Vint Cerf, toujours aussi élégant, se prépare à prendre sa retraite de Google à 83 ans
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Vinton Cerf intervenait mardi 30 juin lors d’une conférence Open Frontier organisée à San Francisco. Il est apparu à distance, cravate impeccablement nouée et costume ajusté, pour un panel consacré à la construction de choses qui durent dans le monde informatique.
« Déjà dans les années 70, c’était le scientifique le mieux habillé que j’aie rencontré », a salué David Patterson, professeur à Berkeley et inventeur (entre autres) du RAID, qui animait la table ronde concernée. Il a dans la foulée révélé que Vinton Cerf quitterait d’ici quelques jours ses fonctions chez Google. À 83 ans, l’intéressé occupe en effet depuis 2005 le poste de vice-président et Chief Internet Evangelist chez le géant de la recherche en ligne. « Je crois qu’on peut l’applaudir pour ce parcours plutôt correct », a plaisanté Patterson.

Vinton Cerf, dit Vint, est pour mémoire l’un des principaux artisans de TCP/IP, la suite de protocoles fondatrice de l’Internet moderne, élaborée dans le prolongement des travaux du projet Cyclades, piloté par Louis Pouzin.
Et il a défendu, pendant environ 45 minutes, l’idée selon laquelle le recours à des standards ouverts était l’un des prérequis de cette pérennité. Pour Cerf, si TCP/IP sous-tend encore aujourd’hui nos échanges, c’est précisément parce qu’il n’appartient à personne.
« Dans le cas d’Internet, cela n’a fonctionné que parce que le système était distribué dès le départ. Nous avons donc laissé les règles très souples. Nous avons simplement dit que si vous trouviez quelqu’un à qui vous connecter et que vous respectiez les règles des protocoles, cela devrait fonctionner », a-t-il notamment déclaré.
Cette question de l’ouverture était, sans surprise, envisagée à l’aune du développement de l’intelligence artificielle générative, un univers dans lequel une partie des grands laboratoires développent des modèles propriétaires, mais travaillent également à des logiques de passerelles entre environnements concurrents, à l’image du MCP (Model Context Protocol) conçu par Anthropic.
Interrogé sur les velléités de centralisation des grands acteurs de l’IA, Vinton Cerf a estimé que cette ouverture finirait par s’imposer, notamment si l’on délègue à l’IA des tâches de plus en plus complexes. « Le modèle agentique de l’IA, avec de multiples agents provenant de plusieurs sources interagissant entre eux, va imposer la composabilité, ainsi qu’une exigence d’interopérabilité et de standardisation ». Reste à trouver le meilleur moyen de faire parler ces agents entre eux… ce qui suppose peut-être d’explorer de nouvelles voies.
« Je ne pense pas que l’anglais soit le meilleur choix. Il y a une ambiguïté, et je pense que la précision sera primordiale pour l’interaction entre les agents », a-t-il expliqué, prenant l’exemple du « jeu du téléphone », où un message circule de bouche à oreille et finit par être déformé au fil des relais. « Un agent doit vraiment s’assurer que l’autre agent comprend bien ce qu’ils viennent de convenir de faire ensemble ».
Commentaires (8)
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Modifié le 3 juillet à 13h55
On a donc, de la part d'un pape de l'Internet, VP & Chief Internet Evangelist chez Google, ce grand discour sur les benefices d'un protocole ouvert, co-construit, dans un esprit communautaire, avec des règles souples et l'objectif d'une grande interoperabilité. Et il partage la conviction que ces vertus, nottament l'interop et l'ouverture, ont fait non seulement le succès de TCP mais aussi sa durabilité dans le temps. Et franchement j'en suis assez convaincus.
Mais de l'autre coté on a le meme Google qui pousse tres fortement QUIC pour remplacer TCP, et sans trop trop reprendre toute ses caracteristiques puisque en gros tout se passe dans le domaine applicatif. Et coté reseau et OS tu te retrouve juste a transporter des paquets cryptés dont tu ne sais absolument rien... alors l'editeur de services est content il reprend le controle de la couche réseau (y compris pas forcement dans le sens de l'interêt de l'utilisateur) mais quid de l'ouverture, la souplesse, la co-construction..... et donc la capacité à faire du durable ??
Modifié le 3 juillet à 10h41
Modifié le 5 juillet à 08h39
La situation est pourtant bien différente.
Il s'agit ici de gros acteurs capitalistes privés, donc privateurs, imposant à coups de milliards/billions (billiards ?) un ensemble de produits commercialement vendus dont on ne sait toujours pas quoi faire ni pour quels bénéfices (réels, non supposés), en ayant déjà prédit la casse sociale (un peu moins celle sociétale) issue de l'avarice de leurs promoteurs.
On est loin, très loin, des conditions d'invention des technologies de base, de la mentalité sous-jacente, de leur structure d'existence, et de la puissance de protocoles/technologies simples, efficients, ouvertes, permettant des réseaux interopérables, résilients, ainsi qu'une adoption sans frein.
"Faite une seule chose, mais faite la bien." : si seulement cette culture était plus prégnante chez les pigeons…
Cette fascination pour une machine supposée être autonome, éblouis (aveuglés ?) par l'artifice d'une interface de langage avec grammaire & orthographe respectées (quand bien même les structures sont encore relativement simplistes) nous perdra.
Et pendant ce temps-là, les cartels de vendeurs de pioches continuent de s'organiser pour piper un marché mondial dont, semble-t-il, nous souhaiterions rester prisonnier : ils escomptent bien que leurs discours grandiloquents sur l'avenir de l'humanité continuent à imprégner au plus profond de nos âmes.
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