Connexion Premium

Les sénateurs veulent imposer aux entreprises d’IA de rémunérer les ayants droit

Réponse graduée

Les sénateurs veulent imposer aux entreprises d’IA de rémunérer les ayants droit

Illustration : Flock

Dans un rapport, les sénatrices Laure Darcos, Agnès Evren, et le sénateur Pierre Ouzoulias veulent fixer huit principes « destinés à fixer les conditions d’une rémunération appropriée pour l’utilisation des contenus culturels, afin d’assurer un partage équitable de la valeur ».

Le 10 juillet 2025 à 14h36

Le sénat français a publié ce mercredi 9 juillet un rapport sur les liens « création et l’IA » sous-titré « de la prédation au partage de la valeur ». Les trois rapporteurs Laure Darcos, Agnès Evren et Pierre Ouzoulias y affirment que « la mission s’est forgé la conviction que l’opposition entre IA et création artistique était non seulement stérile, mais également mortifère pour les deux secteurs » et veulent « ouvrir une réelle troisième voie de l’IA, respectueuse des droits et inspiratrice pour la création ».

En creux, elle fait quand même le constat de relations déséquilibrées entre les ayants droit culturels et les fournisseurs d’IA. Et elle cherche à les rééquilibrer, notamment en proposant de fixer huit principes « à respecter dans le cadre de l’élaboration concertée d’un modèle de rémunération des contenus culturels utilisés par l’IA ».

Une rémunération, mais pas un solde de tout compte

Le premier d’entre eux est celui « d’une rémunération pour l’ensemble des contenus culturels utilisés par les fournisseurs et déployeurs d’IA, quel que soit le moment du processus où ils sont utilisés », qu’ils considèrent « aussi légitime qu’incontestable ». Les autres principes en découlent.

Par exemple, il affirme que la transparence sur les données utilisées par les fournisseurs d’IA « apparaît comme la condition nécessaire – mais non suffisante – de la rémunération ». Mais aussi que la rémunération doit se faire en fonction des « flux de revenus générés par l’IA » et qu’elle ne doit pas se résumer « à un simple paiement, pour solde de tout compte, d’un jeu initial de données ».

Un marché de la donnée ?

Les sénateurs veulent aussi mettre en place un véritable « marché de la donnée », avec en préalable « la création de bases de données disponibles, larges, à défaut d’être complètes, qui comporteraient aussi bien les références que les fichiers, dans un format utilisable par les fournisseurs d’IA ». Pour appuyer leur volonté, ils s’appuient sur l’exemple du secteur musical et le travail effectué avec les plateformes de streaming. Ils poussent donc « l’ensemble des filières créatives et la presse » à se mobiliser pour la création de ces bases de données en s’accordant sur des standards et procédures communes.

Dans ce rapport, les sénateurs français plaident pour que les deux secteurs s’engagent dans un « dialogue pour parvenir à des accords mutuellement avantageux qui éteindront les contentieux en cours, par exemple, par le biais de contrats rétroactifs ».

« Le passé doit être soldé »

En effet, ils affirment que « l’exception TDM [Text and data mining] a été largement détournée de sa vocation initiale et qu’une vaste quantité de données protégées ont été moissonnées hors de tout cadre légal ». Cette exception sur la fouille de textes et l’extraction de données a été introduite par la directive européenne de 2019 sur les droits d’auteur. Les sénateurs s’appuient notamment sur l’avis du rapporteur d’Axel Voss « qui a rappelé que cette exception n’avait pas été introduite à l’origine pour des modèles d’affaires, mais que sa rédaction peu satisfaisante avait ouvert le champ à un usage plus large ». Et ils évoquent les multiples contentieux en cours. Mais pour eux, « le passé doit être soldé » et il faudrait rapidement « parvenir à un règlement financier pour les usages passés des contenus culturels, afin de compenser les ayants droit culturels et sécuriser juridiquement les fournisseurs d’IA ».

Pour pousser les deux secteurs à passer des accords, les sénateurs aimeraient bien s’appuyer sur l’exemple des droits voisins mais, selon leur rapport, celui-ci n’est « pas tout à fait transposable ». Notamment, parce qu’ils ne sont pas certains que « l’Autorité de la concurrence puisse exercer pour l’heure une telle action dans le domaine de l’IA ». « En effet, ce secteur n’est pas caractérisé, comme celui des moteurs de recherche, par une position dominante qu’il lui reviendrait alors de réguler », expliquent-ils.

Pour encourager le respect des droits, ils incitent les acteurs de la culture à mettre en place un système qui donne un « réel avantage comparatif » aux entreprises d’IA qui signeraient avec eux, en leur fournissant des bases de données les plus qualitatives possibles et alimentées par un « catalogue rare pas encore accessible ».

En parallèle, les sénateurs incitent l’industrie culturelle à « tirer profit des revenus générés par le marché de l’IA pour promouvoir la diversité de la création culturelle et le pluralisme de la presse ».

Enfin, ils affirment le principe déjà maintes fois évoqué que « les créations générées par l’IA doivent être étiquetées ».

Après la riposte graduée, la réponse graduée

Pour l’instant, tous ces principes sont des directions conseillées aux deux secteurs par les sénateurs. Mais ils évoquent une « réponse graduée » avec, dans une deuxième temps et en cas d’échec des concertations, la menace d’une initiative législative des sénateurs notamment destinée à «inscrire dans la loi une présomption d’utilisation des données ».

Les sénateurs envisagent une troisième étape, au cas où cette initiative échouerait et menacent les entreprises d’IA d’ « emprunter la voie d’un prélèvement global sur le chiffre d’affaires réalisé sur le territoire national par les différents acteurs de l’IA, fournisseurs comme déployeurs ».

Commentaires (23)

votre avatar
Bon courage à eux. Les sénateurs sont tous petits face à d'autres pays qui ont ouvert la vanne. D'autant plus que clairement, les différents fournisseurs d'IA ne sont toujours pas rentables.
Sinon, ressortir la licence globale, ça serait pas mal aussi.
votre avatar
D'autant plus que clairement, les différents fournisseurs d'IA ne sont toujours pas rentables.
Ça n'a ni à être le problème du législateur, ni celui des ayant droits.

Si, en "volant" le travail de millions de personnes, ils n'arrivent pas à gagner de l'argent, il faut peut être envisager de faire autre chose, hein.
votre avatar
Perso, ça m'arrange qu'ils ne soient pas rentables. Pour ces gens là, l'argent (ou plutôt son manque) restera le seul moyen de les arrêter et de stopper cette course effrénée qui conduit à une augmentation exponentielle de la consommation énergétique (mais pas que) du secteur depuis quelques années.

On arrêtera peut être aussi de nous mettre de l'IA partout alors que nous sommes beaucoup à ne simplement pas en vouloir.
votre avatar
Ah, mais je ne suis pas opposé à ta vision, loin de là ;-)
votre avatar
J'abondais aussi dans ton sens ;) Je poussais juste plus loin la réflexion en l'enrichissant d'un avis personnel :)
votre avatar
Si, en "volant" le travail de millions de personnes, ils n'arrivent pas à gagner de l'argent, il faut peut être envisager de faire autre chose, hein.
On parle des impôts en France là ? :D
votre avatar
Si tu ne vois pas la différence entre les services publics et des aspirateurs à PI pour se faire du fric (mais qui n'y arrivent en plus pas), je n'y suis pour rien :-P
votre avatar
Sinon, ressortir la licence globale, ça serait pas mal aussi.
Il y a donc encore des gens (communistes?) en 2025 qui pensent que c'est une bonne idée.
votre avatar
Sinon, ressortir la licence globale, ça serait pas mal aussi.
C'est un concept irréaliste à une telle échelle.
votre avatar
C'est plutôt pas mal sur le fond, mais je ne vois pas les boîtes d'IA prêtes à payer aujourd'hui.
C'est pourtant indispensable pour elles à court terme, car sinon les sources vont se tarir très vite.
Le partage des gains est une voie raisonnable.
votre avatar
Comme je le pressentais, le droit d'auteur va évoluer. L'exception TDM et son opt-out par défaut n'est plus suffisante aujourd'hui, la donne a changé.

Un premier pas de fait. Si ça peut se généraliser à l'UE, ça aura un poids déjà plus conséquent.
votre avatar
Pourquoi seuls les "ayants droit" de la culture seraient concernés ???

Il ya des tas d'autres sites que les IA viennent piller... par exemple, j'ai mon propre site WEB et leurs IA sont certainement passées dessus. Et Wikipedia, ils ne pourraient pas eux aussi faire partie des "ayant droit" ?
votre avatar
"Ayants droits" est un terme juridique pour désigner les personnes détentrices de droits d'auteur.

Pour ton site Web, charge à toi aujourd'hui de manifester ton refus à l'exception de fouille de textes selon les moyens proposés par la DAMUN (techniques et textuels). Pour rappel, dans le cadre légal actuel, l'opposition à l'exception de fouille est un opt-out (non valable pour la recherche, l'éducation et la sauvegarde du patrimoine).

Wikipedia est sous licence CC. Son choix de licence autorise la réutilisation des contenus pour le TDM. Cf la récente publication des signaux venant enrichir leur cadre.
votre avatar
Ha! les artistes de deviantart vont pouvoir être rémunérer pour leur dessin de furry et autres gribouillis d'enfant de 10ans.
votre avatar
De quel droit ?
Si c'était le cas, les instituteurs seraient milliardaires ...
si les droits ne touchaient que les vrais artistes, qui s'en foutent et sont généralement morts misérables, la vie serait plus simple, par contre c'est rempli de vautours là dedans.
l' AA (pas ia pour moi, je remplace le I par apprentissage et le A accéléré) peut se faire beaucoup d'argent dans le domaine de la production (pas de la création) , mais c'est ce qu'on fait beaucoup de producteurs déjà, qui ont mis en avant des contenus commerciaux au détriment de vraies créations, la nature fait pareil façon Darwin, c'est ... la nature, seuls sont pérennes les mieux adaptés à leur environnement.
votre avatar
De quel droit ?
Du droit tout court.

Aussi, produis quelque chose, et dis moi si ça te fait plaisir qu'une société sans scrupule se fasse du blé avec en te court-circuitant.
votre avatar
au niveau intellectuel, pas grand monde produit quelque chose, tout le monde utilise sa ou ses cultures pour parfois générer des choses différentes, mais n'a aucun droit sur ce qu'il a lu /vu/ entendu pour le répliquer plus ou moins, s'en inspirer en tout cas.
La propriété intellectuelle est une escroquerie.
La propriété des oeuvres, c'est autre chose, mais c'est plus de la finance que de la culture.
votre avatar
Position non consensuelle, mais qui donne à réfléchir. Merci.
votre avatar
La propriété intellectuelle est une escroquerie.
Mais en attendant, c'est un droit fondamental de l'UE.
votre avatar
ça fait donc partie des choses à changer dans l'UE, il y en a beaucoup quand même.
votre avatar
Bonne chance.
votre avatar
votre avatar
Ah !
Voilà comment tirer une belle balle dans le pieds des inventeurs français et perdre définitivement la guerre de l'IA !

Pendant que la Chine et les USA n'ont que fiche des droits d'auteurs et avancent à fond dans l'inovation, plus aucune initiative ne sera possible en France grace à nos parlementaires.