Connexion Premium

Entre l’Europe et les États-Unis, le torchon brûle autour du DMA et du DSA

Clash of Clans

Entre l’Europe et les États-Unis, le torchon brûle autour du DMA et du DSA

Photo de Paul Bulai sur Unsplash

Aussi bien la Maison-Blanche que le Congrès américain font planer l’ombre de menaces sur l’Europe et ses cadres réglementaires, jugés trop restrictifs. Des députés américains estiment même que la Commission européenne a « militarisé » le DMA. Celle-ci ne compte pas pour autant se laisser faire.

Dans un communiqué publié le soir du 21 février, la Maison-Blanche a tapé du poing sur la table. Elle y affirme envisager « des actions réactives telles que des droits de douane pour lutter contre les taxes sur les services numériques (DST), les amendes, les pratiques et les politiques que les gouvernements étrangers imposent aux entreprises américaines ».

Un flot de menaces

Ce communiqué contient une longue série de phrases chocs conçues pour mettre les autres pays au pas. Qu’on se le dise : les États-Unis protègeront l’activité économique de leurs entreprises, qui elles aussi devront s’adapter au nouveau cadre, notamment la liste croissante de taxes sur les importations.

Le texte évoque un mémorandum signé par Donald Trump « visant à défendre les entreprises et les innovateurs américains contre l’extorsion à l’étranger ». La vision états-unienne est que les autres pays, à défaut d’avoir des entreprises ayant rencontré un aussi grand succès, veulent s’approprier les bénéfices des Big Techs pour compenser leur retard. Et l’Europe fait clairement partie des cibles prioritaires.

Il n’est ainsi pas question de permettre « aux gouvernements étrangers de s’approprier l’assiette fiscale américaine à leur profit ». La Maison-Blanche affirme également qu’elle se penchera de près sur le dossier si une pratique ou une politique de l’Europe ou du Royaume-Uni « incite les entreprises américaines à développer ou à utiliser des produits et des technologies d’une manière qui porte atteinte à la liberté d’expression ou favorise la censure ».

Les gouvernements étrangers sont prévenus : ils « s’attireront les foudres de l’administration s’ils prennent des mesures pour contraindre les entreprises américaines à céder leur propriété intellectuelle ».

L’Europe dans le collimateur de Donald Trump

Le bras de fer entre les États-Unis et l’Europe ne fait que commencer. Sur les questions centrales, le sujet le plus pressant reste le soutien à l’Ukraine, en guerre depuis trois ans contre la Russie de Vladimir Poutine, qui a déclenché l’attaque. La position de Donald Trump provoque de vastes ondes de choc : Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, a été qualifié de « dictateur », et il serait à l’origine de la guerre. Une position qui met désormais la Maison-Blanche dans une position inconfortable.

L’Europe, pour l’instant, fait front commun sur la question. Mais d’autres sujets frappent à sa porte, parmi lesquels les cadres réglementaires imposés aux sociétés déployant des produits dans l’espace numérique : le DSA et le DMA.

Les deux règlements font l’objet d’une mention spéciale dans le communiqué de la Maison-Blanche : « Les réglementations qui dictent la façon dont les entreprises américaines interagissent avec les consommateurs de l’Union européenne, comme la loi sur les marchés numériques et la loi sur les services numériques, feront l’objet d’un examen minutieux de la part de l’administration ». Donald Trump menace directement l’Europe de nouvelles taxes et douanes, en réponse à ces réglementations.

La vision du gouvernement Trump est que des entreprises américaines doivent être régies par un gouvernement américain, même quand elles opèrent hors des frontières. C’est le même type de vision qui a conduit à l’extraterritorialité des lois sur les données : les informations gérées par des entreprises américaines doivent être accessibles aux autorités du pays, même quand elles stockées dans des serveurs hors des frontières géographiques. On se souvient que Microsoft avait porté l’affaire devant les tribunaux, sans succès. Il en découle aujourd’hui des discussions complexes autour de la directive EUCS sur la cybersécurité européenne.

DMA, DSA : une longue litanie

Les grandes entreprises américaines ont fait savoir à de nombreuses reprises ce qu’elles pensaient des deux règlements européens. L’une des plus volubiles sur la question est Apple. La firme a copieusement critiqué le DMA et les obligations qu’il faisait peser sur ses produits, surtout iOS et son App Store. L’entreprise est allée jusqu’à affirmer qu’en vertu du règlement, les iPhone européens seraient moins bien sécurisés, quand bien même ses téléphones resteraient les mieux protégés du marché.

La société est loin d’être la seule à pester contre la réglementation européenne. Meta est également en première ligne, avec plusieurs condamnations au cours des dernières années, dont une amende de 798 millions d’euros pour le système de petites annonces sur Facebook. Tensions également autour de la méthode « payer ou accepter », qui consistait pour Meta à faire payer un abonnement pour couper la collecte de données personnelles et ne plus afficher de publicités. Ce qui ne répondait pas aux demandes de la Commission européenne.

On pourrait également parler de Microsoft. Dans le sillage de la grande panne CrowdStrike, la firme de Redmond, accusée de ne pas plus verrouiller son système d’exploitation, avait critiqué l’Europe : « la société ne pouvait pas légalement cloisonner son système d’exploitation comme le fait Apple, en raison d’un accord conclu avec la Commission européenne à la suite d’une plainte ».

Dans ce contexte, on a pu voir les grands patrons de la tech américaine se rapprocher du nouveau gouvernement Trump, entrainant de spectaculaires changements d’orientation, en particulier chez Meta, dont le patron Mark Zuckerberg marche désormais dans les pas d’Elon Musk. Leurs voix semblent avoir été entendues.

L’Europe ne compte pas se laisser faire

La Commission européenne, sous pression croissante, ne compte pas pour autant abandonner ses règlements. Fustigée également par une lettre du Congrès américain l’accusant de vouloir « militariser » le DMA, elle a réagi lundi via son porte-parole.

« L’Union européenne reste fermement attachée à l’ouverture des marchés, à des lois et des taxes non discriminatoires, ainsi qu’à une protection forte des droits de propriété intellectuelle, en totale conformité avec les règles du commerce mondial », a ainsi déclaré Thomas Regnier, cité par Euractiv. Il rappelle que le DMA et le DSA s’appliquent à l’ensemble des grandes entreprises, pas seulement celles venant des États-Unis.

La Commission a tenu quand même à signaler qu’elle restait « ouverte » à un échange avec les États-Unis sur ces sujets, pour trouver des solutions communes. Cependant, elle « réagira rapidement et de manière décisive pour défendre ses droits et son autonomie réglementaire contre des mesures injustifiées », si besoin.

Commentaires (13)

votre avatar
Cette administration va vers le fascisme (et à vitesse grand V).
Visiblement les grands groupes US ne semblent pas vouloir lutter.

Il va peut être falloir penser à se passer des produits numériques US pour des solutions libres et gagner un peu en souveraineté.
Gmail et suite bureautique, DropBox, office 360, Ganalytics, Windows...

Les US n'hésiteront pas à nous tordre le bras pour que l'EU adopte leur idéologie nauséabonde et mortifère.
votre avatar
Je pense qu'il va falloir passer effectivement commencer à s'éveiller davantage sur les conséquences de nos choix, car les autres pays sont en train de le faire plus vite que nous.
Firefox ou Chrome, c'est pas qu'une question d'aller un peu plus vite en JS. Gmail ou Infomaniak, c'est pas qu'une question que c'est plus facile de donner son adresse. Bluesky/Mastodon ou X, c'est pas qu'une question d'y voir les gens qu'on follow...

Les grands groupes US ne luttent pas car ça les arrangent. Plus de liberté, c'est la possibilité d'étendre encore un peu leur hégémonie sur l'univers numérique. Détruire TikTok, faire sauter les barrières européennes, augmenter les revenus publicitaires, ne plus avoir à dépenser des fortunes en modération, nourrir indéfiniment les IA de toutes les données possibles pour les rendre plus performantes qu'aucun autre conccurrent ne pourrait le rêver... Et même s'ils étaient d'accord sur certains choix au nom de l'éthique, rien ne les empêchera de les appliquer quand même, avec ou sans législation.

Je vois donc pas quel entrepreneur serait assez fou pour dire "moi je trouve qu'ils ont raison de nous brider", ou alors ça viendra dans quelques temps sous la forme d'un discours RSE en mode "We care".
votre avatar
Et ça va peut-être enfin faire se révéiller nos consortiums européens thales, orange, capgemini etc... qui pour l'instant font copain copain avec les GAFAM.

Y a 2 initiatives à bas bruit partiellement financées par l'Allemagne et la France qui pourant paraissent aller dans le bon sens: Les allemands ont openDesk (une intégration de openProject, element, nextcloud, Collabora, xWiki et d'autres) et les français soutiennent un truc un peu plus léger avec Cryptpad il me semble.
votre avatar
Visiblement les grands groupes US ne semblent pas vouloir lutter.
"Le capitalisme ne connaît aucun ennemi à droite, aussi loin qu'on regarde à droite."
votre avatar
La Maison-Blanche affirme également qu’elle se penchera de près sur le dossier si une pratique ou une politique de l’Europe ou du Royaume-Uni [...]
Je ne sais pas quelles seront les conséquences du Brexit dans l'affaire.
A l'époque, le Royaume-Uni espérait mettre en concurrence l'UE et les US dans ses relations diplomatiques, pour s'en servir comme levier de négo.

  • Soit les US lui mettent des bâtons dans les roues, la taille de l'UK jouerait en sa défaveur, et ils se retrouveraient comme des cons à venir quémander auprès de l'UE.

  • Soit les US appliquent une politique de "diviser pour mieux régner", accordent un statut plus favorable au Royaume-Uni et sèmeraient la zizanie sur le continent européen.

votre avatar
[Pas encore lu l'article]
Clash of Clans ? car Pay to Win :francais:



[Post Lecture]
Je suis effaré par le niveau cosmologique du culot, de l'hypocritie de l'actuel président de EUA.

Chaque citation est d'une telle crasse, que le cloque d'une poule à coté, serait la purté d'une salle d'opération.

Pour moi la 1ere chose à faire serait la "Dé-dolarisation" de l'économie européenne.".
votre avatar
Je suis effaré par le niveau cosmologique du culot, de l'hypocritie de l'actuel président de EUA.
Chaque citation est d'une telle crasse, que le cloque d'une poule à coté, serait la purté d'une salle d'opération.
La sidération La sidération
votre avatar
La Maison-Blanche affirme également qu’elle se penchera de près sur le dossier si une pratique ou une politique de l’Europe ou du Royaume-Uni « incite les entreprises américaines à développer ou à utiliser des produits et des technologies d'une manière qui porte atteinte à la liberté d'expression ou favorise la censure ».
Pas de problème, si Trump ne veut pas que l'on impose nos propres lois aux entreprises US dans l'UE, il ne nous reste plus qu'à les interdire. Ici, X et Meta sont en première ligne.
Les gouvernements étrangers sont prévenus : ils « s'attireront les foudres de l'administration s'ils prennent des mesures pour contraindre les entreprises américaines à céder leur propriété intellectuelle ».
Qui a parlé de cela ? À par Trump en fin de premier mandat puis Biden lui aussi en fin de mandat pour TikTok.
Donald Trump menace directement l’Europe de nouvelles taxes et douanes, en réponse à ces réglementations.
Là encore, pas de problème. Si Trump veut attenter à notre souveraineté en prenant des mesures qui n'ont rien à voir comme taxer des produits européens, on va interdire les produits des sociétés US concernées. Aux 2 premières citées vont s'ajouter Apple, Google, Microsoft, Amazon et Booking.com pour le DMA et le DSA ainsi que Pinterest et Snapchat pour le DSA seul.

Que ces 4 ans vont être longs !
votre avatar
Tensions également autour de la méthode « payer ou accepter », qui consistait pour Meta à faire payer un abonnement pour couper la collecte de données personnelles et ne plus afficher de publicités. Ce qui ne répondait pas aux demandes de la Commission européenne.
Il ne me semble pas qu'une décision d'une autorité de contrôle d'un État membre, un tribunal ou la CJUE ait statué sur le sujet. Mais ma mémoire me fait peut-être défaut.
votre avatar
Me semble avoir le même souvenir. la CJUE avait retoqué l'ultimatum de Meta sur le "payer pour la vie privée"
votre avatar
C'est là qu'on comprend pourquoi l'UE est autant attaquée et qu'il y a une volonté de la déstabiliser et la faire éclater : elle fait peur aux USA.

J'espère qu'elle tiendra bon, on a rien à y gagner sinon.
votre avatar
C'est pas gagné. Sur ces sujets, Van Der Layen a souvent été caricaturé en cheval de Troie des USAs. Sous Biden elle ne faisait que sapper la souveraineté européenne en filant les clés de l'Europe aux GAFAMs.

Aujourd'hui elle pourrait faire volte face gracieusement mais le parlement Européen s'étant très droitisé (dans la direction "pro business" et "pro russe" et donc pro Trump) pas certain qu'elle ait les mains libresx, même si elle voulait y faire quelque-chose.

EDIT: ça pourrait être révélateur des partis conservateurs d'un côté et proto-fascistes de l'autre: est-ce que les premiers vont mettre un peu de patriotisme dans leur discours quitte à paraitre moins pro-business ? est-ce que les seconds vont se révéler ce qu'ils sont depuis toujours : pas du tout patriotes, prêts à vendre leur pays à l'internationale fascisante ?
votre avatar
Très bien : dégageons les produits américains dans ce cas.
On verra qui craquera le premier.