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Chat Control : le Parlement européen refuse de prolonger la surveillance jusqu’en 2027

Le plus important, ça n'est pas la chute

Chat Control : le Parlement européen refuse de prolonger la surveillance jusqu’en 2027

Le Parlement européen a rejeté jeudi la proposition de la Commission européenne visant à autoriser les grands acteurs du numérique à surveiller volontairement les communications électroniques pour y détecter les contenus relevant d’abus sexuels sur mineurs. La dérogation accordée jusqu’en 2027 est donc annulée, et la pratique doit prendre fin au 3 avril prochain.

Le 27 mars à 17h17

Nouveau rebondissement dans le feuilleton Chat Control : avec 228 voix pour, 92 abstentions et 311 voix contre, les députés européens ont rejeté jeudi 26 mars la proposition de la Commission européenne visant à prolonger la dérogation existante à la directive ePrivacy.

Cette dernière permet pour mémoire aux grandes plateformes numériques de scanner le contenu des conversations privées pour y détecter la circulation de contenus relevant d’abus sexuels sur mineurs (CSAM, pour child sexual abuse material en anglais).

Cette prolongation était demandée par Bruxelles pour maintenir une possibilité temporaire de surveillance, en attendant la conclusion des négociations relatives à un cadre juridique à long terme : le projet Child Sexual Abuse Regulation (CSAR), surnommé Chat Control par ses opposants.

Différences de points de vue

Les eurodéputés s’étaient déjà exprimés sur la question de la détection volontaire de matériaux pédocriminels le 11 mars dernier. Ils avaient alors adopté, comme Next le rapportait, une position en faveur d’une extension de la dérogation à la directive ePrivacy jusqu’au mois d’août 2027.

Ils avaient également intégré à la proposition de règlement plusieurs modifications réduisant le caractère global de la surveillance ainsi permise, en restreignant par exemple cette dernière aux utilisateurs identifiés par une autorité judiciaire comme étant « raisonnablement soupçonnés » d’être liés à des abus sur mineurs.

Sur la base de cette position, les négociations devaient ensuite s’engager via un trilogue avec le Conseil de l’UE et la Commission européenne, pour entériner (ou non) cette proposition de dérogation. Avec une certaine dimension d’urgence, puisque la précédente dérogation ne court que jusqu’au 3 avril 2026.

L’affaire a donc été renvoyée dès le 11 mars au comité chargé des négociations interinstitutionnelles… et les discussions engagées par ce dernier ont achoppé, comme l’a annoncé le Parlement européen dans un communiqué le 17 mars dernier.

« Par leur manque de souplesse, les États membres ont délibérément accepté que ce règlement expire en avril. Dès lors, le contrôle volontaire visant à lutter contre la diffusion en ligne de contenus pédopornographiques par les fournisseurs d’accès ne sera plus possible », y déclare la rapporteure allemande du texte, Brigit Sippel.

Faute d’accord, les eurodéputés se sont donc exprimés jeudi 26 mars sur la proposition de la Commission européenne, et l’ont rejetée, clôturant ainsi la première lecture. Ce faisant, ils provoquent donc la fin, au 3 avril prochain, de la dérogation qui autorisait la surveillance des conversations chiffrées.

Trilogues à venir

Patrick Breyer, principal opposant déclaré au texte, voit dans ce rejet une nouvelle victoire :

« Les entreprises américaines comme Meta, Google et Microsoft doivent cesser de scruter sans discernement les conversations privées des citoyens européens. La confidentialité des échanges numériques est rétablie ! »

Il rappelle toutefois que ce nouveau rebondissement ne signe pas la fin des velléités de contrôle manifestées par certains États membres et par Bruxelles, notamment parce que les négociations autour d’un éventuel Chat Control 2.0 se poursuivent. Et souligne que la question ne se limite pas à la surveillance des correspondances :

« Par ailleurs, la prochaine menace majeure pour les libertés numériques est déjà à l’ordre du jour : dans le cadre du trilogue en cours, les législateurs devront négocier la question de savoir si les services de messagerie instantanée et les plateformes de téléchargement d’applications seront légalement tenus de mettre en œuvre une vérification de l’âge. Cela obligerait les utilisateurs à fournir une pièce d’identité ou à se soumettre à une reconnaissance faciale, rendant de fait toute communication anonyme impossible et mettant gravement en danger les groupes vulnérables tels que les lanceurs d’alerte et les personnes persécutées. »


Commentaires (11)

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Ils reviendront à la charge. Par la porte, la fenêtre, la cheminé...
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la majorité des Français ont voté pour https://howtheyvote.eu/votes/189270 j'ai l'impression que c'est la plus haute proportion (largeur de la barre verte) à part la Hongrie
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En effet :
Hongrie : 10 MEPs voted FOR (91%)
France : 52 MEPs voted FOR (71%)
Irlande : 6 MEPs voted FOR (67%)
La liste des 52 parlementaires français ayant voté pour :
Grégory ALLIONE
Mathilde ANDROUËT
Jordan BARDELLA
Nicolas BAY
Christophe BAY
Gilles BOYER
Marie-Luce BRASIER-CLAIN
Pascal CANFIN
Laurent CASTILLO
Christophe CLERGEAU
Marie DAUCHY
Jérémy DECERLE
Valérie DELOGE
Valérie DEVAUX
Mélanie DISDIER
Laurence FARRENG
Claire FITA
Anne-Sophie FRIGOUT
Angéline FURET
Jean-Paul GARRAUD
Sandro GOZI
Catherine GRISET
Christophe GRUDLER
Valérie HAYER
France JAMET
Virginie JORON
François KALFON
Fabienne KELLER
Murielle LAURENT
Fabrice LEGGERI
Julien LEONARDELLI
Nathalie LOISEAU
Thierry MARIANI
Marion MARÉCHAL
Nora MEBAREK
Aleksandar NIKOLIC
Philippe OLIVIER
Thomas PELLERIN-CARLIN
Gilles PENNELLE
Pascale PIERA
Pierre PIMPIE
Julie RECHAGNEUX
Chloé RIDEL
André ROUGÉ
Julien SANCHEZ
Eric SARGIACOMO
Pierre-Romain THIONNET
Rody TOLASSY
Matthieu VALET
Alexandre VARAUT
Séverine WERBROUCK
Stéphanie YON-COURTIN
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Merci, liste que je vais garder bien au chaud en prévision des prochaines élections européennes.
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Beaucoup de droite/ED qui ont voté pour, quelle surprise...
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Je remarque surtout que ceux qui ont massivement voté "pour" sont les socialistes. Déception.
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Donc droite, comme je le disais.
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Désespérant, tout cela va mal finir.
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Ça a déjà mal commencé, dois-je te rappeler le Big Bang ? J'aurais pas voulu être là ce jour là :D
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À noter quand-même qu'on ne parle pas de l'obligation pour les réseaux sociaux de surveiller, mais de l'autorisation pour les réseaux sociaux volontaires de le faire. Celle-là (qui visait à obliger des services comme Signal ou Whatsapp à scanner les messages) est dans le CSAR.

En gros, ne pas prolonger l'autorisation dont on parle aujourd'hui revient à interdire à Instagram, Messenger, Discord, etc. de scanner les images envoyées. C'était la position de compromis de la Commission (« si vous n'obligez pas les réseaux sociaux à contrôler, au moins permettez aux volontaires de le faire ») et elle vient de voler en éclat.
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Youpi.