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Présidentielle 2027 :  des ingérences aux conséquences difficilement quantifiables

Matriochka désinfo service

Présidentielle 2027 :  des ingérences aux conséquences difficilement quantifiables

Illustration : Flock

Plusieurs candidats à l’élection présidentielle ont été récemment visés par des campagnes de désinformation sur les réseaux sociaux. Sans grande visibilité directe pour certaines au moins, elles arrivent quand même à se faire une place dans l’actualité via leur dénonciation par les autorités, les candidats et les médias.

En ce milieu d’été, de nouvelles campagnes d’ingérence contre la France se sont étalées sur les réseaux sociaux. Lors des élections municipales, Viginum avait détecté des ingérences numériques pro-russes, anti-LFI et putaclics.

Fin juillet et début août, ce sont les candidats Édouard Philippe, Raphaël Glucksmann et Gabriel Attal qui ont été visés par des fausses informations diffusées sur les réseaux sociaux et imputées au groupe de désinformation russe Storm-1516.

Les réseaux russes Storm-1516 et Matriochka suspectés

C’est d’abord une fausse information concernant Édouard Philippe qui a été diffusée par plusieurs comptes sur X dans la semaine du 20 juillet, comme le racontaient nos confrères de TF1. Ainsi, les publications évoquaient le mensonge selon lequel l’ancien premier ministre serait atteint de « démence fronto-temporale ». Une « source sécuritaire » de l’AFP a confirmé qu’une opération de désinformation menée par le réseau Storm-1516 a visé Édouard Philippe tout en affirmant que, jusqu’à ce que TF1 en parle, cette campagne était restée « peu visible » et faisait « partie de la routine habituelle des attaques russes, qui ne passent jamais le mur du son ».

De la même façon, Gabriel Attal a, ce jeudi 6 août, dénoncé sur RTL une « intervention directe d’une puissance étrangère » contre lui. « C’est une élection qui peut être faussée, qui peut être volée aux français », a-t-il ajouté. Viginum a confirmé auprès du Monde avoir détecté cette opération de désinformation, l’imputant cette fois avec « une confiance élevée » à l’autre réseau prorusse Matriochka. De la même façon, cette opération était restée « peu visible » avant qu’elle soit dénoncée, selon une source de l’AFP.

Concernant Raphaël Glucksmann, c’est le 1er août que le journaliste Edwy Plenel a alerté sur le fait que « divers comptes diffusent une fakenews avec un article bidon me citant, un mail inventé que je n’ai jamais reçu et une vidéo où ma voix est trafiquée, le tout mensongèrement attribué à Blast. Tout y est faux. Un exemple des opérations de déstabilisation numérique ». Ces comptes relaient le mensonge accusant Léa Salamé, journaliste et compagne de Raphaël Glucksmann, de proposer 50 000 euros « en échange de la publication d’articles visant à donner une image positive » du dirigeant de Place publique. Sur RTL, Raphaël Glucksmann a pointé du doigt une tentative de la Russie « de créer le doute dans la société française », citant lui aussi Storm-1516.

Le site auquel renvoient les différents comptes est similaire à celui du média indépendant Blast. De même pour le nom de domaine dans lequel seule l’absence d’un tiret entre blast et info diffère de celle du site originel. Comme l’a remarqué Libération, pour coller à l’identité du site d’information indépendant, les faussaires ont aspiré 181 pages du vrai site de Blast pour les reprendre. Le faux site est pour l’instant toujours accessible. Le nom de domaine a été enregistré auprès du registrar lituanien Hostinger et est actuellement en statut « gelé » (« frozen »).

Comme l’explique l’Afnic dans son guide pratique [PDF], ce statut « annule l’ensemble des opérations en cours de traitement par l’Afnic et empêche toute demande d’opération à venir sur le nom de domaine […]. Mais cette opération n’altère pas le fonctionnement du nom de domaine ». Un nom de domaine peut être gelé si une décision de justice l’ordonne à l’Afnic, lors de procédures alternatives de résolution de litiges ou à l’ouverture d’une procédure de vérification.

La vidéo accompagnant les messages dénoncés par le journaliste de Médiapart reprend aussi les codes graphiques de Blast avec son logo et essaye de reprendre le ton du média. Mais les voix générées par IA de Léa Salamé, Edwy Plenel et de la journaliste de Blast, Salomé Saqué, sont marquées par des accents robotiques laissant la trace de l’IA générative.

Les différents posts ayant participé à la diffusion sur X de la vidéo et de l’article affichent des chiffres de consultation importants, mais il est difficile de savoir si la médiatisation du sujet n’a pas joué comme un effet d’aubaine.

En réaction à cette nouvelle vague de désinformation concernant les personnalités politiques, certains candidats demandent que des mesures soient prises.

Marine Tondelier demande des mesures d’interdiction pendant les élections

Directement concerné, Raphaël Glucksmann a appelé encore sur RTL de façon grandiloquante à « la résistance » : « Ce que je demande, c’est qu’on n’ait pas la main qui tremble face à Elon Musk et X, qu’on n’ait pas la main qui tremble face au Parti communiste chinois », a-t-il ajouté, visant aussi TikTok, accusant les deux réseaux sociaux de ne pas respecter les règles européennes.

Dans une interview à Libération, Marine Tondelier demande, de son côté, de « menacer des plateformes comme X d’une interdiction pendant les élections ». « Il faut appliquer cette sanction en cas d’ingérences constatées en amont », ajoute-t-elle. Les ingérences ne s’arrêtent pourtant pas aux périodes électorales.

La présidente du parti Les Écologistes n’a pour autant pas quitté le réseau social d’Elon Musk. Elle affirme à nos confrères : « J’ai à titre personnel désinstallé l’application, oui », mais précise : « J’écris mes posts mais je laisse mon équipe les publier et y assurer un travail de veille ». Elle ajoute que, « politiquement, aujourd’hui, c’est impossible d’être absent de X car nous en sommes tous devenus dépendants ».

Commentaires (19)

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Dans une interview à Libération, Marine Tondelier demande, de son côté, de « menacer des plateformes comme X d’une interdiction pendant les élections ». « Il faut appliquer cette sanction en cas d’ingérences constatées en amont », ajoute-t-elle. Les ingérences ne s’arrêtent pourtant pas aux périodes électorales.
Sur quelle base légale ?

Car il me semble que X est concerné par les dispositions du DSA, et c'est donc ce cadre qui s'applique.
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Après 10 ans de procédure et 3 appels ils peuvent avoir un avertissement. Après 3 avertissements, un blâme.

Ça ne rigole pas.
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Ben on peut ironiser autant que veut, mais Yaka Fokon ferait bien de se rappeler que dans une démocratie, on ne peut pas interdire arbitrairement quelque chose sans base légale.

(même si y'a eu des cas de torsions par le passé...)

Sauf à désirer un régime arbitraire.
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On peut aussi imaginer donner plus de moyens à la Justice et réduire drastiquement les durées, comme ici passer de plusieurs années à quelques semaines ou mois (car ici, c'est assez flagrant).
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Difficile de dire qu’il y a ingérence de la plateforme quand son algorithme est public.

On en revient à la responsabilité des utilisateurs, patron inclus.
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Justement, il est probablement possible d'appliquer l'article 51 seul ou précédé de l'article 82 pour non respect de l'article 34 qui dispose qu'ils doivent évaluer les risques systémiques dont
tout effet négatif réel ou prévisible sur le discours civique, les processus électoraux et la sécurité publique;
L'article 52 demandant des mesures d’atténuation des risques.

Cela ouvre déjà une porte, il y a probablement d'autres articles applicables.

Édit : il est probable que sur X, ces mesures d’atténuations sont insuffisantes voire inexistantes dans ce cas.
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Puis il y a aussi la bonne ingérence et la mauvaise ingérence, faut pas l'oublier.
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Elle ajoute que, « politiquement, aujourd’hui, c’est impossible d’être absent de X car nous en sommes tous devenus dépendants »
Si tout le monde partait de X, plus personne ne serait dépendant. CQFD
Promouvoir Bluesky et autres plutôt que sortir ce genre d'excuses à 2 balles serait peut-être la solution Mme Tondelier.
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Gros plus un ; les réseaux sociaux, on peut s'en passer également, surtout X.
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Mais comment lutter contre la désinformation sur blusky ou plus compliqué encore sur le fediverse ? Ça me semble pas difficile pour des pro de l’ingérence de trouver des serveurs mal modérés et qui sont fédérés.
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Ils seront vites moins fédérés avec les "grosses instances sérieuses".
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J'ai les genoux qui tremblent.
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Je ne suis pas les infos, mais y a t-il le même genre d'ingérences contre les partis d'extrême droite, ou sont-ils plutôt tranquilles à ce niveau là ? (Ce qui indiquerait indirectement des accointances des russes/chinois avec ces partis.)
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En l'occurrence, la menace n'est ni très sérieuse ni très déstabilisante. La médiatiser revient en partie à faire gagner ses auteurs, et elle serait probablement restée dans l'anonymat si on ne lui avait accordé que la place qu'elle mérite.

Cependant, on est aujourd'hui dans une situation où les réseaux sociaux brouillent l'écoute et l'espace informationnel : trop de nos concitoyens ne connaissent même pas la menace. Le dilemme est là : faut-il l'ignorer ou faut-il éduquer et sensibiliser ?

Les pratiques soviétiques puis russes de manipulation de l'information remontent au moins à l'entre-deux-guerres. La forme change avec le temps, mais autant il était relativement facile de repérer l'influence de Moscou dans certains discours du PCF en 1980, autant nous sommes aujourd'hui assez passifs face aux nouvelles formes de menace : désinformation, guerre par drones et autres systèmes robotisés ou autonomes, etc. Soyons prêts, mais je ne suis pas sûr hélas que nos médias soient les moyens les mieux adaptés à cela. Sauf Next, bien sûr.

Viginum est... vigilante sur le sujet, mais nous prévient : plus aucune élection (proche) n'échappera aux tentatives d'influence en France. Et ailleurs ? Pareil !
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Tout cela ne va t-il pas aussi nourrir des IA à qui beaucoup trop de monde va demander "leur avis" avant les élections?? Dites du mal il en restera toujours quelque chose... Surtout avec l'IA.
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Tiktok et X sont les deux mamelles de l'astroturfing
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TikTok est très bien; entre 10 vidéos, je ne m'informe plus que par ça. On y trouve les meilleurs extraits de France Info, BFM, LCI, et j'ai même CNews en ce moment. D'ailleurs, le RN n'a plus vraiment la côte en termes de pouces (likes).
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Ça reste de la vidéo. De la vidéo courte qu'on enchaîne pendant des heures (les tunnels publicitaires de TF1 ne font pas mieux). Des algorithmes de recommandation totalement orientés (et pas seulement pour la monétisation des vues). La plateforme décide ce que vous voyez et "shadowban" ce qui lui déplait (quand elle ne suspend pas le compte de l'utilisateur/trice "pour non-conformité avec les règles de la communauté" sans motif plus précis).

D'ailleurs, c'est la durée de visionnage d'une vidéo qui la rend visible sur Tiktok, beaucoup plus que les pouces, les partages ou les commentaires.
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Marine Tondelier, qui est l'une des rares responsables politiques actives sur Mastodon, fait le... constat ? de l'éminence de X. Et pourquoi pas celle de Tiktok tant qu'on y est ?

Recification : il semble que l'activité de Marine Tondelier sur Mastodon soit une redite de ce qui se passe sur X.