Esclaves fouettés et femmes en bikini : Steam a laissé passer Plantation Simulator
De l'art délicat de la provocation
Illustration : Flock
Le 26 mai à 11h35
Publié le 13 mai sur Steam, le jeu Plantation Simulator proposait d’incarner un esclavagiste blanc chargé de fouetter ses esclaves noirs pour augmenter leur productivité. Les règles de la plateforme de Valve interdisent pourtant le contenu « manifestement offensant ». Face à la polémique naissante, l’auteur a remplacé les esclaves noirs par des femmes en bikini, avant d’annoncer qu’il retirerait de lui-même le jeu.
Esclaves fouettés et femmes en bikini : Steam a laissé passer Plantation Simulator
De l'art délicat de la provocation
Illustration : Flock
Publié le 13 mai sur Steam, le jeu Plantation Simulator proposait d’incarner un esclavagiste blanc chargé de fouetter ses esclaves noirs pour augmenter leur productivité. Les règles de la plateforme de Valve interdisent pourtant le contenu « manifestement offensant ». Face à la polémique naissante, l’auteur a remplacé les esclaves noirs par des femmes en bikini, avant d’annoncer qu’il retirerait de lui-même le jeu.
Logiciel
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6 min
Apparu le 13 mai sur Steam, Plantation Simulator a végété pendant quelques jours dans l’anonymat des jeux de fond de catalogue, avant que son propos raciste ne suscite de premières réactions. Le jeu, affiché à 2,09 euros sur la version française du magasin de Valve, proposait en effet d’incarner un planteur blanc, qui doit fouetter ses esclaves noirs pour maximiser leur productivité. Mais attention : « si vous fouettez trop votre personne noire, elle mourra », décrivait la version originale de la fiche.
N’est pas South Park qui veut
Sur le web anglophone, le site The Outerhaven chronique le titre le 20 mai, sous forme d’un édito dénonçant le « type de jeux que l’industrie devrait rejeter ». La découverte est reprise le lendemain par BFM, qui interroge la ministre du numérique Anne Le Hénanff, et déclenche une réaction publique de cette dernière. « Quand des contenus aussi ignobles font l’apologie de l’esclavage et de la violence raciste, il n’y a pas d’ambiguïté : on dénonce, on signale et on saisit immédiatement les autorités compétentes », écrit-elle sur X, avant d’indiquer qu’un signalement Pharos a été effectué et que l’Arcom sera saisie.
À la manœuvre, on découvre un certain FzzyBzzy, qui n’en est pas à son premier coup en matière de provocation. Mi-mars, il publiait ainsi, toujours sur Steam, un jeu baptisé Crucifier, qui proposait cette fois d’incarner des soldats romains chargés de fouetter des Christs en croix pour leur faire gagner une course ou, déjà, améliorer leur productivité dans des champs.
Le 18 mai, l’intéressé se plaignait sur X que Crucifier n’ait suscité aucune réaction en dépit de son caractère éminemment provocateur, et regrettait le faible décollage de Plantation Simulator. « Je suis un peu déçu du succès du dernier jeu… Ça donne une mauvaise image de la société. Peut-être que je vis dans la pire des réalités alternatives, parce que je ne pense pas qu’à aucune autre époque je pourrais faire ça ».
Quelques jours plus tard, FzzyBzzy savoure probablement sa sortie de l’anonymat. Le 22 mai, il annonce ainsi, à grands renforts de tweets ironiques, avoir mis à jour Plantation Simulator : il ne s’agit plus maintenant de fouetter des esclaves noirs, mais d’envoyer des baisers à des femmes en bikini, en veillant tout de même à bien les garder enfermées. Dans une version intermédiaire, il avait gardé le concept original, mais simplement remplacé les noirs par des blancs.
« Plantation Simulator est un jeu de simulation agricole simple où vous motivez vos amis à récolter vos cultures à l’aide de baisers ! Entretenez une belle ferme en réparant les clôtures pour que vos amies restent concentrées. Choisissez parmi plusieurs cultures et améliorez vos installations pour maximiser votre succès ! », décrit désormais la fiche du jeu sur Steam.
Le 24 mai, il indique dans le hub de la communauté dédié au jeu qu’il a pris la décision de retirer le titre de Steam. « Nous pensons avoir dit tout ce qu’il y avait à dire. Nous avons vu les opportunités et nous les avons saisies :3 Nous contactons Steam pour qu’ils retirent le jeu de la boutique ! Nous ne savons pas quand ils pourront traiter notre demande, mais nous espérons que ce sera bientôt ! ».
Le jeu était toujours disponible à la vente mardi 26 mai au matin, associé à une réduction de 40 % sur son prix facial de 2,09 euros. D’après sa fiche SteamDB, le développeur peut sans doute s’enorgueillir de quelques milliers de ventes. Les évaluations laissées sur Steam sont quant à elles majoritairement négatives, même si quelques commentateurs réagissent favorablement à cette provocation manifeste. « Le meilleur troll jamais vu sur Steam. Tellement de racistes qui se dévoilent sur Steam. C’est à mourir de rire », écrit l’un d’eux.
Six jours après le début de la polémique et alors qu’une pétition adressée à Gabe Newell vient de voir le jour pour demander le retrait du jeu, silence radio du côté de Valve.
Valve peine à faire respecter ses propres règles
Les lignes de conduite de la plateforme Steam interdisent pourtant explicitement le « contenu ouvertement offensant ou publié dans l’intention de choquer ou de répugner le public ». Officiellement, elles condamnent aussi tout ce qui relève d’un « discours haineux, c’est-à-dire un discours qui encourage la haine, la violence ou la discrimination à l’encontre d’un groupe de personnes en se basant sur leur origine ethnique, leur religion, leur sexe, leur âge, leur handicap ou leur orientation sexuelle ».
En 2018, alors que le volume de nouveaux jeux publiés sur Steam augmentait dans des proportions significatives, la plateforme s’était engagée à nettoyer les écuries d’Augias en ciblant notamment les jeux relevant du troll pur et simple. « À l’heure où nous écrivons ceci, les trolls trouvent de nouvelles façons d’être détestables. Mais ce que ces personnes ont en commun, c’est que faire des efforts de bonne volonté pour réaliser et vendre vraiment des jeux à quelqu’un ne les intéresse pas. Quand les motivations d’un développeur ne sont pas celles-là, c’est probablement un troll. », écrivait Valve à l’époque. Huit ans plus tard, force est de constater que Steam a toujours du mal à ajuster les curseurs de sa modération.
Fin 2025, la plateforme avait refusé la publication de Horses, un « jeu » inspiré de l’expérience de Milgram, qui incitait le joueur à déclencher des actes de torture dignes d’un snuff movie. À la même période, Valve a été accusé d’avoir bloqué le jeu de carte Flick Solitaire de la version russe de Steam à la demande de Moscou, au motif que les visuels contenaient des éléments mettant en avant la culture queer. Au-delà de la validation, ou non, des jeux sur la plateforme, la modération de Steam est régulièrement critiquée sur les aspects communautaires de la plateforme, notamment au niveau des commentaires des joueurs et des systèmes de notation.
Commentaires (3)
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Abonnez-vousIl y a 46 minutes
des jeux publiés sont infâmes, les forums sont remplis de nazi (littéralement), perso, dès que je peux, je vais sur GoG
Il y a 25 minutes
https://store.steampowered.com/app/4072240/Woman_Simulator/?l=french
À l'instant
Après... j'ai connu Hatred où l'on incarne un meurtrier de masse.
Ou Stellaris où j'ai pris grand plaisir à causer des génocides par bombardements orbitaux constants ou de purger les nouvelles ethnies dérivées de la mienne.
Ou Carmageddon où j'ai adoré rouler sur chaque piéton de chaque carte... Quoi ?
Ou Party Hard (putain de jeunes qui font du bruit vous méritez de crever, JE BOSSE DEMAIN), ou... même la fameuse scène de l'aéroport sur Call of Duty:Modern Warfare 1 que j'ai refait quelques fois pour euh... voir si je pouvais être plus efficace ?
Enfin bref... Il s'agit d'un jeu. De très mauvais goût clairement, mais d'un jeu.
J'imagine que la différence est qu'ici c'est le coeur du jeu donc plus génant ? Ou que c'est plus graphiquement visible plutôt que quelques chiffres variables dans un menu ?
Ou c'est juste que je suis ouvert à l'humour très noir
(oui je sais on n'est pas vendredi mais ça fera oublier un peu la chaleur, à vos claviers
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