Bruxelles soupçonne des pratiques anticoncurrentielles au niveau du support SAP
Vous reprendrez bien un petit contrat ?
La Commission européenne a annoncé jeudi 25 septembre l'ouverture formelle d'une enquête visant à déterminer si et comment SAP a pu fausser la concurrence autour de la maintenance et de l'assistance associées à ses outils logiciels. L'éditeur allemand est accusé d'avoir instauré des barrières favorisant ses propres services, au détriment d'autres fournisseurs.
Le 26 septembre 2025 à 17h30
4 min
Droit
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Poids lourd des systèmes ERP (Enterprise Resource Planning), SAP aurait-il profité de sa position commerciale privilégiée vis-à-vis des clients de ses solutions logicielles pour évincer la concurrence en matière de maintenance et d'assistance ? À Bruxelles, la question est prise suffisamment au sérieux pour motiver l'ouverture d'une enquête formelle à l'encontre du géant allemand du progiciel (34 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2024).
« Des milliers d’entreprises à travers l’Europe utilisent les logiciels de SAP pour gérer leurs activités, ainsi que les services de maintenance et d’assistance qui y sont liés. Nous craignons que SAP n’ait restreint la concurrence sur ce marché de l’après-vente crucial en rendant la tâche plus difficile à ses concurrents, ce qui laisse aux clients européens moins de choix et entraîne des coûts plus élevés », fait valoir l'Espagnole Teresa Ribera, première vice-présidente exécutive de la Commission européenne et commissaire à la Concurrence.
Une maintenance imposée
Destinées à la gestion des ressources informatiques d'une entreprise, les solutions de SAP se déclinent sous forme d'innombrables versions verticalisées en fonction des métiers, des filières ou des conditions de déploiement. L'éditeur allemand entraîne de ce fait dans son sillage une multitude d'intégrateurs et de fournisseurs spécialisés, qui entrent parfois en concurrence avec les services qu'il prodigue directement.
Bruxelles affirme avoir des doutes quant au caractère sain de cette concurrence pour ce qui relève des contrats de maintenance et d'assistance liés aux produits SAP. La Commission indique que son enquête est motivée par l'observation de quatre pratiques commerciales considérées comme litigieuses.
Elle observe d'abord que l'éditeur allemand exige de ses clients qu'ils sollicitent ses propres services de maintenance et d’assistance pour l'ensemble de leur portefeuille de solutions SAP et le tout à des conditions tarifaires identiques, quels que soient les logiciels envisagés. Lesdits clients seraient ainsi empêchés de « choisir et combiner » des services de niveaux et de prix différents, émanant notamment de fournisseurs tiers, alors que cela pourrait se révéler préférable de leur point de vue.
Des frais de réactivation litigieux
La Commission accuse par ailleurs SAP d'empêcher ses clients de « résilier les services de maintenance et d'assistance pour les licences logicielles inutilisées, ce qui peut les amener à payer pour des services dont ils ne veulent pas ». Elle note également que l'éditeur « prolonge systématiquement la période initiale des licences ERP sur site, période pendant laquelle les clients ne peuvent résilier les services de maintenance et d'assistance », mais aussi qu'il facture « des frais de réactivation et de maintenance rétroactive aux clients qui souscrivent aux services de maintenance et d'assistance de SAP après une période d'absence ».
De ces quatre constats, elle exprime la crainte que SAP « ait pu restreindre la concurrence des prestataires tiers », mais aussi que « les pratiques mises en œuvre par SAP constituent un comportement abusif à l'égard des clients de SAP ».
SAP collaborera avec Bruxelles
L'éditeur allemand a accusé réception jeudi. Il affirme que ses politiques commerciales et ses actions sont « parfaitement en ligne » avec les règles de la concurrence. « Nous prenons toutefois au sérieux les problèmes soulevés et travaillons en étroite collaboration avec la Commission européenne pour les résoudre. », indique-t-il.
Une enquête formelle de ce type n'aboutit en effet pas toujours à une condamnation : selon le traité sur le fonctionnement de l'UE, l'entreprise qui se verrait incriminée par les résultats finaux de la procédure peut y mettre fin en convenant avec la Commission européenne de certains engagements qui sont alors rendus juridiquement contraignants. SAP semble sur ce point déjà envisager des aménagements, mais se veut rassurant vis-à-vis de ses actionnaires : « Nous ne prévoyons pas que l’engagement avec la Commission européenne entraîne des impacts significatifs sur nos performances financières ».
Bruxelles soupçonne des pratiques anticoncurrentielles au niveau du support SAP
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Une maintenance imposée
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Des frais de réactivation litigieux
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SAP collaborera avec Bruxelles
Commentaires (13)
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Abonnez-vousModifié le 26/09/2025 à 17h48
Le 26/09/2025 à 17h51
(valable avec à peu près tous les ERP cela dit)
Modifié le 26/09/2025 à 19h26
Mais en lisant l'article, les pratiques paraissent un peu abusé en effet.
Seul point reproché où je ne suis pas daccord, c'est « des frais de réactivation et de maintenance rétroactive aux clients qui souscrivent aux services de maintenance et d'assistance de SAP après une période d'absence ».
Ça me semble tout à fait logique. Le principe d un contrat de maintenance, c'est qu on paye un peu tous les mois pour se couvrir, comme une assurance.
Si on ne prend pas la maintenance quand tout fonctionne bien, puis qu'on la prend quand il y a un soucis, puis arrête après, c'est un peu trop facile.
Modifié le 26/09/2025 à 19h41
Ça devrait être interdit de payer pour un plombier uniquement quand il y a une fuite, c'est un peu trop facile.
Si seul le fabricant de tuyauterie pouvait faire la maintenance ça aiderai à régler le problème, ils pourraient enfin rétablir un environnement économique créateur de richesse et imposer un abonnement mensuel pour tout le monde.
Le 26/09/2025 à 20h37
D'ailleurs, c'est pas ce principe que remet en cause Bruxelles : le problème, c'est qu'on ne laisse pas le choix au client.
Le 26/09/2025 à 22h17
Le 26/09/2025 à 22h47
Je ne comprends pas comment nos administrations publiques se retrouvent à utiliser ce truc, et en plus de l’imposer aux autres (l’immondice Chorus Pro).
Le 27/09/2025 à 10h26
- Avant signature les techs préviennent que y'a un gros problème. Ils le font toujours mais cette fois si ce n'est pas volé.
- Le contrat est signé quand même. Parfois en grandes pompes.
- Le management dit au tech que ça coutera moins cher. Mais le tech il sait pertinemment qu'il n'en est rien et de loin.
- L'entreprise se retrouve coincée.
- Les middle managers se barrent avec option construction de piscine.
- Le truc est logé et l'entreprise aura bien du mal à migrer. Faute de compétences et de budgets qui se fait bouffer par la maintenance.
- Les techs finissent par partir avec un doigt levé pour cause de ras le bol.
- La boite sous performe, parfois coule faute de pouvoir redresser le tir.
Avec SAP c'est obligatoire d'avoir 2 dev/support/exploit dessus. Soit dans la boite, soit en presta. Quand on a compris ça on comprend de suite bien mieux le panorama.
Des dossiers comme celui-ci sont courant en IT. Qui se rappelle de 'Open Bar' ?
Le 27/09/2025 à 00h06
Modifié le 28/09/2025 à 12h22
Pas de RGPD, pas de protection du consommateur type garanties/portes de sorties contractuelles...
Cet idylle secret dont les scandales n'intéressent quasiment personne. Le paradis des vautours.
Modifié le 28/09/2025 à 13h35
Le B2B est tout autant régit par les contrats que le B2C et tous deux s'appuient sur le cadre juridique (même si oui, le B2C est plus protégé, ce qui est logique puisque nous ne sommes pas tous des juristes). Par contre, de mon expérience, les entreprises négocient surtout très mal leurs contrats IT. Et dès qu'elles se retrouvent en position de faiblesse avec un éditeur, c'est foutu.
Le 28/09/2025 à 14h21
Pour les contrats, c'est surtout qu'on considère toujours une sorte d'égalité dans les négociations entre professionnels, mais la réalité est souvent toute autre. Surtout dans le domaine de la tech où la tendance à l'écosystème captif est plus forte que jamais.
Dans le cloud, les CRM et ERP ou les outils collaboratifs, les barrières à la sortie sont juste gigantesques et souvent financièrement dissuasives.
Le 28/09/2025 à 16h55
Dans le cas d'un ERP, la réversibilité est surtout très complexe à cause d'une nécessité de devoir adapter les gestes métiers pour la philosophie du nouvel ERP...
... ou de lui tordre le cou, en fait une horreur inmaintenable et non fonctionnelle que tout le monde haïra et coûtera une fortune.
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