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Rapporté au PIB, le budget du CNRS est à un niveau « historiquement bas » depuis 1980

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Rapporté au PIB, le budget du CNRS est à un niveau « historiquement bas » depuis 1980

Illustration : Flock

Alors que son budget initial pour 2026 prévoyait déjà un déficit de 239 millions d’euros, le CNRS annonce en interne devoir procéder à un tour de vis supplémentaire de 20 millions d’euros, dont une partie sera répercutée sur la dotation aux unités de recherche. Certains projets seraient de ce fait menacés.

Le 07 avril à 16h18

Un courrier du PDG du CNRS, Antoine Petit, adressé le 24 mars aux directeurs d’unité et qu’a pu consulter l’AFP, évoque un budget initial 2026 déficitaire de 239 millions d’euros « directement lié à des reprises de subventions mises en œuvre depuis 2024 ».

« La baisse des crédits n’a pas pu épargner la dotation des laboratoires », précise le courrier, qui avance que « le montant cumulé de ces charges représente plus de 500 millions d’euros depuis octobre 2024 », souligne Libé.

Une baisse à rapporter aux 2,9 milliards d’euros de dotation annuelle du principal organisme de recherche français. Il emploie 34 000 agents, dont plus de 10 000 chercheurs, soit le plus grand opérateur de l’État après France Travail, selon le rapport de la Cour des comptes de mars 2025, qui le qualifiait d’« opérateur de recherche unique en son genre, dont l’excellence est universellement reconnue et dont les comptes sont sains ».

Contacté par l’AFP, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche évalue quant à lui à « 120 millions d’euros » le montant des charges non compensées « sur la période 2024 - 2026 ».

Une baisse de 5 % du financement du CNRS aux laboratoires

Le CNRS confirme de son côté à l’AFP que « jusqu’à présent le CNRS avait trouvé des marges de manœuvres permettant de ne pas répercuter la contrainte budgétaire sur les moyens financiers alloués aux laboratoires, mais c’est désormais malheureusement impossible ».

Matignon aurait en effet demandé au CNRS de procéder à un tour de vis supplémentaire sur son budget initial, du fait de perspectives budgétaires « particulièrement contraintes ».

« Dans ce contexte, le cabinet du Premier ministre a demandé au CNRS de présenter un budget rectificatif incluant une diminution des prévisions de dépenses de 20 M€ afin de conserver une trésorerie non fléchée de quelques dizaines de millions d’euros en fin d’exercice 2026 », écrit le PDG dans son courrier du 24 mars, reproduit par le syndicat SNCS-FSU.

Antoine Petit souligne qu’il a été fait le choix de « préserver le scénario quinquennal 2023 - 2027 des recrutements annuels par concours (270 chercheurs et 360 ingénieurs et techniciens) prévus dans le cadre de la loi de la programmation de la recherche ».

Dans une précédente déclaration, le syndicat soulignait qu’au total, « 20 millions d’euros d’économies sont imputés au fonctionnement, équipement et investissement : 13,5 millions d’euros sont pris aux laboratoires, soit une baisse de 5 % du financement du CNRS aux laboratoires, et 6,5 millions d’euros sont économisés sur des investissements en immobilier ».

« Le budget rectificatif n°1 inscrit à l’ordre du jour du CA du 13 mars nous est parvenu la veille vers 15 h » s’insurge une déclaration intersyndicale. Elle évoque un comportement « inadmissible » découlant « de choix politiques qui ne font aucun cas du CNRS et de ses personnels et [impactant] l’avenir de notre organisme », et affirme que « nos tutelles veulent imposer une austérité encore plus drastique au CNRS » :

« Le sous-financement chronique de la recherche publique française conduit au déclassement du pays par rapport à ses homologues européens et internationaux. »

« Un niveau historiquement bas depuis 1980 »

Le SNCS-FSU « dénonce avec la plus grande fermeté ce budget dangereusement déficitaire, catastrophique pour le CNRS et la recherche publique en France », à mesure que « ce budget du CNRS porte la masse salariale sur subvention d’État à 91 % de cette subvention, ce qui rend impossible toute mesure d’économie sans atteindre les activités de recherche du CNRS » : « Ce budget 2026 marque un tournant majeur avec une nouvelle étape dramatique dans les reniements des gouvernements successifs de ces vingt dernières années envers la recherche publique. »

Le syndicat avance que l’État « n’a jamais respecté l’engagement européen qu’il avait pris d’investir, dès 2010, 3 % du produit intérieur brut (PIB) pour la recherche et développement (R&D), dont 1 % du PIB pour la recherche publique ».

Il « a été insincère avec la Loi de programmation de la recherche de 2020 (LPR) » qui, plutôt que de rattraper le retard et d’atteindre 1 % du PIB pour la recherche publique, « a ramené son budget à un niveau historiquement bas depuis 1980, à savoir 0,74 % du PIB en 2023 », un pourcentage qui « sera encore plus faible cette année » :

« Alors qu’une accélération de la programmation budgétaire de la LPR est indispensable, c’est le contraire qui est programmé par le gouvernement pour la deuxième année consécutive. Ce budget devrait encore participer à l’érosion de l’emploi scientifique pérenne sur subvention d’État et donc à la chute d’attractivité du CNRS et à l’affaiblissement de notre établissement. »

« À la fin de l’année, il n’y aura plus de réserve »

« Cette année, pour la première fois, une partie des crédits de fonctionnement nous a été donnée avec l’argent des ressources propres, c’est-à-dire la réserve budgétaire », explique à l’AFP Vincent Artero, directeur du Laboratoire de Chimie et Biologie des Métaux : « On comprend qu’il n’y avait pas assez de subventions d’État pour nous donner ce qu’ils nous donnaient d’habitude. On prend sur nos réserves. Mais à la fin de l’année, il n’y aura plus de réserve. »

« Nous avons des remontées très inquiètes en particulier de nos collègues en sciences humaines et sociales », précise à l’AFP Fabrice Kordon, coprésident de l’Assemblée des directeurs de laboratoires.

« C’est l’histoire du fou qui cherche sa clé sous le réverbère »

Au point que quelques directeurs envisagent l’arrêt de certains projets à compter d’octobre. « Les recherches les plus impactées directement sont celles qui vont être les plus dépendantes des équipements », explique à l’AFP Matthieu Refregiers, au nom du Comité des directeurs de laboratoires CNRS d’Orléans.

« C’est l’histoire du fou qui cherche sa clé sous le réverbère. Quelqu’un passe et dit : Vous êtes sûr que vous l’avez perdue là ? Non, je l’ai perdue là-bas. Mais alors pourquoi vous cherchez ici ? Parce qu’ici, il y a de la lumière : ça, c’est la science selon nos politiques, trop sensibles aux effets de mode », ironise Fabrice Kordon.

Une situation qui, résume l’AFP, oblige les laboratoires à se concurrencer pour trouver des financements, les rapprochant du modèle anglo-saxon, et privilégiant les recherches qui sont dans l’actualité.

« Un même chercheur, deux fois plus de résultats, pour un coût perçu constant », résume une note interne consacrée à des travaux exploratoires sur l’optimisation des ressources humaines, qui précise que les implications éthiques seront examinées « dans un second temps, si nécessaire », relève la CFDT Recherche EPST.

Concrètement, les équipes de recherche vont en outre devoir rendre une partie de l’argent déjà versé pour leur année 2026, un revers « inédit », souligne Libé.

Nota bene relatif au sous-titre : l’esse est un crochet de boucherie en forme de S, destiné à suspendre les carcasses.

Commentaires (13)

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C'est vraiment triste d'en arriver là. Et "en même temps", "qui aurait pu prévoir" ? Parce que le sous financement de la recherche, cela fait des années que c'est dénoncé par les chercheurs et leurs syndicats. Remarquez, quel service public n'est pas sous-financé en France : recherche scientifique, hôpitaux, justice, éducation ...
Ah, on me dit dans l'oreillette que les aides aux entreprises et aux plus riches se portent bien.
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Il y a toujours du budget pour l'armée, la gendarmerie, les services de renseignements.
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Remarquez, quel service public n'est pas sous-financé en France : recherche scientifique, hôpitaux, justice, éducation ...
Ils ne sont pas sous-financé, mais leur financement sert massivement à combler le déficit des retraites.
on me dit dans l'oreillette que les aides aux entreprises et aux plus riches se portent bien
Les "aides" aux entreprises ne sont que le reflet du niveau insoutenable de taxes.
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Taxes qui ne sont pas payées non plus via les optimisations et niches fiscales en plus de la fraude…
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Net des "aides" les entreprises françaises restent les plus taxées d'Europe
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Le terme "aides" systématiquement entouré de guillemets me confirme que puisqu'elles ne semblent pas aller, autant les supprimer.

Quand quelqu'un chouine sur les impôts payés en France par les entreprises, il omet généralement de prendre en compte le système social qui profite aux entreprises : infrastructures fonctionnelles, écoles formant une main d’œuvre qualifiée de tous niveaux, santé permettant une population en bonne santé et des frais médicaux évités.

Puisque tu le mentionnais : non, les services publics ne sont plus suffisamment dotés de moyens depuis fort longtemps, et font ce qu'ils peuvent pour assurer un service minimum à la qualité réduite.
Quand les conséquences pèseront trop lourd, il sera déjà bien trop tard. Un bon stratège prendrait cela en compte. Peut-être n'y en a-t-il finalement pas dans le monde entrepreneurial ?

Je pense qu'il y a confusion entre financement du service public hors santé et comptes sociaux, qui sont historiquement séparés, pour éviter les tentations je suppose.
Il est toujours temps de s'informer dessus. Enfin… cela suppose tout de même d'être en capacité de revoir ses postulats de pensée de départ.
L'évolution de répartition du financement et de la gouvernance des organismes de santé en disent d'ailleurs long sur le périclitement des organismes publics de santé.

Niveau "insoutenable" de "taxes". Mouarf.
Ce qualificatif rappellerait presque les fausses menaces de certains de quitter le territoire : beh non, ils ne l'ont pas fait, car il y a décidément du pognon à ce faire en France, et il y fait bon vivre (tiens, si on se parlait du système social ?).
Il y en a même qui bouffent à tous les rateliers en se délocalisant (prétendûment pour certains) dans une contrée aux droits humains limités mais à la fiscalité avantageuse et qui reviennent en courant dès que cela les arrange. Les chouineurs et les profiteurs, si ce ne sont pas les mêmes, ont cela en commun de vouloir profiter de privilèges sans daigner en supporter le coût.

Par "taxes", j'imagine que l'on parle de fiscalité, à commencer par l'impôt ? Parce que niveau taxes ajoutées à l'impôt ajoutées aux cotisations, les déplumés sont plutôt la population générale, à commencer par le bas de l'assiette de population imposable.
Pour rappel, les 25 % théorique d'IS (le taux effectif serait bien plus bas, vers 15 %), sont à comparer au taux global des particuliers à l'IR déjà assujettis à l'empilement sus-mentionné.
Oh, et saviez-vous que les pigeons des taxes (au sens français du terme), à commencer par la TVA, sont les particuliers, car les entreprises y échappent ?

Petit tout de l'imposition des entreprises assujetties à l'IS sur la base des chiffres de 2024 :

  • Si on supprimait les réductions & crédits d'impôts, la somme à payer de l'IS aurait augmenté de 10 %.

  • Si on supprimait le report à nouveau, qui permet aux entreprises de reporter sur des années bénéficiaire les effets d'années déficitaires (incroyable cette idée… si seulement la population générale pouvait bénéficier de cela…), l'assiette imposable à l'IS aurait augmenté de 20 %, soit une augmentation (en supposant un paiement au taux nominal) d'un maximum de 5 % de la somme à payer à l'IS.

  • Dans le meilleur (pour les entreprises) des cas (19 %), les sommes imposées à des taux réduit (19 %, 15 % ou 0 %) auraient fait échapper un autre 5 % des revenus escomptés de l'IS. Bien plus dans tout autre scénario



Nan, mais sinon la fiscalité des entreprises est insoutenable…
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Je ne sais pas pour les autres mais l'éducation et l'hôpital ne sont pas réellement sous financés. Un élève français coûte aussi cher à l'état qu'un allemand.
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Oui mais en France, tout pars dans les retraites

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On sait depuis près de 50 ans que le fonctionnement du système de retraites n'est pas tenable considérant l'évolution démographique. Le système actuel a été mis en place après la guerre alors que beaucoup de personnes âgées étaient décédés lors des deux guerres mondiales.

Mais toute tentative de changer les choses par la suite s'est heurté à une mobilisation massive des boomers qui ont réussi à arnaquer beaucoup de plus jeunes en leur faisant croire qu'endetter les suivants pour maintenir leur propre niveau de retraite était une manière de "protéger les avantages acquis". Alors que c'est l'exact opposé : plus le système perdure, plus ça sera difficile pour les suivants.

En attendant, notre dette et nos entreprises se font racheter par les fonds de pension d'autres pays qui ont su gérer leurs affaires correctement.
La création de richesse des actifs français qui n'est pas captée par les retraités français va aux actionnaires et aux créanciers pour financer les retraites des américains, des chinois et des allemands.
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Heureusement qu´il y a 1 an Macron appelait les chercheurs américains à choisir la France.

C´est comme tous les trucs estampillés "grande cause du quinquennat": quand il décide qu´un truc est important, c´est juste pour dire que c´est un truc important... à achever d´un coup de pelle derrière le crâne.
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Faut bien trouver de l'argent pour payer les intérêts de tous ceux qui détiennent de la dette française
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Si on allouais les fonds alloués à cet immondisme qu'est le crédit impôt recherche au CNRS ?

On parle de 7milliards distribués sans aucun contrôle au privé, vs seulement 2.9 milliards pour financer la recherche publique !!!
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Ce sont des crédits d'impôt.

aaa a raison, net de toutes aides et crédit d'impôt les entreprises restent les plus taxées de l'OCDE.