#Le brief du 01 octobre 2025

Chantage à la vidéo intime : prison et inéligibilité requises contre le maire de Saint-Étienne

L’affaire avait été révélée en août 2022 par Mediapart. Tournée à l’insu du premier adjoint de la mairie de Saint-Étienne, Gilles Artigues, une vidéo intime aurait été utilisée à son encontre par le maire de la ville Gaël Perdriau pour le mettre sous pression. Le procès s’est tenu du 22 au 30 septembre au tribunal correctionnel de Lyon.

À la barre, se sont succédés les différents mis en cause, Gaël Perdriau, son ancien directeur de cabinet Pierre Gauttieri, l’ancien adjoint à l’éducation de la ville Samy Kéfi-Jérôme, et l’ex-compagnon de ce dernier, Gilles Rossary-Lenglet.

Les trois derniers sont poursuivis pour « association de malfaiteurs », soupçonnés d’avoir organisé le tournage de la vidéo à caractère sexuel qui a servi à faire pression sur Gilles Artigues pendant des années.

Balance de la justice

Reconnaissant avoir attiré Gilles Artigues dans le piège, Samy Kéfi-Jérôme a rapidement exprimé sa « honte » et ses « regrets », accusant à demi-mots Gaël Perdriau.

Accusé par la défense de Gaël Perdriau d’avoir tout « commandité », Pierre Gautierri accable de son côté l’ancien maire et présente à plusieurs reprises ses excuses à la famille Artigues.

Mireille Artigues, épouse de la victime, a de son côté témoigné de la déflagration que la vidéo et son usage sur Gilles Artigues ont exercé sur leur famille. Pendant sept ans, alors que son mari ne laisse rien filtrer, elle indique avoir eu l’impression de le voir « se noyer ». Et ce dernier d’indiquer que le maire de Saint-Étienne le « voulait faible ». 


Gaël Perdriau, lui, a « clamé » son innocence.

La procureure a requis 5 ans de prison dont 3 ans ferme, 50 000 euros d’amende et une peine d’inéligibilité de 5 ans contre Gaël Perdriau, 3 ans d’emprisonnement dont 1 an ferme et une amende de 40 000 euros contre Pierre Gauttieri, et 4 ans de prisons, 40 000 euros d’amende et 5 ans d’inéligibilité contre Samy Kéfi-Jérôme et Gilles Rossary-Lenglet.

Le jugement sera rendu le 1er décembre.

Traitement de l’affaire Crépol sur CNews : RSF saisit l’Arcom

Reporters sans Frontières (RSF) s’est penché sur la campagne de menaces et de cyberharcèlement qu’ont subi au mois de mars les journalistes Jean-Michel Décugis, Marc Leplongeon et l’écrivaine Pauline Guéna, co-auteurs d’Une nuit en France (Grasset, 2025).

Dans leur enquête, les trois reviennent sur la mort de Thomas, tué à 16 ans après un bal tenu à Crépol, dans le sud de la France, en 2023. Et remettent en cause la thèse portée par l’extrême-droite, selon laquelle cet assassinat serait un « francocide ».

RSF constate que la vague de cyberviolences qui s’est abattue sur les trois auteurs coïncide nettement avec sa couverture sur CNews.

Alors que le sujet est très peu débattu sur Twitter le 17 mars, une première vague de messages menaçants est lancée juste après que Pascal Praud ne critique le livre comme une volonté de « réécrire Crépol ».

Toute la soirée, le traitement des diverses émissions de CNews suivront une tendance similaire. En ligne, cela se traduit par une amplification de la vague de haine, au sein de laquelle se multiplient des accusations de « réécriture de l’histoire ».

Dans 27 émissions jusqu’au 24 mars, CNews relancera la machine. En ligne, les insultes pleuvent, s’appuyant généralement sur le traitement proposé par la chaîne de Vincent Bolloré.

RSF critique le traitement opéré par la chaîne, « sur le fond comme sur la forme », pointant l’absence de « traitement rigoureux et honnête sur les faits », le « refus de présenter les différentes thèses en présence » ou le « défaut de maîtrise de l’antenne face aux propos outrageants de certains invités ».

L’organisation, qui qualifiait en 2018 le harcèlement en ligne comme l’une des « pires menaces contre la liberté de la presse », insiste aussi sur le « caractère multirécidiviste de la chaîne, déjà sanctionnée à huit reprises ». Et d’annoncer, donc, qu’elle saisit le régulateur de l’audiovisuel sur le sujet.

En parallèle, le député LFI Aurélien Saintoul a rendu publique ce 1er octobre sa lettre de saisine de l’Arcom pour le traitement de la condamnation de Nicolas Sarkozy par CNews.

À Hollywood, une « actrice » créée par IA fait scandale

Générée à l’aide d’intelligence artificielle par le studio Xicoia, le personnage de Tilly Norwood fait scandale à Hollywood.

La fondatrice de Xicoia, la néerlandaise Eline Van der Velden, a en effet déclaré que plusieurs agences l’avaient contactée pour représenter cette « création numérique ». Pour l’entrepreneure, Tilly Norwood pourrait remplacer Scarlett Johansson ou Natalie Portman.

Officiellement présenté lors du festival du film de Zurich, ce personnage aux traits d’une jeune femme brune dans la vingtaine a été doté d’un compte sur Instagram qui collecte déjà plus de 38 000 abonnés.

En réaction, de multiples actrices et acteurs ont qualifié ce projet d’ « horreur » (Melissa Barrera, vue dans Scream et Scream 6), ou de « honte ».

Vue dans Matilda, Mara Wilson précise : « ils ont volé les visages de centaines de jeunes femmes pour créer cette actrice IA. Ce ne sont pas des créateurs, ce sont des voleurs d’identité ».

Le syndicat américain SAG-AFTRA a déclaré que Norwood n’était « pas une actrice, c’est un personnage généré par un programme informatique qui a été entraîné sur le travail d’énormément de comédiens professionnels ».

[MàJ] Internet est de retour en Afghanistan

Les coupures ont commencé lundi en fin de journée, comme l’explique Le Monde. Depuis quelques semaines, les connexions sont ralenties, voire partiellement coupées, mais là, c’est un black-out sur le territoire, le premier depuis le retour des talibans au pouvoir (2021). « Cette mesure a été prise pour prévenir le vice », affirmait le responsable d’une province du Nord mi-septembre, lors des premières coupures. En juin, c’était l’Iran qui se coupait d’Internet pendant plusieurs jours.

Nos confrères rapportent que, pour l’ONU, cette coupure des communications a des « répercussions extrêmement graves » sur l’accès aux informations, le système bancaire, aérien… Internet est aussi une fenêtre sur le monde et permet de communiquer entre proches. L’ONU ajoute que « les femmes et les filles, déjà exclues de la vie publique, sont particulièrement touchées ».

Un responsable du gouvernement taliban a expliqué à l’AFP (repris par Le Monde), sous couvert d’anonymat, que la coupure durerait « jusqu’à nouvel ordre ». Il ajoutait que « cela se fera progressivement [dans la nuit de lundi], de 8 000 à 9 000 pylônes de télécommunications seront mis hors service […] Il n’y a aucun autre moyen ou système pour communiquer (…) : le secteur bancaire, les douanes, tout le pays sera affecté ».

Selon NetBlocks, une organisation de surveillance de la liberté sur Internet, Internet est de retour depuis mercredi après-midi, après deux jours de black-out. Le Monde précise que ce retour a suscité « des scènes de liesse parmi la population, notamment dans la capitale afghane ».

OpenAI lance Sora 2 et son application de doomscrolling de vidéos générées par IA

Dans un billet de blog publié mardi 30 septembre, OpenAI annonce la sortie de Sora 2, la nouvelle version de son modèle de génération de contenus audio et vidéo Sora annoncé en février 2024 et accessible depuis décembre 2024.

Le modèle est dès maintenant utilisé par le service Sora, utilisable via un compte ChatGPT. L’entreprise précise que les utilisateurs avec un compte ChatGPT Pro pourront « bientôt » accéder au modèle Sora 2 pro et qu’elle va rendre accessible Sora 2 via son API.

En même temps, l’entreprise annonce la sortie d’une application indépendante du même nom. L’application Sora, qui permet de doomscroller des vidéos générées par IA en utilisant Sora 2, n’est disponible pour l’instant que pour les utilisateurs d’iPhone sur l’Apple Store et sur invitation.

intelligence artificielle tenant le crachoir à un personnage joueur décédé d'ennui

Comme nous l’expliquions récemment, avec la génération de vidéos par IA, l’application permet de créer des deepfakes de soi-même et de ses amis avec un mécanisme de vérification d’identité et d’autorisation. Les chercheurs d’OpenAI ont rapidement communiqué sur le sujet sur les réseaux sociaux et montré qu’on pouvait créer des vidéos d’une personne réelle commettant un délit. Ainsi, l’un d’eux, Gabriel Petersson a publié sur X un deepfake de Sam Altman volant des GPU dans un magasin.

20 ans après sa création, Daniel Ek va céder la direction de Spotify à un tandem

Fondateur et CEO de Spotify depuis sa création en 2006, Daniel Ek cèdera les rênes opérationnelles de l’entreprise à un tandem chargé d’assurer une codirection générale à compter du 1ᵉʳ janvier 2026. Le changement se fait dans la continuité, puisque ces responsabilités sont confiées à deux historiques de Spotify : Gustav Söderström, déjà directeur technique, et Alex Norström, directeur commercial de l’entreprise.

S’il se met en retrait des opérations quotidiennes, Daniel Ek ne se désengage cependant pas de Spotify : il conserve un poste de président exécutif, avec un périmètre qui devrait, selon l’entreprise, se concentrer sur les réflexions financières et stratégiques à long terme, tel qu’il l’écrit lui-même dans un communiqué.

« Ces dernières années, j’ai confié une grande partie de la gestion quotidienne et de l’orientation stratégique de Spotify à Alex et Gustav, qui ont façonné l’entreprise depuis ses débuts et sont désormais plus que prêts à piloter notre prochaine étape. Ce changement harmonise simplement les titres avec notre mode de fonctionnement actuel. En tant que président exécutif, je me concentrerai sur la trajectoire de l’entreprise à long terme et maintiendrai, du fait de mon engagement, un lien étroit entre le conseil d’administration et nos co-PDG ».

S’il ne l’écrit pas formellement, la casquette de Daniel Ek devrait également comporter une part de représentation au niveau des autorités européennes, contre lesquelles le service ferraille régulièrement autour des problématiques de réglementation des services numériques et de l’intelligence artificielle.

Spotify, cotée en bourse depuis 2018, est aujourd’hui valorisée à hauteur d’environ 140 milliards de dollars. L’entreprise suédoise revendiquait près de 700 millions d’utilisateurs actifs mensuels au terme du deuxième trimestre 2025, dont 276 millions d’abonnés premium, pour un chiffre d’affaires trimestriel de l’ordre de 4,2 milliards d’euros.

Évolution du nombre d’utilisateurs mensuels actifs (en millions) de Spotify entre 2022 et 2025, et répartition entre utilisateurs gratuits financés par la pub (en vert) et abonnés premium (en bleu) – source (PDF)