Indemnités journalières : la Cnam renonce à son logiciel Arpège
Un logiciel, des dizaines de bugs, des milliers d'assurés
La Caisse nationale d’assurance maladie renonce à son logiciel Arpège, développé par Sopra Steria. Introduit en septembre 2024 dans deux départements, il a engendré une grande quantité de problèmes, provoquant plaintes chez les assurés et manifestations chez les agents.
Le 13 octobre à 12h36
6 min
Logiciel
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En septembre de l’année dernière, le logiciel Arpège était lancé en production pour des tests en condition réelle. Une décision qui, dès le départ, était critiquée. Développée par Sopra Steria pour un budget de 37 millions d’euros, le logiciel était pourtant attendu. Il devait rien moins que permettre à terme l’automatisation du traitement des indemnités journalières, versées dans le cadre d’arrêts de longue durée ou encore des accidents et maladies du travail.
Le gain de temps attendu était conséquent, à tel point que l’objectif initial était sa généralisation courant 2026. La Vendée et la Loire-Atlantique avaient été choisies par la Cnam pour servir de départements pilotes et vérifier le fonctionnement d’Arpège en situation réelle.
Rapidement, un nombre important de problèmes avaient été signalés, aboutissant à des retards très importants, se chiffrant parfois en plusieurs mois.
La Cnam renonce à Arpège
Comme signalé notamment par France Télévisions et France 3 Loire-Atlantique, la Cnam a décidé d’arrêter les frais. Nos confrères évoquent « un an de galère » et des assurés ayant « essuyé les plâtres ». À Ouest-France, on se demande même si Arpège est « enfin hors d’état de nuire ».
Depuis son introduction, Arpège a reçu un très grand nombre de corrections, aboutissant à une amélioration nette dans le traitement de certains dossiers. Pour les versements des arrêts maladie par exemple, la moyenne est de 17,4 jours en Vendée et de 19,2 jours en Loire-Atlantique, contre 23,6 jours au niveau national. Mais le logiciel a toujours du mal avec les accidents et maladies du travail, pour lesquels les deux départements sont plus lents que la moyenne nationale : « 33,6 jours en Vendée et 42,1 jours en Loire-Atlantique, contre 30,8 jours » au niveau national, a indiqué la Cnam à nos confrères.
En conséquence, la Cnam stoppe le déploiement d’Arpège. Les 99 autres départements vont ainsi rester sur la solution actuelle, mais le statut est plus flou pour la Vendée et la Loire-Atlantique. Selon France 3 Régions notamment, les assurés réclament le retour à l’ancien système.
La Cnam, elle, indique qu’Arpège « montre encore des limites importantes et nécessite d’autres évolutions correctives ou évolutives », expliquant son abandon, du moins sous cette forme. La Caisse nationale explique en effet que « ce qui fonctionne aujourd’hui dans l’outil sera préservé, notamment l’automatisation du traitement des arrêts de travail simples ». Tout le reste est mis de côté et sera « revu en profondeur ».
Arpège : un « scandale » et un « fiasco »
Rarement une solution logicielle aura autant concentré les critiques. En décembre 2024, après à peine trois mois, le Canard Enchainé évoquait déjà de très nombreux problèmes et décrivait Arpège comme « une catastrophe ». 15 000 personnes assurées étaient ainsi en attente de leurs versements, qui comprenaient à cette époque aussi bien des arrêts maladie que des congés maternité. « Malgré des dizaines de correctifs », le logiciel était « incapable de gérer certains dossiers ». La gestion agile du produit – lancer le produit et corriger les problèmes ensuite – était copieusement critiquée.
En mai dernier, Ouest-France rapportait que des agents de la CPAM de Loire-Atlantique avaient manifesté devant les locaux pour exprimer leur colère. « Arpege est un logiciel déployé à marche forcée au 1er octobre 2024 pour réaliser des gains de productivité et réduire le nombre d’agents. Le chaos a été immédiat avec des blocages généralisés sur plus de 15 000 dossiers », malgré le déploiement de 70 correctifs, pointaient les agents. Ils dénonçaient l’impact « désastreux » des bugs, aussi bien sur leurs conditions de travail que sur les assurés.
Le mois suivant, le syndicat FO FEC en remettait une couche. Parlant d’un « scandale Arpège » et fustigeant « l’entêtement » de la Cnam, le syndicat pointait nombre de situations précaires, voire « dramatiques » : « assurés devant quitter leur logement, car dans l’incapacité de payer leur loyer, d’autres écrasés par les agios bancaires ou contraints de contracter des prêts pour survivre, de piocher dans leur épargne durement constituée… Sans parler de l’angoisse permanente éprouvée par les intéressés ».
Toujours en juin, L’indépendant relatait également des situations dramatiques chez de nombreuses personnes. Magali Mazoué, assurée de Loire-Atlantique, indiquait ainsi avoir appelé plusieurs fois en pleurs la CPAM, allant jusqu’à lui déclarer qu’elle allait se « foutre en l’air ». Opérée de l’épaule, elle avait repris en mi-temps thérapeutique, mais les retards dans les versements l’ont conduite à reprendre à temps complet, contre l’avis médical.
Où est la DINUM ?
L’abandon d’Arpège est donc vécu par beaucoup comme une victoire. C’est le cas de Philippe Latombe, députée de Vendée qui exprime « son soulagement » dans un communiqué, sur LinkedIn et X. Il dit avoir été lui-même « sollicité à de très nombreuses reprises par des personnes en grande détresse ». Il ajoute que « des effectifs supplémentaires sont prévus afin de permettre un meilleur suivi des dossiers pour les arrêts de travail complexes ».
S’il ne voit aucun problème dans la numérisation progressive de l’administration, il lance quand même une pique : « L’implémentation de nouveaux dispositifs ne peut bien se passer que si l’entreprise externe en charge de ce chantier trouve en face d’elle des interlocuteurs suffisamment compétents […]. Ces personnes ressources ne sont malheureusement pas toujours présentes au sein des organismes publics ».
Il propose que la DINUM soit chargée du contrôle centralisé de tous les gros chantiers numériques pour « améliorer la qualité, l’efficacité et la fiabilité des services rendus », plutôt que de « s’éparpiller, comme elle le fait actuellement », en référence au développement interne de solutions techniques au lieu de remplir sa mission d’accompagnateur.
Indemnités journalières : la Cnam renonce à son logiciel Arpège
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La Cnam renonce à Arpège
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Arpège : un « scandale » et un « fiasco »
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Où est la DINUM ?
Commentaires (47)
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Abonnez-vousLe 13/10/2025 à 13h07
Le 13/10/2025 à 13h10
Le 16/10/2025 à 08h53
Modifié le 13/10/2025 à 13h30
Rajoutons à cela l'inertie, voire la réticence au changement, la gestion des priorités aléatoire à celui qui gueulera le plus fort, les intervenants qui espèrent pomper un budget open bar, les organisations foireuses où il faut rapporter la même info à 30 personnes différentes qui ne bittent rien, et j'en passe, et vous avez le pudding à l'arsenic typique des projets IT foireux.
Et mon expérience, c'est dans le privé.
Si vous voulez un projet qui fout la grouille dans la plupart des entreprises en ce moment : être prêt pour la facture électronique en septembre 2026. C'est ce genre de projet qui ouvre le cimetière du placard, et ça fait flipper.
Le 13/10/2025 à 15h43
Le 13/10/2025 à 15h56
Le 13/10/2025 à 18h56
Le nombre de boite pas prête est ouf
Le 13/10/2025 à 20h06
Toutes les entreprises assujetties à la TVA devront être capables de recevoir des factures via leur PA en 2026. Les PME/ETI/GE doivent aussi émettre.
L'obligation d'émettre pour les petites structures est au 1er septembre 2027.
Il y a eu en septembre dernier le chiffre 39% de PME qui se disent prête qui a circulé dans la presse spécialisée dernièrement. De mon côté, j'entend des chefs de projet se dire "bah ils vont encore repousser". Sauf que quand je vois perso la gueule de notre gouvernement et la volonté de gratter toute la thune qu'ils peuvent, disons que je préfère me dire que ça va aligner rapidement.
Suffit d'un gouvernement un peu con qui verse dans le "les patrons tfaçon c'est que des connards ultrariches" pour voir arriver le pire pour l'économie.
Le 13/10/2025 à 15h52
Modifié le 13/10/2025 à 16h05
Je ne décolère pas sur cet enfumage qui va encore enrichir je ne sait quelle grosse ESN.
Le 13/10/2025 à 16h02
Modifié le 13/10/2025 à 16h11
Je met "comparatif intermédiaire facture électronique" dans DuckDuckGo sur les 5 liens que j'ai cliqué, 2 sont signalé par l’extension Next sur les site IA
Modifié le 13/10/2025 à 16h25
Perso, pour mon EI, j'utilise l'offre d'un SaaS gratuit de compta qui a ajouté une PA partenaire à son service de base, donc rien à payer en ce qui me concerne.
@fdorin Sur ce point, oui, il y a toujours le reste qu'un escroc qui se prétend être PA. Cela dit, la liste des PA avec immatriculation sous réservé (bawi, toujours pas officialisé !) est dispo sur le site des impôts.
Note : je plains tous ceux qui ont nommé leur offre "PDP" (sans parler des pubs radio) depuis que le gouvernement les a renommées en "plateforme agréée"
Le 13/10/2025 à 21h05
Le 14/10/2025 à 15h35
Je vis exactement cela en ce moment, je suis train de modéliser en BPMN l'organisation d'une grosse boite dans le cadre de la mise en place de PCA/PRA, et les mecs s'engueulent presque en réunion car ils ne sont pas d'accord entre eux sur leur propre métier et organisation
Le 16/10/2025 à 08h15
Le 15/10/2025 à 19h49
Le 13/10/2025 à 13h38
Pas étonnant que le gouvernement français cherche des sous pour son budget...
Le 13/10/2025 à 15h15
Le 13/10/2025 à 18h26
Modifié le 14/10/2025 à 08h20
Le 13/10/2025 à 14h02
Une Expression de Besoin mal foutue
Des cas métiers oubliés , ignorés
Une Recette pas ou mal faite
Pas de MVP, pas de livraison en lot
"La gestion agile du produit – lancer le produit et corriger les problèmes ensuite – était copieusement critiquée."
c'est pas ça une gestion agile accessoirement
Modifié le 13/10/2025 à 14h08
Le 13/10/2025 à 14h12
Le 13/10/2025 à 17h34
Le 13/10/2025 à 14h46
Le 13/10/2025 à 15h46
Le 13/10/2025 à 14h53
Le 13/10/2025 à 19h31
Et nos étoiles filantes, oups ministres, ne font rien à l’affaire !
Le 14/10/2025 à 08h26
Franchement vu les buses qu'on se coltine depuis bien trop d'années, vaut mieux qu'ils ne fassent rien, c'est encore là qu'ils sont les meilleurs, surtout qu'ils ne touchent à rien ! Des catastrophes ambulantes pour rester très courtois et très loin des qualificatifs adéquats...
Le 13/10/2025 à 14h15
Ils ne font jamais d'expression de besoin dans le public ?
Le 13/10/2025 à 14h21
Du coup ca devient "on veut faire ça."
Pour Arpège j'en sais rien hein c'était juste des réflexions perso, car on a vite tendance a chier sur les ESN
Le 13/10/2025 à 14h22
Le 13/10/2025 à 15h03
Le 13/10/2025 à 18h28
Le 14/10/2025 à 10h31
Le 14/10/2025 à 09h50
En outre, certains prestataires répondent en sachant dès le début qu'ils ne pourront pas fournir le produit fini et que ce sera bien plus rentable de faire abandonner le projet avant la fin que de le porter au bout (ça, ce n'est pas nouveau, j'y ai déjà été confronté au milieu des années 2000) : remporter un marché en tirant les prix vers le bas, récupérer les milliers d'euros des premiers jalons, aller parfois jusqu'à 90% du projet, mais surtout ne pas faire les derniers 10% qui sont les plus coûteux (cas spéciaux, échanges de données, etc.).
L'autre souci qu'il y a est que certains outils développés en interne parfois à la fin des années 90 font bien le travail mais sont d'un autre temps (monoposte, basé sur un SGBD non maintenu, avec une interface qui rappelle Windows 3.1 (et pour cause, les premières versions étaient dans cet environnement)...) et, surtout, qui cumulent jusqu'à 3 décennies d'évolutions réglementaires quasi impossibles à implémenter en partant de zéro. Ces outils sont abandonnés à cause de leur dette technique (on parle de trucs développés en FoxPro, 4D, DBase, Windev, au mieux Oracle F&R...) mais la bascule vers un environnement technique avancé (SAP, HRAccess...) crée plus de problèmes que ça n'en résout (et fait exploser les coûts à la fois à cause des licences-socle et du prix de l'expertise des développeurs spécialisés - ben oui, l'outil développé à l'arrache par un bricoleur en interne en WinDev, il n'a pas coûté grand chose à faire, même s'il est chiant à maintenir sur 20 ans).
Modifié le 13/10/2025 à 15h26
Une grosse blague les projets de logiciel que j'ai vu ces dernières années.
Les fonctionnalités demandés en court de projet et écart de recette "seront traitée en evol après la MEP, promis"
MEP initial la veille de la dissolution de l'équipe projet et le lendemain il n'y a plus que le run auprès de qui pleurer.
Complétement coulé de part la MEP en force :
- un flot d'incident
- une documentation insuffisante
- une montagne d'evol plus critiques les unes que les autres (toute promises au metier par le projet)
Au passage, le projet à embarquer un minimum de personne pour éviter d'avoir un maximum de trucs à gérer. Voir débarque les personnes un peu trop constructive dans leurs critiques car ils ont pas le temps de traiter les choses avec le calendrier qui est imposé.
2 ans plus tard, encore des evols en cours, qui pourtant était considérée en pré-requis pour le GO MEP, mais le calendrier est trop fort, tous plis devant lui !
Modifié le 13/10/2025 à 16h23
Excellent.
Evidemment.
Bien sur.
Excellent ².
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Le génie Français à l'œuvre. C'est beau...
Le 14/10/2025 à 12h52
Le 13/10/2025 à 16h26
Le 13/10/2025 à 19h03
Il me semble qu'une des tares de Louvoie, c'est d'avoir du intégrer dans un logiciel unique des régimes de paiement littéralement caserne par caserne avec des dispositions diverses et transverses.
Idem ici.
Si le besoin fonctionnel à la base est une merde sans nom, expression de besoin ou pas, développement sérieux ou pas, la sortie n'en sera qu'à ch.....
Le 13/10/2025 à 19h24
Le 13/10/2025 à 21h06
Le 14/10/2025 à 07h38
Le 14/10/2025 à 08h38
Le 14/10/2025 à 09h34
Comme quoi, on n'apprend toujours rien de nos expériences!
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