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Décès de Jean Pormanove en direct : l’Arcom se défend face aux critiques

Art (de la) comm

Décès de Jean Pormanove en direct : l’Arcom se défend face aux critiques

Mise en cause pour sa supposée inaction dans le traitement des signalements liés aux sévices infligés au streamer Jean Pormanove, l’Autorité de régulation du numérique (Arcom) publie une explication de texte relative au déroulé de l’affaire, à ses compétences et à ses possibles carences.

Le 28 août 2025 à 08h55

Cette semaine, nous apprenions que le parquet de Paris avait ouvert une enquête sur les pratiques de Kick après la mort du streamer Jean Pormanove, en direct dans la nuit du 17 au 18 août. Dans cette affaire, l’Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) est la cible de plusieurs critiques. L’Autorité a décidé de répondre via la publication d’une FAQ.

« Envoyer des signalements à l’Arcom ne sert donc à rien ? »

Elle attaque bille en tête avec la première question : « Envoyer des signalements à l’Arcom ne sert donc à rien ? ». Elle explique que, dans l’univers numérique (Internet, les plateformes, les réseaux sociaux…), « le cadre législatif ne donne pas à l’Arcom de mission ni de compétence pour apprécier la conformité ou la licéité d’un contenu, ni pour signaler à une plateforme un contenu illicite pour que celle-ci le supprime ».

Dans le cadre du DSA, l’Arcom désigne par contre des « signaleurs de confiance » ; il y en a huit actuellement : e-Enfance, ALPA, IFAW, INDECOSA-CGT, Point de contact, Addictions France, Crif et Licra. L’Autorité recommande de s’adresser à eux en priorité, « les plateformes ayant l’obligation de traiter leurs signalements en priorité ». Les signaleurs de confiance peuvent contacter toutes les plateformes disponibles en France, quel que soit le pays où elles se trouvent.

L’Arcom rappelle au passage les obligations des plateformes : « prendre des mesures pour protéger les mineurs contre la publicité ciblée ou des contenus nocifs ; consacrer suffisamment de moyens humains et techniques à la modération et au retrait de contenus illégaux ; garantir la transparence des algorithmes utilisés et permettre l’ouverture de leurs données aux chercheurs qui peuvent ainsi mieux étudier leurs effets (addictifs par exemple) et susciter des demandes de mesures de protection ».

Audiovisuel et Internet : deux poids, deux mesures ?

Autre question : « l’Arcom ne peut rien faire face à une situation grave et urgente ? ». L’Autorité, comme toute autorité publique, peut saisir le procureur de la République ou le juge judiciaire. Elle rappelle que dans le cas de la chaîne « jeanpormanove », « la justice était déjà saisie et ce dès le mois de décembre 2024 ».

L’Arcom est aussi accusée par certains d’une action à deux vitesses : plus rapide sur la télévision et la radio que sur Internet. Elle ne s’en cache pas : « la règlementation audiovisuelle est plus contraignante », mais affirme avoir « souvent pris position pour dire qu’il fallait « limiter » ces différences de régulation ».

« Cependant, les deux univers ne seront jamais similaires et le cadre applicable à l’audiovisuel permet de garantir au public que les contenus auxquels ils accèdent à la télévision ou à la radio sont produits et suivis avec une attention particulière. Cela fait des médias audiovisuels un « rempart » précieux face aux dérives auxquelles peut être confronté le public sur Internet ».

Cela n’empêche pas certaines chaines de jouer avec les limites, notamment C8 et CNews : « L’Arcom a pris 52 sanctions contre les chaînes C8 et CNews en douze ans, dont 16 pendant la seule année 2024 », détaillait Le Monde fin 2024.

L’Arcom ne peut pas demander directement le blocage

L’Arcom continue sa FAQ. À la question : « Pourquoi ne pas couper tout simplement l’accès à la plateforme s’il y a un problème ? ». Réponse : « Empêcher l’accès à un site internet est une atteinte forte à la liberté de communication. Une telle décision doit s’inscrire dans un cadre juridique précis et exigeant pour protéger la liberté d’expression ».

Elle ajoute que dans le cas de Kick, l’Autorité n’a « pas le pouvoir de demander directement le blocage de la plateforme », cela doit passer par l’autorité judiciaire.

L’Arcom revient ensuite sur les alertes de Mediapart et de la Ligue des droits de l’Homme (LDH). L’Autorité affirme avoir réagi et détaille ses actions : « dès réception des questions de Mediapart, en décembre 2024, l’Arcom a recherché l’établissement ou le représentant légal de Kick (plateforme australienne) en Europe, sans pouvoir l’identifier […] Le régulateur allemand (BNetzA) a indiqué à tous ses homologues européens, début janvier 2025, avoir officiellement demandé à Kick de désigner un représentant légal ».

Huit mois d’attente pour un représentant légal de Kick

L’Arcom relance son homologue allemand, qui lui répond en mars 2025 n’avoir toujours pas eu de réponse. C’est finalement le 20 août que l’Arcom, « à sa demande, a été informée par la Commission européenne de la désignation d’un représentant à Malte et s’est immédiatement mise en contact avec son homologue maltaise ».

Il s’est donc passé huit mois entre le moment où l’Arcom a cherché le représentant légal de Kick et le moment où elle a pu le contacter. Mais ce n’est pas encore la fin de cette affaire. L’Arcom contacte la Malta Communications Authority (MCA), qui lui répond « que cette désignation ne lui avait pas été notifiée, ce que prévoit pourtant le DSA ». Désormais, l’Arcom est en lien quotidien avec la MCA.

« Au regard de la gravité de la situation, l’Arcom a également pris directement contact avec la plateforme, dès le 20 août », alors que les premiers signalements remontent à décembre 2024 pour rappel. Deux jours plus tard, le 22 août, les contenus de la chaîne « jeanpormanove », dont l’accès avait été suspendu le 20 août, sont remis en ligne. L’Arcom a « condamné cette initiative et ces contenus ont de nouveau été bloqués dans les heures qui ont suivi ».

Quant à savoir pourquoi l’Arcom a mis autant de temps à prendre connaissance de cette situation, elle explique que l’offre de services en ligne « est extrêmement large et variée ». L’Arcom, comme ses homologues européens, « ne peut en établir une cartographie exhaustive ».

De plus, les « plateformes internationales elles-mêmes, notamment les plus petites, ne sont pas toujours au courant des règles auxquelles elles doivent se conformer ». Quant à Kick, la plateforme n’était pas très connue en France avant cette affaire, et l’audience se situait « régulièrement en-dessous des seuils des « radars » ».

350 personnes à l’Arcom, mais 20 seulement sur le DSA

L’Arcom revient enfin sur son fonctionnement, avec une réponse maison à une question directe : « Avec 50 millions d’euros et plus de 350 personnes, l’Arcom ne peut pas gérer cette situation ? ». L’Autorité précise qu’elle ne dispose que d’une vingtaine d’emplois « pour l’ensemble de la mise en œuvre du règlement sur les services numérique ».

Ils sont au sein de la direction des plateformes en ligne, « chargée entre autres missions de la vérification de l’âge sur les sites pornographiques, de la protection des mineurs en ligne, du retrait des contenus de médias russes sous sanction européenne, de contribuer aux enquêtes de la Commission sur les grandes plateformes (soupçons de manipulation de l’algorithme de X au profit de certaines opinions par exemple), d’instruire les candidatures au statut de « signaleurs de confiance », ou encore d’assurer la coopération avec Viginum contre les ingérences extérieures, en particulier en préparation des élections ».

L’Arcom précise enfin que le régulateur allemand « dispose de 70 emplois pour la mise en œuvre des mêmes missions ».

Commentaires (15)

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Eh bien, en vrai et contre toute attente, je trouve que c'est une comm' convaincante.
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Moi je bloque quand même un peu sur l'argument "c'est compliqué car c'est une plateforme étrangère".
Effectivement c'est le cas mais il n'y a pas non plus de problème d'identification des comptes ou des intervenants, ils sont bien identifié et français donc peu d'obstacle pour traiter le dossier "à la source".
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Le périmètre de l'Arcom est pour les plateformes, donc les représentants légaux d'icelles. Pour les personnes directement impliquées dans les contenus, ce n'est pas au niveau administratif que ça se joue, mais judiciaire (et le Procureur de la République avait déjà lancé les choses). Jusque là, c'est plutôt logique et sain (si les instances administratives se substituent aux instances judiciaires, on risque d'avoir de gros problèmes démocratiques, déjà que c'est pas top...).
Le principal souci, c'est le manque de moyens de la machine judiciaire, et la durée rallongée des procédures...
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20 personnes sur 350 au total, c'est en effet peu pour surveiller la mer... mais sur les 330 qui restent, si tous ne sont fatalement pas dédiés à surveiller la piscine des médias classiques (et surtout C8/CNews en fait), j'aimerais quand même connaître leur nombre et que la même comparaison soit faite avec nos voisins.
Il y a peut-être un pb d'allocation de ressources qui n'a pas trop suivi les évolutions de ces 10/15 dernières années.
Maintenant, on se focalise sur un mec qui faisait commerce (forcément volontaire) de ce qu'on fait passer pour du happy-slapping: A mon sens il est assez illusoire de vouloir empêcher ce type de choses, sinon autant prendre les plaintes de prostituées qui se plaignent d'avoir dû faire les prestations (y compris sado-maso) après avoir été payées pour... Et si cela a pu révéler des carences, qu'on affecte donc les ressources à venir aux cas de diffusion les plus problématiques, cad qui tombent dans le cadre de (continuer à) nuire à une personne qui n'a pas choisi de prendre des gnons, y compris (bien) après les faits. Si on doit s'occuper de tous les tordus du pays, je n'ai pour ma part pas envie de participer à payer des (dizaines de?) milliers mecs essayant de les protéger (avant tout contre eux-mêmes) à l'arcom ou ailleurs avec mes impôts.
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L'organigramme de l'Arcom : https://www.arcom.fr/sites/default/files/inline-images/Arcom-organigramme-f%C3%A9vrier-2025-site.jpg

Il y a aussi bien des agents qui instruisent les demandes de subventions, que des juristes qui défendent l'Arcom en cas de procès, que des agents qui surveillent les radios, d'autres la télévision, d'autres qui s'occupent des appels d'offre pour la télévision (il y a des appels d'offre en quasi-permanence pour les TV locales), pareil pour la radio, évidemment il y a des services transverses (services informatiques, budget, RH, communication), des agents s'occupent de l'éducation aux médias, d'autres qui conseillent les politiques sur les règlementations.
Et au sein même de la direction des plateformes en ligne, il y a les agents qui s'occupent des analyses de risque, d'autres qui suivent les plateformes (c'est d'eux qu'on parle), d'autres qui s'occupent de la coopération avec les autres régulateurs de l'UE et encore d'autres pour la coopération avec les autres autorités françaises, comme la CNIL, l'ARCEP ou la justice.

L'ARCOM, comme beaucoup d'administrations, c'est une machine gigantesque. C'est pas forcément un mauvais usage, il y a un besoin de tous ces postes.
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C'est bien pour cela que je disais "sur les 330 qui restent, si tous ne sont fatalement pas dédiés à surveiller la piscine des médias classiques..."

Il y a en effet besoin de tout ce que tu cites, c'était pas une critique en soi et la question était d'avoir une idée du ratio de surveillance des médias dont cette administration était historiquement le gendarme et de ce qui est sur internet, car c'est AMHA potentiellement là qu'il y a qqchose qui n'est plus très en phase avec la réalité actuelle.
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Arcom.. comité Théodule.
Un de plus.
(Actuellement il semble qu'il faut dire aussi : "c'est Nicolas qui paye") :D
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L'image d'illustration reflète parfaitement le dernier paragraphe.

20 personnes pour TOUT les services numériques... qui plus est sur des thématiques qui sont compliqués a juger et qui demande parfois du travail de recherche.
Autant dire que ce n'est pas près d'être efficace.

Et sinon les 330 personnes qui reste sont associés chacune a une seule radio/chaine TV ? :fume:
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Il s’est donc passé huit mois entre le moment où l’Arcom a cherché le représentant légal de Kick et le moment où elle a pu le contacter.
Pourquoi ne pas demander le blocage préventif de la plateforme alors ? Débloquée quand elle a désignée ce représentant.
Les autorités sont plus promptes à bloquer car un mp3 peut être téléchargé, que quand une plateforme a pour objectif public de manipuler et violenter les gens !
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Ce qui est abérant, c'est que l'Arcom se défend pour cette situation mais par contre ils sont présent pour bloquer des sites proposant les matchs de foot en direct; pognon, pognon...
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La diff est que ce dispositif a été codifié dans le code des sports.
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Je me demande bien ce qui fait croire dans les forums en ligne que l'Arcom ferait la réglementation, alors que l'Arcom est une autorité administrative et que, comme l'autorité judiciaire, l'Arcom ne fait qu'appliquer la loi et autres réglements (l'Arcom ne rédige pas de législations). D'autant que dans le porno en ligne accessible aux mineurs, l'Arcom devrait se taire et quand un individu adulte se fait violenter en public, l'Arcom devrait tout casser les jeux du cirque du web.

C'est comme l'idée que l'autorité judiciaire serait l'alpha et l'omega de la Justice (qu'il suffirait de porter plainte, qu'au verdict du tribunal tout serait rétabli dans la bonne humeur). Alors que l'autorité judiciaire n'est que le dernier maillon sensé rétablir un tant soit peu de justice dans l'ordre social et les relations entre individus. L'autorité administrative ou judiciaire est l'ultime recours (qui fonctionne avec des procédures à rallonge pour assurer les droits de chaque personne), après le recours amiable et après le recours à une médiation.
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Tous les sites gouvernementaux qui permettent de faire des signalements (testé avec FAI et démarchage) c'est juste une façade. On reçoit au mieux une confirmation de l'envoi mais ensuite jamais la moindre nouvelle.
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Qu'un administration attende un scandale médiatique pour se bouger le fion sur un sujet sur lequel son inaction était coupable de longue date, ça n'est malheureusement ni la première, ni la dernière fois.

Que Kick le souligne amèrement, c'est de bonne guerre.

La population française devrait être amère.
L'ARCEP, puis l'ARCOM, auraient pu, et pourraient faire bien mieux, notamment en leur qualité de régulateur des télécommunications, afin de siffler la fin de la récréation concernant l'entente illégale, une priorité à donner aux territoires ruraux dont l'attractivité pourrait passer par leur meilleur raccordement par rapport aux villes dans une priorité de déploiement et une obligation de maintenance, et bien évidemment en arrêtant net les obstacles à l'entrée de petits opérateurs par l'opérateur privé ayant systématiquement bénéficié de son passé public comme arme anti-concurrentielle.

L'ARCOM est à la bourre, l'ARCOM régit au scandale médiatique, l'ARCOM fera trop peu une fois l'incendie suffisamment éteint dans l'opinion, et continuera à ne pas jouer son rôle de régulateur, en continuant la connivence avec les entités qu'elle est censées réguler.
Circulez : il n'y a rien à voir ?
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Que viennent faire l'ARCEP et les télécoms ici et pourquoi dire "puis l'ARCOM" comme si celle-ci avait remplacée l'ARCEP qui existe toujours ?

Concernant l'ARCOM et l'affaire, il faudrait lire l'article et comprendre le champ d'action de celle-ci avant de la critiquer. Me voilà à défendre l'ARCOM que je n'aime pas beaucoup !
Le seul point où elle est critiquable est la lenteur autour d'un représentant légal, mais d'une part, Kick a fait (et fait encore) tout pour ne pas être contacté et ses effectifs trop limités sur cette mission fait que l'on puisse comprendre que le suivi ait été léger.

Mais j'ai peut-être raté un point dans ses missions, quelle est cette inaction coupable ? Sur quel point précis aurait-elle dû agir ?

Décès de Jean Pormanove en direct : l’Arcom se défend face aux critiques

  • « Envoyer des signalements à l’Arcom ne sert donc à rien ? »

  • Audiovisuel et Internet : deux poids, deux mesures ?

  • L’Arcom ne peut pas demander directement le blocage

  • Huit mois d’attente pour un représentant légal de Kick

  • 350 personnes à l’Arcom, mais 20 seulement sur le DSA

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