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Proton lance son assistant IA Lumo et déménage ses installations en Allemagne

Toujours plus de chiffrement

Proton lance son assistant IA Lumo et déménage ses installations en Allemagne

Proton vient de lancer son tout premier assistant IA. Nommé Lumo, il veut faire la différence sur le terrain de la confidentialité et de la vie privée. La société suisse va également investir 100 millions d’euros pour ses activités d’intelligence artificielle. Le projet sera développé en Allemagne plutôt qu’en Suisse, un choix politique.

Le 24 juillet à 15h50

Sans trop de surprise, la position de Proton (entreprise dont l'actionnaire majoritaire est maintenant la fondation du même nom) sur l’IA est composite : « L'intelligence artificielle a le pouvoir de relever les défis de l'humanité, petits et grands, de la planification de réunions à la modélisation de molécules. Mais pour améliorer véritablement notre façon de vivre et de travailler, nous avons besoin d'un assistant IA construit de manière responsable, en donnant la priorité aux personnes et à la protection de la vie privée ».

Le nouvel assistant, Lumo, doit répondre à cette dualité : « les avantages de l'IA sont trop importants pour être négligés et que les risques sont trop graves pour être ignorés ». Proton affiche ses certitudes sur l’IA, qui est là pour rester, « que cela nous plaise ou non ».

Il est disponible dès à présent en version web, ainsi qu’à travers des applications mobiles dédiées pour Android et iOS. On peut l’utiliser sans compte Proton, mais connecter son compte déverrouille des fonctions supplémentaires.

Cap sur la vie privée

Proton précise d’emblée que sa technologie est alimentée par des modèles open source et qu’elle n’utilise pas les données des utilisateurs. Le contraire aurait été étonnant : les données en question sont protégées par le chiffrement de bout en bout, la société suisse n’ayant accès qu’à certaines métadonnées. Lumo est constitué de plusieurs modèles, la requête étant acheminée vers le plus adapté, selon Proton.

Consciente qu’elle arrive bien après les grands ténors américains armés de dizaines de milliards de dollars, la société suisse met l’accent sur l’Europe. « Lumo est basé sur des modèles linguistiques open-source et fonctionne à partir des centres de données européens de Proton. Vous bénéficiez ainsi d'une plus grande transparence sur le fonctionnement de Lumo que sur celui de tout autre assistant d'IA majeur. Contrairement à Apple Intelligence et à d'autres, Lumo n'est pas un partenariat avec OpenAI ou d'autres sociétés d'IA américaines ou chinoises, et vos requêtes ne sont jamais envoyées à des tiers », déclare ainsi Proton. La comparaison avec Apple est cependant assez hasardeuse : la firme a bien un partenariat avec OpenAI, mais il ne constitue pas le cœur de son infrastructure, axée sur la vie privée elle aussi.

Proton donne plusieurs points forts pour différencier son offre. Lumo ne crée ainsi pas de journaux pour sauvegarder tous les échanges. On retrouve le classique chiffrement de bout en bout et en accès zéro disponible sur les autres produits de l’éditeur, la promesse de ne jamais partager de données avec des tiers (la société indique d’ailleurs ne pas en avoir à cause de son architecture), ou encore un siège européen lui garantissant une imperméabilité à la « juridiction américaine ».

Proton dans la course

Ce n’est pas la première fois que Proton se lance dans l’IA. L’année dernière, l’entreprise a lancé un assistant d’écriture pour son service Mail. Lumo est cependant la première tentative de chatbot complet à usage général. On peut lui demander d’effectuer des recherches sur le web, de résumer des documents et autres fonctions aujourd’hui classiques. Si l’on connecte son compte Proton Drive, on peut également poser des questions sur les fichiers stockés. On peut aussi envoyer des fichiers manuellement à Lumo.

La question se pose de ses performances et de ses évolutions. Contrairement à des sociétés comme OpenAI, Anthropic, Meta ou Google, Proton n’est pas assise sur un immense trésor de données. Des sommes très importantes sont investies dans l’acquisition de données, alors que Proton ne peut utiliser celles de ses clients. Une partie de la réponse se trouve dans la présentation de Lumo : « Lumo peut rechercher sur le web des informations nouvelles ou récentes pour compléter ses connaissances existantes ».

Proton met surtout en avant la vie privée. Crédits : Proton

Il ne faut pas attendre Lumo comme un concurrent de ChatGPT ou de Claude, mais comme un assistant conçu pour la galaxie des services maison. Proton met d’ailleurs surtout en avant son respect de la vie privée, notamment avec le mode Fantôme, qui permet de ne pas enregistrer l’échange dans l’historique. Ce dernier est quoi qu’il en soit chiffré de bout en bout. Noter que cet historique n’est sauvegardé que si un compte Proton est connecté.

Comme de nombreux assistants, Lumo repose sur un modèle freemium : son utilisation basique est gratuite, mais limitée en requêtes et en fonctions. Pour déverrouiller le reste, il faudra passer par un abonnement Lumo Plus proposé à partir de 12,99 euros par mois, avec une promotion en cours à 9,99 euros. La formule autorise un nombre illimité de requêtes, la recherche sur le web, un nombre illimité de favoris, l’envoi et les requêtes sur de multiples fichiers volumineux, un accès à des modèles plus avancés et une assistance prioritaire. L’abonnement n’est pas intégré dans l’offre Unlimited.

Déménagement militant

En marge de son annonce, Proton annonce également avoir déménagé ses installations en Allemagne : « En raison de l'incertitude juridique entourant les propositions du gouvernement suisse d'introduire une surveillance de masse – propositions qui ont été interdites dans l'UE – Proton déménage la majeure partie de son infrastructure physique hors de Suisse. Lumo sera le premier produit à être transféré ». Un transfert politique, pour protester contre ce que l’entreprise juge comme une dérive.

Selon Le Temps, Proton investira également jusqu’à un milliard de francs suisses (1,07 milliard d’euros) en Allemagne et en Norvège afin de développer et renforcer ses infrastructures, notamment pour Lumo. Plus précisément, 100 millions seront investis très prochainement, les 900 millions restants devant être injectés avant 2030. « J’aimerais pouvoir réinvestir les 900 millions restants ici, à Genève. Le canton nous soutient fermement. Le problème est au niveau fédéral, à Berne », a déclaré Andy Yen, CEO de Proton, au journal.

Proton réaffirme également son désir d’investir dans une Europe numérique souveraine.

Commentaires (21)

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Lumo est basé sur des modèles linguistiques open-source
J'ai essayé de chercher rapidement, mais n'ai pas réussi à trouver quels sont les LLM utilisés. Un peu dommage s'ils ne communiquent pas là-dessus.

Ils disent que c'est open source, mais je peine à trouver le lien vers le code sur leur site. L'interface web semble en propre, elle n'a pas l'air basée OpenWeb UI d'ailleurs.
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Lumo m'a répondu qu'il utilisait un LLM de MistralAI, mais pas plus de détails.
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Il m'a répondu la même chose en ajoutant :
«  the implementation and integration of these models into the Lumo service are proprietary to Proton ».
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C'est la raison pour laquelle je ne demande pas à un LLM comment il fonctionne ou a été implémenté : il n'en a aucune idée sauf si son system prompt lui donne des informations de contexte (exemple ici avec un system prompt pour mistral-small 3.2 24b qui lui indique sa limite en base de connaissances et oriente son comportement)
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Tu sais, je demande jamais rien à ces outils. J'ai aucune foi en eux.
Ici, c'était seulement l'occasion de faire un 1er test avec Lumo. Juste pour voir…
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On peut espérer que ce soit celui là https://actu.epfl.ch/news/un-grand-modele-de-langage-concu-pour-le-bien-publ/

Edit: leçon à retenir : toujours rafraichir la page avant de poster un message
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La liste des modèles utilisés est dispo ici : https://proton.me/support/lumo-privacy#:~:text=The%20models%20we%E2%80%99re%20using%20currently%20are%20Nemo%2C%20OpenHands%2032B%2C%20OLMO%202%2032B%2C%20and%20Mistral%20Small%203.

À date :
The models we’re using currently are Nemo, OpenHands 32B, OLMO 2 32B, and Mistral Small 3.
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Merci !

C'est planqué quand même, je n'aurais pas eu l'idée d'aller chercher la liste des composants techniques dans "Privacy"...
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Aucun domaine tiers utilisé pendant les échanges :love:

J'aime bien l'interface, elle me rappelle celle de Mistral. Au boulot on nous impose Open AI (personnalisée), je ne supporte pas le défilement imposé jusqu'à la fin de la réponse. Je scrolle vers le haut, et paf ça me ramène en bas tant qu'il continue de répondre :mad: (oui c'est un détail, mais j'accord de l'importance aux détails)
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Pas fan des tchat avec les IA, mais j'avoue que le fait que les modèles soient automatiquement sélectionnés est une bonne idée pour l'environnement (même si le mieux reste pas d'IA) : avoir un système qui envoie automatiquement les requêtes simples sur une IA légère et les requêtes complexes sur une IA lourde ça évite aux gens de se mettre sur le modèle lourd en permanence, ce qui est du gâchis.

Enfin après, est-ce que le principe même d'IA dans des interfaces de discussions serait pas du gâchi ?
Je ne parle pas de l'IA du correcteur orthographique, de la transcription automatique pour l'accessibilité ou de l'IA spécialisée intégrée précisément dans un logiciel métier, mais bien de l'IA dans une interface de discussion et qui est censée tout faire. Bon en tout, expert en rien, et bien plus consommatrice de courant.
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Je ne parle pas de l'IA du correcteur orthographique, de la transcription automatique pour l'accessibilité ou de l'IA spécialisée intégrée précisément dans un logiciel métier, mais bien de l'IA dans une interface de discussion et qui est censée tout faire. Bon en tout, expert en rien, et bien plus consommatrice de courant.
De mon expérience perso, les chat bot généralistes sont au mieux inutiles, au pire ils font perdre du temps. J'ai plusieurs fois testé celui d'Azure pour voir quand j'avais une erreur sur une ressource, et il me ressortait un diagnostique du même niveau qu'une hotliner Internet de niveau 1. Il n'avait visiblement pas accès aux logs ou infos de diag, donc zéro intérêt.

Par contre, des modèles intégrés pour une tâche précise et spécialisés, ça donne généralement de bons résultats. Je pense à Antidote par exemple qui propose des reformulations. Son seul souci en ce qui le concerne, c'est qu'il est plat et policé à en crever. Donc généralement je m'appuie sur la structure et adapte.

La notion de discussion elle-même c'est pas spécialement en défaut, les chat bots d'assistance au développement savent se montrer pertinents pour peu que le dev ait assez d'expérience pour le challenger ou le guider.

Après, je ne suis pas certain qu'un modèle généraliste ou spécialisé soit plus ou moins consommateur. En fin de compte, le modèle de base aura toujours besoin d'une grande quantité de paramètres (même si on a des très bons résultat avec des 24b qui tournent sur des machines grand public - avec des temps de réponse pas très supportables par contre) et c'est surtout leur fine-tuning et les paramétrages des prompts qui les rend plus ou moins bons.

Dans tous les cas, le modèle ne consomme de la ressource de calcul qu'au moment de l'inférence, qu'il soit lourd ou léger. Une fois chargé, il réside en mémoire (RAM ou VRAM, selon la machine qui fait tourner) et attend les requêtes.
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C'est bizarre de quitter la Suisse car au moins en Union Européenne y a pa les lois annoncées, et investir en Norvège qui n'est pas dans l'union
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De ce que j´en sais en tant qu´utilisateur de 2 services norvégiens (mail et cloud), le pays a des lois très strictes sur ces problématiques.
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Reste encore le problème crucial de la dépense en énergie et en eau potable. Est-ce qu'on est en train de parler d'un écocide qui respecte plus la vie privée ? C'est mieux, mais quand même...
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Mais en effet, ça reste un écocide. Ce serait comme dire qu'on tue des gens, mais avec une arme de seconde main et acheté localement. C'est un joli effort, mais insignifiant fasse au problème initial.
Après, si ça remplace les autres IA, c'est toujours mieux, mais j'ai un (très gros) doute...
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Par contre je comprend pas. L’Allemagne ne demandait pas l'obligation de backdoor, d'où les soucis avec Tutanota?
Et je me demande même, ProtonMail et ProtonVPN n'était pas indisponible dans ce pays pour ces mêmes raisons?
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Mais l'Allemagne n'est-elle pas dans le lit avec les États-Unis, niveau renseignements ?
S'installer en Allemagne quand on cherche à protéger le secret des correspondances et la vie privée est en un choix qui me semble étrange… ou mal informé.
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Oui, c'est très étrange, l'Allemagne fait partie des 14-eyes...
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Au chat Rbon tu veux dire ? (non parce que personne n'a relevé, le chat Lumo...)
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Je n'ai pas trouvé d'article sur Next concernant la proposition du gouvernement fédéral Suisse sur l'espionnage de masse.

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