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« Alerte pelleteuse » : des engins de chantiers brouillaient… la téléphonie mobile

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« Alerte pelleteuse » : des engins de chantiers brouillaient… la téléphonie mobile

L’ANFR a récemment publié une enquête maison dont elle a le secret sur la chasse aux brouilleurs des ondes. Elle est particulièrement longue puisqu’elle s’étale sur plusieurs années. Elle concerne des milliers d’engins de chantier et dépasse largement nos frontières avec des mises à jour partout dans le monde.

Le 31 juillet à 09h59

En France, les opérateurs de téléphonie mobile « achètent » (à prix d’or) des fréquences pour en avoir un usage exclusif. Lorsque des « passagers clandestins » sont repérés, ils peuvent faire appel à l’Agence nationale des fréquences (ANFR) pour identifier la source des brouillages et y mettre fin.

Épidémie de brouillages

Cette enquête débute en 2022 quand « un opérateur fait remonter à l’ANFR un cas de brouillage de téléphonie et d’internet mobiles en 3G touchant plusieurs bandes de fréquences dans le Maine-et-Loire (49) : 800, 1 800, 2 100 et 2 600 MHz ». Le coupable est rapidement identifié : une grue connectée avec un modem et une carte SIM. Une fois le module éteint, le brouillage disparait sans revenir.

Ce cas n’était que la partie visible de l’iceberg. Rapidement, d’autres cas sont détectés en Loire-Atlantique (44) et en Ille-et-Vilaine (35). L’épidémie se répand sur toute la France : Sarthe (72), Drôme (26), Isère (38), Haute-Savoie (74), Loire (42), Rhône (69), Var (83) et Alpes-Maritimes (06). Point commun : les brouillages proviennent d’engins de chantier.

À chaque fois, la solution est la même pour mettre fin au brouillage : éteindre les modems un à un. Mais ce « n’est pas une solution viable » pour l’ANFR, à cause de l’empreinte nationale et de l’ampleur grandissante du phénomène. Pour l’Agence, « les grues deviennent autant d’épées de Damoclès… », d’autant plus importante que ces engins sont en hauteur et peuvent donc rayonner assez loin.

Les plus attentifs auront certainement remarqué que les bandes de fréquences annoncées (de 800 à 2 600 MHz) ne concernent pas que la 3G, mais également des bandes pour la 4G et la 5G (800 et 2 600 MHz). C’est la faute du modem qui « peut se mettre à faire des sauts de fréquences et toucher une autre bande ».

Les cas se multiplient sur des engins de chantier

« La tendance de 2022 semble se poursuivre en 2023… ». Cette affaire remonte donc à la Direction de Contrôle du spectre de l’ANFR, plus précisément au bureau de contrôle national supervisant le traitement local des brouillages. Le constructeur des engins de chantier est contacté pour trouver une solution.

L’enquête ne laisse pas de place au doute : « il apparaît que l’équipement fautif est un boitier de connexion à distance (modem) installé dans des grues, mais aussi des pelles à câble hydrauliques, des machines de terrassement ». Ce boîtier transmet de nombreuses données sur la localisation et l’exploitation des machines (emplacement, durées de fonctionnement, consommation, maintenance…).

Selon l’ANFR, le fabricant était sceptique : « son matériel est distribué dans le monde entier, pourquoi des problèmes similaires ne se posaient-ils pas dans d’autres pays ou du moins n’étaient pas signalés ? ». Dans le même temps, les cas continuent de se multiplier et l’un d’entre eux va mettre le fabricant dos au mur : un engin flambant neuf – un tombereau – dans l’une de ses agences est à l’origine d’un brouillage. Quelques semaines plus tard, rebelote avec une tractopelle.

L’ANFR exige une solution pérenne

Le fabricant d’engin dispose de « milliers de machines déployées dans toute la France ». L’ANFR a alors « exigé du constructeur qu’il trouve enfin une solution pérenne à ces brouillages récurrents », lui rappelant que ce sont des délits (article L 39 - 1 du code des postes et des communications électroniques), avec une peine pouvant aller jusqu’à 6 mois de prison et 30 000 euros d’amende.

C’est en 2024 qu’une solution est trouvée avec une mise à jour « logicielle pour l’unité télématique ». Un calendrier est proposé afin de garantir « qu’au moins 90 % des machines seront remises en conformité au troisième trimestre 2024 ». Afin de préparer au mieux les Jeux Olympiques et Paralympiques, l’ANFR demande de prioriser les villes accueillant des épreuves.

Durant l’année 2024, le pourcentage des machines traitées augmente progressivement : « déjà 80 % en mai 2024, et 75 % des engins sortant d’usine. Fin juin 2024, nous y sommes : 90 % des machines en France sont traitées ! Début 2025, ce sont désormais 95 % des machines du constructeur qui ont leur boitier mis à jour et ce chiffre est de 98 % pour les grues qui sortent d’usine ». Début 2025, il restait quelques centaines de machines à mettre à jour.

La mise à jour s’exporte à l’international

Désormais, toutes les machines neuves disposent de la nouvelle version du logiciel. Le constructeur a également commencé en 2024 à déployer sa mise à jour sur ses machines « installées à travers le monde, en commençant par l’Europe ». En effet, sans grande surprise, ces brouillages peuvent aussi se produire ailleurs qu’en France.

Commentaires (40)

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1 à 2 an pour résoudre le soucis et pas d'amendes en vu ?
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Tu veux que l'on parle des airbags Takata??
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et tu veux mettre une amende a une société qui est en faillite ? :)
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Stellantis et Toyota, pour ne citer qu'eux, sont en faillite ?
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Ils ne sont pas propriétaires de Takata que je sache. Takata est un fournisseur indépendant, les constructeurs paieront les frais mais ne seront jamais tenus pour 100% responsables c'est comme si toi on te condamnait pour t'être fait pirater alors que la faille viendrait de ton FAI :)
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Dans ce cas, ils ne sont pas accusés de fournir un système foireux, mais de ne pas faire le nécéssaire pour réparer rapidement, ça c'est leur responsabilité, surtout qu'ils demandent à leurs clients de ne pas utiliser la voiture en question, sans leur fournir de remplacement.
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je suis parfaitement d'accord avec toi, mais je répondais a fred42 qui fournit un exemple qui n'as rien a voir avec le sujet de cet article :)
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Bien sûr que si, il a à voir, même si au départ, ce n'est pas moi qui ai parlé de Takata.
Le modem n'est pas plus fabriqué par le constructeur d'engins que l'airbag par Sellantis mais dans les 2 cas, le fournisseur du produit fini engin de chantier ou véhicule doit corriger le défaut au plus vite en production comme chez ses clients.

L'amende, ici, c'est celui qui met le produit fini en vente qui la paye, donc le fabricant d'engin.
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Un peu hors sujet, Pour l'exemple de la faille mais n'est ce pas dont parlait l'adopi avec "le défaut de sécurisation "?
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tout a fait :)
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Anéfé
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Hadopi, sort de ce corps !

Note pour mon moi profond : Lis les commentaires avant de répondre ! :craint:
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Takata n'est pas en faillite ils n’existent plus
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ce qui revient exactement au même :)
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"Disparition 2017 " :D
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Article 121-3 du Code Pénal
Il n’y a point de crime ou de délit sans intention de le commettre
...
L'article détail plus, mais s'il n'a pas spécialement commis d'erreurs, de négligence qui entre dans ses compétences… il n'y a pas de raison d'infliger une peine particulière.

Là, j'imagine que ce sont des composants "off-the-shell" dont les spécifications données par le constructeur des composants était OK sur le papier. Un constructeur d'engin de chantier n'a pas forcément les compétences techniques pour vérifier ça.

Et le temps pour corriger n'est pas forcément déconnant, Ça doit correspondre à la capacité de main d'œuvre et logistique (si tu dois attendre que le chantier soit fini pour pouvoir avoir accès à l'engin par exemple)
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Il y a intention de le commettre à partir du moment où tu es informé que c'est un délit et que tu continue de le commettre.
Certes l'entreprise n'était pas consciente du problème à l'origine et donc coupable de rien (quoique mettre sur le marché un modem sans lui faire passer de tests ça doit pas être des plus autorisé) mais depuis qu'elle a été mise au courant par l'ANFR, si elle traine des pieds, c'est répréhensible (d'où l'ultimatum de l'ANFR qui rappelle les sanctions).
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Mais dans l'article ici, il parle d'une enquête, cependant, il n'est pas signalé quand la conclusion définitive a été donnée. Comme dit dans l'article, il y avait quand même des points à comprendre, pourquoi la France et pas ailleurs ? Ça aurait pu être un problème lié non pas au modem du constructeur, mais du matos utilisé par les opérateurs par exemple.

C'est justement au moment où l'ANFR a "exigé du constructeur qu’il trouve enfin une solution pérenne à ces brouillages récurrents" que l'on peut estimer que là, oui, l'enquête est terminée, c'est sûr, c'est le modem qui est en cause (et surement que les détails technique ont été donnés, ce qui a dû faciliter le patch).
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Ce qui me choque le plus c’est que pour les nouvelles grues qui sortent d’usine, on est pas à 100% avec le correctif :reflechis:

Donc ils vendent des engins neufs en sachant pertinemment qu’elles ont un soucis :cartonrouge:
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J'ai pensé la même chose, mais ils parlent de plusieurs produits, donc peut-être le temps de générer une nouvelle version pour chacun.
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Comme dit dans l'article, c'étaient justement les cas qui ont parmi de confirmer définitivement que c'était bien ça le problème.
Désormais, toutes les machines neuves disposent de la nouvelle version du logiciel.
Aujourd'hui, les nouvelles machines sont livrées avec le correctif.
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T'as déjà mis les pieds dans une usine ?
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J'ai bossé avec des usines et quand à un moment donné, il est décidé qu'un produit doit sortir avec une version minimale d'un logiciel, on met à jour le produit quitte à ce que ça coûte et que ça retarde les livraisons. Alors, oui, ça râle, mais c'est appliqué.
D'autant plus qu'ici, le nombre de produits qui sortent chaque jour ne doit pas être si élevé que ça.
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Perso oui, et quand un souci fait que pour respecter les normes on avait une surcharge de travail, ben on prenait des intérimaires pour nous aider.
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On ne sait pas pourquoi les autres pays n'ont pas relever ce genre de problème ? Ou alors le constructeur d'engins a menti sur le fait qu'aucun autre pays ne lui avait remonté un tel problème
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Selon l’ANFR, le fabricant était sceptique : « son matériel est distribué dans le monde entier, pourquoi des problèmes similaires ne se posaient-ils pas dans d’autres pays ou du moins n’étaient pas signalés ? »
P'têt qu'ils ont essayé de signaler mais qu'ils n'avaient pas de réseau... :langue:
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ce serait intéressant de connaître la marque des modems en question :)
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Espérons que la mise à jour peut se faire à distance !
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J'en doute, mais les engins comme ça doivent être révisés dans des ateliers dédiés, qui eux doivent être au courant.
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Extrait du site de l'ANFR
Deux cas vont donc se présenter :
- Si l’unité télématique est éteinte, le modem sera changé physiquement par le constructeur, après avoir été envoyé à l’usine pour mise à jour du logiciel.
- Si l’unité télématique est allumée, le logiciel est mis à jour à distance (OTA : over the air) une fois le modem rallumé.
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Merci pour ces articles de l'ANFR : c'est toujours sympa de voir un peu la face cachée !
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Pourquoi connecter des engins de chantier ? Pourquoi vouloir tout connecter, partout, tout le temps ? Quelle drôle d'époque (pour rester poli)
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Éviter les vols via la géoloc ? (pas sur des grues ceci dit...)
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Prochaine étape l'IA de chantier :D
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Parce-qu'ils sont souvent loués, avec des grilles tarifaires qui intègrent toutes les conditions d'utilisation (temps, nombre de cycles, charge, etc.), et qui sont aussi compliquées que la politique tarifaire d'Oracle ou d'Amazon S3 :mad2:
Plus le loueur en sait plus il peut facturer "finement"... genre :
"Monsieur, l'engin s'est déplacé de 10km, donc sur un autre chantier, ça n'est plus inclus dans notre forfait "chantier" et vous passez en tarif horaire" (le hors forfait, c'est otujours plus cher), ou bien :
"Monsieur, l'engin a été utilisé au delà de la plage horaire du chantier, ça n'est plus inclus dans le forfait journalier, c'est en heures sup'...".
Faites confiance aux analystes de gestion pour trouver d'autres subtilité tarifaire (sur tout en minant les données récoltées avec une IA bien dressée).
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Et ils utilisent comme prétexte qu'il faut bien faire la maintenance et que donc sans ce genre d'info ils ne savent qu'après la fin du chantier qu'il y a X heures de maintenance a faire car la grue a dépassé les X milliers d'heure de travail. Et donc qu'ils ne peuvent pas relouer la grue directement.
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On ne sait pas si c'était toujours le même opérateur qui était touché, mais on peut imaginer une incompatibilité logicielle entre le réseau de l'opérateur et le modem en question qui ferait que la réception d'un certain code ferait le modem se bloquer en émission permanente, du coup, ça n’apparaîtrait pas sur tous les réseaux.
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Je me disais bien qu'il y avait un brouillage près de mon boulot, je n'avais aucune data qui passait, et il y a des travaux à côté...
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Si je ne me trompe pas ce sont surtout les grues du constructeur CAT qui brouillent l'écoute...
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Rhâ, la vache, cet article m'a permis de faire le lien entre l'amélioration soudaine de la qualité du réseau téléphonique dans le bâtiment dans lequel je travaille avec le démontage de la grue du chantier à côté !

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