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« Vol de salaires » : comment la filiale de Scale AI Outlier traite les travailleurs du clic

Aberration

« Vol de salaires » : comment la filiale de Scale AI Outlier traite les travailleurs du clic

Hanna Barakat + AIxDESIGN & Archival Images of AI / Better Images of AI / Frontier Models 3 / CC-BY 4.0

Alors qu’une société comme Scale AI tire largement profit de l’explosion de l’intelligence artificielle générative, le traitement qu’elle réserve aux travailleurs et travailleuses des données interroge.

Au Royaume-Uni, fin 2024, quiconque cherchait de quoi se faire un peu d’argent pouvait se tourner vers le programme d’entraînement de grands modèles de langage Outlier. À une condition près : accepter de n’être payé que 15 dollars de l’heure, soit à peine quelques centimes au-dessus du salaire minimum local.

Seconde condition, que certains travailleurs n’allaient découvrir qu’au fil des tâches : le temps passé à se former pour ces tâches n’était pas payé. Le temps passé à discuter avec les managers, les temps de pause, les réunions, les vacances, rien de tout cela n’était payé. Et si les intéressés tentent de faire des heures supplémentaires, celles-ci sont payées à un taux plus faible – autant de pratiques relativement récurrentes dans l’économie de la plateforme.

Outlier est une filiale de la société Scale AI, spécialiste de l’entraînement des systèmes d’IA dont Meta a racheté 49 % des parts pour 14 milliards de dollars fin juin, et débauché le fondateur Alexandr Wang.

Activités non payées

Que ce soit au Portugal, aux États-Unis, en Allemagne ou en Argentine, la cinquantaine de travailleurs des données interrogés par Algorithm Watch témoignent de pratiques similaires. S’ils incluaient le temps passé en formation, en travail administratif ou en réunion au calcul de leur temps dédié à entraîner des systèmes d’IA, alors le salaire perçu pour leurs tâches d’entraînement serait inférieur aux minimums légaux de chacun de leurs pays.

D’après les sociologues Milagros Miceli et Antonio Casilli, les pratiques consistant à ne pas rémunérer les périodes d’onboarding ou d’heures supplémentaires constituent du « vol de salaires ». D’autant que certains indiquent se retrouver coincés à effectuer des tâches dont le temps de réalisation est indiqué d’une heure, mais qui sont en réalité « trop complexes pour être réalisées en temps et en heure, si bien que la personne réalise bientôt qu’elle dépense bien plus de temps dans cette activité que ce que cette dernière doit leur rapporter ».

De fait, selon une étude menée en 2022 auprès d’employés des pays du sud, près de 34 % du temps alloué aux plateformes d’entrainement de système d’IA n’était pas payé. Auprès de Next, Antonio Casilli qualifiait l’IA d’industrie extractiviste, tant pour ses besoins en ressources matérielles et en énergie que pour le traitement qu’elle réservait aux entraîneurs et modérateurs de ses différents modèles.

Suspension inexpliquées et salaires non versés

Dans certains cas, les travailleurs ne sont même pas payés pour leurs activités, que ce soit à cause de divers bugs techniques décrits par la journaliste Karen Hao dans son enquête Empire of AI (Penguin Random House, non traduit), ou pour d’incompréhensibles suspensions de comptes. Auprès d’Algorithm Watch, un travailleur indien explique ainsi y avoir passé cinq heures par jour, pendant trois jours, pour l’équivalent de 20 à 30 dollars.

« Alors que j’attendais le paiement, ils m’ont envoyé un e-mail m’informant que j’avais enfreint leur politique et suspendu mon compte, indique-t-il au média. Lorsque je les ai contactés, je n’ai reçu aucune réponse satisfaisante. Je n’ai pas été payé du tout. » Alors que le patron de Scale AI déclarait en 2023 s’engager pour que les travailleurs de l’IA perçoivent des « salaires décents », les enquêtes qui montrent l’inverse s’accumulent.

Plusieurs affaires judiciaires aux États-Unis

Fondée en 2016 par Alexandr Wang, Scale AI s’est attirée les financements du Founders Fund de Peter Thiel, qui y a versé 100 millions de dollars en 2019, avant d’être suivi par Amazon et Meta. Parmi ses clients, l’entreprise compte Accenture, SAP ou encore Deloitte en Europe, et la plupart des acteurs de l’IA (Meta, OpenAI, Alphabet) aux États-Unis.

Dans la mesure où les pratiques salariales problématiques se multiplient – beaucoup de travailleurs se plaignent aussi de l’absence de régularité des tâches disponibles –, trois plaintes ont été déposées devant des tribunaux californiens contre plusieurs acteurs de l’entraînement de l’IA.

Dans l’une d’elle, déposée en décembre 2024, l’ancien contractuel Steve McKinney accuse Scale AI de « vol de salaire » et de « mauvaise classification des travailleurs ». La plainte comporte par ailleurs une mention de tactiques trompeuses, avec des promesses de salaire horaire de 25 dollars au moment de l’embauche, pour ensuite n’en verser qu’une portion une fois le travail effectué.

Une autre, déposée en janvier 2025, affirme que Scale AI aurait « délibérément refusé de payer des heures supplémentaires » et d’autres indemnités légales. Une troisième, déposée à la fois contre Scale AI, Outlier et HireArt, accuse les différents programmes et sociétés d’avoir mis fin aux emplois de 500 personnes sans respecter la durée légale de préavis.

Commentaires (14)

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Pourquoi parler de salaires alors que ces travailleurs ne sont pas salariés ?
C'est évident à lire cet article et les autres en lien que ce ne sont pas des salariés.

Il y a peut-être une requalification possible selon la loi californienne comme le laisse entendre sfgate, mais pour le moment, ce ne sont pas des salariés mais des indépendants à qui on sous-traite des tâches et seules ces tâches sont rémunérées, donc, pas les formations ni les réunions. Il est aussi normal que les vacances ne soient pas payées.
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Donc ils doivent refuser de faire les formations et les réunions, vu que ce n'est pas payé. A la prochaine AG, faudra que j'explique au syndic que c'est juste une réunion, et que donc il n'y a pas de raison pour qu'on le paye pour venir à l'AG.
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Je suis sûr que dans le contrat de ton syndic, il est écrit que les AG sont rémunérées et à quel tarif. Mais si cela n'était pas le cas, je t'encourage à lui dire cela.
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Je plusois d'ailleurs très souvent, l'action est compris dans l'offre de base, mais lorsqu'on regarde en détails c'est seulement si elle est tenu en "horaire de bureau' ce qui n'est dans la très grande majorité des situations jamais le cas...
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PS : Et en y repensant il pourrait même pousser le vice +(et le cynisme) jusqu'à rendre les formations pour leurs outils payant et non simplement les leurs fournir gratuitement...
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Ça reste tordu quand même. Là le prestataire de service ne fait pas de devis et n'a pas le droit de fixer un prix. Quand il facture, c'est le client qui fixe le prix. Je sais qu'il y a des domaines où ça se fait (Uber, etc.), mais quand même : quand la facturation est gérée directement par le client, c'est que c'est du salariat déguisé.
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C'est évident à lire cet article et les autres en lien que ce ne sont pas des salariés.
Le chapeau de la source parle bien de gig workers, soit travailleurs indépendants. J'ai du mal à comprendre cette confusion.

On est dans un modèle équivalent à Uber et compagnie qu ia déjà montré maintes fois ses travers (promesses versus gains médiocres et conditions de travail merdique).

Remarque, eux au moins sont payés. Perso j'aimerais bien l'être pour les dizaines de CAPTCHA que je me tape par jour qui m'interdisent d'accéder à un service en ligne sans devoir faire de la qualification de data set gratuitement.
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Pour des raisons de traduction. "Wage theft" = "vol de salaire". J'aurais éventuellement pu choisir "vol de revenus", mais les différentes traductions que j'ai cherchées m'ont renvoyées le mot salaire... qui me semble par ailleurs mieux à même de faire comprendre qu'on parle de la rémunération liée au travail d'un individu (plutôt qu'aux revenus d'une entreprise ; ou alors à ceux d'un individu, qui peuvent provenir de multiples sources). Par ailleurs, un indépendant réellement indépendant peut normalement intégrer les "temps morts" au montant de ses factures (= c'est lui qui fixe le montant, donc il peut intégrer, pour reprendre la proportion citée ici, la rémunération de 34 % de temps supplémentaire s'il considère que ça fait partie de son temps de travail).
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Je pense que "rémunération" aurait été plus approprié. Le salariat est défini en France par un CDI (typiquement, je suis freelance mais en portage salarial, donc techniquement je suis salarié et pourtant rémunéré sur une base d'un taux journalier et de jours facturés en complément d'un salaire de base défini par le CDI. Je pars en congés, mon salaire baisse), et aurait au contraire bien mis en avant le lien de surbordination qui aurait obligé (toujours dans un cadre français) à requalifier le contrat commercial en contrat de travail.

Le terme anglais wage a une signification plus basée sur des taux horaires/journaliers contractuels proche de ce que factuerait en temps normal un indep tandis que le salary est bien le salaire comme nous l'entendons.
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ça colle aussi (et en étant très mot-pour-mot) avec un mot aujourd'hui un peu désuet : les gages.
L'avantage est qu'il touche plus aux notions de prime/récompense en tant que revenu.
Les seuls moments où j'ai encore entendu ce mot, c'est dans "toucher ses gages" et "tueur à gages".
Et ça colle particulièrement bien - je trouve - avec ces travailleurs "à la tâche" (Uber-like compris) et la rémunération liée.
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Justement, un tueur à gages n'est pas un salarié. :D Il est payé à la tâche.
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C'est surtout un peu dangereux de ne pas le payer.
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C'est surtout un peu dangereux de ne pas le payer.
Il pourrait t'envoyer un huissier :stress:
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Ce qui est navrant est que ce type de pratique sera très peu sanctionné, laissant ainsi l'épisode se répéter...