de Google fait partie des deux procédures lancées le 27 janvier dernier par la Commission européenne pour préciser concrètement la manière dont Google doit se conformer aux règles du DMA.
Le premier chantier concerne l’ouverture d’Android à la concurrence : le régulateur veut donner aux développeurs tiers un accès gratuit et « réel » aux fonctions matérielles et logicielles du système d’exploitation. L’objectif est de leur garantir un accès équivalent à celui de Google.
L’autre concerne, pour rappel, l’obligation de Google « d’accorder aux fournisseurs tiers de moteurs de recherche en ligne l’accès aux données anonymisées concernant les classements, requêtes, clics et vues détenues par Google Search à des conditions équitables, raisonnables et non discriminatoires ». Il y a une dizaine de jours, l’Europe proposait aussi à Google des mesures.
- L’Europe vs Meta et Google : de nouvelles mesures (contraignantes) en approche
- Face au DMA, Google ne respecterait pas ses obligations de contrôleur d’accès
Ce sont là des sujets évidemment stratégiques pour l’entreprise. Sur le versant d’Android et l’IA, elle peut donner le sentiment de vouloir verrouiller l’OS, alors que le DMA l’a épinglé comme service de plateforme essentiel exploité par un contrôleur d’accès (en l’occurrence ici, Alphabet). L’IA et Gemini sont deux pierres angulaires pour le groupe, qui n’apprécie d’ailleurs guère que la Commission vienne fourrer son nez dans ses affaires.
Google dénonce une procédure « injustifiée »
Clare Kelly, directrice juridique en charge de la concurrence chez le géant du web, estime sans surprise que l’intervention bruxelloise est « injustifiée », qu’elle pourrait augmenter les coûts inutilement, affaiblirait la protection de la confidentialité et la sécurité des utilisateurs européens. Google n’est pas la seule entreprise vent debout contre les règles européennes, Apple est également très virulente dans ses communications contre certaines procédures de la Commission. Même son de cloche chez Donald Trump.
À ce stade, rien n’est encore décidé. Une consultation publique se tiendra jusqu’au 13 mai. Les entreprises, y compris Google, les développeurs et les acteurs du secteur peuvent y participer ; ce qui implique que le texte final pourra évoluer. Une décision contraignante est attendue dans les six mois.
Google pourrait aussi écoper d’une amende, puisque cette procédure est indépendante de sanctions liées à une éventuelle enquête de non-respect du DMA. L’ardoise européenne d’Alphabet atteint les 9,5 milliards suite à plusieurs dossiers ces dernières années.
Commentaires (17)
Abonnez-vous pour prendre part au débat
Déjà abonné ou lecteur ? Se connecter
Cet article est en accès libre, mais il est le produit d'une rédaction qui ne travaille que pour ses lecteurs, sur un média sans pub et sans tracker. Soutenez le journalisme tech de qualité en vous abonnant.
Accédez en illimité aux articles d'un média expert
Profitez d'au moins 1 To de stockage pour vos sauvegardes
Intégrez la communauté et prenez part aux débats
Partagez des articles premium à vos contacts
Abonnez-vousLe 28 avril à 10h33
Ceci dit, le vrai souci pour moi c'est que l'EU ici est un tigre de papier: Hormis la simple "masse" de ses usagers il n'y a aucune alternative actuellement à Google & Apple dans le domaine des terminaux.
Et pire que ça, certaines sociétés européennes jouent contre leur camps en imposant des terminaux Apple / Google pour utiliser leurs services (Quelque exemples : Banque en ligne Floa, applications de charge de véhicules électriques tel que Electra, ...) , voire imposent un téléphone privateur (France Connect, L'identité numérique).
Donc déjà je pense que si l'EU peux attaquer Google sur ce front, il faudrait aussi forcer les entreprises européennes à offrir une alternative aux technologies du duopole - donc oui, ça veux dire financer ça.
Le jour où il y a une panne ou un blocage volontaire de la part de ces 2 acteurs on va se retrouver comme les chinois - eux ont pu rebondir avec HarmonyOS grâce à leur structure de société (une dictature, quoi) et leur puissance industrielle, mais ce serait bien qu'on anticipe un peu plus.
(D'ailleurs pourquoi que Google dans cette news? Apple fait bien pareil j'imagine).
Le 28 avril à 11h39
Modifié le 28 avril à 12h11
(En l’occurrence à ce que j'en sais Signal marche bien sur un AOSP de base)
Le 28 avril à 13h41
Le 28 avril à 11h42
Quant à la Chine, je nuancerais le propos. C'est un modèle de société différent où le collectif passe avant l'individuel. Dans notre société capitaliste qui exacerbe l’individualisme, on trouve effectivement cela insupportable et on qualifie volontiers de "dictature" selon notre référentiel ! Pour autant, avoir leur propre O.S. sur base AOSP et l'imposer localement pour faire nombre était bien "l'intérêt collectif" pour ne pas dépendre du fantasque exécutif américain. La décision est donc juste logique selon leur modèle de société.
Le 28 avril à 12h38
Bon, effectivement ça demanderais plus de discussion - le mot "dictature" est bien sur connoté assez fortement avec des valeurs occidentales, et d'ailleurs on est obligé de constater que sur la scène internationale le gouvernement chinois se pose comme un exemple de stabilité et de cohérence face à nos propres dirigeants qui errent comme des poulets sans tête sans convictions ni cohérence.
Je sais que moi j'aurais beaucoup de mal à accepter de faire passer ce "collectif" (car si le but est noble, la réalité est souvent plus injuste) avant mes propres envies. Pour autant , en chine , hormis critiquer le gouvernement et/ou remettre en cause les décisions il ne me semble effectivement pas qu'il y ait un bridage de la créativité et de l'innovation.
Pour AOSP , je reste mitigé : J'ai l'impression qu'HarmonyOS a été plutôt une réaction aux sanctions US (et donc au Google-ban) plutôt qu'un vrai choix, et la population a suivi moins par élan nationaliste que par nécessité.
C'est me semble-t-il ce qui nous pends au nez aussi, et dans mon esprit, si l'EU doit pousser une réglementation visant à se détacher de l'emprise américaine (notamment obligations faites aux sociétés de proposer une méthode alternative à Android, Google ou autre) je n'irais pas jusqu'à interdire ces dernières sur le territoire EU ni empêcher les sociétés EU de publier des apps sur le playstore si elles le souhaitent.
Ce que je veux moi c'est le choix de ne pas utiliser Android & Google, pas interdire à tout le monde de les utiliser. Ca peux passer par une obligation de site web pour tout service en ligne, un store spécifique EU avec comme tu dis des contraintes sur les API utilisable , ou autre à inventer....
Le sentiment que ça me donne c'est que HarmonyOS remplace juste les turpitudes de Google(USA) par celles de Huawei (PCC) - Le but n'est pas de remplacer Sauron par Saroumane...
Le 28 avril à 14h34
C'est plus soft que la répression dure (quoique, Tian An Men, le Xinjiang, tout ça), mais tout aussi pourri dans le principe, parce que ça permet à des dirigeants modérés comme l'était Hu Jintao de faire progresser le pays, mais ça permet aussi très facilement à un dirigeant nationaliste comme Xi Jinping de mettre en œuvre sans trop faire de vagues une gigantesque régression sociale (et des purges, qui renforcent l'aspect dissuasif vis à vis de ceux qui seraient tenter d'émettre des protestations).
Modifié le 29 avril à 07h50
L'URSS aussi voulais faire passer le collectif avant l'individu....
Le problème est que chacun voit midi à sa porte. Pour certains , payer des impôts c'est déjà trop "collectif" ... (un sujet qui reviens beaucoup en ce moment).
Quand le collectif devient un prétexte de contrôle social et surtout de maintien au pouvoir d'une caste privilégiée, c'est tout de suite moins souhaitable.
De l'autre coté, la "méritocratie" à l'américaine on voit aussi des résultats similaires in fine.
Et par-dessus cela t'y mets la culture (et parfois la religion).... comment s'étonner que ça fait des chocapic.
Le 28 avril à 23h36
Le 5 mai à 13h56
Pour moi, il faudrait surtout rendre obligatoire la prise en charge des failles de sécurité d'au moins un OS "alternatif" par les constructeurs de smartphones.
Le 28 avril à 10h34
Le 28 avril à 15h02
Le 28 avril à 15h22
Le 1er mai à 14h07
Le 28 avril à 17h01
Modifié le 29 avril à 14h05
Il faut contacter qui pour qu’une procédure soit lancée sur ce sujet ?
Et, soyons fou, obliger d’avoir la possibilité d’installer et d’utiliser des OS sans google/apple/huawei. Un écosystème mobile souverain pour reprendre le mot-clé à la mode. C’est pas normal que les applis bancaires dépendent de google
Le 2 mai à 08h44
Relativisons ce problème de sécurité est déjà présent avec Gemini...
Signaler un commentaire
Voulez-vous vraiment signaler ce commentaire ?