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IA : « Les développeurs sont toujours condamnés, jusqu’à ce qu’ils ne le soient plus »

« Abstraction, panique, adaptation »

IA : « Les développeurs sont toujours condamnés, jusqu’à ce qu’ils ne le soient plus »

Dans quelle mesure l’IA remet-elle en question le métier de développeur ? Risque-t-elle d’entrainer une dépendance ? Un nivellement des compétences ? Nous avons posé ces questions à Horacio Gonzalez, responsable des relations développeurs chez Clever Cloud.

Le 09 décembre 2025 à 11h24

À la BDX I/O qui s’est tenue au Palais des Congrès de Bordeaux le 7 novembre, Horacio Gonzalez donnait une conférence sur l’avenir du métier de développeur. Il y évoquait l’évolution du métier de développeur et voulait répondre surtout à une question revenant sans cesse : avec le renforcement constant des modèles et l’explosion des agents, les LLM (grands modèles de langage) vont-ils remplacer les développeurs ?

Grimper dans l’abstraction

Avec un certain humour, Horacio Gonzalez s’était amusé à donner une série d’exemples des dernières décennies, en prenant le contrepied des peurs actuelles : « Les développeurs sont toujours condamnés, jusqu’à ce qu’ils ne le soient plus ».

Il citait par exemple le cas de Fortran : « Ce n’est pas un vrai langage ! Tout le monde va pouvoir copier ! Le métier est mort ! à quoi ça sert tout ce qu’on a fait ? ça va casser le travail de réflexion, on va tout écrire à la volée. Le métier de développeur est mort ». Plusieurs autres exemples fusaient, comme celui du Java : « Quel langage stupide, on va être remplacés par des gars qui ont fait un boot camp de trois semaines ». Les approches low code et no code ? « On va être remplacés par des gars qui font des boites et des flèches ».

Dans son exposé, Horacio Gonzalez montrait ainsi que chacune de ces cassures signalait une élévation du niveau d’abstraction dans le métier de développeur. Chaque étape signifiait la fin d’au moins une partie des tâches considérées comme rébarbatives, avant que les nouvelles technologies ne dévoilent leurs propres tâches rébarbatives. Le niveau d’automatisation a ainsi grimpé régulièrement, entrainant systématiquement des craintes sur la mort de la profession.

Selon le responsable de Clever Cloud, cette automatisation a déplacé à chaque fois l’expertise vers des zones que les outils précédents ne pouvaient pas atteindre. Une vision qu'il a depuis développée dans une version plus détaillée de son intervention à travers une série de billets sur son blog (en anglais).

LLM, une étape de plus ?

Le point de vue d’Horacio Gonzalez est que les développeurs se sont adaptés à chaque fois. Chaque nouvelle technologie a entrainé des changements profonds dans son apprentissage, faisant apparaître des besoins pour de nouvelles compétences.

Dans cette optique, l’arrivée des LLM n’est qu’une nouvelle cassure dans les habitudes et une remise en cause des acquis. Les savoirs et savoir-faire évolueraient en conséquence vers de nouveaux horizons : lecture critique du code, l’expression claire des idées pour créer des prompts précis, le repérage des erreurs dans les réponses générées, reconnaitre les situations où l’automatisation n’est pas nécessaire (notamment pour des questions éthiques et de confiance), être assez rigoureux pour savoir remettre en question le résultat, etc.

Selon le responsable, la pratique change avec les questions que l’on se pose. Avec les LLM par exemple, l’abstraction remplace progressivement la question « Comment écrire cette fonction ? » vers une autre interrogation : « Que devrait accomplir cette fonction ? ». Dans une relation de négociation avec la machine, il donne plusieurs analogies : de constructeur à conducteur de travaux, de musicien à chef d’orchestre, voire à compositeur.

Il évoque cependant les dangers de cette approche, qui relèvent pour beaucoup de « l’overtrust », quand on fait trop confiance à l’IA : les LLM, à cause de leur conception, produiront toujours des hallucinations, même si des techniques permettent de les limiter. À force de négocier la machine et d’utiliser des machines toujours plus performantes, le risque n’est plus tant que le LLM écrive du mauvais code, mais que le développeur ne sache plus comprendre la réponse.

L’IA remet également en question l’apprentissage, notamment chez les développeurs juniors. Horacio Gonzalez y voit un rôle renforcé pour les séniors et une nouvelle organisation tripartite entre junior, sénior et IA. L’accent devrait être mis selon lui sur la lecture critique du code, la conception des prompts et le débogage des résultats, dans une sorte de co-création guidée. Il estime d’ailleurs que l’apprentissage du développement par l’IA devient une nouvelle discipline en soi, les LLM ne pouvant pas être considérés comme un simple outil de plus dans la besace des développeurs, mais bien comme un nouveau point de bascule.

C’est cette dimension que nous avons voulu creuser avec Horacio Gonzalez, notamment les dangers pour les développeurs juniors et leur intégration dans les entreprises.

>> Dans quelle mesure l’IA influence-t-elle l’intégration des juniors ?

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Commentaires (18)

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Intéressant, un article moins à charge conte l'IA :-)

J'aime bien son avis en tous cas : Il n'est pas dans la surenchère technique et , si je résume, l'idée serait d'intégrer dans les CPU directement les unités capable d'utiliser / d’accélérer des modèles déjà entrainés à 95% ailleurs. Pourquoi pas, c'est ce que je commence à voir dans les CPU RISC-V chinois :-)


Par contre actuellement ce que je constate c'est deux choses:

- Une volonté d'utiliser les LLM à tord et a travers pour "faire de la masse le plus vite possible avant tout le monde". C'est ce que je perçois avec le web, où la moindre requête sur un moteur de recherche amène des réponses visiblement générés (pas besoin de l'extension de next...) au point où je me demande si ces pages existent vraiment ou bien si elles sont générés à la volée, avec des réponses très verbeuses et inexactes ou incomplètes (typiquement les scripts shell & powershell qui sont tous copiés de site en site sans cohérence avec la question d'origine). Idem pour la génération de "photos" d'illustration.

Le but restant de te faire venir sur la page, même pour 1/4 de seconde, pour déclencher la pub.
Bref, créer du bruit pour rien. C'est une tendance lourde pas que sur le web , mais dans les média en général.

- Le fantasme des employeurs qu'il n'y aura plus besoin d'employé : Que pour résoudre le moindre problème technique il suffira d'un "agent" pour faire le boulot , à qui on parlera en langage naturel. Le rêve mouillé des commerciaux, qui n'auraient plus à payer qui que ce soit à par l'abonnement à Google / Amazon / Microsoft....
Actuellement j'ai le sentiment que cette logique est tellement présente que, par anticipation certaines grosses boites préfèrent geler les embauches surtout de jeunes en se disant qu'a niveau de compétence perçu comme égal, autant choisir l'IA (coucou les SSII).
J'imagine que c'est comme le "no-code" à une époque, le soufflet va retomber mais en attendant les tombereaux de jeunes qui sortent chaque années des écoles d'ingé finissent sur les lignes du BK et du MacDo...
(Ils embauches beaucoup de jeunes chez CC...?)
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J'aime bien son idée de petits modèles spécialisés. Cela permettrait peut-être d'avoir moins d'hallucinations des gros, qui font plus de temps qu'en gagner. Mais je ne sais pas comment cela se passe pour l'entraînement. Si on ne donne accès qu'à une partie des infos, cela peut biaiser les réponses ?
là où d’autres se contentent de copier-coller. Et une manière de corriger ça, c’est de réfléchir à l’utilisation, responsable et sérieuse. Et ça pose bien sûr la question de la formation.
Plus simple : on supprime les touches C et V de leurs claviers.
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Ils créront des macros avec d'autres touches :D
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Plus simple : on supprime les touches C et V de leurs claviers.
Il y en a qui copient/collent à la souris !
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Sélection du texte + clic milieu pour coller FTW :glasses:
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Oui, je fais comme cela moi aussi mais je parlais de gens qui allaient chercher dans le menu Copier puis Coller après avoir positionné leur curseur.
Quand ma compagne fait ça, ça m'horripile ! :D
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Et shift / ctrl + insert qui permettent aussi la chose :non:
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Niveau emploi, ce que je constate avec l'I.A. , c'est la mort du junior. Je vois de plus en plus de situations où les entreprises ne veulent plus embaucher de juniors, où on arrive plus à les caser à un prix correct, parceque dans certaines entreprises on considère que un senior+I.A. c'est équivalent et beaucoup moins cher à un tandem senior+junior.
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Et dans quelques années, les mêmes entreprises se plaindront de ne plus trouver de seniors, car elles n'ont pas réalisé une chose : un sénior, avant d'être sénior, c'est un junior...
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Exactement ! J'ai vu une conf il y a quelques mois, où une RH disait que c'était bien avec l'IA, qu'ils avaient besoin de moins embaucher de juniors, et qu'un jour quand même il faudrait remplacer les seniors quand ils partiront, "mais bon ça on verra plus tard" 😱
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Le rêve nocode moderne, c'est le manager qui pisse un prompt dans chalgoumigpt et qui récupère le code prêt à l'emploi.
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Et il en fait quoi du code après ? :D
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Facile: Il demande ce qu'il doit en faire à une I.A. générative.
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Je traduis:
«On verra plus tard» → «Je ne serai plus là»
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Mais y a vraiment une telle utilisation de l’IA dans le développement, j’ai l’impression d’être à côté de la plaque à force.

Pour l’instant personnellement je n’en n’ai pas usage ni en voit l’intérêt. En lisant ce genre d’article j’ai l’impression que l’ia est utilisée et intégrée partout maintenant, ce que je n’ai pas constaté personnellement à part au début de la hype où tout le monde en parlait.

J’ai essayé sur vscode, ça me dérangeait plus qu’autre chose.

Quels sont ces outils exactement, ils sont intégrés comment dans le processus de dévoleppement, à quel niveau ? Ou juste les gens ouvrent un copilot à côté et demande des trucs ?
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je te comprends...
- Prend un abonnement à Claude Code
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- Regarde claude code travailler pour te faire une idée
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Et si Claude prend son bain, assure-toi que toutes les lampes des environs sont bien droites.
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Je compléterai cependant son avis dans le dernier point avec cette autre analyse que je trouve très intéressante :
https://mariedolle.substack.com/p/la-guerre-des-intelligences
"les modèles spécialisés, censés être plus précis dans leur domaine, ne font pas mieux que les généralistes … et souvent, ils font moins bien. La promesse verticale s’effondre dès qu’on la mesure. Pourquoi ? Parce qu’un modèle formé exclusivement sur des données financières spécifiques n’apprend pas à raisonner : il apprend à imiter un langage. C’est tout le sujet de ma discussion avec Sébastien Hubert, [...] : “les généralistes, eux, ont l’avantage du contexte : ils ont vu d’autres domaines, d’autres formes de raisonnement, d’autres structures narratives. Et c’est cette richesse qui a amené une forme d’émergence”. Autrement dit, ce qu’ils perdent en jargon, ils le gagnent en “plasticité cognitive”, cette capacité à transférer des schémas de raisonnement d’un domaine à l’autre. C’est, en somme, l’intuition des polymathes : apprendre ailleurs pour penser autrement.

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