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Scale AI licencie 14 % de ses équipes juste après l’investissement de Meta

Passage à l'échelle

Scale AI licencie 14 % de ses équipes juste après l’investissement de Meta

User/Chimera – Clarote & AI4Media – Better Images of AI

Alors que Meta vient de racheter 49 % des parts de Scale AI et de débaucher son fondateur, cet acteur phare du marché de l’annotation de données licencie 14 % de ses effectifs.

Le 17 juillet 2025 à 16h09

Mark Zuckerberg a jeté toutes ses forces dans la bataille de l’IA. Après avoir passé plusieurs semaines à débaucher des scientifiques et ingénieurs en vue dans le secteur, le patron de Meta vient d’annoncer des investissements de l’ordre de « centaines de milliards de dollars » dans des centres de données et des supercalculateurs dédiés à l’IA.

Ces déploiements de capitaux sont loin de profiter aux travailleurs du clic qui œuvrent à l’entraînement des systèmes d’IA, en revanche. Pour preuve, Meta a beau avoir dépensé plus de 14 milliards de dollars pour racheter 49 % des parts de Scale AI et débauché son fondateur Alexandr Wang, cet acteur phare de l’annotation de données annonce licencier 200 personnes et cesser de travailler avec 500 sous-traitants.

« Rationaliser » un « excès de bureaucratie »

Son porte-parole explique que la décision doit permettre de « rationaliser [leurs] activités liées aux données pour [les] aider à évoluer plus rapidement ». La société prévoit par ailleurs d’embaucher dans d’autres domaines, dont la vente aux entreprises et aux gouvernements.

D’après un mémo obtenu par Bloomberg, le PDG par interim de l’entreprise, Jason Droege, aurait expliqué aux équipes de Scale AI que son activité d’annotation de données auraient embauché trop de gens trop rapidement au fil des années passées, ce qui aurait créé une « bureaucratie excessive et une confusion inutile sur les missions des équipes ».

Le quasi-rachat de Meta a aussi participé à la décision, dans la mesure où il a été suivi par la suspension de certains de ses contrats les plus importants, avec des acteurs comme OpenAI et Google (Alphabet).

La décision ne se fera pas sans toucher des personnes aux conditions de travail déjà complexes. La chaîne de production de l’IA est en effet constituée de trois couches principales, pour reprendre les explications du sociologue Antonio Casilli : les géants détenteurs de données, les acteurs intermédiaires comme Scale AI, qui répartissent les travaux, et la « grande masse des travailleurs », quelquefois seuls chez eux, quelquefois réunis en petits groupes ou entreprises de taille plus modeste. Or, avant les licenciements, Scale AI comptait 1 400 employés et des milliers de ces sous-traitants, partout sur la planète, d’après CNBC.

Un leader de l’annotation à bas coût

Fondée en 2016 par un Alexandr Wang âgé seulement, à l’époque, de 19 ans, Scale AI s’est, en l’occurrence, spécialisée dès le départ dans l’offre de services d’annotations de données et d’entraînement de système d’IA de qualité, à bas coût.

Comme le raconte la journaliste Karen Hao dans son ouvrage Empire of AI, l’entreprise est parvenue à déployer ce modèle en allant chercher ses travailleurs du clic dans d’anciennes colonies britanniques – le Kenya, les Philippines –, mais aussi en découvrant, à la faveur de la crise économique vénézuelienne, comment convaincre quantité de personnes éduquées à travailler pour sa plateforme.

« Cette expérience est devenue leur méthode classique d’intervention, qu’ils ont réutilisée ailleurs, explique-t-elle à Next. Quand la pandémie a frappé, Scale AI s’est tourné vers tous les pays où les économies se sont retrouvées en souffrance, et où de nombreux travailleurs très qualifiés devenaient disponibles pour des salaires bas, faute de trouver d’autres emplois ».

Une fois qu’une masse critique de travailleurs est atteinte, Scale AI tend à réduire les salaires proposés pour chaque tâche, ou à placer les personnes en compétition les unes contre les autres.

Si d’autres entreprises ont tenté de proposer de meilleures conditions de travail, des périodes de tensions budgétaires comme celle provoquée par la pandémie ont poussé leur clientèle vers des sociétés proposant des tarifs plus faibles, comme Scale AI.

Un secteur en pleine reconfiguration

Au Kenya comme au Népal ou ailleurs, de nombreux employés ont mécaniquement dû se tourner vers la société cofondée par Alexandr Wang, ce qui a permis à cette dernière d’engranger 870 millions de dollars de chiffre d'affaires en 2024, d’après Bloomberg.

Si la société s’est placée en leader de cette étape de la chaine de production des systèmes d’IA, elle doit néanmoins composer avec une concurrence active d’entreprises variées, parmi lesquelles Turing, Invisible Technologies, Labelbox, ou même Uber.

Surtout, son PDG par intérim indique qu’un axe de travail consistera à tenter de reconquérir « les clients qui ont ralenti leur travail avec nous ». Jason Droege indique par ailleurs que des personnes seront embauchées pour créer des applications d’IA personnalisées pour les besoins de la nouvelle clientèle privée et publique que Scale AI prévoit d'approcher.

Commentaires (6)

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le PDG par interim de l’entreprise, Jason Droege, aurait expliqué aux équipes de Scale AI que son activité d’annotation de données auraient embauché trop de gens trop rapidement au fil des années passées, ce qui aurait créé une « bureaucratie excessive et une confusion inutile sur les missions des équipes ».
Du coup ils ne scalent plus
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Ce que je retiens surtout, c’est qu’ils ne savent donc pas scaler…
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Si, mais comme souvent, ce sont les employés qui servent de (1ère ?) variable d'ajustement de ces "mises à échelle".
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J'aime bien quand à chaque fois qu'il y a des licenciements c'est "l'entreprise" qui a trop embauchés, mais jamais la direction, comme ça la direction n'est jamais responsable et jamais licencié, c'est magique la novlangue.
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La direction, elle son rôle ce n'est pas d'être efficient mais efficace.
Efficace dans l'objectif, donc le but justifie tous les moyens nécessaires pour y arriver de coup sûr.

Un exemple : je débarque en tant que sous-traitant dans un projet qui doit sortir dans 3 semaines, et leur estimation est de 2 mois de travail.
En 1j je me familiarise avec leur techno, en 5j j'ai des résultats sur quelques modifs, en 2 semaines 80% des modifs sont faites, et ils découvrent encore d'autres déconvenues entre temps.
En 3 semaines on avait quelque-chose à présenter.
J'ai été efficace, pas économe sur mon temps de travail mais on avait un résultat.

Puis quand tu te fais racheter, on revient un peu plus sur l'efficient, des ressources doivent être dosées pour arriver à l'objectif au plus juste.

J'ai déjà vécu des projets en mode Rache ou on mettait toutes les ressources en // pour espérer en avoir une qui aboutisse ;
ça marche en cas d'erreur avérée de projection et que tu as du monde sous la pédale.

Mais en bon gestionnaire de mon temps j'ai toujours privilégié de m'économiser un maximum pour pouvoir faire des miracles en 8h/j, pas plus.
Perso mon but a toujours été l'objectif, mais avec un maximum d'efficience pour ne pas dilapider mon temps qui est limité.
Il faut décanter ses choix, tester jusqu'ou une approche peut faillir, ...
Se projeter : Je peux faire "ça" mais pas les options bancales dans le temps imparti, mais il me faudrait une souplesse sur ces points. Et là les métiers attenants te suivent si tu es le chemin critique pour le projet qu'ils contruisent depuis X mois.
:ouioui:
Il faut canaliser les chefs de projets en ayant conscience du coût en ressources et du risque pris, ils ont besoin de ces repères pour ne pas viser 2 lièvres à la fois.

Et pour info par chez nous c'est la RH qui s'est faite licencier il y a peu.
Je me suis demandé quel mégaboss-RH lui avait expliqué le chemin.
Autant ça fait drôle quand la RH doit licencier son équipe qu'elle a embauchée, autant ça fait tout aussi bizarre quand la RH qui nous a tous embauché se fait remercier.
:fou:
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Pour avoir bossé un temps dans une boîte américaine, virer des gens n'est absolument pas vécu comme un échec ou une faute.

Scale AI licencie 14 % de ses équipes juste après l’investissement de Meta

  • « Rationaliser » un « excès de bureaucratie »

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