L’Europe face aux restrictions chinoises sur les terres rares
Protego Diabolica
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Face aux restrictions chinoises sur l’exportation de certains matériaux indispensables à nos industries, avec déjà des conséquences industrielles, l’Europe se doit de réagir. Le Parlement dénonce : « cette décision est injustifiée et revêt un caractère coercitif ». Il cherche aussi de nouvelles solutions.
Le 11 juillet à 08h35
4 min
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Dans un communiqué, le Parlement européen rappelle que « la Chine détient une position quasi-monopolistique sur le marché mondial ». Le pays a mis en place des restrictions qui ne sont pas du gout de l’Europe et qui veut donc s’émanciper.
La Chine impose des restrictions sur 40 % des terres rares
« Le 4 avril 2025, la Chine a commencé à imposer des restrictions à l’exportation sur sept des 17 terres rares et sur les aimants permanents produits à partir de celles-ci […] et a invoqué des considérations de double usage et de sécurité comme justification ». Voici les sept éléments concernés : samarium, gadolinium, terbium, dysprosium, lutétium, scandium et yttrium.
Les députés ont adopté une résolution (523 pour, 75 contre et 14 abstentions), affirmant « que cette décision est injustifiée et revêt un caractère coercitif, compte tenu de la position quasi-monopolistique de la Chine ». Les députés se disent aussi « profondément préoccupés par les exigences chinoises imposées aux demandeurs de licences d’exportation de communiquer des données sensibles ».
L’Europe cherche partenaires respectueux des droits humains
Cette résolution ne peut pas avoir d’effet direct sur la position de la Chine (qui est souveraine dans sa décision), mais soulève la question pour l’Europe de chercher de nouveaux partenaires « respectant des standards élevés en matière de durabilité et de droits humains ». Le dialogue reste ouvert et le Parlement compte profiter du prochain sommet UE-Chine prévu pour les 24 et 25 juillet 2025.
Les députés demandent à la Commission et aux États membres d’accélérer la mise en place du règlement sur les matières premières critiques (Critical Raw Materials Act ou CRMA). Il prévoit trois axes de développement : « accroître et diversifier l'approvisionnement de l'UE en matières premières critiques », « renforcer la circularité, y compris le recyclage » et « soutenir la recherche et l'innovation en matière d'utilisation efficace des ressources et de mise au point de substituts ».
Le Parlement rappelle que l’« approvisionnement sûr et durable en matières premières critiques est fondamental pour atteindre les objectifs de l’Union dans les domaines du climat, du numérique, de la compétitivité et de la défense ». Autre point important : actuellement, il n’y a « pas d'alternatives à performance équivalente ».

L’Europe a déjà signé plus d’une dizaine de partenariats avec d’autres pays, notamment l’Australie pour des matériaux critiques pour les batteries, les voitures et les puces. Depuis 2021, il y a eu le Canada, l’Ukraine (aussi au cœur de négociations avec les États-Unis), le Kazakhstan, la Namibie, l’Argentine, le Chili, le Congo, la Zambie, le Groenland, le Rwanda, l’Ouzbékistan et la Serbie. La liste se trouve par ici.
Déjà des répercussions industrielles
Les enjeux sont importants puisqu’on parle de matières premières critiques, de terres rares et d’aimants permanents, des matériaux « utilisés dans des secteurs industriels comme l’automobile et la défense, mais aussi dans les éoliennes, les casques audio et les appareils IRM ». Les restrictions chinoises « ont déjà eu des répercussions sur ces industries », affirme le Parlement, sans entrer dans les détails.
Un des problèmes étant aussi que certains matériaux, terres et aimants ne sont disponibles que dans certaines zones très restreintes du monde. Le Parlement souhaite aussi que l’Union mène « des activités minières sur son territoire » et restaure ses capacités de transformation.
Selon l'Institut des études géologiques des États-Unis (USGS) repris par Vie Publique, en 2021, les réserves mondiales de terres rares étaient de 120 millions de tonnes. 90 % se trouvent dans quatre pays seulement :
- Chine : 44 millions de tonnes (37%) ;
- Vietnam : 21,6 millions de tonnes (18 %) ;
- Brésil : 20,4 millions de tonnes (17 %) ;
- Russie : 20,4 millions de tonnes (17 %).
En France, il existe des sites susceptibles d'être exploités pour des terres rares. Ils sont situés en Bretagne, en Guyane et en Polynésie. « Au rythme de production actuel (280 000 tonnes) et au vu de ces réserves, le monde dispose d'au moins 430 ans de consommation de terres rares devant lui », ajoute Vie Publique.
L’Europe face aux restrictions chinoises sur les terres rares
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La Chine impose des restrictions sur 40 % des terres rares
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L’Europe cherche partenaires respectueux des droits humains
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Déjà des répercussions industrielles
Commentaires (18)
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Abonnez-vousLe 11/07/2025 à 08h40
Et en attendant, on continue toujours d'avoir une politique générale en UE (et ailleurs aussi) qui ne font qu'accroitre la dépendance à ces matériaux...
Cherchez l'erreur.
Modifié le 11/07/2025 à 10h22
Les matériaux critiques, c'est une liste de matériaux jugés critiques pour l'UE qui comprend certaines terres rares mais pas toutes, et surtout pas que.
Les terres rares, c'est globalement abondant et disponible un peu partout mais d'une part la quantité pour un volume donné d'extraction de "terre" est assez faible et d'autre part quasiment toujours combiné à d'autres éléments sous forme d'oxydes par exemple, du coup le processus d'extraction est extrêmement impactant, mais la transformation derrière l'est également (c'est à dire obtenir le métal pur utilisable, avant même de commencer à fabriquer des choses avec).
Ensuite on cite également les aimants permanents par exemple, qui sont des produits contenant des terres rares (et donc nécessitant toute cette chaîne de valeur amont) et leur propre procédé de fabrication qui n'est pas forcément disponible partout non plus.
Aujourd'hui typiquement, tout le monde ne mine déjà pas de terres rares, parmi ceux qui les minent, peu les traitent directement en proportion, et parmi ceux qui les traitent, tout le monde n'a pas la capacité de fabriquer des choses avec.
En gros, il ne "suffit" pas simplement de se mettre à ouvrir des mines en Europe, ça ne changera pas grand chose si on s'arrête là, il ne suffit pas non plus d'ouvrir des usines à aimants (par exemple), etc... pour utiliser un terme à la mode, il faut vraiment adopter une approche holistique, mais c'est particulièrement vrai et sensible sur ce sujet.
Modifié le 11/07/2025 à 10h38
Le 11/07/2025 à 10h58
La dépendance actuelle n'est pas simplement sur les terres rares ou les matériaux critiques en général, mais sur l'ensemble de la chaîne de valeur, et ce n'est pas un détail.
Maintenant, une fois qu'on a dit ça, il faut bien commencer quelque part et y mettre un peu de bonne volonté, ça c'est clair ! Mais faut-il commencer par rouvrir des mines ? des usines de traitement ? des usines de fabrication de composants ? tout en même temps ? comment ? et là ça se complique.. il ne suffit pas de dire "yakafokon"
Le 11/07/2025 à 14h19
Les accords de Paris imposent de diminuer nos émissions de CO2 et/ou GES de 5% par an. C'est pas en produisant encore plus qu'on va s'en sortir.
Modifié le 11/07/2025 à 14h31
A titre tout à fait personnel je me permettrais de m'en prendre à l'écologie quand cela ne me posera plus de problème de principe une éventuelle mine à ciel ouvert ou un derrick dans mon jardin, mais pour le moment ça me gène, alors je ne vais pas l'imposer aux autres.
Et concernant la production en général, exactement, le gros conflit venant du fait que toute l'économie est basée sur une croissance productiviste, ça se voit d'ailleurs en conférences dans lesquelles je vois très souvent les groupes industriels se succéder pour expliquer à quel point ils deviennent vertueux, citant allègrement le concept des 9R mais n'en citant que certains (généralement recycler et réparer, ce qui est déjà mieux que rien) mais oubliant très souvent qu'il y a aussi réduire et surtout refuser dans la liste... évidemment c'est pas très business-compatible.
Mais c'est plus simple de rendre les débats manichéens : "on est dépendants des chinois car les écolos veulent pas qu'on ai de mines" si c'était si simple... ou l'automobile "on peut quand même pas supprimer les voitures c'est indispensable pour beaucoup de monde, bande d'écolo-bobos" ce qui est vrai, mais le propos n'est en fait pas là, et la vraie question est plutôt : est-ce que les véhicules de plus de 2 tonnes gavés d'options relativement peu utiles, sont réellement indispensables à une part si importante de la population ? on est bien loin du moyen de locomotion indispensable...
Bref débat sans fin, mais de toute façon il est clair qu'on fonce dans le mur, et je suis assez pessimiste mais j'ai peur que l'on ne sauve de toute façon ni l'économie, ni nos conditions de vie, à moyen terme.
Le 11/07/2025 à 13h36
On pouvait lire il y a quelques temps :
Bon bin, voila les conséquences. C'est la petite gué-guere économique qui continue. Ce n'est pas parce que le brushing spatial yankee ne la ramène plus sur ces taxes que le match est terminé. Ou que ce match se joue uniquement entre Chine et USA.
Le 11/07/2025 à 19h51
Notre marché était (et est probablement) bien plus ouvert que ceux de la Chine et des USA.
Le 12/07/2025 à 11h16
Agir dans un sens ou l'autre a des conséquences. La libre circulation des biens et marchandises fait bien pale figure aujourd'hui.
Si l'Europe est trop stupide pour avoir vu que les chinois ont construit une base solide d'éléments leur permettant de fabriquer de A jusqu'à Z tout ce qu'ils veulent, je n'y peut rien.
Quand la chine a commencé à construire des ports, notamment dans les pays d'Afrique (mais pas que) et de choyer les gouvernements locaux (qui avaient un truc a miner et qui en avait bien besoin) avec de l'emprunt en les impliquant dans ces chantiers (R.O.I. qui permet de rembourser) : Il est évident que cela allait servir plus tard les intérêts de la chine.
Le but bien évidement c'est de créer des présences permettant de soit obtenir "la stuff" à cout préférentiel ou d'avoir le tuyau le plus près possible du gisement qui est dans l'intérieur des terres.
On ne peut pas dire que cela s'est fait dans un grand secret. C'est depuis les années Chirac que c'est en mouvement. Ça prend du temps a construire des terminaux pareils. Le résultat, c'est maintenant.
Une petite carte qui en dit long. Depuis cet article.
C'est dans ces situations la, que l'on comprend la posture des élus Européen (mais pas que). Quand il gagnent, clament leur supériorité, la sélection naturelle. Alors que c'est probablement un coup de bol. Quand ils perdent ils appellent cela de l'injustice (La droite française aussi d'ailleurs).
La Chine s'est procuré les moyens de faire la nique à tout le monde, tranquillement, patiemment. Et elle va continuer. Parce qu'elle a toujours un gros problème démographique. C'est leur point fort et point faible à la fois.
S'il faut bien un truc complètement international et qui ferait autorité, c'est une sorte d'ONU des mines. En gros; un organe qui permettrai le partage des ressources de ce genre. Justement pour éviter ce cas de quasi monopoles. Et la myriade de guerres qui en a découlé. Mais ça personne n'en veut.
"Iz just gud buziness" said a LolCat.
Le 12/07/2025 à 15h14
Ça s'appelle l'OMC. Et la Chine est au conseil de sécurité de l'ONU, ça ne l'empêche pas de chier sur à peu près toutes les instances internationales dont elle fait partie (cf. les annexions d'îlots en mer de Chine jusque dans les ZEE des voisins).
Modifié le 12/07/2025 à 18h46
Edit : Phauts
Le 12/07/2025 à 21h38
Le 13/07/2025 à 09h40
Le 13/07/2025 à 11h08
Le problème, c’est qu’en Europe on ne veut plus d’industrie, car ça pollue, et en même temps on traite de feignants les gens qui ne peuvent travailler que dans ce secteur et se retrouvent donc au chômage. On estime même qu’il faudrait leur couper les aides parce qu’ils "glandent". À un moment, faire croire que la Chine est le grand méchant de l’histoire alors que l’Europe fait exactement la même chose dans plusieurs secteurs sur son propre sol... ça me fait sourire 😏.
Les États-Unis l’ont fait et continuent de le faire sur le pétrole et d’autres ressources à coups de conflits, et pourtant, “ce sont les gentils”. Le Groenland, récemment, ce n’est pas pour la paix — c’est pour mettre la main sur les ressources, et plus personne n’est dupe. Le programme à 3 400 milliards de dollars, c’est quoi, si ce n’est pas de la subvention ?
Tant qu’on continuera à se rentrer dedans géopolitiquement parlant, ce sera toujours la même histoire. À un moment, il faut aussi savoir tourner le prisme un peu.
Le 14/07/2025 à 19h02
Le 11/07/2025 à 13h37
Peut-être est-ce là le problème ?
De l'industrie primaire chez nous ?
Géostratégiquement, cela a du sens depuis fort longtemps.
Tout le monde risque fort d'être bien d'accord… jusqu'à l'annonce de l'ouverture de la moindre mine dans sa région, contre laquelle il conviendra de se mobiliser.
Le 11/07/2025 à 19h52
Le 12/07/2025 à 07h53
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