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Suites bureautiques européennes : la bataille de l’alternative à Microsoft et Google

En France, on n'a pas de pétrole, mais on a des suites bureautiques

Suites bureautiques européennes : la bataille de l’alternative à Microsoft et Google

Illustration : Flock

Le concert des suites bureautiques se revendiquant à la fois d’une dimension souveraine et d’un code ouvert ne manque ni de voix, ni d’instruments, mais force est de constater qu’il a bien du mal à chanter à l’unisson ou à faire émerger un ténor. En témoignent les récents démêlés qui entourent le projet Euro-Office, la suite OnlyOffice et la Document Foundation, mais aussi les nombreuses initiatives portées en nom propre par de nouveaux entrants.

Cette fois, c’est officiel, la France affirme avoir fait de la réduction de ses dépendances aux solutions informatiques extra-européennes une priorité stratégique. La feuille de route envisagée par la Direction interministérielle du numérique (Dinum) résistera-t-elle aux échéances électorales de 2027 ? Rien n’est moins sûr, mais en attendant, le secteur du logiciel français et européen semble animé d’un regain d’énergie, qui conduit à une prolifération d’offres de logiciels et de services hébergés se revendiquant du titre de « suite bureautique souveraine ».

Une offre éparpillée façon puzzle

En la matière, on peut rappeler que le marché français ne part pas de zéro, comme l’avait d’ailleurs illustré, en juin 2025, la controverse relative au renforcement des moyens de la Dinum. Plusieurs acteurs du privé s’étaient émus que l’État alloue des moyens financiers conséquents au développement, en interne, d’une suite d’outils bureautiques open source (LaSuite, dédiée en premier lieu à la fonction publique), alors qu’il existe des solutions sur étagère prêtes à l’emploi.

Ces solutions, souvent proposées sous forme de services hébergés, sont portées par des sociétés qui estiment avoir bien besoin du levier de la commande publique pour exister durablement face aux poids lourds états-uniens que sont Microsoft (365) et Google (Workspace).

Huit d’entre elles s’étaient déjà émues quelques mois plus tôt du marché public attribué par l’Éducation nationale à Microsoft. Révélé par Next, ce dernier prévoyait pour mémoire une enveloppe minimale de 74 millions d’euros sur quatre ans, quelques semaines avant que Bercy consacre le premier contrat stratégique de la filière « logiciels et solutions numériques de confiance ».

Chacun de ces huit éditeurs – eXo Platform, Jalios, Jamespot, Netframe, Talkspirit, Twake, Wimi et Whaller – positionne son offre sur le marché des outils de communication ou de collaboration dédiés aux modes de travail en entreprise, et bien d’autres startups évoluent encore dans leur sillage, à l’image par exemple de Leviia. L’offre souveraine est donc déjà riche, et elle l’est encore plus si on élargit la focale à l’échelle européenne, via par exemple le site European Alternatives.

Le problème, ou l’argument derrière lequel se rangent parfois de façon un peu facile les entreprises interrogées sur leur recours aux solutions états-uniennes, c’est que si l’offre française foisonne, elle se révèle aussi très éclatée, sans leader capable d’offrir à la fois le périmètre fonctionnel étendu et les économies d’échelle d’un Google ou d’un Microsoft.

Le topo n’est pas radicalement différent en Allemagne, même si nos voisins d’outre-Rhin ont une longueur d’avance grâce aux travaux du ZenDiS, le Centre pour la souveraineté numérique de l’administration publique, dont l’initiative openDesk constitue sans doute la tentative la plus aboutie de constitution d’une suite à la fois complète et souveraine.

La Cour pénale internationale a annoncé son passage prochain sur openDesk fin 2025 et la solution gagne en popularité auprès du secteur privé. Elle a pour elle son socle à la fois solide et complet, avec un regroupement de composants open source qui permet d’aller de la gestion des identités jusqu’à la visioconférence, la messagerie instantanée, la bureautique et le stockage de fichiers, même s’il lui manque sans doute la simplicité d’intégration d’un Microsoft 365.

En France, les initiatives visant à agréger tous les composants nécessaires à une véritable stack complète ne manquent pas non plus ! Plusieurs d’entre elles ont vu le jour à partir de 2022, aidées d’ailleurs par des financements publics inscrits dans la trajectoire d’accompagnement de la certification SecNumCloud. Dans le lot et de façon non exhaustive, on peut par exemple citer les projets CollabNext et Hexagone : deux consortiums a priori concurrents, qui regroupent pourtant certains participants communs…

Deux nouveaux candidats « européens » en lice

La fragmentation ne devrait pas cesser de sitôt : le contexte économique et politique a contribué à faire émerger deux nouveaux candidats ces dernières semaines. Le 4 mars dernier, c’est depuis La Haye, aux Pays-Bas, qu’un nouveau projet baptisé Office.eu est sorti du bois.

Derrière son nom qui laisse imaginer une forme de soutien institutionnel, Office.eu se présente en réalité comme une combinaison rebadgée de Nextcloud pour le stockage de fichiers et de Collabora Online (implémentation cloud de LibreOffice), éditée par une société immatriculée en 2024. Bref, une énième offre commerciale doublée d’un joli coup de com, mais probablement pas un game changer.

Dévoilé le 27 mars, le projet Euro-Office se présente quant à lui comme une coalition de plus, mais elle associe des acteurs de poids, puisqu’on retrouve autour de la table IONOS, Nextcloud, Eurostack, XWiki, OpenProject, Soverin, Abilian et BTactic. Ensemble, ils promettent une solution bureautique souveraine, disponible dès à présent sous forme de tech preview et censée faire l’objet d’une version stable d’ici l’été.

Euro-Office forke OnlyOffice

Ce nouveau consortium réussira-t-il à s’imposer plus largement que les nombreuses initiatives l’ayant précédé ? En attendant que le marché juge des qualités intrinsèques de la suite et du niveau d’intégration atteint par les huit partenaires, le projet fait déjà l’objet d’une première polémique…

Cette fois, ce n’est pas la légitimité des éditeurs qui est en jeu, mais l’un de leurs choix technologiques. Euro-Office se démarque en effet des coalitions qui embrassent LibreOffice ou Collabora Online en exploitant un fork du code d’une autre suite bureautique open source, OnlyOffice, connu pour coller plus étroitement aux canons d’interface de Microsoft Office.

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Commentaires (30)

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Peut-on dire que ces suit(e)s vont tailler un costume à Microsoft ?
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Microsoft a les moyens de se payer Harvey Specter !
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Je ne peux que comprendre la position de la Document Foundation concernant le choix du format de fichier. Prendre le format OOXML permet peut-être une compatibilité complète avec les documents créés avec MS Office, mais cela maintient aussi la dépendance à Microsoft dans une certaine mesure. Si on désire vraiment être plus souverain, et en accord avec les Allemands par exemple, le choix de l'Open Document Format aurait été plus judicieux...
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D'autant que libre office est déjà complet en termes de features là où je me suis retrouvé à sortir PowerPoint pour régler un problème dans le modèle d'un pptx fait avec only office que je ne parvenais pas à régler juste avec oo...
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Et la suite La suite Française ?
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Avec son tableur infâme
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Je suppose que vous parlez de Grist.
Grist est plus une base de données présentée sous forme de grille qu'un tableur. C'est en effet déroutant d'aborder Grist comme un tableur.
Une fois compris son esprit, Grist semble très puissant !
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Oui effectivement ce n'est pas un tableur mais ducoup il en faut un et arreter de le présenter comme un. Dans nos cas d'usage c'est la plaie de ne pas pouvoir faire du calcul et de 'édition de ligne sans passer par du python
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On peut ainsi mentionner le suisse Proton, qui a dévoilé le 31 mars dernier les nouveaux contours de son offre commerciale en matière de bureautique en ligne. La stratégie marketing mise en œuvre cible très clairement les entreprises en quête d’alternatives à Microsoft ou Google.
Quitte à citer les Suisses, autant rappeler la kSuite d'Infomaniak qui est de plus en plus mature. (utilisée à titre perso et pro pour ma part)
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Il me semble que c'est onlyoffice sous le capot?
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Oui, c'est OnlyOffice pour la suite bureautique.

Le reste est du maison (kDrive, mail, etc.), même si kDrive semble reposer sur du compatible Owncloud / NextCloud vu que le client Desktop est un fork de celui d'OC.
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C’est mon cas aussi.
Malheureusement le niveau de gestion admin est encore assez limité pour bien gérer le drive en collaboratif.
La gestion des équipes de travail pour donner des droits ne peut être fait que par l’admin et pas le chef d’équipe, y a pas de politique d’entreprise pour gérer les partages, la gestion des droits descendants d’un dossier est complexe (donner un droit à toute une arborescence alors que celle ci a des droits variés), etc.
Quand on a de la donnée confidentielle à gérer en entreprise (toutes ont au moins la partie RH), c’est pas des plus conforts et y a des erreurs.

Par contre, même si je comprends la polémique d’OnlyOffice sur le contrôle russe et le format Microsoft, je trouve qu’on est bien plus avancé en fonctionnalité / performance / compatibilité que Collabora.
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Quand on a de la donnée confidentielle à gérer en entreprise (toutes ont au moins la partie RH), c’est pas des plus conforts et y a des erreurs.
Sur ce point, j'estime qu'une suite bureautique n'est pas vraiment l'endroit pour stocker de la donnée de type RH. C'est le taff d'une solution de SIRH qui va se conformer au RGPD, entre autres.

Parce que less Excel qui contiennent la blinde de données personnelles non supprimées après le départ de l'employé, autant dire que c'est une horreur.
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Finalement, cette profusion de solutions, si elle parvient à éclater le marché et l'équilibrer, ça va forcer chacun à travailler sur la compatibilité et/ou l'interopérabilité : j'y vois plutôt une bonne chose ?
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Pas tant que ça concernant les formats OOXML et ODF (je ne parle pas des interfaces).

Visiblement Microsoft ne respecte pas vraiment OOXML (qui n'est pas vraiment normalisé et ouvert au contraire d'ODF) dans ses propres outils et en décide le contenu seul (aussi bien ce qui est public que ce qu'il en fait en interne).

Ça rend l'interopérabilité et les migrations relativement complexes et difficiles.

Ça ne permet pas l'indépendance ou la souveraineté.

Il faut un socle de base vraiment ouvert pour l'interopérabilité. Il faut que ce socle soit controlé par une organisation "indépendante" pour la "souveraineté".

En gros ce qui s'est passé pour HTML avec le W3C/WhatWG (malgré l'histoire cahotique de leurs relations). Sans HTML on n'aurait pas de web.

Pour les documents bureautiques je ne vois pas d'autres pistes sérieuses que ODF.
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Je plussoie, l'important, c'est le format. Qu'il soit public, normé et ouvert est essentiel à la souveraineté.
L'outil pour le manipuler n'a qu'une moindre importance, tant qu'il le respecte.
A lire pour l'argumentaire : https://linuxfr.org/users/sebek/journaux/ouvert-vs-ferm%C3%A9-ooxml-vs-odf-pour-les-nuls
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Microsoft n'a pas besoin de respecter car ils sont en situation de quasi-monopole, c'est bien l'objet de mon message : si ce n'est plus le cas, ils seront bien obligés de s'adapter et suivre le pli.
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Dommage de ne rien trouver concernant le comportement de la TDF vis à vis de Collabora.
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Anéfé, c'est ajouté.
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C'est triste, mais cet éclatement de solutions, et les conflits fond les choux gras de Microsoft, Google, etc.
Car eux proposent des solutions dans un environnement '' unique '' et fonctionnel...
Ça doit les faire marrer et ont dû sortir le popcorn.

Vivement que ça se tasse, qu'une vrai solution émerge et soit utiliseé (avec des coûts maîtrisés, car j'imagine que Sopra Steria est un poil plus cher que d'autres :p).
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Ce sont quand même eux qui sont les principaux acteurs de cet éclatement. OOXML n'aurait jamais dû voir le jour en l'état.

Sans la mauvaise foi et la stratégie habituel de Microsoft ODF serait la norme en bureautique, comme HTML l'est pour le web.

La bagarre se ferait sur les outils et surtout pas au dépens de l'intéroperabilite :-(
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Pour moi, ce qui reste le gros frein encore à l'usage d'autres suites que Office reste le VBA.
Même si ça peut paraître dépassé, c'est encore énormément utilisé en officiel ou en shadow IT.
Sur Excel, c'est assez important comme usage.
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Concernant le format OOXML versus ODF, c'est ce qui m'a un peu agacé quand je traite un document OnlyOffice avec LibreOffice et inversement. J'ai déjà eu des corruptions de docs ODF entre les deux, là où le OOXML n'a jamais posé de soucis.

Comme j'avais dit l'autre fois, dommage de devoir utiliser un format originaire de Microsoft pour que deux logiciels libres puissent travailler le même doc.
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Vu à quel point le format odf est simple, c'est étonnant. OnlyOffice ferait une mauvaise intégration dans leur suite?
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Je crains qu'ils privilégient le OOXML pour la compatibilité avec les docs MS Office. Sur un plan stratégique, c'est logique puisque c'est la cible.
Sur le plan logiciel libre, c'est triste.
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Je crois que ce n'est pas une mauvaise intégration mais une difficulté de traduction.
De base, cette suite doit traiter les données dans un format et quand tu les enregistres, la suite onlyoffice doit traduire en ODF.
L'ODF et l'Ooxml n'étant pas des formats strictement identique au niveau fonctionnalités, la traduction doit introduire des pertes.
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La corruption dont je parlais, en l'occurrence, a eu lieu sur un fichier ODF (feuille de calcul). L'éditer avec LO Calc, puis OnlyOffice, puis Calc, puis OnlyOffice a fait qu'à un moment LO Calc avait perdu une partie du formattage et affichait une corruption de plein de valeurs de cellules à l'ouverture.

Il n'est pas censé y avoir de traduction de format à ce moment-là, sauf à ce que OnlyOffice traduise toujours en OOXML avant de convertir... Ce qui serait d'une débilité sans nom pour traiter un fichier ODF natif.
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Il me semble que MS Office manipule les données dans son format par défaut, l'Ooxml. D'où les pertes d'information lors d'un export en ODF.
Je suppose qu'Onlyoffice a la même logique de fonctionnement.

D'où la bataille sur le format de fichier par défaut: du format découle les fonctionnalités de la suite bureautique et sa capacité a être agnostique quelques soit le logiciel qui le manipule.
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Je suppose qu'Onlyoffice a la même logique de fonctionnement.
C'est fort probable, d'où mon commentaire initial.
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Il me semble que c'est exactement le cas : de ce que j'ai compris (mais je n'ai pas vérifié ça dans le code) OnlyOffice gère nativement uniquement en OOXML. L'enregistrement ODF est une juste un filtre d'export.

LibreOffice fait la même chose mais avec ODF en structure interne.