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Pour Microsoft, le slop de l’IA est un sujet dépassé, place à l’IA utile

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Pour Microsoft, le slop de l’IA est un sujet dépassé, place à l’IA utile

Satya Nadella, CEO de Microsoft, blogue désormais sur l’IA. Selon lui, le débat sur le « slop » est un sujet presque dépassé. Il préfère évoquer 2026 comme une « année charnière » et ce qui, selon lui, demande aujourd’hui le plus de réflexion : trouver des débouchés à ce qu’il considère comme une évolution drastique de la pensée.

Le 05 janvier à 16h13

Microsoft est l’un des acteurs clés de l’IA, ne serait-ce que par son investissement massif dans OpenAI, avant l’emballement que l’on constate aujourd’hui. La société a cependant un problème : un sérieux écart entre la vision de ce que pourraient accomplir ses différents Copilot et ce qu’ils peuvent faire réellement.

Dans un contexte trouble pour l’entreprise, son CEO prend la parole, avec un premier billet de blog pour explorer quelques réflexions. Certaines recouvrent de vraies questions, notamment sur la direction à donner aux évolutions de l’IA ou le manque d’expérience dans son exploitation, quand d’autres illustrent une bulle de réflexion hors de laquelle plus rien d’autre ne semble exister.

Encore une année charnière

2026 sera une « année charnière » pour l’IA pour Satya Nadella. « Oui, encore une autre », reconnait le CEO de Microsoft. Il estime cependant qu’elle semble « différente à quelques égards notables ».

La phase initiale de découverte est selon lui terminée. Place désormais à la diffusion généralisée, le public prenant peu à peu ses marques et commençant à faire la distinction entre « spectacle » et « substance ». La direction prise par la technologie serait plus claire et plus sérieuse désormais, maintenant que l’émerveillement est passé.

Le débat autour du « slop » (bouillie) n’aurait plus lieu d’être, car il serait surtout lié à des cas d’utilisation sans réel débouché : un fonctionnement à vide de l’IA, sans apport réel dans la vie des gens. On pourrait ajouter qu’il s’agit aussi de l’inévitable produit d’une course à la vitesse et aux opportunités, largement accélérée par l’IA et à ses multiples impacts, notamment dans le monde de la cybersécurité.

Et comme si le CEO n’était pas assez clair, il insiste sur l’idée que l’IA doit amplifier l’humain, pas le remplacer. Il n’hésite pas à reprendre l’image de la « bicyclette pour l’esprit » que Steve Jobs utilisait pour décrire l’outil informatique en général. L’IA devrait ainsi être considérée comme aidant la pensée et l’action humaines, pas s’y substituant.

Systèmes complexes et résultats responsables

Pour Satya Nadella, les modèles isolés comme ChatGPT et Gemini ne sont pas l’avenir. Une vision que l’on a déjà entendue, par exemple chez l’ingénieur Horacio Gonzalez. Selon lui, l’avenir appartient à des modèles plus petits, plus spécialisés et coopérant.

Selon le CEO de Microsoft, l’important maintenant est de construire des systèmes qui orchestrent plusieurs modèles, gèrent la mémoire, l’accès aux données et l’utilisation d’outils de façon sûre. Une manière élégante de dire que l’intégration et l’ingénierie comptent plus que la taille brute des modèles.

Il « milite » également pour des résultats réels et responsables : pour que l’IA soit acceptée par la société, elle doit avoir un impact mesurable. « Les choix que nous ferons sur l’endroit où nous utiliserons nos rares ressources énergétiques, de calcul et de talents auront de l’importance. C’est la question socio-technique autour de laquelle nous devons construire un consensus », ajoute Nadella.

Microsoft dans une bulle

L’année 2025 a probablement été pénible pour Microsoft. La société semble captive d’une bulle dans laquelle elle s’est elle-même installée : la certitude que l’IA représente son futur, sans pour autant arriver à lui faire faire ce qu’elle veut. Ou, plus exactement, sans que les utilisateurs aient la garantie d’arriver au résultat attendu.

Satya Nadella résume tout le problème : « Ce sera un processus de découverte chaotique, comme toute technologie et développement de produits l’est toujours ». Autrement dit, il s’agit d’une technologie puissante, presque trop actuellement, et les usages vont continuer à s’y casser les dents jusqu’à ce que la brume se dissipe un peu plus.

Le souci de Microsoft est cependant très concret. Après avoir autant investi dans l’IA, les actionnaires attendent probablement un retour sur investissement qu’ils ne voient pas venir. D’où un « forcing » urgent dans toutes les gammes de produits. Avec à la clé des augmentations tarifaires, justifiées selon l'entreprise par les capacités supplémentaires. Et tant pis si ces capacités ne sont pas clairement définies ou que leurs résultats ne sont pas prévisibles.

C’est là que la tension s’illustre le plus, comme on l’a vu avec Windows. Microsoft veut en effet faire de son produit le premier « système agentique », mais son annonce n’est pas bien passée. Un très grand nombre de personnes ont répondu très négativement à cette perspective, beaucoup demandant que Windows 11 remplisse d’abord sa mission initiale de système d’exploitation, avec sécurité, fiabilité et performances.

« Les premiers kilomètres d'un marathon »

Sur ce point, Satya Nadella n’offre aucun début d’éclaircie : « Nous sommes encore dans les premiers kilomètres d’un marathon. Beaucoup de choses restent imprévisibles ». Son intervention est avant tout philosophique, l’IA étant comparée à « un échafaudage pour l’esprit humain », même si la mention de la rareté énergétique est notable.

Le ton général est en outre inhabituellement sobre pour un dirigeant d’une société technologique aussi importante. Surtout après les prises de position de certains responsables de l’entreprise. On se souvient que face au manque d'enthousiasme sur les évolutions annoncées de Windows 11, Mustafa Suleyman lui-même, responsable de l’IA, avait traité de « cyniques » les personnes décriant l’annonce.

Entre les lignes, on devine quand même l’intention : recalibrer les attentes et repositionner Microsoft sur une ingénierie voulue « utile », en opposition à la puissance brute des gros modèles. On peut y voir également une forme d’aveu, dans le sens où les progrès technologiques ne suffisent pas si le public n’y trouve aucune valeur réelle, au-delà de l’amusement passager. Moins de buzz, plus de concret ?

Commentaires (9)

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Il est dos au mur, piégé par ses mauvais investissements, mais je ne cesserais pas pour autant de qualifier le slop de slop.
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Heureusement que la plupart des processus de découvertes ne sont pas chaotiques, sinon on aurait fait pêter la planètes plusieurs fois.
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pour que l’IA soit acceptée par la société, elle doit avoir un impact mesurable
Les sites GenAI, leur reach via Discover, ou la génération d'images/vidéos en ligne + leur audience, c'est mesurable. Et on a mesuré (merci sieur Manach) et on pense que c'est globalement à chier, surtout dans un système d'exploitation, et surtout si ça prend le pas sur le développement des vraies fonctionnalités attendues d'un système d'exploitation.

Il leur faudra quoi comme signal pour qu'ils comprennent ? Être prisonniers de leurs investissements passés c'est une chose, mais plus ils s'y s'entêtent plus ils vont y perdre. Si Meta avait continué à dépenser des milliards sur le Métavers, ils auraient coulé depuis un petit bout de temps.

P.S : je râle, mais j'attends toujours un système fiable (qui tournerait en local uniquement) pour utiliser mon OS à la voix. Mais on en est encore très loin, malgré les promesses et les « années charnières » qui s'accumulent.
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Les sites GenAI, leur reach via Discover, ou la génération d'images/vidéos en ligne + leur audience, c'est mesurable.
Sur cette question, qu’est ce qui est a chier ?
Genre si Discover ne poussait pas autant de merde ?
Si Google ne finançait pas autant cette merde ?

Des sites qui racontent de la merde, ça existe depuis toujours.
L’IA a surtout accéléré la production par ceux qui en faisaient déjà.

Pour moi, une bonne partie du slop est un abus des fonctionnements de base faits en utilisant ces outils. (Méthode de financement, apprentissage, ...)
En même temps, l’outil n’étant pas (encore?) fiable, ça donne la partie restante.
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« Ce sera un processus de découverte chaotique, comme toute technologie et développement de produits l’est toujours. »
= Soyez nos bêta testeurs-payeurs de demain !
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Il a parlé de l'IA comme d'un « amplificateur cognitif »... ? :zarb:

Attendez je reviens !

* se ballade sur Reddit et X vite fait * ...

C'est mal barré :transpi: Ça a surtout « amplifié » les vidéos de chats.

Par contre le terme de MICROSLOP est devenue très tendance, avec le logo adapté :D Je vais les appeler ainsi constamment à partir de maintenant.
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Il a parlé de l'IA comme d'un « amplificateur cognitif »... ?
Aïe. C'est exactement ce que mon patron a employé comme termes dans son discours sur les projets de l'année à venir.
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Ce sera un processus de découverte chaotique, comme toute technologie et développement de produits l’est toujours
La R&D , c' est très souvent chaotique. On trouve rarement ce qu'on cherche et assez souvent autre chose. Mais après, l faut transformer la R&D en produit et le lancement de produit, ce doit être en principe un processus planifié et maîtrisé.

Le problème, c'est que la tech américaine est tellement terrifiée à l'idée de se faire doubler qu'ils font encore la R&D après le lancement produit (Tesla Autopilot, Ai diverses et variées).
Ce n'est plus de la R&D, c'est du LSD (Launch, then Search how to Develop).
Ils sont tellement à fond dans le LSD... Pas surprenant que Copilot hallucine tant 😁
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C'est le défaut de Microsoft pour la plupart de leurs produits : ils n'ont aucune connaissance terrain de leur base d'utilisateurs, ils ne savent pas ce qu'ils veulent. Ils n'ont pas le moindre début d'un semblant de use case à vendre. Ils poussent une techno sans même savoir comment le public va la recevoir (ou pas).

Pour Microsoft, le slop de l’IA est un sujet dépassé, place à l’IA utile

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