Lunettes connectées : des scènes d’intimité envoyées aux sous-traitants kényans de Meta
Oh wait...
Le 03 mars à 14h26
Alors que Meta travaille toujours à l’intégration de la reconnaissance faciale pour ses lunettes connectées, des dataworkers kényans témoignent de visions de scènes intimes de porteurs de ces appareils : personnes nues sortant de la salle de bain, scènes de sexe ou informations bancaires… Un député suédois soulève devant la Commission européenne des questions d’incompatibilité avec le RGPD.
Lunettes connectées : des scènes d’intimité envoyées aux sous-traitants kényans de Meta
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Alors que Meta travaille toujours à l’intégration de la reconnaissance faciale pour ses lunettes connectées, des dataworkers kényans témoignent de visions de scènes intimes de porteurs de ces appareils : personnes nues sortant de la salle de bain, scènes de sexe ou informations bancaires… Un député suédois soulève devant la Commission européenne des questions d’incompatibilité avec le RGPD.
Le 03 mars à 14h26
Société numérique
Société
6 min
On sait que l’entreprise Sama fait partie des quelques sous-traitants africains des entreprises de la Silicon Valley depuis plusieurs années. Une enquête de deux médias suédois montre que des données des lunettes connectées Meta Ray-Ban sont aussi envoyées pour analyse aux dataworkers kényans de l’entreprise.
La question de l’utilisation des données sensibles par Meta est d’autant plus prégnante qu’on apprenait mi-février que l’entreprise avait toujours dans les cartons le projet d’ajouter à ses lunettes de la reconnaissance faciale via une fonction nommée « Name Tag ».
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Svenska Dagbladet et Göteborgs-Posten sont allés à Nairobi rencontrer quelques-uns d’entre eux, qui ont témoigné sous anonymat. Leur rôle : annoter des données, ce qui veut dire, entre autres, encadrer des objets comme des lampes, des voitures ou des gens se trouvant sur l’image ; les étiqueter et décrire l’image globalement. Travail que nous avions déjà décrit en 2022 et qui ne disparait pas alors que les entreprises d’IA génératives décrivent leurs modèles comme toujours plus puissants.
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L’intimité de l’entourage des utilisateurs révélée
S’il n’a pas disparu, il a évolué. Ici, les data workers décrivent l’intimité des utilisateurs des lunettes dans laquelle ils sont parfois plongés pendant leur travail. « J’ai vu une vidéo où un homme pose ses lunettes sur la table de chevet et quitte la pièce. Peu après, sa femme entre et change de vêtements », explique l’un d’entre eux à nos confrères et consœurs. Un autre décrit des scènes où les lunettes avaient filmé une personne nue dans ou sortant d’une salle de bain. Certains témoignent avoir vu des informations bancaires.
« Il y a aussi des scènes sexuelles filmées avec les lunettes connectées – quelqu’un les porte pendant qu’il fait l’amour. C’est pourquoi c’est un sujet extrêmement sensible. Il y a des caméras partout dans notre bureau, et il est interdit d’apporter son propre téléphone ou tout autre appareil capable d’enregistrer », ajoute l’un d’entre eux.
Des retranscriptions de discussions privées avec l’appareil
Les data workers expliquent aussi qu’ils ont à lire des transcriptions de discussions entre l’utilisateur et l’appareil pour vérifier que l’assistant IA de Meta répond correctement à ses questions. Ainsi, ils font parfois face à des interactions parlant de crimes, de manifestations ou bien de discussions intimes.
Selon d’anciens employés de Meta contactés par Svenska Gagbladet et Göteborgs-Posten, les données qui sont envoyées pour annotation doivent être floutées automatiquement. Mais des data workers expliquent que les systèmes d’anonymisation de Meta ne fonctionnent pas toujours et que les visages peuvent parfois être visibles.
Les conditions d’utilisation de Meta AI demandent de ne pas partager d’informations sensibles
Les deux médias suédois rappellent que, s’il est possible théoriquement d’allumer les lunettes connectées de Meta sans envoyer de données, tous les assistants d’IA (qui font tout leur intérêt) ne peuvent être utilisés qu’en envoyant des données.
Les conditions de service relatives à Meta AI (UE), qui s’appliquent pour ces lunettes connectées, expliquent que « dans certains cas, Meta examinera vos interactions avec les IA, y compris le contenu de vos conversations avec les IA ou des messages adressés aux IA, de façon automatisée ou manuelle (par un examinateur humain) ». Meta y ajoute : « Ne partagez pas d’informations que vous ne voulez pas que les IA utilisent et conservent, telles que des informations sur des sujets sensibles ».
Meta n’a pas répondu directement aux questions de nos confrères et consœurs, notamment sur la compatibilité de l’envoi de données très sensibles à des sous-traitants comme Sama au Kenya. L’entreprise a seulement expliqué comment les données étaient transférées des lunettes à l’application et les a renvoyés vers ses conditions d’utilisation et sa politique de confidentialité relatives à l’IA. Sama n’a pas répondu.
Sous anonymat, un responsable de Meta Europe leur a souligné que l’endroit où sont traitées les données est peu important tant que le pays a des règles équivalentes à celles appliquées en Europe. L’Union européenne a entamé en 2024 des discussions pour reconnaitre le système juridique kényan comme équivalent sur ces questions. Mais elles n’ont pas encore abouti.
Bientôt une enquête de la Commission européenne ?
Suite à cette enquête, le député européen du Parti social-démocrate suédois Adnan Dibrani a soulevé des questions concernant le sujet devant la Commission européenne, a appris Euractiv. En effet, il pose la question de la compatibilité des lunettes connectées de Meta avec le RGPD concernant « la licéité du traitement, le consentement, la transparence et les transferts de données à caractère personnel vers des pays tiers ». Et il demande à la commission ce qu’elle fait concrètement pour assurer que Meta respecte le règlement européen sur le sujet, poussant l’institution à ouvrir une enquête.
Adnan Dibrani en profite pour pointer les dangers des assouplissements du RGPD et des mesures de protection de la vie privée prévus dans l’Omnibus numérique.
À Euractiv, Meta affirme que les données sont « d’abord filtrées afin de protéger la vie privée des personnes » et qu’elle prend « très au sérieux » la protection des données personnelles et « perfectionne en permanence ses efforts et ses outils dans ce domaine ».
En attendant, les personnes en contact avec des porteurs de lunettes Meta peuvent installer Nearby Glasses. Cette application disponible sur Google Play ou sur GitHub avertit si des personnes à proximité portent des lunettes connectées. Elle fonctionne en scannant les signatures bluetooth des lunettes et envoie une notification lorsqu’elle en détecte. « Je considère cela comme une infime partie de la résistance contre les technologies de surveillance », explique à 404 Media son concepteur Yves Jeanrenaud. Mais il ajoute qu’ « il s’agit d’une solution technologique à un problème social exacerbé par la technologie. Je ne souhaite pas promouvoir le techno-solutionnisme ni donner aux gens un faux sentiment de sécurité. Cette solution reste imparfaite ».
Lunettes connectées : des scènes d’intimité envoyées aux sous-traitants kényans de Meta
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L'intimité de l'entourage des utilisateurs révélée
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Des retranscriptions de discussions privées avec l'appareil
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Bientôt une enquête de la Commission européenne ?
Commentaires (23)
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Abonnez-vousLe 03/03/2026 à 14h48
Une caméra ça filme, et si ça peut envoyer la data sur une infra tierce, alors la data peut être utilisée sans aucune limite. Tous les RGPD et les lignes de code déontologiques inutiles n'y changeront rien hein, c'est juste du pragmatisme.
Le 04/03/2026 à 07h46
Je trouve que le sujet n'est pas assez abordé dans le sens, quand est-ce que ça film ? En permanence ? Quand les données sortent ? Quelle mémoire interne ? Ça permettrait de mieux comprendre.
Le 04/03/2026 à 09h24
Le 03/03/2026 à 14h55
Le 03/03/2026 à 16h31
"Qui aurait pu prédire?"
Le 03/03/2026 à 16h51
Le 03/03/2026 à 17h32
J'ai un peu de mal à comprendre, les lunettes ne filment pas en permanence, et elle coupent l'enregistrement quand on les retire...
D'autre part les vidéos ne sont envoyées au serveur que si on demande à ce que l'IA les analyse (genre "regarde et dis-moi ce qu'il y a devant moi"). Donc je suis assez surpris par les exemples remontés, et je m'interroge du coup sur leur véracité.
Le 03/03/2026 à 21h30
Le 04/03/2026 à 14h41
Le 03/03/2026 à 22h45
Ce ne serait pas la 1e fois qu'ils mentent à leur public. Ce ne serait pas non plus la 1e fois qu'un dispositif d'enregistrement enregistre des trucs qu'ils ne sont pas sensés enregistrer (Alexa, Siri, Ring, apps en tout genre, etc.)
Bref, ça serait juste un n-ième exemple des mensonges des BigTech.
Mais "qui aurait pu prédire ?" effectivement.
Le 04/03/2026 à 14h43
Le 04/03/2026 à 20h46
Hier à 14h55
Le 04/03/2026 à 08h38
Meta a démontré à maintes reprises se torcher le cul avec la protection des données personnelles. Pourquoi serait-ce différent ?
Le 04/03/2026 à 09h28
Le 04/03/2026 à 09h43
Le 04/03/2026 à 10h30
Le 04/03/2026 à 12h40
Le 04/03/2026 à 14h06
Modifié le 04/03/2026 à 12h34
Le 04/03/2026 à 12h38
Le 04/03/2026 à 20h53
Comment se défendre légalement contre ça ?
Modifié le 05/03/2026 à 14h18
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