Suites bureautiques européennes : la bataille de l’alternative à Microsoft et Google
En France, on n'a pas de pétrole, mais on a des suites bureautiques
Illustration : Flock
Le 14 avril à 17h55
Le concert des suites bureautiques se revendiquant à la fois d’une dimension souveraine et d’un code ouvert ne manque ni de voix, ni d’instruments, mais force est de constater qu’il a bien du mal à chanter à l’unisson ou à faire émerger un ténor. En témoignent les récents démêlés qui entourent le projet Euro-Office, la suite OnlyOffice et la Document Foundation, mais aussi les nombreuses initiatives portées en nom propre par de nouveaux entrants.
Suites bureautiques européennes : la bataille de l’alternative à Microsoft et Google
En France, on n'a pas de pétrole, mais on a des suites bureautiques
Illustration : Flock
Le concert des suites bureautiques se revendiquant à la fois d’une dimension souveraine et d’un code ouvert ne manque ni de voix, ni d’instruments, mais force est de constater qu’il a bien du mal à chanter à l’unisson ou à faire émerger un ténor. En témoignent les récents démêlés qui entourent le projet Euro-Office, la suite OnlyOffice et la Document Foundation, mais aussi les nombreuses initiatives portées en nom propre par de nouveaux entrants.
Logiciel
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14 min
Cette fois, c’est officiel, la France affirme avoir fait de la réduction de ses dépendances aux solutions informatiques extra-européennes une priorité stratégique. La feuille de route envisagée par la Direction interministérielle du numérique (Dinum) résistera-t-elle aux échéances électorales de 2027 ? Rien n’est moins sûr, mais en attendant, le secteur du logiciel français et européen semble animé d’un regain d’énergie, qui conduit à une prolifération d’offres de logiciels et de services hébergés se revendiquant du titre de « suite bureautique souveraine ».
Une offre éparpillée façon puzzle
En la matière, on peut rappeler que le marché français ne part pas de zéro, comme l’avait d’ailleurs illustré, en juin 2025, la controverse relative au renforcement des moyens de la Dinum. Plusieurs acteurs du privé s’étaient émus que l’État alloue des moyens financiers conséquents au développement, en interne, d’une suite d’outils bureautiques open source (LaSuite, dédiée en premier lieu à la fonction publique), alors qu’il existe des solutions sur étagère prêtes à l’emploi.
Ces solutions, souvent proposées sous forme de services hébergés, sont portées par des sociétés qui estiment avoir bien besoin du levier de la commande publique pour exister durablement face aux poids lourds états-uniens que sont Microsoft (365) et Google (Workspace).
Huit d’entre elles s’étaient déjà émues quelques mois plus tôt du marché public attribué par l’Éducation nationale à Microsoft. Révélé par Next, ce dernier prévoyait pour mémoire une enveloppe minimale de 74 millions d’euros sur quatre ans, quelques semaines avant que Bercy consacre le premier contrat stratégique de la filière « logiciels et solutions numériques de confiance ».
Chacun de ces huit éditeurs – eXo Platform, Jalios, Jamespot, Netframe, Talkspirit, Twake, Wimi et Whaller – positionne son offre sur le marché des outils de communication ou de collaboration dédiés aux modes de travail en entreprise, et bien d’autres startups évoluent encore dans leur sillage, à l’image par exemple de Leviia. L’offre souveraine est donc déjà riche, et elle l’est encore plus si on élargit la focale à l’échelle européenne, via par exemple le site European Alternatives.
Le problème, ou l’argument derrière lequel se rangent parfois de façon un peu facile les entreprises interrogées sur leur recours aux solutions états-uniennes, c’est que si l’offre française foisonne, elle se révèle aussi très éclatée, sans leader capable d’offrir à la fois le périmètre fonctionnel étendu et les économies d’échelle d’un Google ou d’un Microsoft.
Le topo n’est pas radicalement différent en Allemagne, même si nos voisins d’outre-Rhin ont une longueur d’avance grâce aux travaux du ZenDiS, le Centre pour la souveraineté numérique de l’administration publique, dont l’initiative openDesk constitue sans doute la tentative la plus aboutie de constitution d’une suite à la fois complète et souveraine.
La Cour pénale internationale a annoncé son passage prochain sur openDesk fin 2025 et la solution gagne en popularité auprès du secteur privé. Elle a pour elle son socle à la fois solide et complet, avec un regroupement de composants open source qui permet d’aller de la gestion des identités jusqu’à la visioconférence, la messagerie instantanée, la bureautique et le stockage de fichiers, même s’il lui manque sans doute la simplicité d’intégration d’un Microsoft 365.
En France, les initiatives visant à agréger tous les composants nécessaires à une véritable stack complète ne manquent pas non plus ! Plusieurs d’entre elles ont vu le jour à partir de 2022, aidées d’ailleurs par des financements publics inscrits dans la trajectoire d’accompagnement de la certification SecNumCloud. Dans le lot et de façon non exhaustive, on peut par exemple citer les projets CollabNext et Hexagone : deux consortiums a priori concurrents, qui regroupent pourtant certains participants communs…
Deux nouveaux candidats « européens » en lice
La fragmentation ne devrait pas cesser de sitôt : le contexte économique et politique a contribué à faire émerger deux nouveaux candidats ces dernières semaines. Le 4 mars dernier, c’est depuis La Haye, aux Pays-Bas, qu’un nouveau projet baptisé Office.eu est sorti du bois.
Derrière son nom qui laisse imaginer une forme de soutien institutionnel, Office.eu se présente en réalité comme une combinaison rebadgée de Nextcloud pour le stockage de fichiers et de Collabora Online (implémentation cloud de LibreOffice), éditée par une société immatriculée en 2024. Bref, une énième offre commerciale doublée d’un joli coup de com, mais probablement pas un game changer.
Dévoilé le 27 mars, le projet Euro-Office se présente quant à lui comme une coalition de plus, mais elle associe des acteurs de poids, puisqu’on retrouve autour de la table IONOS, Nextcloud, Eurostack, XWiki, OpenProject, Soverin, Abilian et BTactic. Ensemble, ils promettent une solution bureautique souveraine, disponible dès à présent sous forme de tech preview et censée faire l’objet d’une version stable d’ici l’été.
Ce nouveau consortium réussira-t-il à s’imposer plus largement que les nombreuses initiatives l’ayant précédé ? En attendant que le marché juge des qualités intrinsèques de la suite et du niveau d’intégration atteint par les huit partenaires, le projet fait déjà l’objet d’une première polémique…
Cette fois, ce n’est pas la légitimité des éditeurs qui est en jeu, mais l’un de leurs choix technologiques. Euro-Office se démarque en effet des coalitions qui embrassent LibreOffice ou Collabora Online en exploitant un fork du code d’une autre suite bureautique open source, OnlyOffice, connu pour coller plus étroitement aux canons d’interface de Microsoft Office.
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Commentaires (30)
Modifié le 14 avril à 18h21
Le 14 avril à 18h24
Le 14 avril à 18h37
Le 15 avril à 18h25
Le 14 avril à 18h49
Le 15 avril à 07h15
Le 15 avril à 09h34
Grist est plus une base de données présentée sous forme de grille qu'un tableur. C'est en effet déroutant d'aborder Grist comme un tableur.
Une fois compris son esprit, Grist semble très puissant !
Le 15 avril à 11h00
Le 14 avril à 19h11
Le 14 avril à 22h55
Modifié le 15 avril à 07h38
Le reste est du maison (kDrive, mail, etc.), même si kDrive semble reposer sur du compatible Owncloud / NextCloud vu que le client Desktop est un fork de celui d'OC.
Le 16 avril à 23h08
Malheureusement le niveau de gestion admin est encore assez limité pour bien gérer le drive en collaboratif.
La gestion des équipes de travail pour donner des droits ne peut être fait que par l’admin et pas le chef d’équipe, y a pas de politique d’entreprise pour gérer les partages, la gestion des droits descendants d’un dossier est complexe (donner un droit à toute une arborescence alors que celle ci a des droits variés), etc.
Quand on a de la donnée confidentielle à gérer en entreprise (toutes ont au moins la partie RH), c’est pas des plus conforts et y a des erreurs.
Par contre, même si je comprends la polémique d’OnlyOffice sur le contrôle russe et le format Microsoft, je trouve qu’on est bien plus avancé en fonctionnalité / performance / compatibilité que Collabora.
Le 17 avril à 08h22
Parce que less Excel qui contiennent la blinde de données personnelles non supprimées après le départ de l'employé, autant dire que c'est une horreur.
Le 14 avril à 19h25
Modifié le 14 avril à 21h06
Visiblement Microsoft ne respecte pas vraiment OOXML (qui n'est pas vraiment normalisé et ouvert au contraire d'ODF) dans ses propres outils et en décide le contenu seul (aussi bien ce qui est public que ce qu'il en fait en interne).
Ça rend l'interopérabilité et les migrations relativement complexes et difficiles.
Ça ne permet pas l'indépendance ou la souveraineté.
Il faut un socle de base vraiment ouvert pour l'interopérabilité. Il faut que ce socle soit controlé par une organisation "indépendante" pour la "souveraineté".
En gros ce qui s'est passé pour HTML avec le W3C/WhatWG (malgré l'histoire cahotique de leurs relations). Sans HTML on n'aurait pas de web.
Pour les documents bureautiques je ne vois pas d'autres pistes sérieuses que ODF.
Modifié le 14 avril à 22h37
L'outil pour le manipuler n'a qu'une moindre importance, tant qu'il le respecte.
A lire pour l'argumentaire : https://linuxfr.org/users/sebek/journaux/ouvert-vs-ferm%C3%A9-ooxml-vs-odf-pour-les-nuls
Le 21 avril à 10h14
Le 14 avril à 20h48
Le 14 avril à 21h47
Le 14 avril à 23h45
Car eux proposent des solutions dans un environnement '' unique '' et fonctionnel...
Ça doit les faire marrer et ont dû sortir le popcorn.
Vivement que ça se tasse, qu'une vrai solution émerge et soit utiliseé (avec des coûts maîtrisés, car j'imagine que Sopra Steria est un poil plus cher que d'autres :p).
Le 18 avril à 03h15
Sans la mauvaise foi et la stratégie habituel de Microsoft ODF serait la norme en bureautique, comme HTML l'est pour le web.
La bagarre se ferait sur les outils et surtout pas au dépens de l'intéroperabilite :-(
Le 15 avril à 07h30
Même si ça peut paraître dépassé, c'est encore énormément utilisé en officiel ou en shadow IT.
Sur Excel, c'est assez important comme usage.
Le 15 avril à 07h41
Comme j'avais dit l'autre fois, dommage de devoir utiliser un format originaire de Microsoft pour que deux logiciels libres puissent travailler le même doc.
Le 15 avril à 11h12
Le 15 avril à 12h29
Sur le plan logiciel libre, c'est triste.
Le 15 avril à 12h36
De base, cette suite doit traiter les données dans un format et quand tu les enregistres, la suite onlyoffice doit traduire en ODF.
L'ODF et l'Ooxml n'étant pas des formats strictement identique au niveau fonctionnalités, la traduction doit introduire des pertes.
Modifié le 15 avril à 13h27
Il n'est pas censé y avoir de traduction de format à ce moment-là, sauf à ce que OnlyOffice traduise toujours en OOXML avant de convertir... Ce qui serait d'une débilité sans nom pour traiter un fichier ODF natif.
Le 15 avril à 13h59
Je suppose qu'Onlyoffice a la même logique de fonctionnement.
D'où la bataille sur le format de fichier par défaut: du format découle les fonctionnalités de la suite bureautique et sa capacité a être agnostique quelques soit le logiciel qui le manipule.
Le 15 avril à 18h50
Le 18 avril à 03h27
LibreOffice fait la même chose mais avec ODF en structure interne.
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