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La Norvège va interdire les chatbots IA aux écoliers

Bonnet d'âne pour ChatGPT

La Norvège va interdire les chatbots IA aux écoliers

Illustration : Flock

Après les smartphones, les chatbots. La Norvège va limiter fortement l’accès à ces outils d’IA générative à l’école. Pour le gouvernement, les enfants doivent d’abord apprendre à lire, écrire et compter, avant de déléguer leurs devoirs à ChatGPT.

Les enfants norvégiens seront privés de chatbots IA à partir de la prochaine rentrée à l’école. Jonas Gahr Støre, le Premier ministre du pays, a annoncé une interdiction de l’usage de ces outils d’IA générative aux jeunes écoliers (de 6 à 13 ans). Les collégiens et lycéens âgés de 14 à 16 ans pourront les utiliser sous la supervision des professeurs. Enfin, les étudiants entre 17 et 19 ans devront apprendre à s’en servir de manière responsable.

« Nous devons donner la priorité à l’essentiel : les élèves doivent apprendre à lire, à écrire et à compter avant de se familiariser avec l’IA », a affirmé le Premier ministre dans une déclaration reprise par Reuters. L’utilisation de chatbots IA par les jeunes enfants accroît le risque qu’ils sautent des étapes importantes de leur apprentissage, a-t-il ajouté durant une conférence de presse.

Le grand retour des livres

La Norvège est pourtant un pays pionnier quand il s’agit d’adopter les nouvelles technologies. Les ordinateurs ont fait leur apparition en classe dans les années 90, puis les tablettes à partir de 2010. Cette numérisation croissante de l’enseignement est peut-être allée trop loin : le gouvernement a ainsi annoncé vendredi dernier son intention de financer l’achat de plus de livres. Une manière de revenir en partie sur trente ans de numérisation à l’école à marche forcée.

Suivant en cela l’exemple de plusieurs autres pays, la Norvège va également bloquer les réseaux sociaux pour les moins de 16 ans. Confrontées à un recul des performances scolaires, les autorités ont également interdit les smartphones dans les établissements dès 2024.

Une étude, mise en ligne en 2024 par Sara Abrahamsson de l’institut norvégien de la santé publique et publiée récemment dans la revue The Journal of Human Resources, relevait d’ailleurs les effets positifs de l’interdiction des téléphones dans plusieurs collèges du pays entre 2010 et 2018. Les filles en particulier consultent moins souvent pour des problèmes psychologiques, elles signalent moins de situations de harcèlement, les notes progressent et elles sont davantage susceptibles de choisir une filière générale au lycée.

En revanche, l’autrice n’a relevé aucun effet significatif chez les garçons, bien que les signalements de harcèlement aient diminué chez les filles comme chez les garçons. L’étude ne mesure que l’effet d’une interdiction à l’école, pendant les heures de cours. Les élèves continuaient à utiliser leur téléphone le soir, les week-ends et pendant les vacances.

Les écrans deviennent suspects

Pour Oslo, les deux sujets – smartphones et chatbots – relèvent d’une même préoccupation : éviter que les outils numériques ne se substituent à certains apprentissages fondamentaux. Nul doute à ce titre que l’interdiction des bots IA pour les écoliers sera elle aussi scrutée de près par les scientifiques.

La Norvège est en tout cas aux avant-postes sur cette question. En France, on essaie davantage de ménager la chèvre et le chou : un cadre d’usage de l’IA en éducation, publié en mai 2025 par le ministère de l’Éducation nationale, autorise l’usage de cette technologie mais pas avant la quatrième. Les élèves plus jeunes peuvent être sensibilisés, mais ils ne peuvent pas accéder aux outils en classe.

Dans les faits, les professeurs doivent surtout bricoler dans leur coin, avec le blanc-seing du ministère pour tester toutes sortes de choses. En novembre dernier, Amélie Hart, secrétaire nationale du syndicat SNES-FSU et enseignante en lycée en Histoire-Géographie, expliquait à Next que « l’institution pousse, à l’heure actuelle, à expérimenter tous azimuts. Il y a des initiatives partout de plein de rectorats qui font des expérimentations IA ».

Elle ajoutait : « Il y a une volonté de la hiérarchie de l’Éducation nationale à aller à fond sur les IA, y compris en étant hyper mal formés sur les enjeux de la protection des données (qui n’a pas commencé avec l’IA) ». La Norvège servira en tout cas de laboratoire à ciel ouvert. Si les résultats scolaires progressent et que les enseignants constatent moins de difficultés d’apprentissage, d’autres pays pourraient être tentés d’emprunter le même chemin.

Commentaires (15)

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Ça me fait penser au "débat" sur la calculatrice : était-ce acceptable ou pas en contrôle ?
Avoir toujours la calculatrice à portée permet d'aller plus vite, mais si on n'a (de ce fait) jamais appris à faire d'opérations de tête, ça peut poser problème dans la vie de tous les jours (en tous cas pour les opérations simples : on ne va pas sortir son téléphone pour rendre la monnaie à un client).
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Samedi, j'ai acheté 2 boites à 28 euros l'unité. Ma pharmacienne a tapé à la calculatrice, pendant que je lui disais "56". Elle m'a dit "oui c'est bien ça", sans remarquer que je n'avais pas l'opération sur un quelconque appareil...

Ca m'était déjà arrivé plusieurs fois en boutique, quand je paye en monnaie, pour calculer le rendu (je donne 30 euros pour un achat à 26,70 par exemple).

Ce que font les norvégiens est une très bonne chose. Ils ont déjà le mérite de se poser la question de l'utilité et des risques !
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Ce n'est nullement pour défendre les commerçants, mais c'est aussi souvent juste une vérification qui appuie le contrôle du commerçant face à une erreur potentielle - et donc un mécontentement à venir - du client en face.
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Certes, mais ça fait pas très pro... Surtout si tu es sensé faire ça tous les jours, et surtout pour des opérations simples (genre soustraction).

Si tu n'es pas capable de faire des tâches simples, comment peux-t-on attendre de toi une tâche complexe ?... Pourrait-on se demander. (Ce n'est pas forcément pertinent comme question, mais le simple fait de se la poser induit une perte de confiance.)
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Pour le coup, j'ai plus confiance en l'humain qui utilisera sa calculette / caisse pour indiquer le montant que l'humain qui calcule de tête dans un commerce entre deux coups de téléphone et trois clients qui viennent râler.

Avoir la compétence est une chose (et je considère qu'avant d'automatiser un geste on doit d'abord le connaître et le comprendre), mais il faut aussi pouvoir l'exercer dans de bonnes conditions pour être efficace.
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Pour la pharmacienne, juste avant elle avait calculé le nombre de boites correspondant à la posologie de l'ordonnance.
Quitte à choisir, je préfère une erreur en euros plutôt que manquer d'un cachet car le compte n'y est pas. Pourtant elle ne vérifie jamais le nombre de cachets à la calculatrice (surtout quand il y a des demis, et qu'elle mélange les marques pour ajuster).
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Avec ou sans calculatrice, il y aura forcément un risque d'erreurs.
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D'où la lecture du code barre.. :D
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Excellent exemple. Un pharmacien, ça doit faire des règles de 3 en permanence. S'il ne sait pas faire une multiplication de base ...
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Faites des règles de 3 et des additions toute une journée en pensant à vérifier tout un tas de chose entre les vols, les renseignements clients, les collègues qui demandent de l'aide, etc : vous me direz si vous n'avez fait aucune erreur en caisse. Avec une calculette,l'erreur éventuelle (qui peut toujours arriver, c'est pas un souci) est vérifiable par le client ou la cliente, c'est beaucoup plus utile que de se prendre la tête avec une contestation client (surtout si l'erreur vient du client).
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Il y a une différence entre "utiliser la calculette pour vérifier un calcul mental" et "utiliser la calculette car on ne veut pas faire le calcul mental".
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En recrutement (développeur ou chef de projet informatique), dans le test technique, il y a une petite règle de 3 (genre un traitement traité x fichiers en 1h, il doit être utilisé pour un flux quotidien de x fichiers combien de temps pour traiter les fichiers d'une journée)

Le but est de tester l'esprit critique (car bien sûr, ça finit sur plus de 24h). Je n'ai jamais eu de bonne réponse à la règle de 3...

De même en formation marché public: illustration avec des 500k€, 1500k€... La majorité des cadres sortent la calculette alors que tout est fait pour que ce soit faisable de tête.

Enfin, en négo, savoir calculer/estimer de tête est tellement un atout...

Bref: la calculette a déjà fait des ravages. La majorité des gens que je vois au boulot (30-60 ans, cadre ou technicien) ne savent rien faire de tête.
Alors l'IA, je n'imagine même pas...
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Moi, ça me fait plutôt penser à François Hollande Président de la République, qui voulait acheter une tablette à chaque collégien·ne, sans garde-fou, sans pédagogie d'usages.

L'IA générative, au-delà d'être encore expérimentale, est un outil à utiliser "avec modération" (oui, comme le message destiné à la consommation d'alcools). Les pays nordiques et scandinaves sont beaucoup plus avancés sur les questions des usages du numérique.
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Ce que je constate avec l'IA, c'est les gens croient déjà que l'IA va faire le travail pour eux, au lieu de les aider.

Résultat: un nombre croissant de documents (bien copieux, bien verbeux) fournis sans relecture approfondie (ni souvent, superficielle).

En gros: l'IA est d'autant plus efficace qu'elle est pilotée par un humain qui sait ce qu'l veut, comment il le veut.

Les jeunes n'ont pas d'expérience: je laisse les stagiaires coder en IA, le premier jet est hors sol - même si je fourni les premiers prompts et toute la doc.

Franchement, dans la motitié des cas( et je suis optimiste), l'IA sert à bâcler un travail tout en ayant l'air sérieux.

C'est assez lamentable.

Mention spéciale aux commerciaux qui me harcèlent: merci de relire vos présentations générées pas IA, car si je vous fait signer ce que vous proposez, c'est régulièrement vous qui allez saigner (enfin la boite que vous aurez quitté comme tout commercial qui n'assume jamais de responsabilité)
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L'illustration de @Flock me fait penser à l'an 2000 imaginé en 1900 :

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